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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"
LES GRANDES DEPORTATIONS DE 1942
C - PREUVES DE LA REIMPLANTATION A L'EST
On peut donner les éléments suivants en faveur de la thèse de la réimplantation en URSS :
1. Les juifs officiellement rapatriés en Belgique ont été de (en %) :
| convoi n° | date du convoi | hommes | femmes | enfants | total |
| 1 à 5 6 à 11 12 à 15 16 et 17 18 et 19 20 21 22a et b 23 24 25 26 |
août 1942 sept oct nov janv 1943 avril août sept janv 1944 avril mai août |
* 1,4 6,3 7,8 6,4 1,7 15,8 3,0 7,3 10,0 19,5 22,8 23,6 |
0,2 0,2 0,1 0,0 0,2 9,8 2,8 1,0 22,0 31,6 31,2 46,3 |
0,3 0,5 0,4 0,7 0,4 3,1 0,5 0,3 3,2 5,6 19,0 21,3 |
0,8 2,3 3,0 5,0 0,7 10,7 2,5 3,6 14,6 23,5 26,0 33,0 |
| Total | 7,0 | 4,4 | 1,1 | ** 4,8 |
* Comprendre que 1,4% des hommes du convoi sont rentrés.
** Nombre de rescapés parmi les 5.034 juifs de Belgique déportés par la France : hommes : 7,8% ; femmes : 2,2% ; enfants : 3,2% ; total : 6,3% contre 3,5% pour l'ensemble des juifs de France.
On notera tout d'abord (nous en avons déjà parlé dans le tome 1) que des enfants sont officiellement rentrés en Belgique, ce qui anéantit, si besoin en était encore, la thèse du gazage des inaptes à l'arrivée : alors que 80% des hommes du dernier convoi étaient immatriculés c'est-à-dire, selon les historiens, épargnés, les autres étant aussitôt gazés, la proportion des hommes revenus n'est pas significativement plus grande que pour les enfants, lesquels étaient tous gazés à l'arrivée : 23,6% des hommes sont revenus contre 21,3 % des enfants ! C'est insoutenable mais ce qui nous intéresse à ce stade, c'est de vérifier dans la statistique officielle la réalité de la réimplantation à l'est (Ukraine, etc.) : on constate que très peu d'enfants (et très peu de leurs mères) sont revenus des premiers convois et on pourrait peut-être l'expliquer par le fait qu'à l'époque, les possibilités de réimplantation à l'est étaient totales ; par contre, quand les Allemands, début 1944, durent abandonner ces régions, ces possibilités tombèrent à zéro et, effectivement, il en est rentré davantage (même chose pour leurs mères).
2. On possède, dès le départ, des éléments en faveur de
la thèse de la réimplantation : on peut, par exemple, citer Frank lui-même
(gouverneur général de Pologne où se trouvait la majorité des juifs à
réimplanter). Parlant des juifs, il déclarait en décembre 41 aux membres de
son cabinet (d'après un document produit au Procès de Nuremberg) : « (...)Ils
doivent partir. Je suis en pourparlers pour leur déportation vers l'est. Une
grande discussion à ce sujet aura lieu en janvier à Berlin. [il s'agit de
la Conférence de Wannsee] (...) Ce sera certainement le début d'une grande
migration juive. / Mais que faire des juifs ? Croyez-vous qu'il faille les
réimplanter réellement dans des villages de l'Ostland [la Biélorussie et
les Pays Baltes] ? A Berlin, on nous dit : 'Pourquoi vous donnez-vous tout ce
mal ? Nous ne pouvons rien faire d'eux dans l'Ostland ou dans le
Reichkommissariat [d'Ukraine] ; alors, liquidez-les !' (...) Nous
ne pouvons tout de même pas fusiller ces 3,5 millions de juifs [estimation
fantaisiste, bien dans le style de Frank] ; nous ne pouvons pas les
empoisonner (...) ». [1]
Hitler avait donc bien ordonné la réimplantation des juifs dans l'Ostland et
en Ukraine.
3.
Lors du procès Eichmann, des juifs allemands rappelèrent avoir été déportés
en 41 à Riga, Kaunas et Minsk (où, dirent-ils, les Einsatzgruppen assassinèrent
leurs compagnons soit aussitôt soit quelques mois plus tard). Ces déportations
en URSS de 1941 ne sont pas contestées par les historiens : à cette époque,
disent-ils, les camps d'extermination n'étaient pas en activité et les juifs
étaient massacrés par fusillade par les Einsatzgruppen (on peut d'ailleurs
se demander pourquoi il fallait les transporter si loin pour le faire) ; par
la suite, les juifs passèrent tous par les camps et y furent gazés.
Il n'est pas douteux, hélas, que des juifs berlinois aient été massacrés à
leur arrivée dans l'est à partir d'octobre 41. [2] David Irving a retrouvé
une note manuscrite de Himmler faisant état d'un entretien avec Hitler le
30/11/41 ; ils avaient dû évoquer ce(s) massacre(s) et Himmler avait aussitôt
averti Heydrich de ce que le Führer interdisait qu'on tue les juifs qu'il
faisait déporter à l'est (« Judentransporte aus Berlin. Keine Vernichtung
»). Certes, pour Hilberg, finalement, « les juifs déportés vers l'Ostland
furent fusillés à Kaunas, Riga et Minsk », mais il doit bien consentir
que l'intervention de Hitler « arrêta les massacres dans l'immédiat
». Une question se pose donc, question allant de soi mais à laquelle le plus
grand historien de la Shoah se garde bien de répondre (en fait, il ne se la
pose même pas) : comment expliquer cette intervention de Hitler en faveur des
juifs déportés, s'il avait décidé et ordonné de les faire disparaître de
la Terre ? [3] Ce qui est sûr en l'occurrence, c'est qu'Himmler, en sortant de
cette réunion, a noté soigneusement dans son calepin : « Pas
d'extermination » ; il l'a répété par téléphone à Heydrich ;
celui-ci, à son tour, a dû en informer ses adjoints et ainsi de suite. Au bout
de cette chaîne, ces instructions devaient arriver déformées et
interprétées différemment selon l'intelligence de chacun, son engagement
politique, son antisémitisme et l'émotion du moment. Alors, un jour, on devait
réimplanter effectivement les juifs et un autre jour, on devait en fusiller un
certain nombre préventivement ou en représailles, par exemple, au
bombardement, la veille, de telle ville allemande ou à un attentat sanglant
contre de soldats allemands (quand ce n'était pas les activistes locaux qui
organisaient un pogrom). Voilà comme les choses
auraient pu se passer. Ces massacres s'inscriraient dans le cadre de la thèse
fonctionnaliste du génocide dont nous avons parlé en début de ce tome 2 mais
ce qu'à ce stade, il faut retenir de ce point est que Berlin envoyait
bien les juifs en Russie et cela, pas pour les y exterminer.
4. En octobre 1942, un hebdomadaire judéo-suisse écrivait : « Ces derniers temps, on a remarqué l’arrivée à Riga de transports de juifs de Belgique et d’autres pays ouest-européens, lesquels ont toutefois été aussitôt envoyés dans un endroit inconnu. Entre le 30 novembre et le 8 décembre [1941], le ghetto de Riga a été le théâtre de pogromes dans lesquels de nombreux juifs ont perdu la vie. » [4] Ces juifs belges et occidentaux pourraient être des inaptes ayant transité par la gare d'Auschwitz.
5. G. Miedzianagora et G. Jofer donnent aussi Riga comme lieu de déportation des juifs occidentaux : « On amena également, en d'autres périodes, dans les environs de Riga, dans le camp de Salaspils, pour les y exterminer, des juifs de France, de Belgique, de Hollande, de Tchécoslovaquie et d'autres pays occupés. ». Ces auteurs se réfèrent à Fleming, lequel a rendu compte de l'interrogatoire du 14/12/45 de Friedrich Jeckeln, chef suprême des SS et de la police en Ostland ; Jeckeln déclara : « Des juifs furent transportés d’Allemagne, de France, de Belgique, de Hollande, de Tchécoslovaquie et d’autres pays occupés vers le camp de Salaspils. » [5]
6. Un autre auteur juif, Reuben Ainsztein,
signale lui la présence de juifs belges (et hollandais) dans le camp de Janow
près de Lvow à proximité de l'Ukraine, c'est-à-dire à l'est du présumé
camp d'extermination de Belzec. [6] Un autre
auteur juif, Philip Friedman, le confirme puisqu'il affirme qu'il est passé
à Janow 300 à 400.000 juifs venant de Hongrie, Yougoslavie, Hollande,
Belgique, Allemagne. [7]
Le même Ainsztein signale aussi la présence de juifs belges (et hollandais et français) dans
le ghetto de Kowno (Kaunas).
7. En 1943, le gouvernement belge à Londres affirmait : « Les Allemands ont déporté presque tous les 52.000 Juifs de Belgique dans des camps de concentration en Allemagne, Pologne et Russie occupée. » [8]
8. On trouve chez Lichtenstein et d'autres, les coordonnées de divers trains chargés de juifs du Reich (Allemagne, Autriche, Bohême-Moravie) qui court-circuitèrent les prétendus camps d'extermination et allèrent directement en URSS, non plus en 1941 comme dans le point 3. ci-dessus mais à une époque où, selon les historiens, les gazages étaient déjà pratiqués dans les camps d'extermination de Belzec, Sobibor et Treblinka. Ainsi, relève-t-on entre le 8/5/42 et le 8/10/42 :
- 1 train (1.000 déportés) de Vienne à Kajdanowo
- 26 trains (26.000 déportés) de Vienne à Minsk
- 8 trains (8.000 déportés) de Vienne et Theresienstadt à Kolodischtchi
- 2 trains (1.465 déportés) de Königsberg à Minsk
- 3 trains (3.000 déportés) de Theresienstadt à Minsk (dont l'un détourné sur Kolodischtchi)
- 1 train (1.000 déportés) de Cologne à Minsk
- 4 trains de Münsingen (4.000 déportés ?) à Maly Trostenet (cités par Werner)
- 1 train (1.000 déportés) de Berlin à Riga (cité par Aynat)
- 1 train (1.000 déportés) de Theresienstadt à Kaasiku (Lithuanie ?) (cité aussi par Aynat).
- De son côté, Reitlinger parle d'autres trains (2.000 juifs berlinois envoyés en Esthonie ; 17.004 juifs de Theresienstadt envoyés à ou via Minsk de juillet à septembre 42 et dont on ne retrouve qu'une partie ci-dessus). Christian Gerlach fait de même. [9]
Tous ces trains étaient composés de voitures de 3ème
classe ; ceux qui étaient destinés à Minsk arrivaient à Wolkowysk, où,
selon les plans de transport, les « réimplantés » (« Umsiedler
») devaient être transbordés dans des wagons de marchandises. Wolkowysk, dit
Lichtenstein, était une gare de triage des camps et ghettos de Kaunas, Riga,
Reval (ex-Tallin) et Minsk. Comme on le verra un peu plus loin, en juin 42, il
arrivait en Biélorussie un train de déportés par semaine.
Le 16/1/43, la Deutsche Reichsbahn envoyait une lettre-télégramme à divers
services, dont la RVD-Minsk, à propos de trains de « Umsiedler »
prévus pour la période du 20/1/43 au 28/2/43, ce qui donne à penser qu'il y
eut peut-être encore d'autres trains vers la Biélorussie à cette époque.
Même en 44, il y eut des trains qui court-circuitèrent Auschwitz (les camps du
Bug, eux, avaient été fermés). Ainsi, le 73ème convoi de juifs de France
aboutit en mai 44 à Tallin (Estonie) et Kaunas (Lituanie). Pourquoi n'a-t-on
pas dirigé ce convoi (dans lequel se trouvaient deux des enfants d'Izieu) sur
Auschwitz puisque ce camp était équipé, paraît-il, d'installations de gazage
ultra-modernes et surdimensionnées (on pouvait y gazer un train de juifs à
l'heure) ? Regardons la carte et demandons-nous pourquoi les Allemands, qui
manquaient de matériel ferroviaire et de charbon, se sont donné la peine de
conduire ces juifs encore plus loin (une moitié à Kaunas et l'autre moitié
juste en face d'Helsinki) ? Sûrement pas pour les y exterminer. D'ailleurs,
disent les historiens, les massacres de 1941 avaient fait craquer nerveusement
les membres des Einsatzkommandos et c'est pour cette raison qu'on avait
imaginé les chambres à gaz, forme douce (pour l'exécuteur et l'exécuté) et
anonyme de l'extermination. Alors, peut-on affirmer dans ce cas précis qu'on a
envoyé ces juifs sur les rives du golfe de Finlande pour les y exterminer comme
le prétendent encore aujourd'hui les historiens ? [10]
9. Le chercheur allemand Christian Gerlach dont nous venons de parler a également étudié la déportation de juifs non allemands en Biélorussie. Dans le chapitre 7.5 de son livre, Gerlach a recensé un certain nombre de témoignages (mais sans donner beaucoup de détails et même, parfois, en style télégraphique) :
Ont témoigné après la guerre que des juifs français avaient été déportés à Minsk :
Karl Buchner, un déporté juif allemand à Minsk (témoignage datant du 29/10/45 et apparemment publié dans IfZ Fb 101/16) ;
Bauer, ancien Gebietskommissar à Borissow qui était le représentant du Département IVb au KdS Minsk (témoignage sur le « gazage par camion » (sic) devant le Tribunal de Coblence le 9/3/1955) ;
HH de l'Arbeitsamt Minsk (témoignage du 31/8/61) ;
WM, cuisinier juif (témoignage du 8/12/59).
Gerlach ajoute qu’on trouve aussi trace de cette déportation dans la littérature et il cite Kohl et N. Müller.
Enfin, dit-il encore, on fait état de cette thèse en Biélorussie même (échanges entre l’auteur et un certain A.D. Krasnoperko, le 16/10/93 [lequel a aussi parlé de juifs néerlandais]).
Effectivement, pense Gerlach, il est bien possible que des juifs néerlandais aient été employés dans des usines d’armement à Minsk. Et de citer :
HM, surveillant dans une telle usine (témoignage du 4/5/60 devant le tribunal de Coblence) ;
AM, ancien du KdS Minsk (témoignage du 9/1/61) ;
HH de l'Arbeitsamt Minsk (témoignage du 31/8/61) ;
Stolten, animatrice au Deutschen Theater de Minsk à la mi-43 (témoignage du 31/8/61) ;
Adler, historien, 1974, page 198 ;
Schuldig : « (d’après le Dr. Perez en 1941 [sic] des juifs néerlandais et belges ont été envoyés à Kaunas) »
Gerlach attire l’attention sur le témoignage de Heusers le 1/3/66 à Hambourg, selon lequel des juifs étrangers –mêlés à une majorité de Tchèques- furent envoyés aussi à Minsk depuis Theresienstadt. [Cela peut expliquer la présence des Hollandais puisque des Hollandais ont été déportés à Theresienstadt en 1943 et en 1944 mais ce n’a pas été le cas des Belges.]
Il n’est pas douteux pour Gerlach que des Hongrois ont été déportés en Russie Blanche. Mais les choses ne sont pas claires : ce pourrait être des Juifs des bataillons de travail de l’armée hongroise en Polésie (la 2ème armée en avait plus de 50.000) ; les Hongrois les auraient prêtés à l’Organisation Todt qui manquait de main-d'œuvre.
Enfin, des Polonais furent déportés en Russie Blanche pour y prêter leur main-d’oeuvre notamment à Bobruisk et Mogilew. On peut notamment citer, dit Gerlach, un transport de 960 Varsoviens venus à Bobruisk le 30/5/42. (Czerniakow en parle aussi dans son journal.) Nouveau train vers Bobruisk le 28/7/42. Sans oublier le train de 1.000 Varsoviens vers Minsk qui provoqua la colère de Kube dont nous parlons par ailleurs. On a également vu des Polonais à Trostinez.
10. Nous avons vu, plus haut, qu'Aynat donne des éléments permettant de penser que les juifs occidentaux, loin d'être gazés à Auschwitz, furent envoyés plus à l'est dans le Gouvernement Général ; il en donne aussi -dont une preuve documentaire inattaquable- qui prouvent qu'ils furent même vraisemblablement envoyés encore plus à l'est en URSS.
a) Le professeur judéo-américain Eugène M. Kulischer, démographe américain, faisait remarquer en 1943 dans « The displacement of population in Europe » qu' « on sait que de nombreux juifs d'Europe occidentale ont été envoyés dans les mines de Silésie [ceux qui descendirent à Kozel et Auschwitz]. La grande majorité a été envoyée dans le Gouvernement Général [c'est-à-dire à l'est d'Auschwitz] et, en nombre toujours croissant, dans les territoires de l'est c'est-à-dire les territoires qui étaient tombés sous la coupe des Soviétiques en septembre 39 et d'autres territoires occupés de l'Union Soviétique. » Les ghettos et camps de travail du Gouvernement Général, disait encore Kulischer, étaient la « destination habituelle » des juifs déportés d'Europe occidentale. Plus précisément, le démographe américain savait déjà que les juifs de Varsovie, déportés en masse à partir de juillet 42, avaient été envoyés très souvent « dans les camps de transit de la frontière russe [dont Treblinka] et que d'autres avaient été mis au travail dans le marais de Pinsk ou dans les ghettos baltes, biélorusses et ukrainiens. » [11]
b) Aynat cite aussi un document officiel allemand relatant une conférence sur les « questions juives » qui s'est tenue à Berlin fin août 42 et qui réunissait les responsables de la déportation. Un des points de ce document (rédigé le 1/9/42 par le SS parisien Ahnert) est intitulé « Achat de baraquements » (« Barackenankauf ») et il y est dit qu'Eichmann demande l'achat immédiat (« sofort ») des baraquements préfabriqués réclamés par le chef du SD de La Haye pour un camp à installer en Russie pour les déportés juifs (« Das Lager soll in Russland errichtet werden ») ; chaque train de déportés, prévoyait Eichmann, devrait emporter les éléments de 3 à 5 baraquements. Il va sans dire que ce point, particulièrement dérangeant puisqu'il réduit à néant la thèse intentionnaliste du génocide, n'est jamais cité par les historiens. [12] Lors du procès pédagogique et médiatique de Jérusalem, on s'est d'ailleurs bien gardé d'en parler à Eichmann.



Extrait du compte rendu du 1/9/1942 de la réunion du RSHA
du 28/8/1942
(archivé au Centre de Documentation Juive
Contemporaine de Paris sous la cote XXVI-59)
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11. Les grands camps de transit (ou d'extermination pour les historiens) sont, comme nous l'avons vu Belzec, Sobibor et Treblinka, camps ouverts, disent les historiens, respectivement les 17/3/42, 17/5/42 et 23/7/42. [13] Ces camps -ceci est important à noter- étaient tous collés à la frontière, telle qu'elle était au moment de leur création, entre la Pologne et l'Ukraine ou la Biélorussie. Et comment donc expliquer ce choix géographique ? Le fait que les Allemands contrôlaient toute cette zone ne signifiait absolument pas que les frontières n'existaient pas : les satrapes qui les contrôlaient veillaient jalousement sur leur autonomie, qui était très grande. Du point de vue de la logistique, il est aussi important de noter, signale Werner, que Treblinka, Sobibor et Belzec constituaient des gares-relais entre deux réseaux de chemins de fer : la GEDOB dans le Gouvernement Général et la GVD-OSTEN dans les territoires occupés. D'une part et contrairement à ce que certains en disent, ces deux réseaux n'étaient pas complètement compatibles (écartement des voies, par exemple) et couplés [14] ; d'autre part, ils étaient autonomes et il fallait parfois un mois pour obtenir un plan de transport de sorte que ces gares constituaient des points d'interruption du trafic et de tri tout indiqués. Il est remarquable que les historiens n'arrivent pas à justifier le choix de ces localités à cheval sur la frontière avec l'URSS. [15] La réimplantation était donc bien une réalité.
12. On trouve dans le dernier ouvrage de Marais [16] le texte du télégramme suivant :
Riga, 15/6/42
Au RSHA, Berlin
Très secret
Objet : Camions S[péciaux] (« S[onder]-Wagen »)
Le Chef de la Police, de la SIPO et du SD de Ruthénie Blanche reçoit chaque semaine un convoi de juifs qui est à soumettre à un traitement spécial.
Les 3 camions s. qui y sont, sont insuffisants à cette fin. Je demande l'affectation d'un autre camion s. (5 tonnes). En même temps, je demande l'envoi de 20 flexibles d'échappement pour les 3 camions s. en service (2 Diamond, 1 Saurer), car ceux que nous possédons ne sont déjà plus étanches.
(s) Truhe, Commandant de la SIPO et du SD d'Ostland.
L'armée allemande utilisait divers « S-Wagen », notamment pour l'épouillage des effets de la troupe et, bien entendu, les historiens ont cru ou feint de croire que c'étaient des camions à gaz homicides. Il faut plutôt y voir la preuve qu'à la mi-42, alors que les prétendus camps de la mort de Belzec, Treblinka et Sobibor étaient mis en service, des juifs étaient envoyés en Biélorussie pour y être réimplantés. Ils y subissaient le traitement spécial c'est-à-dire y étaient dépouillés (quand il ne l'étaient déjà pas), épouillés (du moins leurs vêtements l'étaient dans les S-Wagen) puis envoyés dans des camps de travail ou des zones de résidence surveillée dans la zone militaire (d'où -c'est à craindre- on devait les extraire régulièrement pour des travaux de génie militaire : tranchées, etc.).
13. Le 31/7/42 c'est-à-dire au cœur de l'évacuation massive
des juifs polonais et des juifs occidentaux déportés en Pologne (et non
retenus pour le travail à Auschwitz), Kube, Commissaire Général pour la
Ruthénie Blanche (Biélorussie) envoie à son supérieur, Lohse, Commissaire du
Reich pour l'Ostland, une lettre traitant du problème juif dans sa région. (Nous
en donnons le texte en annexe 3.)
Kube y explique que les juifs sont le principal support des partisans et qu'en
conséquence, il a dû prendre des mesures radicales : avec l'aide du SD, il en
a « liquidé » (c'est-à-dire « tué », le doute n'est pas
permis, hélas !) 55.000 au cours des 2 mois précédents ; il a « allégé
» certaines régions de leurs juifs (l'examen des chiffres qu'il donne
pêle-mêle et d'autres considérations prouvent, par contre, que ces «
allégements » ne sont pas des massacres mais des évacuations, probablement
vers la zone militaire, comme le pense Werner, c'est-à-dire, aux confins de la
Biélorussie et de l'Ukraine) ; et ce n'est pas fini, ajoute-t-il : il n'aura de
cesse tant qu'il n'aura pas réduit à presque rien la population juive de son
district de Ruthénie Blanche (soit à une quinzaine de milliers de juifs,
chiffre qu'il confirma dans une lettre du 23/11/42). Il demande donc qu'on
arrête d'envoyer de nouveaux convois, du moins tant que la guérilla n'aura pas
été vaincue. Or, s'indigne-t-il, on lui apprend à l'instant qu'un nouveau
convoi (de 1.000 juifs de Varsovie) vient d'arriver sans même qu'on l'en ait
prévenu. Bref, tandis que lui, Kube, se donnait un mal fou pour pacifier le
pays, on lui expédiait des trains complets de fauteurs de troubles ! Parlant
probablement sous l'effet de la colère, Kube propose donc qu'à
l'avenir, tous les juifs qu'on lui expédierait encore sans son autorisation
soient liquidés.
Cette lettre est étonnante car elle est en contradiction avec d'autres lettres de ces hauts
responsables qu'étaient Lohse et Kube, lettres qui donnent à penser qu'il est invraisemblable qu'ils aient
jamais organisé de tels massacres, mais, au contraire, qu'ils les déploraient
(car il y en eut, personne ne le nie) au point de les dénoncer avec indignation
auprès de Berlin : il est par exemple question dans ces lettres (reproduites
aussi en annexe 3) de juifs condamnés à mort et auxquels on a fait arracher (par
des dentistes) leurs dents en or juste avant leur exécution. Le procédé
était, certes, barbare ; néanmoins, l'indignation de ces hauts dignitaires
nazis est étonnante et même invraisemblable dans une hypothèse
exterminationniste, c'est-à-dire dans l'hypothèse de massacres qu'ils auraient
organisés eux-mêmes à l'insu de Berlin. [17] Mais admettons que cette lettre
de juillet 42 de Kube soit entièrement authentique ; dès lors, on en
retiendrait que :
a) Des convois de juifs étaient donc bien envoyés en Biélorussie en provenance d'Allemagne et de Pologne, alors qu'il existait déjà, disent les historiens, des centres de mise à mort dans l'est du Gouvernement Général. On relèvera notamment ce convoi de 1.000 juifs du ghetto de Varsovie, dont l'évacuation massive avait commencé une semaine plus tôt en direction des chambres à gaz de Treblinka, mais, plus généralement, on relèvera que M. Gilbert relate dans le détail l'extermination ultérieure en Biélorussie civile de plus de 220.000 juifs, ce qui excède de près de 200.000 unités le nombre de juifs que Kube disait encore avoir (sans compter qu'il a pu y en avoir d'autres qui n'auraient pas été massacrés). Reitlinger en convient : « En novembre 42, il n'y avait pour ainsi dire plus de problème juif en Russie Blanche. » Mais alors, d'où venaient donc ces 200.000 juifs ? Il faut bien admettre qu'ils venaient de Pologne via Treblinka et Sobibor, où ils n'avaient pas plus été gazés qu'à Auschwitz (pour ceux qui venaient de chez nous).
b) Des massacres d'innocents civils juifs y étaient perpétrés.
c) Ces massacres pouvaient même être organisés par les responsables locaux de la lutte antiguérilla et n'étaient pas de simples bavures de cette lutte. Néanmoins, ils étaient liés à cette lutte et n'étaient pas perpétrés dans le cadre d'une politique d'extermination systématique à caractère racial décidée à Berlin. On aurait là une des preuves du bien-fondé de la thèse fonctionnaliste du génocide des juifs par les Allemands.
d) Parallèlement à ces massacres, ces responsables locaux refoulaient les juifs encore plus à l'est jusqu'à la ligne du front, dans la zone militaire (Kube, bien entendu, ne parlait que de la partie « civile » de Biélorussie).
Il est évidemment bien regrettable que la correspondance ultérieure de Lohse et Kube ne nous soit pas communiquée, car on n'en était encore à cette époque (juillet 42) qu'au début de la grande déportation des juifs rassemblés en Pologne. On comprend aussi pourquoi un document aussi important n'est pas repris par les historiens (notamment par Hilberg, qui ne fait que le citer) : bien qu'il constitue une preuve de ce que les Allemands purent, à l'occasion, avoir un comportement criminel et commettre un génocide de fait, il est aussi la preuve, d'une part, que la thèse du génocide organisé par Berlin est insoutenable et d'autre part, que la réimplantation à l'est des prétendus camps d'extermination de Treblinka et Sobibor est une réalité qu'il est vain de nier.
14. Comme preuve de l'envoi de juifs dans la zone militaire, Germar Rudolf rappelle qu'à Nuremberg, le procureur soviétique R.A. Rudenko déclara que les Allemands avaient « systématiquement installé, immédiatement derrière la ligne de front, dans leur première zone de défense, des camps de concentration dans lesquels s'étaient retrouvés des dizaines de milliers d'enfants, de femmes et de vieillards inaptes ». Son substitut, A.A. Smirnov, déposa un document (le document URSS-4) dont il a notamment extrait le passage suivant : « Le 19 mars 1944, les troupes soviétiques, de retour en Polésie (Biélorussie), ont découvert trois camps de concentration dans la petite ville d'Ozaritschi [entre Minsk et Kiev] à l'intérieur du dispositif de défense allemand ; dans ces camps se trouvaient plus de 33.000 enfants, femmes et vieillards inaptes. » Plus loin, Smirnov détaillait ce chiffre de 33.000 en 15.960 enfants, 13.072 femmes et 4.448 vieillards. Toutefois, ce ne serait là qu'un exemple d'une pratique à laquelle les Allemands auraient recouru « systématiquement ». [18]
15. La thèse du révisionniste allemand Steffen Werner est précisément que les juifs furent transférés en masse dans la zone militaire, c'est-à-dire dans l'est de la Biélorussie (et de l'Ukraine) aux confins de la Russie. Cette thèse, exposée par Kulitscher en 1943, était déjà celle des associations juives américaines en 1942 ; dans le mémorandum remis le 8/12/1942 à la Maison Blanche par Wise au nom de l'American Jewish Committee, de l'American Jewish Congress, du B'nai B'rith et d'autres associations, il était affirmé : « A l'été de 1942 [époque des grandes déportations de Pologne], quelque 200.000 juifs arrachés à leur foyer ont péri avant d'arriver à destination. Depuis lors, des masses de juifs ont de nouveau été extraits des ghettos polonais et conduits dans les terres dévastées et brûlées le long de la ligne du front russo-allemand ». Certes, ces associations voyaient par ailleurs des trains entiers de juifs gazés ou brûlés vifs çà et là le long de la frontière russo-polonaise mais elles n'en apportaient aucune preuve : la vraisemblance est que ces juifs et ceux qu'elles retrouvaient sur le front russe étaient les mêmes déportés.
16. Dans le tome 1, nous avons vu qu'Auschwitz se faisait livrer du Zyklon-B dans le cadre de la « réimplantation des juifs » et nous en avions conclu qu'affirmer qu'en l'occurrence, « réimplantation » était synonyme d' « extermination » était impossible. Cette « réimplantation » était donc bien effective.
17.
A
la mi-42, les Allemands envoyèrent par mesure disciplinaire à Rawa-Ruska dans
un Stalag destiné aux prisonniers de guerre (PG) soviétiques (le Frontstalag
325) quelque 23.000 PG français (plus quelques centaines de Belges) ; ces
prisonniers avaient fait preuve d'insoumission : certains refusaient de
travailler ; certains autres s'étaient enfuis et avaient été repris ;
d'autres avaient tenté de le faire. Les Allemands avaient notamment pensé
qu'en reléguant ces insoumis très loin à l'est, ils les dissuaderaient
au moins de s'enfuir à nouveau. Rawa-Ruska est une petite ville ukrainienne
située en Galicie orientale entre Lvov (Lemberg) et Lublin près de la frontière
polono-ukrainienne ; à l'époque, elle se trouvait dans le Gouvernement Général
de Pologne ; nous en avons déjà parlé dans le chapitre précédent. Cette région
était le cœur démographique de la communauté juive européenne ; la plupart
de ses habitants juifs étaient restés sur place à l'arrivée des Allemands
contrairement à ce qui s'était passé ailleurs. Les PG français et belges de
Rawa-Ruska étaient donc bien placés pour témoigner de ce qui s'était passé
dans cette région reculée (d'autant mieux placés qu'ils étaient dispersés
sur toute la région dans des dizaines de commandos). Toutefois, à leur retour,
on ne les a pas interrogés et pour cause : ils y ont vu des choses qui ne
correspondent pas à la version de l'histoire qui nous a été imposée.
Seule
exception : l'un d'entre eux fut appelé à témoigner à Nuremberg, c'est-à-dire
à une époque où l'historiographie officielle était encore balbutiante ; il s'agit du PG français Paul Roser
(interné à Rawa-Ruska de juin 42 à fin octobre 42) qui témoigna le 29/1/46
à propos des crimes allemands non pas contre les juifs mais contre les PG ;
interrogé par Dubost (substitut du procureur français), qui lui demandait s'il
avait quelque chose à ajouter, Roser a notamment déclaré :
« Les Allemands avaient transformé la région de Lvov - Rawa-Ruska en une sorte de gigantesque ghetto. On trouvait sur ce territoire, où il y avait déjà de nombreux juifs, des juifs de tous les pays d'Europe. Chaque jour, pendant cinq mois -avec une interruption d'environ six semaines en août et septembre 1942-, nous avons vu passer à environ 150 mètres devant notre camp, un, deux, parfois trois trains de marchandises bondés d'hommes, de femmes et d'enfants. Un jour, une voix nous est parvenue d'un de ces wagons : 'Je suis de Paris ; nous allons à l'abattoir.' Très souvent, des camarades qui sortaient du camp pour aller travailler, trouvaient des corps sans vie le long de la voie ferrée. Nous savions vaguement à l'époque que ces trains s'arrêtaient à Belzek, lieu situé à 17 km environ de notre camp et que, là, on exécutait ces malheureux par des moyens que je ne connais pas. ». [19]
Roser
prétendait donc que des « juifs de tous les pays d'Europe » s'étaient
retrouvés très à l'est d'Auschwitz et, mieux, il affirmait qu'il y avait vu
des Français. Certes, il pensait vaguement qu'ils étaient destinés à être assassinés
à Belzec mais ce qui importe, à ce stade, c'est qu'ils n'avaient pas été gazés
à Auschwitz comme nous l'affirme l'histoire officielle ; on peut, en effet,
lire et relire les historiens comme Hilberg, on n'y trouve aucune mention d'un
transfert de juifs occidentaux vers la Galicie orientale : d'après eux, à cette
époque, tous les juifs occidentaux étaient mis au travail ou gazés à Auschwitz.
En fait, avant Roser, un autre ancien de Rawa-Ruska, le docteur J. Guérin,
avait déjà publié un récit de sa captivité (« Rawa-Ruska. Camp de représailles
») et cela dès septembre 1945, de sorte qu'on ne peut guère le soupçonner
d'avoir été influencé par l'historiographie naissante de la Seconde Guerre
Mondiale. (Guérin peut être considéré comme un précurseur.) Arrivé en
Galicie orientale en août 1942, Guérin y avait également vu des juifs de
toute l'Europe : « Perdue aux fins fonds de la Galicie, aux limites de
l'Ukraine, la province avait été transformée en un immense ghetto où
confluaient les juifs déportés de toute l'Europe occupée, (...) ». [20]
Ayant visité le ghetto de Rawa-Ruska,
Guérin constata que les juifs indigènes en avaient été évacués mais pas au
seul profit, comme nous le disent les historiens, d'autres juifs polonais en
attente de transfert à Belzec : en effet, lui, Guérin y vit « des juifs
venus d'autres coins de Pologne, de l'Allemagne, et de plusieurs pays de
l'Europe occupée. Nous y avions même rencontré une vendeuse d'un grand
magasin parisien, envoyée là par les mesures raciales. ». Rappelons qu'à
cette époque, tous les juifs déportés de France ou de Belgique étaient des
juifs d'Europe centrale ou orientale parfois fraîchement immigrés dans nos régions
: ils étaient souvent encore si peu assimilés (et donc assimilables à des
Français ou des Belges par Guérin et ses compagnons) que beaucoup ne parlaient
même pas le français (ce qui n'était pas le cas de leurs enfants).
Intrigué, un chercheur a récemment fait une enquête auprès des survivants
belges et français de Rawa-Ruska et il en a retrouvé quelques-uns qui, eux
aussi, avaient vu en Galicie orientale des juifs français et belges sensés
avoir été gazés à Auschwitz.
Par exemple, André L. d'Arlon (Luxembourg belge) (évadé à quatre reprises, il fut interné à Rawa-Ruska d'avril 42 à décembre 42), qui a vu un convoi de juifs français passer à Rawa-Ruska en juillet 1942 ; André L. était réfractaire au travail mais, un jour, il avait tout de même accepté de participer au déchargement de wagons de charbon à la gare de Rawa-Ruska : un train s'était arrêté juste à côté du sien et André L. avait pu échanger quelques mots avec des gens de ce convoi ; c'étaient des juifs qui disaient venir de France ; ils précisaient qu'il y avait des morts dans leur convoi. Où allaient-ils donc ? Vers un destin probablement tragique, certes, mais pas là où les historiens le disent.
Son compatriote Joseph T. de Rulles (Luxembourg belge) fut interné à Rawa-Ruska de mars 42 à novembre 42 ; il n'a pas vu grand-chose, c'est vrai, mais il rapporte tout de même que des PG français lui ont dit avoir rencontré une Juive anversoise travaillant sur un chantier près du camp. Plus tard, ils lui ont appris que la malheureuse avait trouvé la mort le long de la voie ferrée.
René M. d'Aouze (Vosges) se trouvait dans un train en partance de Rawa-Ruska pour un commando de travail fort distant quand un convoi de déportés juifs s'est arrêté le long de son train : des femmes étaient accrochées à la fenêtre grillagée de leurs wagons et René M. put s'entretenir en français avec elles.
Jean P. de Moissac (Tarn-et-Garonne) (Interné à Tarnopol en mai/juin 42) rapporte que certains de ses camarades qui travaillaient sur les voies de chemin de fer, disaient avoir parlé avec des « jeunes femmes françaises » qui portaient des rails et des traverses ; l'une d'elles travaillait précédemment aux Nouvelles Galeries à Paris.
Marcel P. de St-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), lui, s'est évadé de Rawa-Ruska en août 42 (ils furent peu nombreux à tenter la belle) et s'est réfugié en Roumanie avec deux camarades français. Peu avant leur évasion, sans doute fin juillet 42, ils avaient travaillé dans la région de Tarnopol au déblaiement de ruines en compagnie de deux ou trois jeunes filles venant de Paris ; l'une d'entre elles, qui pouvait avoir 16 ou 17 ans, a dit à Marcel P. qu'elle travaillait aux Galeries La Fayette.
Alexandre G. de Barneville-Carteret (Manche) avait vu des juifs français à plusieurs reprises :
Dans un camp de transit près d'Aix-la-Chapelle (Düren), Alexandre G. et un camarade français avaient rencontré deux jeunes juifs parisiens (Que faisaient-ils là ? Ils n'avaient donc pas été déportés par Paris mais parlons-en quand même.) ; plus tard, à Rawa-Ruska, un jour qu'il regardait passer les trains au travers des grilles du camp en compagnie du même camarade, il avait revu les deux juifs français dans un train en transit.
A Rawa-Ruska, il avait travaillé un temps dans une entreprise de travaux publics au redressement d'un coude de rivière. Cette entreprise employait des prisonniers de guerre et des prisonniers juifs (enfermés la nuit dans le ghetto de Rawa-Ruska). Le secrétaire de l'entreprise était un juif de Paris (d'une trentaine d'années) qui lui a dit avoir été raflé avec sa femme et leurs deux enfants (âgés de 8 ou 9 ans). Alexandre G. a aussi eu l'occasion de parler avec deux ou trois autres juifs français (des « malheureux réduits à l'état de loques ») de la même entreprise. Mais, ajoute Alexandre G., il y avait beaucoup d'autres juifs (des centaines) dans ce ghetto dont beaucoup de Français. De tous âges (et pas seulement des inaptes, ainsi qu'en témoignerait la présence du secrétaire de l'entreprise de travaux publics).
D'après Alexandre G., certains des trains qui transitaient par Rawa-Ruska venaient de France et de Belgique. Il ne peut en fournir de preuves mais, pour lui, la chose semble ne pas faire de doute comme si cela était un fait connu de tous ceux qui se trouvaient là-bas.
Jules S. de Gembloux (Namur) est arrivé à Rawa-Ruska en avril 42. Notons, bien que cela soit étranger à l'objet de ce livre, qu'il fut interné dans la baraque 11 du Stalag (celle qui était destinée, dit-il, aux étrangers de l'Armée française, regroupant en fait des Républicains espagnols, des Polonais, des Arméniens, des Belges wallons et même des Corses et des Bretons.). Il fut ensuite envoyé à Trembowla (où il resta 3 mois), puis à Tarnopol (où il est resté 10 jours), puis à Stryj et enfin à Skole (plus précisément Hrebenow) ; de là, il est reparti en Allemagne en décembre 42. Il a vu de nombreux juifs de toutes nationalités partout où il est allé :
En gare de Rawa-Ruska, il a travaillé à l'évacuation et à l'incinération des cadavres de juifs morts dans des trains en transit. Il a entendu leurs compagnons de route (femmes, enfants, vieillards) parler yiddish et français (surtout des enfants), ce qui indique, pense-t-il, que ces malheureux étaient originaires d'Europe orientale mais venaient de France ou de Belgique. Ces trains allaient vers Trembowla, Tarnopol, Cholm, Minsk-Mazowiecki, Stryj, Alexandrov, Lvov, etc.
Ailleurs, Jules S. a vu des juifs (non plus en transit mais réimplantés) dont des Français et des Belges, notamment à Skole (et environs : à Moukachevo et Jgorov), où il a entendu parler d'un grand massacre de juifs à la mi-août 42 ; il y avait là quelque 1.000 juifs français et 20 à 30 juifs belges.
A Trembowla, où il a personnellement rencontré des juifs de Belgique.
« Deux jeunes filles juives, natives de Paris, affectées [à l'entretien] des locaux de garde du camp venaient prendre de l'eau au seul robinet du camp. Selon l'abbé Montmartin, décédé fin janvier 1943, elles ont été violentées et assassinées par des soldats ivres de retour du front de Russie. »
18. En avril 44, Radio Moscou donna la parole à un juif « parisien » qui expliqua qu'il avait été libéré avec 8.000 autres juifs « parisiens » qui se trouvaient en Ukraine au moment de la dernière offensive soviétique. Cette information est reprise par un journal communiste judéo-français Notre Voix, n° 71 d'avril 44, qui écrit :
« L'ARMEE ROUGE POURSUIT LES NAZIS EN FUITE EN ROUMANIE !
DANS SON IRRESISTIBLE MARCHE EN AVANT, ELLE PORTE LA LIBERTE A TOUS LES PEUPLES OPPRIMES !
8 MILLE JUIFS DE PARIS DEPORTES A L'EST SONT SAUVES PAR LES SOLDATS DE L'ARMEE ROUGE !
MERCI !
Une nouvelle qui réjouira tous les juifs de France parvient par les ondes de Radio-Moscou. Qui n'a pas un frère, une soeur, un époux, un parent, parmi les déportés de Paris ? Et qui ne ressentira pas une joie intense à la pensée que huit mille juifs de Paris viennent d'être sauvés de la mort par la glorieuse Armée Rouge ?
C'EST L'UN D'EUX QUI RACONTA A RADIO-MOSCOU COMMENT IL AVAIT ETE SAUVE DE LA MORT, EN MÊME TEMPS QUE HUIT MILLE AUTRES JUIFS PARISIENS. ILS SE TROUVAIENT EN UKRAINE AU MOMENT DE LA DERNIERE OFFENSIVE SOVIETIQUE ET LES BANDITS SS DEVAIENT LES FUSILLER AVANT DE QUITTER LE PAYS.
Connaissant le sort qui leur était réservé et ayant appris que les troupes soviétiques n'étaient pas loin, les juifs déportés décidèrent de s'enfuir. Ils ont été bientôt recueillis par l'Armée Rouge et sont maintenant tous en Union Soviétique. L'héroïque Armée Rouge aura ainsi mérité, une fois de plus, la reconnaissance de la communauté juive de France.
VIVE L'ARMEE ROUGE - LA LIBERATRICE ! »
Ci-contre
la photo de la une de Notre Voix d'avril 1944.
Cliquez sur la photo pour l'agrandir.
Ce texte nous vaut en 1992 le commentaire suivant d'Annette Wieviorka : « En avril 44, les responsables de la presse communiste juive semblent encore ignorer qu'Auschwitz-Birkenau fut la destination principale des déportés de France » (comprenez qu'Auschwitz et ses chambres à gaz étaient le terme du voyage). Nous avons ici une preuve de la bonne foi de certains historiens (sinon ils camoufleraient pareille information) et, en même temps, du désordre qui règne dans leur intellect du fait de leur dogmatisme (teinté de sympathie pour le marxisme chez beaucoup d'entre eux) : cette information ne correspondant pas à ce à quoi ils croient, ils l'assimilent à de l'ignorance ! Pour tout homme de bon sens, bien entendu, l'ignorance n'a rien à voir là-dedans : ou bien Radio Moscou disait la vérité ou elle ne la disait pas, et on ne voit pas pourquoi elle aurait menti (du moins pour l'essentiel) dans une affaire qui, à l'époque, ne pouvait avoir grand intérêt pour l'URSS (ce qui ne fut plus vrai par la suite, quand Beria, sur instructions de Staline, participa activement à la mise en place du mythe des chambres à gaz). Il semble que, raisonnablement, on puisse en tirer deux conclusions :
a) Auschwitz et les autres camps (Treblinka, etc.) ont donc bien été des camps de transit pour certains juifs qui étaient réimplantés en URSS.
b) Le bilan officiel de la déportation des juifs de France est le suivant :- 76.000 déportés,
- 2.500 revenus en France, donc rescapés,
- donc, 73.500 morts (de la main des Allemands).Mais alors, où trouve-t-on dans ce bilan nos 8.000 Parisiens d'Ukraine ? Très probablement, hélas, dans les 73.500 morts. Mais si ces 8.000 juifs ne sont pas revenus en France, ce n'est pas parce qu'ils ont été exterminés par les Allemands, comme on nous le dit, mais plus probablement parce qu'ils ont été retenus en URSS, peut-être même déportés en Sibérie.
Antérieurement, signale Guionnet, d'autres journaux clandestins français comme Le Populaire du 15/10/42, dans un article bien documenté intitulé « Le Martyre des juifs », donnaient des détails semblables :
- « De Bukovine [entre la Roumanie et l'Ukraine], on a reçu une lettre d'un paysan disant qu'il a vu passer un transport de juifs venant de France et se dirigeant vers la Podolie (Ukraine) ; on a tenté d'organiser des secours, mais l'accès de la gare a été interdit. ».
- « De Riga, on signale aussi la présence dans la région de juifs venant de France. De Lodz, un jeune homme a pu réussir à faire parvenir sa photo. » ; or, à cette date, tous les convois partis de France avaient abouti à Auschwitz.
Nous venons de parler de Sibérie et, bien entendu, il nous faut en dire un peu plus. Quelle preuve a-t-on d'une éventuelle déportation en Sibérie par les Soviétiques des juifs réimplantés par les Allemands ? Aucune, mais il faut bien chercher où sont passés nos 8.000 Parisiens. D'une part, ils ne seraient pas revenus en France et il est improbable qu'ils aient émigré massivement ; d'autre part, s'ils étaient restés en Ukraine, on aurait bien fini par le savoir. Par contre, la Sibérie semble de nature à garder des secrets. On a au moins des indices : ainsi Edward Crankshaw, qui a commenté les « Souvenirs » de Krouchtchev parus en France en 1971, écrit :
Krouchtchev « a dû prêter la main à la déportation des juifs d'Ukraine au fin fond de la Sibérie pratiquée par Staline après la guerre. » (...)
« En faisant état des activités antisémites de Melnikov, Krouchtchev passe sous silence les déportations en masse de juifs d'Ukraine, peu après la guerre, alors que lui-même se trouvait à la tête de cette république ». [21]
Précédemment, dans une biographie de Krouchtchev publiée en 1966, Crankshaw disait déjà :
« Il va sans dire qu'il [Krouchtchev] n'avait rien à dire [dans le « Rapport secret »] sur ses propres déportations d'innombrables Polonais de la Pologne ukrainienne ou de la déportation en 1940 de centaines de mille de Lettons, Esthoniens, Lithuaniens, également par Serov (à cette époque, travaillant sous Jdanov), quand la Russie occupa les Etats baltes. Plus tard encore, évidemment, ce fut le tour des juifs -pour autant qu'ils aient survécu à l'occupation allemande et soient rentrés au pays ; curieusement, un grand nombre de juifs de Pologne orientale et des Etats baltes durent leur survie à Krouchtchev, Jdanov et Serov, qui les envoyèrent en Sibérie (où, également, beaucoup moururent) avant que les Allemands ne puissent s'en saisir et les assassiner. » [22]
Nous reparlerons de ces
déportations de juifs polonais de 1940, mais ce qu'on retiendra à ce stade,
c'est qu'il y eut aussi d'après Crankshaw, tout de suite après la guerre
voire tout de suite après le départ des Allemands, déportation massive en
Sibérie de juifs établis en Ukraine, les restrictions que fait Crankshaw (« pour
autant que... ») semblant indiquer qu'à la lumière du dogme de
l'extermination des juifs dans les chambres à gaz d'Auschwitz et ailleurs, il
ne s'expliquait lui-même guère qu'il y ait eu encore en Ukraine des
juifs à déporter en Sibérie.
Les juifs ukrainiens ayant été exterminés d'après les uns, évacués
d'après les autres, on peut se demander si cette « masse » n'était
pas constituée de juifs réimplantés. D'ailleurs, on ne trouve rien sur
ce sujet dans l'histoire des juifs d'Ukraine, ce qui pourrait confirmer que
ces juifs ne faisaient pas partie de cette communauté. Il
serait d'ailleurs étonnant qu'un soviétologue comme Crankshaw (qui avait été
attaché à la Mission militaire britannique à Moscou durant la guerre) avance sans
preuve des faits aussi graves et importants ; certes, les
historiens de la shoah ne nous en parlent pas mais, comme pour eux, les crématoires
d'Auschwitz étaient le terme du voyage de tous ces malheureux, ce fait doit
probablement les déranger et, dès lors, ils préfèrent ne pas en parler. Ils
parlent bien de la dissolution du Comité antifasciste juif, de la persécution
antisémite larvée, de l'affaire dite des Blouses blanches (ou des médecins du
Kremlin), puis, enfin, du projet prêté à Staline de déporter tous les juifs
soviétiques, lequel projet est bien postérieur, mais pas un ne parle de cette déportation en « masse » du
lendemain de la guerre. Cette déportation est tout à fait vraisemblable et
elle pourrait s'inscrire dans cette politique de déportation de tous ceux qui
avaient eu un contact avec le monde occidental et qui, constituant un foyer
d'infection, furent ainsi victimes d'une des phobies les mieux connues de
Staline. Nous avons déjà cité précédemment les Polonais (dont un grand nombre de juifs)
déportés en 1940, les Ukrainiens déportés dans les camps de travail en
Allemagne, les prisonniers de guerre soviétiques et tous les peuples d'URSS qui
furent occupés par les Allemands. On peut encore citer les anciens des Brigades
Internationales d'Espagne, les communistes grecs de Markos, les leaders
communistes étrangers (qui, eux, furent le plus souvent exécutés) et les
Arméniens de France (convaincus par la propagande communiste de rentrer en
Arménie, ils en furent déportés en masse en 1949). [23]
On trouve des informations semblables à celle que donne Crankshaw chez quelques (rares, il est vrai) autres auteurs non spécialisés dans la shoah :
Amy Knight, dans son « Beria » de 1994, dit que Krouchtchev « dut prêter son concours à la déportation des juifs d'Ukraine à la fin des années quarante. » mais elle a dû s'inspirer (sans le préciser) de Crankshaw ; en tous cas, elle ne mentionne pas ces déportations dans la liste des méfaits attribués à Beria ou à ses successeurs à la tête du NKVD (après 1945).
Dans les éditions 1996 et 2000 de Microsoft Encarta, on peut lire à la rubrique « Anti-semitism, VI. Anti-semitism after World War II » un article de Nahum N. Glatzer précisant à l'intention de centaines de millions d'internautes : « Selon un rapport, plus de 400.000 juifs biélorusses et ukrainiens ont été déportés dans des camps de travail en 1949. » (« According to one report, more than 400,000 White Russians and Ukrainian Jews were forcibly deported to labor camps in Siberia in 1949. ») Ce Glatzer était un théologien et un philosophe juif très connu et très estimé (du moins dans le monde juif) ; Encarta indique d'ailleurs à son sujet : « Nahum Norbert Glatzer, Ph. D., late Professor of Religion, Boston University and Professor Emeritus of Jewish History, Brandeis University, Author of « Jewish History » and other books ». Qui donc oserait prétendre qu'on ne peut accorder aucune confiance à un tel homme ?
Dans « Krouchtchev ou l’ascension d’un homme dont on se fait une montagne » publié par Gallimard en 1962 c'est-à-dire au lendemain du XXe Congrès et avant Crankshaw, le Hongrois George Paloczi-Horvath affirme, lui aussi, que des juifs d’Ukraine ont été déportés après le retour des Russes :
Krouchtchev, dit-il tout d'abord (p. 121), aurait menti au XXe Congrès en cachant les déportations d'Ukrainiens : « Deux années d’occupation allemande et le contact avec le système capitaliste-fasciste et l’espoir d’une indépendance nationale avaient contaminé des régions entières de l’Ukraine occidentale et de l’ancienne Ukraine. Des centaines de milliers d’Ukrainiens furent déportés vers l’Est. Ce fut à cette époque le sort de nations entières. »
Paloczi-Horvath précise ensuite (p. 122) : « Cette partie du discours de Krouchtchev [sur les déportations de peuples de l'URSS par Staline] est significative aussi par ses omissions. Il ne fait aucune allusion aux peines et aux déportations massives que lui-même fit infliger aux Polonais. C’est qu’elles étaient manifestement ‘dictées par des considérations militaires’. Mais il n’y avait pas de raisons militaires pour déporter en si grand nombre les Ukrainiens et les juifs d’Ukraine après le retour des troupes soviétiques. Krouchtchev passa sous silence ces déportations ainsi que celles de deux cent cinquante mille Tartares de Crimée et les quatre cent mille Allemands de la Volga. / Selon certains commentateurs, ces omissions seraient dues au fait que ou Krouchtchev lui-même ou le général Serov, qui était encore en 1956 un de ses favoris, furent responsables de ces déportations.»
On peut encore citer Soljenitsyne, parlant du goulag (mais, il est vrai, sans jamais parler formellement des juifs) :
« En 1943, lorsque la guerre tourna à notre avantage, surgit [au goulag] -pour grossir d'année en année jusqu'en 1946- un flot de plusieurs millions d'hommes en provenance des territoires occupés et d'Europe. Il était constitué par deux courants principaux :
- de civils qui s'étaient trouvés dans les régions occupées par les Allemands ou qui avaient été emmenés en Allemagne (...)
- des prisonniers de guerre (...) »
Et encore :
« On jugea avec plus d'âpreté et de rigueur ceux qui avaient séjourné en Europe, fût-ce à titre d'esclaves, comme Ostarbeiter, car ils avaient entr'aperçu un petit bout de la vie européenne et pouvaient en parler (...) C'est pour cette raison-là, et nullement pour le simple fait qu'ils s'étaient rendus, que l'on jugea la plupart des prisonniers de guerre et, en particulier, ceux d'entre eux qui avaient vu en Occident un peu plus qu'un camp de la mort allemand. »
Paloczi-Horvath confirme (p. 126) que les troupes soviétiques de retour de la guerre furent soumises à de longues quarantaines dans des camps de rééducation du fait qu’elles avaient pu voir que le niveau de vie était plus élevé en dehors de l’URSS ; ceux des soldats qui semblaient particulièrement contaminés furent, dit-il, déportés au goulag.
Si certains dans la région pouvaient témoigner valablement
sur cet Occident, c'étaient en effet, avec les Arméniens de France, les juifs
est-européens qui y avaient émigré dans les années 30 puis en avaient été
déportés par les Allemands, bref, les juifs de Belgique, de France (dont nos
8.000 Parisiens d'Ukraine), de Hollande et d'ailleurs non sélectionnés pour le
travail à Auschwitz et réimplantés en Ukraine et en Biélorussie. Ils ont pu
être eux aussi emportés par ce courant dont parle Soljenitsyne et cela, dans
un relatif anonymat, raison pour laquelle on n'en trouverait pas trace (en
dehors de nos 8.000 Parisiens dont nous avons eu connaissance par hasard),
notamment dans les statistiques des camps ou des zones spéciales soviétiques.
A moins encore qu'ils n'aient été soigneusement mis à l'écart par la suite
puisque le simple fait qu'ils étaient bien vivants ruinait le mythe des
chambres à gaz d'Auschwitz que Beria était en train d'organiser. Autre
explication à cette déportation, laquelle explication n'exclurait pas
nécessairement les deux précédentes : les juifs auraient été souvent
réimplantés dans des kolkhozes (ce fut vrai, par exemple, en Ukraine du Sud
dans la zone roumaine) et ils auraient été déportés plus loin simplement
parce que les autorités soviétiques voulaient récupérer au plus vite l'outil
vital que constituaient les kolkhozes (en 1946, l'Ukraine connut la plus grave
disette depuis 1890).
Mais, dira-t-on, est-il vraisemblable qu'il n'y en ait pas eu l'un ou l'autre à
revenir et à témoigner ? D'une part, beaucoup de réimplantés -tous des inaptes- avaient déjà dû périr de misère, de maladie, de faits de guerre
et, bien entendu, des bavures de la lutte antiguérilla voire de massacres
organisés. Ils ne devaient probablement pas être nombreux à avoir survécu à
toutes ces épreuves. La félonie de leurs libérateurs communistes a dû
les plonger dans le désespoir le plus noir et les achever. (Comme on le voit, on ne peut
prétendre que la thèse révisionniste serait une tentative pour
donner une image adoucie du sort des inaptes juifs.) D'autre part, comme les
historiens professionnels ont organisé l'occultation de tout ce qui était
contraire à la thèse des chambres à gaz, les éventuels rescapés n'auraient
pas eu la possibilité de parler ; nous ajoutons qu'en France du moins, les
survivants éventuels ne pourraient témoigner de ce qu'ils sont bien vivants
sans courir le risque de se retrouver en prison en vertu de la loi
antirévisionniste du camarade Gayssot.
Mais direz-vous encore, comment ces 8.000 juifs parisiens auraient-ils pu ne pas être repérés par les officiels français ? Il y a deux thèses, qui ne s'excluent d'ailleurs pas tout à fait. La première est que les autorités françaises, faisant preuve de réalisme, ne se préoccupèrent pas beaucoup de leurs ressortissants retenus en URSS. [24] La deuxième est que la France n'en sut rien. D'une part, ces 8.000 juifs (même s'il y en eut d'autres ailleurs) étaient très minoritaires dans une masse de 1,5 million de ressortissants français (ce que n'étaient pas la plupart des juifs déportés) qui se trouvaient dans la zone russe (PG, STO, ...). D'autre part, les autorités soviétiques montrèrent beaucoup de mauvaise volonté (elle n'était pas comprise par les intervenants français et ne pouvait l'être, vu le prestige de l'URSS) et contrarièrent systématiquement les efforts des délégués français chargés de localiser leurs ressortissants. Finalement, le rapatriement des ressortissants français fut anarchique et emprunta des voies incompréhensibles ; Annette Wieviorka cite le général Catroux, ambassadeur à Moscou, qui évoque « (...) l'étrange odyssée de ces Français, qui, libérés en avril de Prusse orientale, avaient nomadisé sur les voies ferrées de l'URSS pour aboutir, par un mystère impénétrable, en septembre sous le cercle polaire. Au reste, la divagation des camps sur l'étendue de la plaine russe fut un des phénomènes curieux de cette époque. Des trains les emportaient pendant des semaines dans des directions incertaines, s'arrêtant pendant des journées puis se remettant en marche avec leur chargement de prisonniers (...) ». D'après le document diffusé par FR3, ils furent nombreux à ne pas redescendre du cercle polaire : des dizaines de milliers de Français ! On admettra, dans ces conditions, que distraire quelques dizaines de milliers de juifs occidentaux, apatrides pour la plupart, qui plus est, réimplantés dans l'URSS profonde et qu'on croyait déjà assassinés, aurait été facile pour les Soviétiques. [25]
On notera que l'explication donnée ci-dessus de l'attitude bienveillante des autorités françaises et de la faiblesse de leur réaction n'est pas entièrement satisfaisante ; ainsi, selon le capitaine C. Van der Borght, chef de la Mission belge de rapatriement en Pologne, son collègue français, le capitaine Massonnet, a rapporté l'incident suivant : « (...) en septembre 1945, il y avait dans une gare de Varsovie un train avec, à bord, plus de mille prisonniers français libérés des camps nazis, mais aussi des Belges, des Hollandais et d'autres étrangers. Le train devait partir pour Berlin, première étape sur le chemin de leur rapatriement. On organisa une cérémonie avec des fleurs, des discours et de la musique. Même la présence des autorités françaises était assurée. Tout fut filmé et enregistré. Soudain, et alors que personne ne s'y attendait, on annonça que la voie ferrée Varsovie-Berlin avait été rendue impraticable à la suite d'une obstruction ... et il fut décidé d'envoyer le train à Moscou. Aucun des passagers ne retourna dans son pays. Le film tourné à cette occasion fut projeté à Nancy en 1947. Il donna lieu à des crises d'hystérie, car, dans la salle, de nombreuses personnes avaient reconnu l'un ou l'autre membre de leur famille parmi les passagers du train. Par la suite, le film disparut sans laisser de traces... ». [26]
Cette rétention d'un certain nombre d'Occidentaux aurait
donc été connue de nos autorités, lesquelles l'auraient occultée grâce au
fait que, tout de même, la plupart des prisonniers revinrent dans le cadre des
accords de rapatriement conclus avec l'URSS. Ouvrons une parenthèse pour nos
jeunes lecteurs, car tout cela ne figure pas dans leurs livres d'histoire : ils
doivent savoir qu'à la suite des accords de Yalta, les Occidentaux livrèrent
2.000.000 de personnes à l'URSS (dont des Russes émigrés à l'époque de la Révolution
de 1917 !) ; on vit même les Américains remettre aux Soviétiques des
prisonniers de guerre belges qui venaient de se sauver de la zone soviétique et
qu'ils avaient probablement pris pour des Soviétiques ; encore plus étonnant :
ainsi que l'atteste une circulaire du ministre belge chargé du rapatriement,
Marcel Grégoire, la mission de rapatriement soviétique Dragoun rafla elle-même
des citoyens soviétiques (du moins supposés tels) dans les rues de Bruxelles
(et Paris). En reconnaissance de nos turpitudes, les Soviétiques ne pouvaient
donc pas ne pas rendre -à regret, car ils avaient besoin d'esclaves- la plupart
de nos concitoyens.
Maintenant que le communisme est-européen -compère du sionisme, au moins en la
matière- a été balayé, la vérité va sans doute faire surface ; c'est
actuellement le cas en Hongrie : on y reparle, enfin, de choses qui étaient
connues au lendemain de la guerre mais que les communistes, les sionistes et
leurs complices historiens avaient occultées. Ainsi, Franz A. Vajda, historien
hungaro-belge, rapporte qu'en 1995, un chercheur de l'Institut d'Histoire de
l'Académie des Sciences de Budapest, Tamàs Stark, a publié un livre traitant
du cas de 30.000 juifs hongrois déportés par les Soviétiques, à savoir :
a) des juifs, qui n'avaient pas été déportés par les Allemands et étaient restés en Hongrie. En 1944/début 1945, les Soviétiques raflèrent quelque 600.000/700.000 Hongrois en principe non juifs (dont quelque 250.000 réfugiés en Autriche et en Allemagne) et les envoyèrent au goulag pour aider à reconstruire la « Patrie du Socialisme » qu'ils étaient accusés d'avoir contribué à détruire. Parmi eux, 65.000 (dont 5.000 enfants et vieillards) étaient censés appartenir à la minorité allemande de Hongrie ; en fait, les Soviétiques (qui avaient obtenu l'accord des Occidentaux à Yalta sur cette nouvelle déportation ethnique) auraient déporté ceux qui portaient un nom allemand sans appartenir pour autant à cette communauté : parmi eux, quelques juifs hongrois, bien que l'accord soviéto-hongrois les excluait de cette déportation. On estime que 400.000 de ces déportés civils seraient revenus entre 1945 et 1956, les autres ayant péri au goulag, mais, globalement, le sort des Hongrois allemands fut encore moins enviable. Les rares survivants viennent de se voir allouer par le gouvernement hongrois une indemnité de 10 $ par mois de captivité.
b) des juifs qui avaient été déportés à Auschwitz par les Allemands en 1944. Tamàs Stark cite le témoignage de Zoltan B., juif de Budapest déporté à Auschwitz depuis Csörgö le 15/5/1944. Evacué à pied le 18/1/1945 vers Gleiwitz puis par train vers l'intérieur du Reich, Zoltan B. fut capturé en cours de route par les Soviétiques avec 40 de ses compagnons. Ils furent transférés à Kattowitz (près de Cracovie) où ils demeurèrent du 2/2/1945 au 22/3/1945 puis à Czestochowa dans un grand camp où étaient concentrés d'autres détenus libérés. Le 26/5/1945, alors que la guerre était finie depuis 2 semaines, Zoltan B. et 850 autres juifs hongrois furent envoyés à Slutsk (Biélorussie) au goulag n° 194. Stark cite beaucoup d'autres cas individuels de juifs hongrois envoyés également au goulag, par exemple ceux de juives détenues au camp allemand de Stutthof (Danzig), capturées en Pologne par les Russes et déportées sur les bords de la Volga ou encore celui de Géza F. qui, libérée à Mauthausen (Autriche) fut repérée en mai 1946 à Vorkuta dans le Grand Nord russe. On notera encore une fois que tout cela était bien connu : ainsi, les journaux hongrois du lendemain de la guerre, relate encore Stark, diffusaient souvent des avis de recherche de la part des familles des malheureux déportés juifs (on comprendra que nous nous limitions à leur seul cas) comme : « Qui a des nouvelles de Istvàn F. qui a été arrêté par les Russes à Mauthausen ? » ou encore « Qui peut nous renseigner sur Arpàd T. qui a été capturé par les Russes en mai 1945 à Gunskirchen [Mauthausen] et envoyé en Russie ? »
30.000 juifs hongrois auraient été déportés mais des statistiques partielles suggèrent qu'il aurait bien pu y en avoir davantage : ainsi, selon Stark, le Mazot (comité d'entraide juif) de Budapest estimait début 1946 que 8.617 juifs de Budapest avaient été déportés en URSS et à Erdély (actuellement en Roumanie), on estimait que 8.000 juifs de la ville avaient connu le même sort. Mais, Stark n'est pas un auteur isolé et d'autres auteurs hongrois (dont certains sont juifs comme George Bàràny, Judit Molnàr et Teréz Mozes) relatent des faits semblables pour d'autres villes ; Mozes s'est plus particulièrement intéressée aux juifs de Nagyvàrad (aujourd'hui Oradea Mare en Roumanie) ; elle relate qu'en mars 1945, de nombreux juifs de cette localité, déportés à Auschwitz, furent libérés à Lublin et rapatriés par fer via Lvov mais à Tchernovitz (actuellement Cernauti en Bucovine du Nord), leur train fit demi-tour et les emmena au goulag de Slutsk cité ci-dessus. D'autres juives hongroises libérées à Guttawa furent déportées à Kuybishev sur la Volga (sont-ce les mêmes que ci-dessus ?). La plupart de ces juifs et juives seraient morts au goulag ; quelques-uns de ces malheureux revinrent après 1950. On notera aussi au passage que d'après ce qu'ont dit ces rescapés, les camps allemands -en dehors de la période chaotique de la fin de la guerre- leur ont paru préférables.
On comprend mieux les raisons qui poussent les communistes survivants (comme Gayssot) et les juifs à faire alliance pour bâillonner les révisionnistes par voie légale.
Certes, Staline n'aimait guère les Hongrois et pas davantage les juifs ; on en déduira qu'il devait détester tout particulièrement les juifs hongrois. En fait, il faudrait une page entière pour énumérer tous les peuples qui étaient dans cette situation et on peut supposer que d'autres juifs (dont des Belges, des Français et des Hollandais ?) connurent un sort semblable. On admettra enfin que la thèse de la déportation massive en Sibérie de juifs inaptes réimplantés en URSS (dont nos 8.000 Parisiens) est tout à fait plausible. [27]
***
Certes, il faut constater que tous ces témoignages et
documents sur ces fameuses zones de réimplantation sont rares et parfois de
valeur discutable, mais tout de même...
Il y a notamment une lacune dans l'argumentation des révisionnistes : la
rareté voire l'absence de témoignages, de documents et de photos sur la sortie
des camps de transit et de tri des juifs qui n'y avaient pas été retenus pour
le travail. Par contre, il y aurait pléthore de témoignages de détenus (des
détenus sélectionnés pour le travail à Auschwitz) en
faveur de la thèse de l'entrée des inaptes dans le camp d'Auschwitz en
direction des installations de gazage. Voyons cela de plus près.
Il nous faut bien distinguer deux périodes : avant mai 1944 et après mai 1944.
Pour 1942/1943, les détenus de Birkenau ne témoignent jamais avoir vu passer les inaptes, ce qui incite, en bonne logique, à penser qu’ils n’entraient pas dans le camp et ne pouvaient donc y avoir été gazés. Les seuls témoignages dont on dispose sont ceux des déportés eux-mêmes à leur arrivée à Auschwitz. Tous disent à peu près la même chose :
Leur train n'est pas entré dans le camp de Birkenau. Et pour cause : à cette époque, il n'y avait pas d'embranchement particulier à Birkenau.
Ils sont descendus du train à la gare de marchandises d’Auschwitz, entre les camps d'Auschwitz I (où, admet Pressac, on n'a jamais pratiqué que des gazages expérimentaux et cela antérieurement à l'arrivée en masse des juifs) et de Birkenau (où on a gazé pratiquement tous les juifs, d'abord dans les Bunkers 1et 2 puis dans les grands Kremas, surtout les Kremas II et III).
Les aptes (rappelons que ce sont eux qui témoignent) y ont été sélectionnés et ont pris à pied le chemin soit d’Auschwitz I, soit de Birkenau (où les inaptes sont sensés avoir été conduits) soit encore d’Auschwitz III (en camions).
Les aptes ont vu les inaptes (c’est-à-dire leurs malheureux parents, femmes et enfants qu'ils suivaient des yeux) monter dans de grands camions avec remorques frappés de l'emblème de la Croix-Rouge.
Souvent, ils ont vu ces camions démarrer.
Aucun n’a témoigné avoir vu ces camions se diriger vers Birkenau ; par contre, certains affirment les avoir vu partir dans la direction opposée. [28]
La conclusion
à en tirer est que ces
camions devaient conduire les inaptes
dans des ghettos du Gouvernement Général d'où ils étaient extraits par la suite pour être
chargés dans des trains spéciaux à destination des camps de transit de l'est du Gouvernement Général (Treblinka, Belzec,
Sobibor).
On notera d'ailleurs
que, quand les
détenus arrivaient à Birkenau en camion (venant de camps de travail proches
qui venaient d'être fermés), la sélection se faisait également à l'entrée du camp et non pas à
l'intérieur ; or, si, à cette époque, les trains ne pouvaient entrer dans le camp, par contre,
les camions, eux, le pouvaient et, logiquement, dans une hypothèse
exterminationniste, la sélection aurait dû se faire à proximité des
supposées chambres à gaz, c'est-à-dire très à l'intérieur du camp.
Au début de 1944, se produisirent simultanément 3 événements importants et cette simultanéité peut être la cause d’une erreur d’optique qui fausse la compréhension de l’histoire d’Auschwitz :
Les Allemands perdaient soudainement toute possibilité de réimplantation des juifs en Ukraine à la suite de la perte brutale et imprévue de cette région.
Ils mettaient en service l’embranchement particulier de Birkenau, lequel devait enfin permettre l’entrée des convois et les opérations de sélection à l’intérieur du camp et non plus à la gare de marchandise d’Auschwitz : les inaptes entrent donc dans le camp ce qui n’était qu’exceptionnel auparavant. Pas toujours en train, d'ailleurs, car l'afflux de déportés fut tel que de nombreux juifs durent descendre à la gare de marchandises d'Auschwitz.
Ils procédaient à la déportation massive des juifs hongrois, que la mise en service de l’embranchement particulier allait faciliter.
. En résumé, ces trois événements allaient contribuer :
à faire entrer des masses d'inaptes dans le camp de Birkenau,  
et, même, à les y maintenir [et, également, à en sauver un certain nombre car la réimplantation en Ukraine en 1942 et 1943 a été suivie par la déportation en Sibérie en 1944 des inaptes qui avaient survécu]. En effet, les Allemands ne savaient plus guère où les réimplanter.
On peut en plus leur opposer les arguments suivants :
Pourquoi, diable, aurait-on vu les inaptes passer en 1944 et pas en 1942/1943 ? On les gazait déjà à cette dernière époque, qui plus est dans les mêmes installations auxquelles on accédait par les mêmes chemins.
Ces témoins n’étaient tout de même pas de guet toute la journée et leurs conclusions sont pour le moins imprudentes. On peut d'ailleurs leur opposer le témoignage de nombreux déportés manifestement inaptes passés sous leurs yeux en direction des crématoires et qui n'ont pas été gazés pour autant ; ils témoignent avoir été épouillés puis transférés presque aussitôt dans d'autres camps sans même avoir été immatriculés à Auschwitz. [29]
Ils ne tiennent pas compte d’un fait dont ils pourraient pourtant témoigner, à savoir que l’organisation de Birkenau était telle que les inaptes devaient (habituellement, car dans les faits il en allait parfois différemment) emprunter la même voie pour aller au Sauna (premier lieu d’accueil) mais ne pouvaient pas reprendre le même chemin pour entrer dans les baraquements qui leur avaient été assignés dans le BII et le BIII, ne fût-ce que parce que ces camps ne s’ouvraient pas sur la Haupstrasse ! Il suffit de regarder le plan de Birkenau pour s’en convaincre facilement.
Ils ne tiennent aucun compte d’un autre fait dont ils pourraient également témoigner, à savoir que les départs de Birkenau ne se faisaient pas habituellement depuis l’embranchement particulier mais depuis la gare de marchandise d’Auschwitz en dehors du camp ; les détenus mutés s’y rendaient à pied (les valides) ou en camion (les inaptes). On se remémorera par exemple l’épisode de la prétendue extermination des Tziganes en août 44 : on les a fait monter dans des camions qui, disent les historiens, les ont conduits aux crématoires après avoir pris la direction -opposée- de la gare d’Auschwitz (pour tromper les malheureux Tziganes, nous affirme-t-on sans rire !) : en fait, les camions ont bien conduit les Tziganes à la gare des marchandises d’Auschwitz où ils ont embarqué dans un train pour Buchenwald.
On pourrait aussi leur opposer ce qui n'est pas à vrai dire un argument mais une hypothèse. Les registres mortuaires d’Auschwitz (les Sterbebücher) s’arrêtent au 31/12/43, ce qui est vraiment bizarre ; or, personne n’affirme qu’il n’y en a pas eu en 1944 ; on connaît l’administration allemande : elle est effrayante de régularité et d’efficacité ; parfois même, elle a encore organisé des comptages en mai 45, alors que le chaos s’était installé depuis belle lurette en Allemagne ; il est donc impensable que la SS d’Auschwitz n’ait pas rédigé des actes de décès en 1944 ; ceux-ci étaient rédigés en 3 exemplaires : un pour Auschwitz, un pour Gleiwitz et un pour Berlin. Comment est-il donc possible qu’on n’ait pas récupéré les Sterbebücher de 1944 ? On n’aurait même pas retrouvé un seul acte de décès : le Musée d’Auschwitz en a récupéré des milliers (originaux et copies) pour 41 à 43 mais il prétend n’en avoir aucun pour 1944 ! Ne serait-ce pas parce qu’on y trouverait les actes de décès de nombreux enfants et aussi de personnes âgées prétendument gazés anonymement (ce qui ne peut être le cas pour 1942/1943 puisque, ainsi que nous l’avons vu, les inaptes n’entraient pas dans le camp) ? [30]
A cette apparente pénurie documentaire, on peut opposer le fait que, du moins en Occident, l'accès aux archives est réservé aux seuls historiens : il n'est pas excessif ni malveillant de prétendre a priori qu'ils procèdent, fût-ce inconsciemment, à un choix dans les documents, exhumant ceux qui leur semblent conforter la thèse qu'ils sont chargés ou se sont chargés de défendre et laissant dans l'ombre tout ce qui pourrait conforter la thèse révisionniste (par exemple, le rapport de septembre 42 de la SS parisienne au sujet des baraquements destinés à un camp en Russie). On ne le répètera jamais assez : si on laissait les révisionnistes chercher, si on ne les persécutait pas d'une façon non seulement abjecte mais surtout suspecte, peut-être auraient-ils déjà comblé cette lacune.
NOTES
| [1] |
Frank ajoutait : « Nous pouvons toutefois faire en sorte qu'ils s'éteignent [« Vernichtungserfolg »] et ceci en coordination avec les mesures décidées dans le Reich ». Werner met ce passage en parallèle avec :
Il existe plusieurs versions de ces propos de Frank (lequel parlait beaucoup et surtout à tort et à travers) ; par exemple : « Il est certain que la grande migration va commencer. Mais que vont devenir ces gens ? Pensez-vous qu'ils se fixeront dans les villages de l'est ? On nous a dit à Berlin : 'Pourquoi faire tant d'histoires ? Nous n'en voulons pas davantage dans l'Ostland. Laissez les morts enterrer leurs morts.' » |
| [2] |
Toutefois, ce furent des activistes baltes eux-mêmes qui furent responsables de ces massacres ; ils se vengeaient ainsi sur les « judéo-communistes » des souffrances que les Soviétiques leur avaient fait subir au cours de l'année précédente. Le premier train de juifs berlinois partit le 18/10/1941. Celui du 27/11/1941 fut intercepté à Skiatowa (Riga) par les activistes locaux, qui fusillèrent les 1.030 personnes du train en même temps que des juifs indigènes. |
| [3] |
En ce qui concerne l'attitude de Hitler face à ces massacres réels et imaginaires, on peut encore relever ce qu'a dit David Irving au procès Zündel :
|
| [4] |
Israelitischen Wochenblatt für die Schweiz, Nr 42, 16/10/42, p 10-11, cité par Mark Weber (« In letzter Zeit bemerkte man in Riga Transporte von Juden aus Belgien und anderen Ländern Westeuropas, die jedoch sofort wieder nach unbekannten Bestimmungsorten weiterfahren. Im Ghetto von Riga fanden, so heisst es. am 30. November und 8. Dezember Pogrome statt, dienen sehr viele Juden zum Opfer fielen. ») |
| [5] |
Gerald Fleming, « Hitler et la Solution Finale », Julliard, 1988. |
| [6] |
« Jewish resistance in Nazi-occupied Eastern Europe », Elek Books, London, 1974. |
| [7] |
« Roads to Extinction », New-York-Philadelphia, 1980, p 305. |
| [8] |
The New York Times, June 15, 1943, p 8, cité par A. R. Butz. |
| [9] |
« Kalkulierte Morde », Hamburg, 1998. |
| [10] |
Klarsfeld dit que ce convoi était composé d'hommes destinés à être mis au travail, ce qui pourrait expliquer qu'il court-circuita Auschwitz ; une sélection aurait en quelque sorte été opérée au départ, mais, dans ce cas, que faisaient dans le convoi ces 12 enfants de 12 à 17 ans dont il signale la présence ? |
| [11] |
Il a été dit aussi que fin 41/début 42, de nombreux juifs du ghetto de Lodz furent envoyés dans les camps d'assèchement des marais du Pripet (région de Pinsk) et dans les colonies agricoles juives de Krivoï Rog dans l'est de l'Ukraine. Reitlinger n'y croit pas : « En fait, les allusions aux colonies juives de Krivoï Rog et aux camps d'assèchement des marais de Pinsk peuvent provenir de cartes postales envoyées au cours d'une opération de maquillage. » Evidemment bien sûr ! Nous l'avons déjà vu dans le Tome 1 : quand les Allemands envoyait un camion chargé de juifs dans la direction des crématoires, c'était pour les gazer et quand ils l'envoyaient dans la direction de la gare, c'était encore pour les gazer après leur avoir fait croire qu'ils allaient prendre le train. De même, quand les déportés ne donnaient pas signe de vie, c'est qu'on les avait gazés et quand ils envoyaient du courrier, c'est qu'ils avaient également été gazés. Les gens de bon sens auront du mal à croire que les Allemands poussaient le souci du camouflage jusqu'à faire envoyer des cartes postales depuis des camps imaginaires. |
| [12] |
Par exemple, Klarsfeld résume bien le rapport de Ahnert mais pas ce passage-là. |
| [13] |
En ce qui concerne Treblinka, on relèvera que le 11/7/42, alors qu'aucun déporté n'y avait encore mis les pieds, le ministre de l'intérieur du gouvernement polonais en exil, S. Mikolajczyk, parlait déjà des gazages de masse qui s'y pratiquaient : « (..) En tout, 2.500 juifs ont été tués et les 25.000 juifs restants ont été envoyés à Belzec et Tremblinka. A Izbica Kujawska, 8.000 juifs ont été envoyés dans une direction inconnue. A Belzec et Tremblinka, les juifs ont été gazés (...) » ! |
| [14] |
Arrivé en avril 1942 à Rawa Ruska (près de Belzec), un PG français précise que l’écartement des voies russes est plus grand [Nous pensions que c’était l’inverse mais peu importe.] : « C’est un gros problème pour les Allemands qui ont commencé à certains endroits à modifier les voies ferrées en y ajoutant un rail intermédiaire, (…). En attendant, les marchandises et les personnes doivent être transbordés. Les PG français travaillent sur ces voies. » (Paul Chevallier, « Les chemins qui menaient à Rawa-Ruska », Editions des Ecrivains, 2000, p. 176). |
| [15] |
Il est vrai qu'ils fonctionnèrent aussi dans l'autre sens (mais dans une moindre mesure) pour les juifs de Bialystok (Treblinka), de Biélorussie (Sobibor) et de Galicie orientale (Belzec), ce qui peut s'expliquer par le fait que ces camps étaient des centres de tri. On notera aussi que, dès 1940, les Allemands avaient créé des camps de travail le long de la frontière avec l'URSS (avant juin 41, le district de Lvow appartenait à l'Ukraine) et y avaient déjà envoyé de nombreux juifs pour assécher des marais et construire des fortifications de la « Ligne Otto » : Belzec était l'un des principaux de ces camps. |
| [16] |
Pierre Marais, « Les camions à gaz en question », Polémiques, 1994 |
| [17] |
Kube, accusé de complaisance pour les juifs, était en conflit ouvert avec les Einsatzgruppen (et tout particulièrement avec leur représentant local, le Dr Strauch, dont il dit le plus grand bien dans sa lettre !) de sorte que la sauvagerie qu'il décrit dans sa lettre étonna les juges de Nuremberg eux-mêmes. D'après Reitlinger, Strauch affirma que Kube (qui, manifestement, essaya de protéger au moins les juifs du Reich) ne l'avait écrite que pour dissiper chez Himmler les accusations de mollesse dont lui-même et sa police étaient victimes. Comme on va le voir, les conclusions à en tirer ne changent pas avec l'explication donnée à sa lettre. |
| [18] |
Il y a un mystère autour de ces camps d'Ozaritschi. En
effet, l'offensive des Russes du début 1944 fut limitée à l'Ukraine et la
progression des Russes épousa (assez curieusement, d'ailleurs) la frontière
entre la Biélorussie et l'Ukraine ; de la sorte, Ozaritschi ne put pas être
libérée le 19/3/44 mais 4 mois plus tard, le 15/7/44 (voir notamment « Der
grosse Atlas zum II. Weltkrieg », Bechtermünz Verlag). La presse
clandestine de l'époque en parla (par exemple le journal belge communiste Radio-Moscou
du 2/5/44) en se référant à un communiqué de la
célèbre « Commission extraordinaire d'Etat
d'enquête sur les atrocités etc.
» du 30/4/44. |
| [19] |
IMG Nürnberg, Band 6, 29 Jan 46, Vormittagssitzung. |
| [20] |
Editions Oris, septembre 1945, 223 pp |
| [21] |
Melnikov remplaça (une première fois) Krouchtchev, rétrogradé au poste de premier ministre, à la tête du PC ukrainien en 1946. En fait, il est probable que ces déportations furent ordonnées par Staline et exécutées, comme toutes les autres, par Beria, Koboulov et Serov. |
| [22] |
Dans le « Rapport secret » au XXe Congrès du PCUS de 1956, Krouchtchev parle de la déportation des Karatchaï, des Kalmouks, des Tchètchènes (dont Raspoulatov, ancien président du Parlement russe et rival de Eltsine), des Ingouches et des Balkars. Il a « oublié » les Allemands, les Bulgares, les Grecs, les juifs, les Tatars et d'autres. En ce qui concerne les Ukrainiens, Krouchtchev a précisé, sous les rires du Congrès, qu'ils « n'évitèrent ce sort que parce qu'ils étaient trop nombreux et qu'il y n'y avait pas d'endroit où les déporter. Autrement, il [Staline] les aurait déportés aussi. » |
| [23] |
France 3 a diffusé en septembre 95 un documentaire sur le
sujet (« Zek, l'Internationale du Goulag » de Thibaut d'Oiron et Peter
Hercombe). Il expose notamment le cas d'un juif ukrainien déporté par les
Allemands puis -pour cette raison- déporté en Sibérie par les Russes à sa
libération. |
| [24] |
Cf. le documentaire « Les Français du Goulag » diffusé par FR3 fin 94. |
| [25] |
On notera que les Allemands ne cherchaient pas à séparer les déportés de même origine ; bien au contraire. |
| [26] |
Extrait de « Nos prisonniers du Goulag » de Willy Fautré et Guido De Latte, Association Chrétienne pour l'Eglise du Silence, 1980. |
| [27] |
Bien qu'en l'occurrence il ne s'agisse peut-être pas
de juifs occidentaux réimplantés en URSS par les Allemands mais de juifs occidentaux
réfugiés en URSS (Polonais de la zone allemande), on peut encore citer
le témoignage d'une personne connue : celui de Nathalya Charansky, la femme de
Anatoly Charansky, célèbre activiste juif d'URSS et ministre de Netanyahu et
Sharon. Dans une interview donnée à Catherine Chaine et parue dans Elle
du 8/8/77, elle racontait que ses parents, juifs polonais, s'étaient enfuis de
Pologne sous l'occupation allemande pour se réfugier en URSS. Bien qu'ils aient
cherché à cacher leurs origines juives et se soient comportés comme des
communistes soviétiques fanatiques, ils furent déportés en Sibérie en 1946
« comme tous ceux qui avaient habité à l'étranger ». Ils ne reçurent
l'autorisation de revenir à Moscou qu'en 1966 (avec leurs deux enfants nés en
Sibérie). |
| [28] |
Les témoins ont vu les inaptes monter dans des camions et
on leur a dit, par la suite, qu'ils avaient été gazés. Où allaient
ces camions ? Les témoins ne peuvent le préciser. Toutefois, Aynat
relève que, dans deux cas au moins, ils disent avoir vu les camions partir dans
une direction opposée au camp de Birkenau :
- Témoignage d'un d'un juif hollandais arrivé le 9/10/42 (il
s'agit de la 10ème « Sonderaktion
» du Professeur Kremer) : « Le groupe
des femmes, des enfants et des vieillards fut chargé dans 3 grands camions
avec remorques et fut envoyé en direction d'Auschwitz I. » Pour plus de détails, voyez notre article «
La sélection à l’arrivée à Auschwitz. Les camions chargés
d’inaptes allaient-ils vers les chambres à gaz ou vers les ghettos polonais
? Exemple d’interprétation d’un témoignage à la lumière du dogme » ; on y verra comment un commentateur à
l'esprit tordu conclut de ce témoignage que les inaptes allaient dans la direction
opposée à celle qu'indique le témoin !
Aynat relève tout de même aussi la preuve documentaire (le « Livre du Chef
de la garde du camp ») de ce qu'un convoi entra au complet dans le camp à
cette époque, celui de 1.710 juifs hollandais arrivé le 17/10/42 et soumis à
l'opération de la sélection le lendemain en présence du Professeur Kremer. La
lecture du journal de ce médecin SS donne à penser qu'en une autre occasion
(le 7/10/42), la sélection aurait pu également se faire à l'intérieur du
camp et non pas à l'extérieur (« Draussen ») ainsi qu'il l'indique
explicitement à 3 reprises. |
| [29] |
Deux exemples tirés de Gilles Cohen, « Les matricules tatoués des camps d’Auschwitz-Birkenau », Les Fils et Filles des Déportés Juifs de France, Paris, 1992 :
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Nous en reparlerons en annexe 9. |
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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"