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Henri ROQUES

Les confessions de Kurt Gerstein,

étude comparative des différentes versions

 

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CHAPITRE II

 

Authenticité des textes

 

 

[2/2]

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2e erreur:

A la page 8 de T VI, on lit: ich traf dann Herrn von Otter noch 2 mal in der schwedischen Gesandtschaft, c'est-à-dire: "je rencontrai ensuite Monsieur Von Otter, encore deux fois, à l'intérieur de la Légation de Suède".

Dans les textes français T I et T II, Gerstein a écrit qu'il avait revu le Baron Von Otter une fois (T I) ou deux fois (T II) à la Légation suédoise. La langue allemande est plus précise que le français dans l'emploi des prépositions. Ainsi, en français, "à la Légation suédoise peut aussi bien signifier: à l'intérieur de la Légation suédoise que près de ou devant la Légation suédoise.

[285]

Où Gerstein a-t-il effectivement revu Von Otter? Nous le savons par le diplomate suédois qui, à plusieurs reprises, a dit que Gerstein s'était trouvé devant lui dans une rue proche de la Légation de Suède (Joffroy, op. cit, p. 173 et Friedlaender, K.G. p. 115).Si Gerstein avait été l'auteur de T VI, il aurait donc écrit en allemand: bei (ou vor) der schwedischen Gesandtschaft, mais certainement pas in, puisqu'il n'est pas entré dans la Légation.

Nous avons encore été intrigué par un autre passage de T VI. A la page 4, ligne 9, on lit: Sonderkommando Belcec der Waffen SS; il s'agit d'une inscription portée sur une pancarte à l'entrée du camp de Belzec. Si cette inscription a été reproduite avec exactitude dans T VI, nous comprenons difficilement que Gerstein l'ait traduite dans ses versions françaises T I et T II par: "Lieu de service de la S.S. Armée". L'Obersturmfuehrer a prouvé par l'ensemble des textes qu'il a rédigés en français qu'il connaissait suffisamment notre langue pour traduire par: "commando spécial (ou encore: équipe spéciale) de Belzec de la Waffen S.S.". Si Gerstein a écrit "lieu de service", on peut penser qu'il a lu sur la pancarte Dienststelle et non Sonderkommando. Le mot Sonderkommando ne serait-il pas une fabrication des rédacteurs de T VI ? On sait que le mot Sonder..., jamais employé seul, est très usité en allemand. Par exemple, on parle de Sonderzug (train spécial), de Sondernummer (numéro spécial de journal) etc. Mais, après la Seconde Guerre mondiale, certains ont voulu donner à ce mot Sonder un sens caché, quasi-diabolique. C'est ainsi que Sonderaktion (action spéciale) ou Sonderbehandlung (traitement spécial) signifient pour eux, sans qu'ils apportent de preuve convaincante à l'appui: action ou traitement ayant pour but l'extermination, en particulier dans les chambres à gaz homicides.

En conclusion, l'étude que nous venons de faire de T VI nous incite à penser que ce document a été "construit" à partir des textes écrits en français, notamment à partir de T V. On peut émettre l'hypothèse que, si l'on a jugé bon de rédiger un texte en langue allemande, c'est qu'il paraissait peu plausible que l'Allemand Gerstein n'ait laissé aucun récit écrit dans sa langue maternelle de sa visite à Belzec et à Treblinka.

[286]

Texte T III


Le texte dactylographié, en allemand, daté du 4 mai 1945, non signé, a été trouvé tardivement et dans des conditions très particulières. Nous avons vu précédemment que, pour l'origine deT VI, aucune explication n'a été donnée; deux intermédiaires dont on ignore même s'ils ont existé ont seulement été cités parS. Friedlaender. Pour l'origine de T III, une explication a bien été donnée, mais elle ne nous paraît guère convaincante.

Un document oublié pendant près d'un an

Hans Rothfels a écrit en 1953, à ce sujet, les lignes suivantes:Es ist daher als ein gluecklicher Umstand zu betrachten, dass sich eine deutsche Parallelfassung zu dem franz...sischen Hauptstueck von PS-1553 gefunden hat. Sie ist datiert: Rottweil, 4 Mai 1945, ist also am Tag vor der amerikanischen Vernehmung verfasst. Nach Angabe von Frau Gerstein hat ihr Mann diese Niederschrift fuer sie im Hotel Mohren in Rottweil deponiert, wo sie erst nach einem Jahr sie abholen lassen konnte, weil ihr die Tatsache der Hinterlegung vorher nicht bekannt war (op. cit., page 179), ce qui signifie: "Il est à considérer comme une heureuse circonstance qu'une rédaction allemande parallèle à la pièce maîtresse française du PS-1553 ait été trouvée. Elle est datée: "Rottweil, 4 mai 1945"; elle a donc été rédigée un jour avant l'interrogatoire américain. Selon l'information émanant de Madame Gerstein, son mari a déposé cet écrit pour elle à l'hôtel Mohren à Rottweil où elle a pu le faire prendre seulement un an plus tard, parce qu'elle n'avait pas eu connaissance auparavant de ce dépôt".

Le texte ci-dessus suscite plusieurs questions:

a) - Gerstein a mentionné à la première page de T III son adresse à Tuebingen. Rottweil est distant de moins de 150 km de Tuebingen. La poste allemande, perturbée pendant les semaines qui ont suivi la capitulation du 8 mai 1945, n'est pas restée paralysée pendant un an. Pourquoi les gérants de l'hôtel Mohren n'ont-ils pas prévenu Madame Gerstein qu'un courrier était en instance pour elle depuis le 26 mai 1945, jour où Gerstein a quittéRottweil pour suivre en direction de Constance des officiers français de la Sécurité militaire?

[287]

b) - Est-il possible que la Sécurité militaire française n'ait pas cherché à savoir si son prisonnier laissait des papiers personnels à l'hôtel Mohren?

c) - Il nous semble encore plus invraisemblable d'imaginer que Gerstein, à l'insu des gérants de l'hôtel et à l'insu des officiers français, ait pu dissimuler des documents dans sa chambre ou à un autre endroit de l'hôtel, documents qui n'auraient été retrouvés qu'un an plus tard.

Le rôle du pasteur de Hagen/Westphalie

H. Rothfels tenait ses informations de Madame Gerstein (nach Angabe von Frau Gerstein); nous avons nous-même interrogé la veuve sur ce point par lettres, rédigées en allemand, et nous avons obtenu d'elle des précisions intéressantes. Nous en donnons ci-après l'essentiel:- Madame Gerstein apprit à la fin de janvier 1946 par une lettre du pasteur Rehling 1 de Hagen/Westphalie que son mari avait fait un récit de son expérience au sein de la S.S., pendant qu'il était prisonnier des troupes françaises.- Elle réussit à obtenir du pasteur Rehling le nom de la localité où l'officier S.S. avait été prisonnier: Rottweil.- Elle ne se rendit pas elle-même à Rottweil, mais chargea un étudiant de demander à l'hôtel Mohren si son mari n'avait rien laissé pour elle.- L'étudiant revint à Tuebingen avec la dernière lettre écrite par le prisonnier à son épouse le 26 mai 1945 ; à cette lettre étaient joints deux ou peut-être trois récits de Gerstein, à savoir certainement T III et T IV, et peut-être T I (pour T I, Madame Gerstein n'était pas affirmative).

Quel était cet étudiant qui servit d'intermédiaire ?

Nous avons voulu en savoir davantage sur l'étudiant qui servit d'intermédiaire. Madame Gerstein nous répondit avec une certaine réticence. Elle nous informa, par sa lettre du 15 octobre 1982, qu'il s'agissait, autant qu'elle s'en souvînt, d'un étudiant qui resta seulement un ou deux semestres à Tuebingen; elle ajouta que, depuis plusieurs dizaines d'années, elle n'avait eu aucune nouvelle de lui et qu'elle ignorait son adresse; sur notre insistance, elle[288] nous donna, par lettre du 21 mars 1983, le nom de cet étudiant: August Pott (Madame Gerstein a d'ailleurs fait des réserves au sujet de ce nom, qu'elle cite seulement de mémoire).

Y a-t-il une chance de retrouver un jour cet étudiant et d'élucider son rôle dans la découverte de ce document? C'est la "confession" en allemand la plus importante et la seule, à notre connaissance, à avoir été publiée, bien qu'avec des coupures, en Allemagne d'abord, à l'étranger ensuite, notamment en France.

Comment le pasteur de Hagen fut-il informé?

Nous avons écrit, précédemment, que le pasteur Rehling fut à l'origine de la découverte de T III; voici dans quelles circonstances:

Le 27 janvier 1946, le pasteur écrit à Kurt Gerstein (dont ilignore la mort, survenue six mois auparavant) à son adresse de Tuebingen; sa lettre débute ainsi: "Cher Monsieur Gerstein, Par hasard, j'ai eu en mains une feuille (Blatt) qui est datée du 6 mai et relate vos expériences au Service de Santé de la S.S. Comme vous me nommez comme témoin, on me demande si cela est vrai" [...] (pièce annexe page 290).2

Le pasteur reçut de Madame Gerstein une lettre par laquelle elle l'informait que son mari n'était pas à Tuebingen, mais prisonnier des Français, et qu'elle n'avait aucune nouvelle de lui depuis la fin de la guerre.

Le 26 février 1946, le pasteur répondit aux questions que Madame Gerstein lui avait posées: "Un rapport (Bericht) sur les expériences de Kurt m'a été montré; ce rapport a été apporté ici du sud de l'Allemagne par le frère de notre organiste qui, à vrai dire, n'habite plus à Hagen. Il était daté de mai de l'an dernier d'un "Hôtel Mohren" d'un village de Wurtemberg" (pièce annexe page 291). 3

Cette feuille (Blatt) dont parle le pasteur, extraite d'un rapport (Bericht) daté du 6 mai 1945, semble être la page 13 de la "confession" en allemand du 6 mai 1945, cotée PS-2170(T VI); aux lignes 24 et 25 de cette page 13, on lit: Pfarrer Rehling, Hagen Lutherkirche, fuehrendes Mitglied der westf. Bekenntniskirche, ce qui signifie: "Pasteur Rehling, Eglise luthérienne de Hagen, membre dirigeant de l'Eglise confessante de Westphalie".

[289]

En résumé les conditions de la "découverte" de T III au printemps de 1946 nous paraissent quelque peu confuses.

 

Etude dactylographique de T III

Nous avons déjà donné quelques caractéristiques de T III dans notre chapitre I "Etablissement des textes". Nous rappellerons que cette version n'est pas signée. Vingt-quatre demi-pages, numérotées de 1 à 24, et huit demi-pages de suppléments, numérotées de 1 à 8, sont dactylographiées.

1) Le clavier est allemand

La machine à écrire utilisée est, de toute évidence, une machine à clavier allemand; par exemple, les A et les O majuscules sont surmontés parfois d'un tréma, ce qui n'est pas réalisable avec un clavier français à l'aide d'une seule touche. Toutefois, il est curieux de constater que le signe germanique [ss] n'a jamais été utilisé; il a toujours été remplacé par deux S, contrairement à ce que nous avons constaté dans T VI.

Il est visible à l'oeil nu que les trois versions dactylographiées dont la frappe est attribuée à Gerstein ont nécessité l'utilisation de trois machines à clavier différent. On ne comprend donc pas l'affirmation suivante faite par Saul Friedlaender (op. cit. p.179): "C'est sur la machine [du pasteur Hecklinger de Rottweil] que [Gerstein] copiera d'abord son rapport français, puis écrira les rapports allemands datés des 4 et 6 mai". Si l'on place les uns à côté des autres les trois documents, ce que S. Friedlaender nous présente comme une certitude se trouve immédiatement démenti.

2) Irrégularité dans l'orthographe

Lorsque Gerstein a écrit les versions françaises manuscrites, il a systématiquement remplacé le ü par ue. On relève la même caractéristique dans la version française dactylographiée (que nous appelons T II) pour laquelle un clavier français a été utilisé.

Mais, dans la version allemande T III, il n'y a pas de constante dans l'orthographe, et parfois pour un même mot; voici quelques exemples:

demi-page 1,1ère ligne: Tübingen
demi-page 1,13e ligne: Tuebingen
demi-page 2,1ère ligne: Münster
[292]

demi-page 2, 8e ligne: Bruening
demi-page 8,4e ligne: Fuehrer
.demi-page 8,7e ligne: Führer

Nous avons relevé une autre anomalie. Elle concerne le mot "nazi" écrit curieusement avec un "e" final, ce qui est peu germanique; c'est ainsi qu'on lit:

demi-page 2,ligne 9: Nazie-Statt
demi-page 2,ligne19: staats (nazie) feindlicher ...
demi-page 4,ligne 5: Nazie-Sache.
Enfin, à la ligne 9 de la demi-page 17, on trouve une grave faute d'orthographe; on lit:

... in typisch himmler-schen altdeutschen Stiel au lieu de Stil, ce qui signifie: "... dans le style himmlérien vieil-allemand." Le mot Stiel existe, mais il a une tout autre signification; il peut se traduire par: manche (d'outil), hampe (de drapeau), etc.

Il n'est pas sans intérêt de noter que H. Rothfels, lorsqu'il a reproduit T III en 1953 (op. cit.), a corrigé toutes ces fautes et anomalies.

 

Etrangetés identiques à celles de T VI

On retrouve dans T III les deux erreurs qui seraient difficilement explicables si Gerstein en était l'auteur, à savoir l'impropriété dans les grades de la S.S. et l'emploi de la préposition in pour signifier que Gerstein a rencontré von Otter près de la Légation de Suède. Les remarques faites précédemment au sujet de l'inscription "Sonderkommando" sont également valables pourT III.

 

Etrangeté particulière à T III

Dans la demi-page numérotée 6, 12e ligne, on lit: In der Fabrik in Collin. Or, dans le Grand Atlas Larousse, ainsi que dans le dictionnaire Larousse en six volumes, le nom de cette ville de Tchécoslovaquie s'orthographie Kolin. Les deux "l" au lieu d'un seul "l" ne nous apparaissent pas comme une erreur grave; en revanche, aucun Allemand n'écrira Colin avec un "C" au lieu d'un "K". Dans les textes en français, Gerstein a écrit Collin avec un "C" croyant vraisemblablement[293] "franciser" de cette manière le nom de la ville. Mais, dans un texte allemand, l'orthographe "Collin" est inexplicable; pour nous, les fabricateurs de T III ont manqué de perspicacité à cette occasion. Notons que, dans T VI, on lit Kollin.

 

Une demi-page manuscrite

Entre la demi-page dactylographiée numérotée 7 et la demi-page dactylographiée numérotée 8 s'intercale une demi-page manuscrite qui porte, en haut et à gauche, la mention zu 7 am Schluss zusetzen, ce qui signifie "à 7, porter à la fin".On s'explique mal la présence de cette demi-page manuscrite au milieu de vingt-quatre demi-pages dactylographiées. D'autant plus que le texte de cette demi-page est dénué d'intérêt; il donne presque exclusivement des détails sur les difficultés que Gerstein a rencontrées pour désinfecter de grandes quantités de textiles. Il n'y a aucun texte correspondant dans les autres "confessions". Il ne se raccorde ni à la demi-page 7 qui le précède, ni à la demi-page 8 qui le suit. Il pourrait être aisément supprimé, à tel point que H. Rothfels l'a reproduit entre parenthèses en 1953 (op. cit., page 188-189).Comme nous émettons, pour notre part, de sérieux doutes sur l'authenticité de T III, nous inclinons à penser que cette demi-page manuscrite, rédigée indiscutablement par Gerstein, a été placée là pour accréditer l'idée que l'ensemble est authentique.

 

Les suppléments

Nous avons dit que huit demi-pages dactylographiées, non datées, représentent des suppléments (Ergaenzungen) à T III. Le premier supplément, qui ne porte d'ailleurs aucune numérotation, est à peu près illisible, tant la frappe en est défectueuse; il a été reproduit sur une feuille à part, intitulée Leseabschrift, c'est-à-dire "copie lisible". Ce premier supplément est toutefois précieux car il se termine par quatre mots manuscrits apparemment écrits par Gerstein. Nous faisons pour ce supplément la même remarque que pour la demi-page manuscrite: la présence des mots manuscrits incite le lecteur à faire taire ses doutes sur l'authenticité de toute la "confession".

[294]


Conclusion


Au terme de notre étude, nous parvenons pour T III à la même conclusion que pour T VI. Ces deux "confessions" en allemand nous paraissent avoir été fabriquées à partir de documents disparates laissés par Gerstein, documents qui n'étaient pas publiables dans leur version originale. Dans notre prochain chapitre consacré à la véracité des textes, nous tenterons de démontrer que, si toutes les "confessions" comportent des étrangetés et des invraisemblances, T III en comporte un peu moins; on sent chez l'auteur de T III une volonté de faire disparaître ou d'atténuer des invraisemblances trop flagrantes afin de rendre T III un peu moins incroyable que lesautres versions. Cela renforce notre conviction que T III, "découvert" près d'un an après le 4 mai 1945 - date présumée de sa rédaction - est en réalité un récit écrit plusieurs mois après la mort de Gerstein, alors que les cinq autres versions avaient déjà été connues et analysées.

[295]

4 - Compléments et brouillons


L'authenticité de ces compléments et brouillons (à bien distinguer des "Suppléments") est évidente; il n'y a donc pas lieu de l'étudier. Un de ces compléments appelle seulement quelques remarques; il s'agit de la page dactylographiée, en français, s'intitulant "post-scriptum" et portant le numéro 16.

a) Le clavier utilisé est allemand

Nous avons examiné la frappe dactylographique de ce texte. La machine à écrire utilisée comportait un clavier allemand; il suffit pour en avoir la certitude de regarder de près les accents graves, les accents aigus et les accents circonflexes; ils ont tous été ajoutés, soit à la machine, soit à la main. En outre, une faute de frappe est significative. A la dixième ligne avant la fin de la page, on remarque que le dactylographe a frappé un 2 au lieu de guillemets; or, sur le clavier allemand, le 2 et les guillemets occupent la même touche, ce qui n'est pas le cas sur un clavier français par exemple.

b) Le clavier utilisé pour ce complément n'est pas celui utilisé pour T III

Nous avons fait procéder à un agrandissement d'un court passage du complément en question et d'un court passage de T III. Dans l'un et l'autre de ces passages, il y a des lettres communes et même un mot commun: BERLIN. L'examen attentif du mot BERLIN montre de légères différences d'un texte à l'autre; la longueur totale du mot BERLIN est de 4,3 cm dans le passage de T III et seulement de 4,1 cm dans le passage du complément (pièce annexe page 297). Pour l'un et l'autre textes, c'est un clavier allemand qui a été utilisé, mais ce n'est pas le même clavier 4.Nous émettons une hypothèse: le post-scriptum numéroté 16 a pu être dactylographié sur une machine prêtée par le pasteur [296] Hecklinger de Rottweil. On peut penser que les quinze premières pages introuvables au LKA, ou ailleurs, l'ont été également. Le pasteur a fourni en 1961 à la Police d'Israël, à propos du procès Eichmann, une attestation selon laquelle Gerstein avait, vers la mi-mai 1945, utilisé sa machine à écrire (pièce annexe page 299). Il dit dans cette attestation qu'il possédait deux machines, dont celle avec laquelle il a dactylographié ladite attestation; un examen rapide de la frappe montre que si Gerstein a utilisé une machine à écrire appartenant au pasteur, ce ne peut être celle que le pasteur a utilisée en 1961 (voy. par exemple la frappe duchiffre 4); l'utilisation de l'autre machine, dont nous ignorons les caractéristiques de la frappe, reste possible; c'est pourquoi nous avons émis une hypothèse concernant la pièce "post-scriptum" numérotée 16. Nous n'accusons donc pas le pasteur Hecklinger de mensonge, mais il n'en reste pas moins qu'aucune des trois "confessions" complètes dactylographiées actuellement connues, c'est-à-direT II, T III et T VI, ne semble avoir été frappée sur la machine du pasteur.

[298]

5 - Lettre de Gerstein à son épouse, datée du 26 mai 1945


L'authenticité de cette lettre ne fait aucun doute.

Dans notre précédent chapitre, nous avons dit l'importance que nous attachons à la phrase suivante, dont nous donnons la traduction française: "Si tu as des difficultés quelconques, va avec le rapport, que je joins, chez le Gouverneur militaire". On remarquera que Gerstein écrit "le" rapport et non "les" rapports. Nous pensons que le document annoncé par Gerstein était rédigé en français, puisque le Gouverneur militaire de Tuebingen, où habitait la famille de Gerstein, était français.

L'Obersturmfuehrer avait pris l'habitude, dès le 26 avril 1945, de rédiger directement en français ses "confessions" destinées aux officiers français dont il était le prisonnier. Or, Madame Gerstein a reçu deux rapports joints à la lettre du 26 mai 1945, l'un en français, l'autre en allemand. Rappelons que la réception de cette lettre et des pièces jointes n'est intervenue qu'au printemps de 1946. Comme nous avons la conviction, à défaut de certitude, que T III n'est pas authentique, nous formulons une hypothèse: La phrase écrite par Gerstein dans sa dernière lettre datée du 26 mai était suffisamment imprécise pour permettre une substitution de pièce jointe. Si Gerstein avait écrit à son épouse "va chez le Gouverneur militaire avec le rapport manuscrit en français que je te joins", il n'y aurait pas eu d'équivoque. Mais Gerstein n'a pas donné de précision sur la langue utilisée pour la rédaction du document. Nous soupçonnons des manipulateurs d'avoir joint T III à la lettre du 26 mai 1945, et cette manoeuvre serait l'origine de ce que H. Rothfels appelle "l'heureuse circonstance de la découverte d'une rédaction allemande du document Gerstein".Ces manipulateurs n'ont cependant pas détruit le texte manuscrit en français (T IV); ainsi, la veuve a reçu une lettre accompagnée de deux rapports, l'un en français (T IV), l'autre en allemand(T III).

[300]

Le silence total observé par les auteurs à l'égard de T IV s'expliquerait ainsi par le fait qu'il s'agissait là d'un document superflu, voire gênant, n'ayant pas de raison d'être. Selon la vérité officielle, Elfriede Gerstein avait reçu au printemps de 1946 une lettre de son mari, datée du 26 mai 1945, accompagnée d'un seul document, rédigé en allemand (T III).

Déclaration de Madame Gerstein concernant T IV

Nous avons trouvé à Bielefeld (LKA) des informations qui confirment notre hypothèse; elles sont contenues dans un document qui porte la classification Bestand 5, 2 n.14, Fasc 1 (pièceannexe page 302). Il s'agit de questions posées à Madame Gerstein et des réponses de cette dernière; le texte est dactylographié sur papier blanc sans en-tête ni signature: il est donc impossible d'identifier la personne qui pose les questions.

Nous avons demandé des éclaircissements sur ce point à la veuve de l'Obersturmfuehrer. Par lettre du 30 juin 1982, elle nous a répondu qu'elle avait été interrogée par le tribunal de Tuebingen le 16 février 1961, à la demande de l'Etat d'Israël, dans le cadre du procès Eichmann.

Voici l'une des questions auxquelles la veuve eut à répondre: "Que sait Madame Gerstein sur la réalisation du texte français (Rottweil 26 avril 1945) ... ?" - Réponse, traduite en français, de Madame Gerstein: "A la dernière lettre de mon mari (manuscrite) dont je donne ci-après un extrait, était joint un rapport manuscrit en français - sans signature - avec lequel il voulait probablement me faciliter la traduction de son rapport rédigé en allemand, pour servir de modèle auprès du Gouverneur militaire français; il porte la date du 6/5/45."

Cette phrase de Madame Gerstein est peu claire en allemand; notre traduction, que nous avons voulue aussi fidèle que possible, n'est pas claire non plus. Ce manque de clarté reflète la perplexité de la veuve. On lui pose une question sur un texte français daté du 26 avril 1945; or, Madame Gerstein ne possède pas ce texte; à la fin de l'interrogatoire, elle demande d'ailleurs qu'on lui en envoie une copie (c'est le PS-1553 - T II).

La veuve n'a en mains qu'un texte en français, et il est daté du 6 mai 1945. Elle a trouvé joint à la dernière lettre de son mari un document en allemand, composé de 24 demi-pages, auxquelles[301] s'ajoutent 8 demi-pages de compléments. Elle est persuadée - et l'on se charge certainement de renforcer sa conviction - que ce récit en allemand très complet est le rapport annoncé dans lalettre de son mari. Confrontée, de surcroît, à un texte en français beaucoup plus court, elle a supposé qu'il s'agissait d'un commencement de traduction du texte allemand; l'interruption de la traduction pouvait s'expliquer par un manque de temps de la part de l'Obersturmfuehrer; en effet, ce même 26 mai, il dut quitter brusquement Rottweil pour être transféré près du lac de Constance. Il convient de dire que Madame Gerstein, ayant étudié le français au cours de ses études, aurait pu peut-être - et son mari ne l'ignorait pas - achever la traduction à l'intention du Gouverneur militaire français de Tuebingen. Toutefois, la supposition de Madame Gerstein ne donne pas une explication valable, car les deux textes sont trop différents l'un de l'autre pour que l'un puisse apparaître comme un début de traduction de l'autre. Pour Madame Gerstein, la présence de T IV à côté de T III comme pièce jointe à la dernière lettre de son mari paraît inexplicable. Pour nous, c'est au contraire la présence deT III à côté de T IV qui nous intrigue; elle renforce notre soupçon que T III n'est pas authentique et que sa prétendue découverte au printemps de 1946 est une supercherie.

[303]

6 - Interrogatoires par la Justice militaire

Il n'y a pas lieu de se poser des questions sur leur authenticité. Ils ont été menés selon les règles habituelles: chaque page est paraphée et les signatures des personnes présentes à l'interrogatoire apparaissent au bas de la dernière page.

7 - Article paru dans France-Soir le 4 juillet 1945

Nous manquons de tout élément pour étudier l'authenticité du document dont on nous présente un fac-similé. D'autre part, il nous paraît superflu d'analyser le contenu de l'article. Comment pourrions-nous distinguer, d'une part, ce que Gerstein a réellement écrit dans ce nouveau texte inconnu de ses "confessions", d'autre part, ce que le journaliste a interprété ?

8 - Demande d'avocat

L'authenticité de ce texte manuscrit et signé paraît peu discutable. Tout au plus peut-on être surpris d'être en présence d'un texte écrit en lettres capitales. Gerstein avait une écriture difficile à déchiffrer. Il a peut-être souhaité être plus lisible.

[304]

9 - Fragments de documents trouvés après la mort de Gerstein

Ces fragments de documents ayant disparu, il serait vain de s'interroger sur leur authenticité.

 

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