AAARGH
***************
Le véritable
procès Eichmann
ou les
vainqueurs incorrigibles
Paul Rassinier
***************
CHAPITRE VI
LE PROBLÈME
***************
Entre
les deux guerres, le point de vue qu'on vient de lire fut long.
temps celui du socialisme international. En termes approchant,
Jean Longuet, petit-fils de Karl Marx, l'avait exposé à
la tribune de l'Assemblée nationale, le 18 septembre 1919
dans un discours qui fit date et par lequel il lui demandait de
ne pas le ratifier. Le thème de ce discours était
un passage d'une étude célèbre qu'Ernest
Renan avait publiée au temps où il faisait autorité
sous le titre : « Qu'est-ce qu'une nation ? »
et que voici :
- « Une nation
est une grande solidarité constituée par le sentiment
des sacrifices qu'on a faits et de ceux qu'on est disposé
à faire encore. Elle suppose un passé, elle se
résume pourtant dans le présent par un fait intangible :
le consentement, le désir clairement exprimé de
continuer la vie commune. L'existence d'une nation est un plébiscite
de tous les jours, comme l'existence de l'individu est une affirmation
perpétuelle de vie. Oh ! je le sais, cela est moins
métaphysique que le droit divin, moins brutal que le prétendu
droit historique. Dans l'ordre d'idées que je vous soumets,
une nation n'a pas plus qu'un roi le droit de dire à une
province : « Tu m'appartiens, je de prends ! »
Une province, pour nous ce sont ses habitants ; si quelqu'un
en cette affaire a le droit d'être consulté, c'est
l'habitant. Une nation n'a jamais un véritable intérêt
à retenir un pays malgré lui. Le voeu des nations
est, en définitive, le seul critérium légitime,
celui auquel il faut en revenir. »
Et pour bien montrer que « le
prétendu droit historique » de Renan sur lequel
se voulaient fonder les partisans de la ratification au nom [198]
desquels M. Barthou rapportait, était une construction
de l'esprit, il [Longuet] enchaînait sur l'exemple même
de la France :
- « J'ai lu avec un grand intérêt,
dans sa langue châtiée et élégante,
le rapport de M. Barthou. Mais j'y trouve à chaque instant,
cette vieille connaissance des droits historiques, cette vieille
théorie du droit du plus fort, qui s'affirme en particulier
dans sa conception de la frontière du Rhin et de l'unité
allemande. Je voudrais y opposer l'enseignement. fécond
d'un ouvrage que nous aurions tous intérêt à
consulter : c'est l'étude des origines diplomatiques
de la guerre franco. allemande faite, dans sa langue admirable,
avec cette élévation de pensée et de coeur
qui fait que jamais on ne le remplacera ici, par notre grand
ami Jaurès. Dans son Histoire de la Guerre de 1870, Jaurès
marque fortement que les prétentions d'un certain nombre
de nos diplomates et de nos hommes d'État sur la rive
gauche du Rhin furent à l'origine de toute la victoire
bismarckienne, et l'ont servie constamment en Allemagne, ont
par conséquent contribué à déclencher
le conflit. Jaurès analyse et critique les différentes
démarches, les tractations faites en 1866 par notre ambassadeur
à Berlin, M. Bénédetti, réclamant
la rive gauche du Rhin : Cologne, Mayence. Bonn. Et lorsqu'il
n'obtenait pas satisfaction de Bismarck, lui proposant un autre
Traité dans lequel il s'agissait de mettre la main sur
la Belgique, avec le concours de l'armée prussienne. »
Tandis que « le
désir clairement exprimé de continuer la vie commune » qui était d'une autre valeur, était
au surplus abondamment fourni en références dont
il citait les exemples les plus significatifs :
- LA NOTE DU 30 NOVEMBRE 1918 ADRESSÉE
AU PRÉSIDENT WILSON PAR LE COMITÉ EXÉCUTIF
DE L'ASSEMBLÉE NATIONALE PROVISOIRE AUTRICHIENNE :
- On ne peut inaugurer l'ère de
la démocratie en Europe centrale, en assujettissant par
la force des armes, un peuple de trois millions et demi d'êtres
humains à un peuple de soixante-trois millions habitants.
On ne saurait établir une paix durable en Europe en créant
un irrédentisme allemand dont les appels qui s'adresseraient
constamment à Berlin et à Vienne, mettraient la
paix en péril.
-
- LA PROTESTATION DES SYNDICATS DU PAYS
DES SUDÈTES EN DATE DU 4 MARS 1918 :
- Le pays des Sudètes, empêché
par les mesures de violence de l'État tchécoslovaque
d'exercer son droit de vote, adresse à l'Assemblée
nationale de l'Autriche allemande, ses saluts fraternels et cordiaux
à l'occasion de sa première réunion. En
signe de protestation contre l'interdiction des élections,
la grève générale est déclenchée
aujourd'hui 4 mars dans toute la Bohême allemande et dans
le pays des Sudètes.
- [199]
- Conscients des indissolubles liens qui
nous unissent à la communauté ethnique allemande,
nous sommes aujourd'hui, nous, Autrichiens. allemands, en pensée
et de coeur au milieu de vous. Ne nous oubliez pas. Du plus profond
de notre âme, nous aspirons au jour où nous serons
délivrés de l'insupportable joug que fait peser
sur nous la domination étrangère.
- LE DISCOURS D'OTTO BAUER A L'ASSEMBLÉE
NATIONALE AUTRlCHIENNE LE 7 JUIN 1919 :
- Si la Bohême allemande et le pays
des Sudètes allemands sont livrés à la Tchécoslovaquie,
non seulement trois millions et demi d'Allemands seront dépouillés
de leur droit de libre disposition, non seulement l'Autriche
allemande perdra ses charbonnages, presque toute son industrie
textile, ses verreries et ses fabriques de porcelaine, non seulement
notre capacité de production, notre patrimoine national,
notre capacité économique et fiscale subiront une
réduction de plus de 50 %, mais en même temps, il
sera créé en pleine Europe, un État qui
deviendra le théâtre des plus farouches luttes de
nationalités, le foyer de l'irrédentisme allemand,
hongrois et polonais, une source d'hostilité constante
entre nations limitrophes, un danger permanent pour la paix.
Nous sommes impuissants à l'empêcher mais, une fois
encore, à la dernière minute, nous lançons
un cri d'avertissement.
- UN EXTRAIT DU DISCOURS DU CHANCELIER
Karl RENNER, LE 15 JUIN 1919 A ST-GERMAIN-EN-LAYE :
- Les puissances créeraient par
là (en incorporant de force les Allemands des Sudètes
à la Tchécoslovaquie), au centre de l'Europe, un
foyer de guerre civile dont le brasier pourrait devenir, pour
le monde et son essor social, bien plus dangereux encore que
ne le fut la fermentation continuelle dans les Balkans. (chancelier
Karl Renner, 15 juin 1919. A St-Germain-en-Laye où il
représentait l'Autriche).
- LA RÉSOLUTION ADOPTÉE PAR
LE CONSEIL NATIONAL DU PARTI SOCIALISTE FRANÇAIS LES 13
ET 14 JUILLET 1919 :
- Ce traité qui est né de
l'abus le plus scandaleux qui ait jamais été fait
de la diplomatie secrète, qui viole ouvertement le droit
des peuples à disposer d'eux-mêmes, qui réduit
en esclavage des nations entières, qui multiplie les nouveaux
risques de guerre, qui s'accompagne enfin de mesures de violence
contre tous les mouvements de libération, non seulement
en Russie et en Hongrie, mais dans tous les pays de l'ancien
empire habsbourgeois, dans tout l'Orient et en Allemagne, ne
peut, à aucun titre, recevoir un suffrage socialiste...
- Ainsi, ils (les gouvernements alliés)
ont abouti à étendre à toute l'Europe, la
situation d'instabilité, de rivalité qui existait
dans les Balkans et qui a été l'une des causes
du conflit mondial...
- [200]
- La limitation des réparations
aux dommages matériels de la guerre était la condition
même d'une aide rapide et efficace pour les populations
éprouvées, auxquelles un nationalisme incohérent
a fait tort, en poussant jusqu'à l'absurde le chiffre
de ses réclamations...
- Dans l'ordre économique, le Parti
socialiste constate que l'esprit de désordre et de lutte
pour le profit a exclusivement dirigé les chefs des États
capitalistes alliés...
- Devant le Pays, devant l'lnternationale,
devant l'Histoire, il affirme que le traité de Versailles
doit subir, non pas seulement une révision partielle.
à laquelle d'ailleurs, la cas échéant, il
apporterait son concours, mais une transformation complète.
- LA RÉSOLUTION ADOPTÉE LE
6 SEPTEMBRE 1919 APRÈS LA SIGNATURE DU TRAITÉ PAR
L'ASSEMBLÉE NATIONALE AUTRICHIENNE :
- L'Assemblée nationale proteste
solennellement, par devant le monde entier, contre les dispositions
du traité de paix qui, sous le prétexte de protéger
l'indépendance de l'Autriche allemande, prive le peuple
autrichien-allemand de son droit de disposer de lui-même,
lui refuse de voir réalisé son ardent désir
de réunion avec la terre maternelle de l'Allemagne, désir
constituant une nécessité vitale, économique,
intellectuelle et politique. L'Assemblée nationale exprime
l'espoir que, aussitôt que la paix ;x aura dissipé
l'esprit d'animosité et de rancune nationale, provoqué
par la guerre, on ne continuera pas, grâce à l'intervention
de la S.D.N. à refuser au peuple allemand le droit à
son unité et à sa liberté nationales, droit
accordé à tous les autres peuples.
- C'est avec la plus douloureuse amertume
que l'Assemblée nationale proteste contre l'arrêt
des puissances alliées et associées, arrêt
malheureusement irrévocable, en vertu duquel 3 millions
et demi d'Allemands des Sudètes sont violemment séparés
des Allemands des Alpes, ayant formé avec eux, depuis
des siècles, une unité politique et économique.
Par ledit arrêt, ils sont privés de leur liberté
nationale et soumis à la domination étrangère
d'un peuple qui, dans ce même traité de paix, se
reconnaît leur ennemi.
- Dépourvue de tout pouvoir pour
détourner ce désastre et pour épargner à
l'Europe les troubles inévitables devant découler
de cette offense aux droits les plus sacrés d'une nation,
l'Assemblée nationale de l'Autriche allemande charge,
par devant l'Histoire, de la responsabilité de cette décision,
la conscience des puissances qui, défiant nos avis les
plus sérieux, la mettent à exécution.
Enfin, Jean Longuet concluait :
- Nous ne pouvons pas admettre qu'on nous
présente ce traité comme la conclusion logique
d'une guerre dont on a dit qu'elle était ta guerre du
droit. Ce n'est pas la paix du droit qu'on nous apporte, [201]
c'est une paix de force, une paix de violence qui rappelle toutes
celles que, dans le passé, à travers les siècles,
ont terminé les conflits qui ont jeté les peuples
les uns contre les autres...
- Je crois surtout qu'on n'a pas assez
insisté sur cette idée que, de même que la
France avait donné pour tous le sang de ses enfants, il
fallait demander en retour, au point de vue économique,
qu'on fît peser les charges également sur toutes
les nations...
- Nous sommes indignés (Jean Longuet
cite ici la revue anglaise La Nation) qu'un homme ait pu devenir
plus riche et qu'un autre ait été ruiné
par la guerre. Il est aussi inique que des nations soient devenues
plus riches et d'autres plus pauvres, à la suite de la
guerre, parmi les Alliés. Il n'est pas douteux qu'à
l'heure actuelle nous sommes en présence de cette situation
que, tandis que la France et l'Italie sortent de la lutte dans
une situation financière désespérée
.. et c'est une revue anglaise qui écrit cela ! .
l'Angleterre en sort debout, forte, et l'Amérique prospère
et riche. Avec un sentiment de loyauté et d'efforts de
tous dans le même but, nous aurions dû éviter
un sentiment aussi inique...
- Je crois que si l'on avait moins porté
l'effort sur les revendications territoriales, si l'on s'était
davantage préoccupé de mettre en commun les charges
et d'obtenir de l'Angleterre et de l'Amérique qu'elles
prissent leur large part des charges d'une victoire dont elles
avaient tant bénéficié, on aurait pu obtenir
une paix qui, tant du point de vue français que du point
de vue humain, eût été meilleure, plus juste
et plus durable.
En 1938, cependant, la résolution
adoptée par le Parti socialiste français à
son Congrès de Royan, disait :
- Le Socialisme français veut la
paix, même avec les impérialismes totalitaires,
mais il n'est pas disposé à s'incliner devant toutes
leurs entreprises. S'il était réduit à cette
extrémité, qu'il essaierait de prévenir
par tous les moyens, il saurait défendre l'indépendance
nationale et l'indépendance de toutes les nations couvertes
par la signature de la France.
La signature de la France en question était
celle qu'elle avait donnée à Versailles ou dans
la suite en faveur du respect du traité... Autrement dit,
les socialistes français étaient prêts à
partir en guerre pour défendre ce traité contre
lequel ils s'étaient, vingt années auparavant, avec
tant de vigueur et tant de pertinence.
C'est là qu'ont commencé
mes démêlés avec le Parti socialiste :
la guerre, Nuremberg... Après Nuremberg, je continuai à
soutenir notre point de vue commun de 1919 et ce fut la rupture.
Je fus vengé par Churchill qui,
dans ses mémoires, écrivait en 1952 :
- Les clauses économiques du traité
de Versailles étaient vexatoires et si sottement conçues
qu'elles en devenaient manifestement inopérantes. L'Allemagne
était condamnée à payer des réparations
s'élevant [202] à un chiffre fabuleux. Ces décisions
imposées à l'Allemagne exprimaient la colère
des vainqueurs et la conviction de leurs peuples qu'aucun pays,
qu'aucune nation vaincue ne pourrait jamais payer un tribut assez
lourd pour couvrir les dépenses d'une guerre moderne.
Les masses restaient plongées dans l'ignorance des réalités
économiques les plus élémentaires et leurs
chefs, ne pensant qu'aux élections, n'osant pas les détromper.
Les journaux, selon leur habitude, se faisaient l'écho
fidèle ou amplifié des opinions dominantes. Peu
de voix s'élevèrent pour expliquer que le paiement
de réparations ne peut être effectué que
par des services ou par le transport matériel de marchandises
par chemins de fer à travers les frontières terrestres,
ou par bateaux sur la mer ; ou pour faire remarquer que
lesdites marchandises ne manqueraient pas de provoquer, à
leur arrivée dans les pays importateurs, un désordre
de la production industrielle locale, sauf dans les sociétés
de caractère très primitif ou rigoureusement contrôlées...
Et il ne se trouva personne en haut lieu, d'assez influent, d'assez
préservé de la bêtise générale,
pour dire aux électeurs ces vérités essentielles
dans leur brutalité ; et s'il s'en était trouvé
un, personne ne l'aurait cru ! Les Alliés triomphants
continuaient à prétendre qu'ils presseraient l'Allemagne
« jusqu'à ce que les pépins crissent ».
Or, tout cela eut un effet puissant et désastreux sur
la prospérité du monde et sur l'attitude de la
race germanique. (Tome I, page 6.)
Et :
- La seconde tragédie capitale de
cette époque fut le complet démembrement de l'Empire
austro-hongrois par les traités de St-Germain et de Trianon.
Pendant des siècles, cette vivante réincarnation
du Saint Empire romain et germanique avait apporté, dans
le cadre d'une vie commune, des avantages, tant d'un point de
vue d'économie que de sécurité, à
de nombreux peuples dont aucun n'avait, en notre temps, la puissance
ou la vitalité de résister par lui-même à
la pression d'une Allemagne ou d'une Russie ressuscitées...
Il n'est pas une des nations, pas une des provinces ayant constitué
l'empire des Habsbourg, à qui le recouvrement de l'indépendance
n'ait fait connaître les tortures que les poètes
et les théologiens de jadis réservaient aux damnés.
Vienne, la noble capitale, le foyer d'une culture et d'une tradition
longuement défendue, le point de rencontre de tant de
routes, de cours d'eau et de voies ferrées, Vienne fut
laissée en proie à la famine, comme un grand marché
vide dans une région appauvrie, dont presque tous les
habitants sont partis. (Tome I, pages 8 et 9.)
Il est peu probable que si M. Churchill
avait dit cela en 1919, on l'eût écouté :
à l'époque, il n'était tout de même
qu'un personne de seconde zone. Mais il n'est pas douteux que
s'il l'avait dit en 1945, il n'y aurait pas eu de procès
de Nuremberg.
C'était, d'abord, ce que je voulais
dire.
[203]
***
En 1932, avec le petit groupe de syndicalistes
non conformistes (anarcho-syndicalistes) de la tendance dite La
Révolution prolétarienne, je participai à
une entreprise d'édition et de vulgarisation en France,
sous le titre Précis de géographie économique,
d'un recueil de conférences prononcées devant les
collèges ouvriers de son pays par l'économiste anglais
J .F. Horrabin. Il nous était apparu que jamais le problème
à résoudre n'avait mieux été posé
et jamais mieux mis en évidence le manque de discernement,
I'absence totale de perspectives historiques, la médiocrité
en somme, des responsables du Traité de Versailles. Pour
tout dire, nous y avions trouvé les raisons essentielles
de toutes les guerres depuis la guerre de Cent ans, jusques et
y compris celle que nous sentions venir. On m'excusera si, au
risque d'être accusé d'un abus des citations j'en
donne, associés les uns aux autres et sous-titrés
par moi, les extraits qui me paraissent le mieux résumer
une thèse qui, trente ans après, a conservé
toute son actualité :
- I.-HISTOIRE DE
L'EMPIRE DES MERS
-
- Pendant des milliers d'années,
I'Histoire eut pour axe la Mer Méditerranée *. Les
pays qui entourent cette mer faisaient alors les progrès
les plus considérables dans les domaines technique, économique
et social. Aussi longtemps qu'il en fut ainsi, la situation géographique
de la Grande-Bretagne fut un désavantage pour ses habitants.
Située au-delà des lisières du monde du
commerce, très éloignée des routes principales
et des centres, elle n'avait pas de place dans le monde connu.
Elle resta dans cet état jusqu'à l'arrivée
des Phéniciens, puis des Romains. Et lorsque la puissance
romaine s'évanouit, la Grande-Bretagne se retrouva pour
un autre bail de mille ans, parmi les pays perdus. Mais un moment
vint où le commerce des cités méditerranéennes
s'étendit vers le Nord par la vallée du Rhin, et
où les marchands de la Ligue hanséatique firent
de la Mer du Nord et de la Baltique une nouvelle Méditerranée.
La Grande-Bretagne, quoique toujours fort loin, se trouva alors
en contact plus étroit avec le reste du monde. Elle fut
le terminus Nord-Ouest des grandes routes commerciales qui traversaient
le continent à partir de la Méditerranée.
Mais elle n'était toujours qu'un terminus, elle n'était
pas une base pour elle-même. Finalement vint la conquête
de l'Atlantique et la découverte du nouveau monde qui
est à l'ouest de cet Océan. Alors, les pays du
nord-ouest de l'Europe, les pays qui avaient des côtes
atlantiques et [204] des côtes méditerranéennes
se trouvèrent dans la plus désirable des positions,
face aux côtes du nouveau continent.
- C'est alors, et seulement alors que la
position de la Grande-Bretagne tourne à son avantage.
Et c'est de cette époque que date le commencement de la
suprématie britannique en Europe et finalement dans le
monde. Jusque là, I'Angleterre s'était trouvée
dans une ruelle écartée. Maintenant, elle occupait
le plus bel emplacement sur la rue principale **.
- Les découvertes maritimes déplacèrent
les centres de l'Europe. Elles les enlevèrent aux mers
fermées pour les porter sur les rives de l'Atlantique.
Venise et Gênes firent place à Bristol et à
Lagos. L'actif mais étroit commerce de la Baltique qui,
du XIIe au XVIe siècle fit la richesse et la prééminence
historique des villes hanséatiques, perdit sa relative
importance lorsque l'Atlantique devint le champ maritime de l'histoire.
La prééminence se déplaça vers l'Ouest,
passa de Lubek et Stralsund à Amsterdam et à Bristol.
- L'histoire des trois siècles suivants
est l'histoire de la lutte pour la suprématie de ces pays
du nord-ouest européen. Déjà, deux siècles
avant la fin du chapitre méditerranéen, on trouve
un traité commercial portugais, signé en I291},
qui révèle un commerce d'une certaine importance
le long des côtes de l'Atlantique. Mais l'Espagne et le
Portugal arrivaient bonnes premières dans les grandes
découvertes. Et quelques semaines après que Colomb
fut revenu de son premier voyage, le pape promulguait une bulle
allouant l'hémisphère occidental à l'Espagne
et l'oriental au Portugal. C'était envoyer coucher dehors
les nations nordiques, surtout la Hollande et l'Angleterre. Les
navigateurs de ces deux pays se mirent alors, pendant plusieurs
années, à chercher des passages vers les Indes
par le Nord-Ouest et le Nord-Est, par le Nord de l'Amérique
et le Nord de la Sibérie. L'une et l'autre voies se révélèrent
impraticables. Les deux pays ne pouvaient donc prendre leur part
de la richesse des Indes et de l'Amérique qu'en rompant
avec l'édit papal. Aussi, dès avant le milieu du
XVIe siècle, avaient-ils tous deux rompu avec le Pape
et tourné au protestantisme. Le pouvoir du Pape était
considérable. Mais il ne pouvait pas plus modifier les
conditions géographiques que l'emprise de ces conditions
sur le cerveau des hommes. A la fin du siècle, les Anglais
avaient détruit l'Armada de Philippe d'Espagne. Et les
Hollandais, après avoir secoué le joug espagnol,
s'établissaient dans les Indes Orientales et Occidentales,
en différentes régions arrachées aux Espagnols
et aux Portugais. Le pouvoir du pape, seigneur de la Méditerranée,
s'évanouissait comme déclinait l'importance de
la Méditerranée elle-même.
- Le siècle suivant voit la grande
rivalité des bourgeoisies anglaise et hollandaise pour
la maîtrise des routes océaniques, rivalité
dans laquelle un troisième pays du nord-ouest de l'Europe,
la France, intervenait, tantôt d'un côté,
tantôt de l'autre. Pour réaliser à quel point
[205] les quatre coins de la terre étaient à ce
moment liés -- oui liés, littéralement enchaînés
-- aux États du nord-ouest de l'Europe, il suffira de
lire ce simple passage, avec un atlas à portée
de la main
- Au zénith de leur pouvoir, quelques
années après, c'est-à-dire vers le milieu
du XVIIe siècle, les Hollandais régnaient dans
les Antilles Ils avaient des établissements au Brésil
et en Guyane... Ils possédaient des stations commerciales
sur les côtes de Guinée. Ils avaient des établissements
à Cape Town ( le Cap de Bonne-Espérance) sur
la route des Indes. Ils possédaient les îles de
Ceylan et de Maurice (ainsi nommées du nom du prince hollandais
Maurice de Nassau). Ils tenaient enfin les clefs de I'Amérique
du Nord par leur ville de New Amsterdam (aujourd'hui New-York).-(Fairgrive,
p. 151.)
- Mais au commencement du XVIIIe siècle,
la Grande-Bretagne avait pris la place de la Hollande comme roulier
des mers et comme maîtresse des points cruciaux des grandes
routes océaniques mondiales. Selon l'orgueilleuse déclaration
d'un écrivain, « I'Angleterre se trouva au
sortir des guerres, en mesure d'étendre son commerce maritime
avec une vigueur accrue. Elle était prête à
continuer, tout autour de toutes les mers, l'oeuvre que les Grecs,
les Phéniciens et les Vénitiens avaient réalisé
le long des côtes de la Méditerranée ».
Mais, notons-le ceci n'était pas dû aux bienfaits
d'une Providence tirant les Anglais d'une argile supérieure
à celle des Français et des Hollandais. Cela résultait
en premier lieu de l'avantageuse position géographique
de la Grande-Bretagne sur les routes atlantiques ; en second
lieu, du fait qu'elle avait, bien plus que ses rivaux, une agriculture
et une industrie constituant un substantiel appui pour ses expéditions
maritimes ***.
La révolution industrielle avait en effet commencé
dès avant la fin du siècle. Et dès lors,
ses ressources naturelles de fer et de charbon lui furent une
cause durable de préséance sur les autres nations.
Elles assurèrent définitivement les bases de sa
suprématie mondiale au XIXe siècle.
- II. HISTOIRE
DE L'ANGLETERRE
- Le groupe britannique comprend l'empire
britannique proprement dit et quelques états dépendants.
La première observation fondamentale à faire au
sujet de ce groupe est qu'il ne constitue pas une unité
géographique comme le sont plus ou moins tous les autres
groupes Les dominions et dépendances britanniques sont
éparpillés sur toutes les mers. Leur seul lien
est l'océan. L'empire britannique est ainsi basé
sur la puissance navale ****. Et dans un monde de rivalités
impérialistes, il ne pourra demeurer une unité
qu'à la condition de conserver la suprématie maritime.
- [206]
- C'est avec l'ouverture des routes océaniques,
au XVIe siècle, que l'Angleterre commença à
devenir une puissance mondiale... au cours du siècle suivant,
elle parvint à s'assurer le monopole des transports commerciaux
du monde entier. En chaque partie du monde, elle se mit à
établir des comptoirs commerciaux et des ports d'escale.
Son but était alors de garantir ses routes commerciales,
ses longues lignes maritimes le long desquelles ses navires marchands
s'avançaient avec leurs cargaisons. Elle n'avait aucun
besoin d'extension territoriale : au contraire... Au XVIIIe
siècle, de nombreux membres du monde commercial anglais
considéraient que deux petites îles des Petites
Antilles, étaient plus importantes que le grand Canada.
Ceci venait de ce qu'aux jours de la navigation à voile,
ces îles des Antilles commandaient la grande route allant
d'Europe aux ports américains. Poussé par les vents
alizés, on commençait par faire route du Sud-Ouest
jusqu'aux Antilles et, de là, on longeait les côtes,
soit vers le nord, soit vers le sud. C'est pourquoi la Jamaïque,
les Bermudes et les Barbades furent parmi les premières
acquisitions britanniques. Et le cap de Bonne-Espérance,
sur une autre route, n'avait d'importance que parce qu'il commandait
la route des Indes. Si l'Angleterre acquit, à cette époque,
des territoires de quelque étendue, ce fut surtout dans
des régions où elle avait besoin de points d'appuis,
contre sa rivale la France, comme aux Indes et au Canada, et
où pour assurer sa position, elle devait prendre possession
de larges espaces. Avec ses colonies nord-américaines
- et celles-ci étaient plutôt que des colonies
proprement dites, des lieux d'exil pour citoyens indésirables-
importantes, car elle en tirait ses matériaux de construction
navale, ces territoires enlevés à la France étaient
pratiquement les seules possessions territoriales de la Grande-Bretagne
à la fin du XIXe siècle.
-
- C'est sur cet ensemble de comptoirs et
de ports d'escale, que se développa, au XIXe siècle,
l'Empire britannique. De 1800 à 1850,a surface tripla.
Et, en 1919, après la grande guerre, il avait de nouveau
triplé, atteignant 13 millions 700.000 milles carrés,
habités par 475 millions d'humains, plus du quart des
terres émergées et de la population du monde. La
base de cet énorme accroissement est la grande maîtrise
maritime que donna à l'homme l'avènement du navire
à vapeur. Les États-Unis et la Russie sont essentiellement
des états de voie ferrée. Mais l'empire britannique
d'aujourd'hui est, selon le mot de Wells, un empire de bateaux
à vapeur. Cependant l'éloignement et l'extrême
éparpillement des diverses parties de l'empire amènent
une formidable complication dans ses questions intérieures,
tant sociales que religieuses, politiques ou commerciales. De
plus, un événement ne peut guère se produire
en quelque partie du globe sans réagir plus ou moins directement
sur quelque intérêt britannique. Et le sort du groupe
tout entier dépend de la puissance navale et de la liberté
des mers. Tel est son talon d'Achille.
- [207]
- En vérité, la puissance
dominante du groupe est, encore aujourd'hui, la Grande-Bretagne.
- Après la Révolution industrielle,
I'Angleterre ne se contente pas de transporter les marchandises
du monde entier. Elle fut elle-même le premier vendeur
du monde. Ses navires transportèrent sur les mers son
charbon et ses produits manufacturés. Non seulement elle
avait de grandes réserves de charbon, mais celles-ci avaient
l'avantage d'être situées tout près de la
côte. Et, avant l'ère du transport terrestre, cela
lui donna une large avance sur les pays à mines continentales.
Le zénith de sa puissance est au XIXe siècle. Alors,
ses capitalistes, sûrs de la solide possession de ses ressources,
de sa flotte, de sa maîtrise de la mer, ne réclamaient
que le libre-échange comme condition de l'universelle
suprématie britannique.
- La population de la Grande-Bretagne se
trouvait concentrée dans les régions minières
et industrielles. Et elle devint ainsi de plus en plus dépendante
des pays d'outre-mer pour son approvisionnement alimentaire.
Six pour cent de la population britannique s'occupent de travaux
agricoles, alors que la proportion est de quarante pour cent
en France et soixante-douze en Russie. Les habitants des îles
Britanniques sont serrés en grandes agglomérations.
Et leur bien-être est construit avec du charbon, du fer,
de l'acier et la liberté des mers » 1 (d'après Bowmann, The New World).
- On peut, d'après Bowmann faire
une classification correcte des diverses parties de l'empire
britannique. Ce sont :
- 1·) Les six « Dominions »
à gouvernement autonome : Canada, Australie, Sud-Afrique,
Nouvelle-Zélande, Irlande et Terre-Neuve. Ce sont tous
des États capitalistes. Et leurs intérêts
ne sont pas forcément identiques à ceux de la « mère-patrie ».
Sauf en Afrique du Sud, les indigènes sont en minorité.
Capitalistes et salariés sont également blancs.
- 2·) Les « Possessions »
comme les Indes, le Soudan, l'Est et l'Ouest africains, la Mésopotamie.
Certaines sont appelées « Protectorats »,
d'autres « Dépendances », d'autres
« Territoires sous mandat ». L'Angleterre
y gouverne des races indigènes à différents
stades de civilisation. Aux Indes, cependant, le procès
d'industrialisation est allé fort loin et a permis le
développement d'une classe capitaliste indépendante.
C'est ce groupe qui constitue l'empire à proprement parler 2.
- 3·) Des « bases navales »
et des « clefs stratégiques », telles
que Gibraltar, Aden, Singapour et Hong-Kong. A ces parties du
groupe britannique il faut ajouter, bien qu'ils ne soient pas
politiquement intégrés à l'Empire, certains
états indépendants, comme le Portugal [208] et
les colonies portugaises. Également l'Argentine. Quant
aux Indes néerlandaises, elles sont unies à la
Grande-Bretagne par la combinaison Royal-Deutsch-Shell, et leurs
points de commandes stratégiques sont Singapour et l'Australie,
tous deux britanniques. De même la Norvège et le
Danemark sont étroitement unis à la Grande-Bretagne
par des intérêts navals, comme par leur situation
géographique. La Grèce, enfin, a soutenu les intérêts
britanniques en Méditerranée et a reçu,
en retour, toutes sortes de traitements de faveur.
- Les Dominions britanniques sont largement
dispersés. Mais il est une vaste région où
se trouvent concentrés les principaux intérêts
britanniques : c'est l'océan Indien et la grande
route qui l'unit à l'Europe.
- Il y a quatre siècles, I'océan
Indien était un lac portugais. Maintenant, c'est un lac
britannique. Les acquisitions territoriales d'après la
guerre ont formé le cercle des possessions britanniques
autour de ses rives : toute la côte orientale de l'Afrique
est maintenant britannique sauf en deux régions, dont
l'une est portugaise. Ensuite viennent Aden, sentinelle à
la porte de la mer Rouge, puis l'Arabie, le golfe Persique qui
conduit en Mésopotamie. Ensuite, c'est l'Inde elle-même,
joyau sans prix, parmi toutes les autres possessions, puis la
Birmanie et les établissements des détroits, qui
conduisent à Hong-Kong et en Indonésie, et enfin
en Australie.
- Voici donc, tout autour d'un océan,
un groupe de territoires qui constituerait à lui seul
un empire de premier ordre pour une puissance industrielle, étant
donné sa richesse en matières premières
et son pouvoir d'absorption de produits industriels. Les avantages
que constitue cette concentration des intérêts britanniques
sont chose évidente tant au point de vue de la sécurité
navale qu'à d'autres points de vue. D'autre part, cette
concentration est encouragée par la rivalité croissante
de l'Amérique dans les sphères atlantique et pacifique.
Dans l'océan Indien, au moins, I'Angleterre possède
un monopole de fait. Cependant, il est un désavantage
évident : c'est la situation de ces territoires à
des milliers de milles marins de l'Angleterre, centre industriel
et financier du groupe. Le seul lien entre eux est une longue
route maritime, dont la maîtrise est d'importance vitale
pour l'Angleterre.
- Cette voie maritime passe par la Méditerranée,
Suez et la mer Rouge. Après quatre siècles d'éclipse,
grâce au développement technique qui permet à
l'homme *
de couper l'isthme de Suez, la Méditerranée vient
au premier plan de la scène du monde. Et quiconque a saisi
l'importance de cette route comprend aisément les grandes
lignes directrices de la politique internationale de l'Angleterre.
C'est cette route que menaçait le projet allemand d'un
chemin de fer Berlin-Bagdad. Ce chemin de fer aurait été
une route terrestre joignant le Nord-Ouest de l'Europe aux rives
de l'Océan Indien. Aussi, après la [209] guerre,
le « règlement » de l'Europe fût-il
en partie dicté par le désir de l'Angleterre de
chasser un tel projet de la sphère des possibilités
politiques. (De là l'agrandissement de la Grèce
et le découpage de l'Autriche et de la Turquie en multiples
petits états). Tout autant que le pétrole de Perse
et de Mésopotamie, c'est le désir de sauvegarder
cette route qui fait l'intérêt vital de la Grande-Bretagne,
dans toutes les questions du Proche-Orient. Directement ou non,
les pays en bordure de cette route doivent être amenés
et maintenus sous le contrôle britannique. Qui occupera
Constantinople ? C'est une question d'intérêt
britannique, puisque Constantinople est l'une des portes de la
Méditerranée et que « la voie britannique »
passe par cette mer. Et surtout, une indépendance réelle
de l'Égypte est chose hors de question, car l'Égypte
commande Suez, clef de la route. Et si la Grande-Bretagne permettait
à quelque puissance de s'établir en Égypte,
ce serait comme si les États-Unis laissaient le Japon
s'établir sur une rive du canal de Panama **. Dans le monde moderne, les peuples
qui aspirent à l'indépendance devraient prendre
soin de ne pas vivre en des régions qui commandent les
grandes routes commerciales.
- III. LE MONDE
APRÈS 1919
- Les réalités politiques
du monde d'après-guerre ne sont pas les États nationaux,
mais des groupes d'États dont chacun est dominé
par une grande puissance industrielle et qui comprennent chacun
un plus ou moins grand nombre de colonies ou de petits États
vassaux, dont certains sont indépendants « de
jure » mais qui, au point de vue économique,
c'est-à-dire « de facto »,
sont tous également dépendants de la grande puissance.
- Et chacun des grands groupes cherche
à se suffire à soi-même, c'est-à-dire
à s'assurer la jouissance, directe ou non :
- 1·) De quantités suffisantes
de toutes les matières premières essentielles :
charbon, fer, cuivre, pétrole, caoutchouc, coton, blé,
etc.;
- 2·) De « débouchés
commerciaux et de territoires non développés »
propres à l'exportation des capitaux ;
- 3·) Des voies maritimes et terrestres
nécessaires au transport et à la répartition
des matières premières et des produits.
-
- Nous rappelant que le partage (du monde)
n'est pas terminé et qu'il y a encore diverses contrées
mineures, nominalement indépendantes, non encore définitivement
incorporées à l'un des groupes ; nous rappelant
que les limites de chacun des groupes ne sont pas toujours parfaitement
nettes et qu'il y a sur leurs lisières un certain nombre
de « no man's land », nous pouvons évaluer
à cinq le nombre des groupes. Ce sont :
- [210]
- - Le groupe américain ;
- - l'empire britannique ;
- - le groupe extrême-oriental (Chine
et Japon) ;
- - le groupe russe ;
- - le groupe français (avec l'Europe
centrale et l'Afrique du Nord)
-
- Le gouvernement réel de chacun
de ces groupes d'États, la Russie exceptée, est
un groupe de capitalistes 3.
-
- Ce n'est pas constamment le même
groupe, mais c'est à tout moment un groupe de capitalistes
qui possède l'influence sur toute la machine gouvernementale,
y compris les politiciens qui sont nominalement à la tête
des affaires. Ainsi quand nous disons Washington ou le gouvernement
des États-Unis nous désignons en réalité
la Standard Oil Cy ou le groupe Pierpont Morgan, ou quelque autre
partie de Wall Street qui se trouve au moment considéré
suffisamment forte ou suffisamment intéressée à
une gestion donnée pour dicter la politique de l'Amérique.
Ainsi, quand nous parlons de sa politique étrangère,
au lieu de dire la France, nous devrions dire le Comité
des Forges. Quant au gouvernement britannique, il est, suivant
le temps, soit la Royal-Dutch-Shell, soit les grands maîtres
de forge, soit les cinq grandes banques et les financiers.
- IV. LA RIVALITÉ
FRANCO-ALLEMANDE
-
-
- La base de la puissance de l'Allemagne
était en ses grandes réserves de fer et de charbon.
Or, le traité de paix céda le fer à la France,
au moins pour la plus grande part. Et le besoin incessant de
la politique française après la paix fut de s'assurer
le contrôle du charbon indispensable au traitement du minerai
de fer. Avant la guerre, les grandes mines de Lorraine se trouvaient
partagées entre la France et l'Allemagne . L'Allemagne
tirait de sa part lorraine, les 75 % de sa production de fer.
Elles sont maintenant entièrement françaises. « La
France contrôle maintenant le minerai de fer le meilleur
marché qui soit en Europe ou qui soit utilisé en
Europe. »
- Le fait capital de la France de l'après-guerre
est que le groupe capitaliste le plus puissant y est le groupe
de l'industrie lourde. Ainsi que l'ont répété
des écrivains sans nombre, la France d'avant la guerre
était surtout une nation de petits propriétaires
paysans. Elle se suffisait pratiquement à elle-même,
excepté pour le charbon. Pour les Affaires étrangères,
elle était surtout une nation prêteuse d'argent.
Sous forme d'emprunts, elle répandait sur les gouvernements
étran[211]gers comme celui du tsar, les économies
de ses paysans et de sa petite bourgeoisie. Mais, la nouvelle
France, comme la nouvelle Allemagne, est bâtie sur le fondement
plus moderne du fer et de l'acier. La politique de la France
est aujourd'hui dirigée par les maîtres du fer et
de l'acier, par le Comité des Forges et les financiers
qui sont derrière. Ces hommes se sont emparés des
rênes du pouvoir. L'acquisition de la Lorraine, leur en
donna les moyens et l'occasion fut la nécessaire reconstruction
du système économique français après
l'ébranlement et la dislocation de la guerre. Leur instrument
est le militarisme français. Et la passion française
de la « sécurité » est le
sentiment sur lequel ils se fondent pour obtenir que le peuple
soutienne leur principale revendication : l'affaiblissement
permanent de l'Allemagne.
- Le développement industriel de
la France, au sens le plus moderne est une chose qui ne date
que d'hier. Il a été retardé par le manque
de charbon. Le développement industriel de la France dépendait
de la même cause que celui de l'Allemagne. Il a commencé
au même moment que ce dernier, au milieu du XlXe siècle.
Comme lui, il date du début de la construction des voies
ferrées. Mais alors que l'Allemagne e avait beaucoup de
charbon, la France en avait peu. Et, à l'exception des
gisements du Nord-Est, près de la frontière belge,
le peu qu'avait la France était divisé en petites
mines répandues en diverses parties du pays.
- Ces conditions ne permettaient pas le
développement d'une industrie étroitement groupée,
basée sur l'utilisation lourde du charbon. Mais elles
devaient pousser à un éparpillement des manufactures
locales, jamais très grandes, surtout dans les industries
où l'on n'use que de petites quantités de combustible.
Et c'est ce qui arriva effectivement. La France devint le meilleur
exemple de pays à industrie largement éparse, alors
que l'Angleterre, l'Allemagne et l'Amérique étaient
des pays à industrie hautement concentrée, groupée
autour des mines de charbon. (D'après Eckel).
- Dans la partie de la Lorraine qui lui
fut laissée en 1871, la France possédait de larges
réserves de fer. Elle extrayait le minerai en quantités
toujours croissantes. Mais elle devait l'exporter, n'ayant pas
de coke pour le traiter elle-même. En 1913, elle était
le plus grand exportateur de minerai de fer du monde. De sorte
que, pour l'industrie de base des temps modernes, elle était
vis-à-vis de l'Angleterre, de l'Amérique et de
l'Allemagne, comme une simple colonie une simple source de matières
premières.
- Mais le traité de paix de 1919
fit plus que doubler les réserves de minerai de fer de
la France. Allait-elle donc continuer à être un
simple exportateur de matières premières ^ Ou ses
capitalistes allaient-ils s'engager dans une voie plus profitable,
traiter et manufacturer eux-mêmes le fer ? La réponse
à cette question dépendait entièrement de
la quantité de charbon que la France pourrait contrôler.
Et c'est ce [212] facteur qui provoqua la montée d'une
vague de pur et simple impérialisme sur le sol européen.
Ce furent la saisie de territoires et l'exploitation - au
moins la tentative d'exploitation - de leurs ressources
sans aucune considération de la volonté de leurs
habitants. Le Traité de Versailles avait donné
à la France les mines de charbon de la Sarre. Mais la
Sarre ne produisait que 15 % du coke qu'employait l'Allemagne
pour traiter les minerais de Lorraine. C'est de la Ruhr que venait
le gros de ce coke, environ les deux tiers. Et voici la considération
vitale qui poussait les maîtres des forges français
à saisir ce territoire. C'est qu'il faut plusieurs tonnes
de charbon pour traiter une seule tonne de minerai. Il est donc
plus économique d'amener le fer au contact du charbon
que le charbon au contact du fer. Ainsi d une part, le fer de
Lorraine était presque sans utilité en dehors du
coke de la Ruhr. les deux régions sont reliées
par des moyens de transport nombreux et bon marché, par
voie et par canal. La frontière politique qui les séparait
était un anachronisme.
- Pour envahir la Ruhr, la France donna
comme excuse le désir qu'elle avait de faire pression
sur l'Allemagne pour l'amener à payer ses dettes des « Réparations
». Mais l'occupation avait évidemment besoin d'une
base plus permanente. D'où le projet d'une République
rhénane. État tampon « indépendant »
qui devait comprendre les régions les plus hautement industrialisées
de l'Allemagne, et qui aurait été, à la
vérité, aussi indépendant de la France que
la République de Panama peut l'être des États-Unis
d'Amérique. Maîtres du minerai de Lorraine et du
coke de la Ruhr, les maîtres de Forges français
devaient ainsi apparaître comme les véritables vainqueurs
de la grande guerre. Mais ce plan ne put être réalisé.
L'Angleterre et l'Amérique derniers alliés de la
France, n'étaient pas décidés à voir
une si large part des dépouilles de la victoire aller
aux maîtres de l'industrie lourde française. Ils
intervinrent et imposèrent à l'Allemagne un joug
économique connu sous le nom de plan Dawes et de plan
Young. Ces plans devaient leur assurer, tout aussi bien qu'à
la France, le paiement d'un tribut, ce qui entraînait dans
une certaine mesure l'encouragement de I'industrie allemande.
Dès lors, la politique française fut d'exiger que
l'Allemagne paie jusqu'au dernier gramme de sa « livre
de chair » et de l'empêcher par mille manières
de se développer librement et pleinement comme un état
indépendant.
- [...]
-
- Poser maintenir l'Allemagne en état
de faiblesse, il fallait entre autres choses l'entourer d'États
hostiles et unis eux-mêmes à la France par des liens
économiques et politiques aussi étroits que possible.
Sur la frontière est de l'Allemagne, il y a la Pologne
occupant de larges surfaces du territoire allemand d'avant-guerre.
Elle devint très rapi[213]dement une sphère d'influence
française. La France conclut des traités avec la
Tchécoslovaquie en 1924, avec la Roumanie en 1927, et
avec la Yougoslavie la même année. Elle combattit
amèrement la proposition d'unir l'Autriche à l'Allemagne,
et ses financiers ont, depuis lors, fait de l'Autriche un état
à peu près vassal. La barrière autour de
l'Allemagne est ainsi complète et une chaîne d'alliances
assure la domination de la France sur la plus grande part de
l'Europe centrale, de la Baltique à l'Adriatique.
Et J.-F. Horrabin ajoute ceci, qui était prophétique
à l'époque :
-
- La Belgique aussi fait partie du
groupe français. Par ses réserves de charbon, elle
en est une part fort importante. Aussi longtemps que l'Europe
consista en une demi-douzaine de puissances rivales, approximativement
égales, la Belgique s'assura une sorte d'indépendance
en se consacrant à la neutralité permanente. Mais,
lorsque, comme aujourd'hui, le développement économique
a conduit à l'hégémonie une seule puissance,
un État comme la Belgique est obligé de devenir
satellite de cette puissance, surtout quand elle est son plus
proche voisin.
L'Empire des mers... Si J.-F. Horrabin reprenait
aujourd'hui son raisonnement, il aurait seulement à montrer
que :
1·) L'Océan Atlantique et
le Pacifique sont appelés à jouer prochainement,
alternativement ou conjointement, le rôle que la Méditerranée
a joué jusqu'au 15e siècle ;
2·) Les centres nerveux de cet
empire sont en train de se déplacer de Londres et de Tokyo
(il ne faut pas négliger que le Japon est l'Angleterre
de l'Extrême-Orient) vers Washington ;
3·) L'Amérique est arrivée
à un stade de développement économique et
à un potentiel de rayonnement qui la désignent
pour prendre le relais de l'Angleterre ;
4·) Le pôle des réactions
continentales est en passe de ne plus être ni Paris, ni
Berlin, mais Moscou et là est le danger pour l'Europe *.
5·) L'empire médian n'est
plus européen, mais indo-africain et il se constituera en brisant l'étreinte
du colonialisme dont le temps est révolu. Avec la Chine,
il sera l'objet des convoitises des deux compétiteurs
et il est appelé à osciller plus ou moins partiellement
de l'un à l'autre. Dans la conjoncture actuelle, le mouvement
des peuples colonisés arrivant aux notions d'État,
de Nation et de Patrie dont il est le théâtre et
que contrarient stupidement les métropoles bénéficiaires
du colonialisme, incline dangereusement cet empire médian
vers Moscou.
Double problème donc : celui
de l'empire médian du monde et celui de l'empire médian
d'Europe, I'antique Mitteleuropa. Et il semble bien que si nous
voulons résoudre le premier en évitant un troisième
conflit mondial, il faut d'abord et de toute urgence résoudre
d'abord le second : I'Europe.
[214]
***
Ici, on me permettra encore de citer un
texte emprunté à un autre historien, français
celui-ci,
Léon Émery qui publiait entre les deux guerres les
célèbres Feuilles libres périodique
pacifiste dont les thèses, quoique plus axées sur
l'histoire que sur l'économie politique rejoignaient celles
de J.-F.
Horrabin 4. Voici ce
que, dans Les Cahiers Libres (n· du 1er octobre
1951) périodique qui a pris sous sa direction la suite
de Feuilles Libres depuis la fin de la guerre, disait Léon
Émery :
Il semble que l'Europe, depuis plusieurs
siècles, ait tendance à se définir par une
division tripartite. A l'Ouest, sur les rivages atlantiques,
il faut qu'existe une puissance maritime formant liaison avec
les autres continents ; à son contact et plus à
l'Est, on voit se former, mourir, renaître, un empire continental
qui cherche son équilibre du Tibre à la Flandre,
de la Seine à l'Elbe ; enfin, et plus à l'Est
encore il se heurte à un vaste et confus État eurasiatique
qui, en toute rigueur ne fait pas partie de l'Europe, puisqu'il
ne participa point à ses diverses expériences culturelles
et ignore, en ses profondeurs, l'essentiel de nos traditions *.
- L'Histoire, familière entre toutes,
de Napoléon Ier, permet ici d'abréger. On sait
comment il constitua un empire composite où les états
satellites, assimilés par la conquête, formaient
ceinture autour de la France et comment il fut enfin vaincu par
la double résistance de la mer britannique et de la steppe
russe. Plus près de nous, l'empire bismarckien, habilement
construit au prix de guerres limitées, et qui se flattait
de transférer de Paris à Berlin le centre de gravité
de l'Europe put durer et même s'arroger un rôle arbitral
tant qu'il évita soigneusement de se heurter à
la Russie et à l'Angleterre, mais, dès que l'Allemagne
wilhelmienne voulut se lancer à son tour dans la grande
compétition navale et coloniale, elle fit ressurgir la
conjonction qui avait détruit l'oeuvre napoléonienne
et, à son tour, succomba. La tentative de Hitler donne
au retour des événements un caractère fatidique
vraiment hallucinant. Sa signification historique vient, en effet,
de ce que Hitler voulut interjeter appel contre les décisions
du sort qu'il s'obstinait à expliquer, non par des causes
profondes, mais par la trahison et l'impéritie. Il voulut
réaliser un miracle de la volonté, violenter les
hommes, les choses et le rythme du temps ; il créa,
lui aussi, par l'intrigue, la diplomatie et la conquête,
un empire médian qui, pour quelques mois, s'étendit
de l'Atlantique à la Volga. Mais, après avoir juré
qu'il ne retomberait pas dans les erreurs de ses devanciers,
il ne put [215] éviter d'être pris et broyé
entre les deux mâchoires de l'étau. Assistons-nous
donc à une tragédie eschylienne ?
Les causes profondes dont parle Léon
Émery, sont celles que met en évidence J.-F. Horrabin.
Et cette tragédie eschylienne qu'il
ramène à l'échelle de l'Europe est, à
l'échelle du monde, celle des migrations humaines et du
déplacement des centres de la Civilisation. C'est le problème
éternellement évoqué et toujours obscur,
des invasions qui se faisaient jadis en ordre dispersé
et qui se font maintenant en ordre concerté, a partir de
bases d'appui qui sont des États ou des groupes d'États
solidement organisés, suivant une technique minutieusement
mise au point.
Ainsi arraché aux sentiers battus
par le dieu Mars et circonscrit par les deux textes juxtaposés
de J.-F.
Horrabin et L. Émery qui se complètent si harmonieusement,
le problème de l'Europe au XXIe siècle se ramène
à la recherche d'une structure économique et une
politique des migrations humaines susceptibles de neutraliser
la grande migration slave aujourd'hui, et demain peut.être,
la grande migration jaune qui déjà se dessine et
menace. [Note finale
de l'AAARGH : nous ne pouvons évidemment accepter
cette conclusion. Mais c'est là matière d'opinion
ou de sentiment et il n'en demeure pas moins vrai que l'analyse
de Rassinier, dans son ensemble, est empreinte d'une lucidité
exceptionnelle même si l'on étend les termes
de la comparaison à d'autres terrains que l'histoire du
XXe siècle.]
Par quoi l'on voit que la solution du vrai
problème se situe assez loin et très au dessus,
aussi bien, des petites combinaisons de Versailles que de la macabre
parodie de justice de Nuremberg.
Ce texte a été
affiché sur Internet à des fins purement éducatives,
pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et
pour une utilisation mesurée par le Secrétariat
international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits
de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique
du Secrétariat est <aaarghinternational@hotmail.com>.
L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.
Afficher un texte sur le Web équivaut
à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque
publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail.
Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et
nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur
qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à
ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y
a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité
des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois
qui instituent une censure spécifique dans certains pays
(Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres),
nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent
car ils ne sont pas libres de consentir.
Nous nous plaçons sous
la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits
de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19
<Tout individu a droit à la liberté d'opinion
et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être
inquiété pour ses opinions et celui de chercher,
de recevoir et de répandre, sans considération de
frontière, les informations et les idées par quelque
moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme,
adoptée par l'Assemblée générale de
l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.
L'adresse électronique de ce document est :
http://aaargh-international.org/fran/archRassi/vpe/vpe8.html