AAARGH
Nous constatons que c'est Pressac qui établit un lien entre deux choses logiquement séparées: le meurtre de masse des Juifs et l'épidémie de typhus qui se déclare les 1er et 3 juillet 1942. Le chapitre VII est évidemment crucial comme le souligne son titre. Il comporte trois pages et demi et les notes 132 à 143. La note 132 vaut son pesant d'or. Pressac constate que Hoess raconte n'importe quoi, (et en particulier ce que les accusateurs lui demandent de dire) mais c'est sa seule source concernant "le meurtre de masse", avec le Kalendarium qui reprend le "témoignage" de Hoess de façon acritique. Au surplus il modifie les dates fournies par Hoess d'au moins dix mois lorsque c'est nécessaire à la cohérence de son réçit (voir les trois dernières lignes de la note 132) mais il ne dit nulle part que Hoess a été torturé! alors qu'on en a de multiples preuves et qu'on dispose même du récit de l'un des tortionnaires!!! (voir Annales d'histoire révisionniste, n° 1, page 137: Comment les Britanniques ont obtenu les aveux de R.Hoess par Robert Faurisson).
Ce chapitre VII est vraiment extraordinaire en ce qu'il nous révéle toute la méthode exterminationniste dans ce chapitre du crime avant le crime, du crime avant les chambres: Il n'y a absolument rien dans les archives mais il y a la vulgate exterminationniste qui y supplée... et de la poudre aux yeux. Ce chapitre a ceci d'extraordinaire qu'il dévoile crûment le procédé tout en donnant dans le titre la clef du mystère: c'est le déclenchement, début juillet 1942, de l'épidémie de typhus qui est à l'origine de la rumeur spécifique du Birkenwald et du "meurtre de masse des Juifs". Nous y reviendrons in fine. En tout cas la moitié de ce très court chapitre est consacrée à la première épidémie de typhus, qui entraîne la mise en quarantaine partielle du camp le 10 juillet 1942 et totale le 23 juillet. Les autres chapitres contiennent une foule d'informations concernant les diverses épidémies et les efforts considérables faits pour maîtriser la situation. Page 43: "La première épidémie de typhus d'Auschwitz commençait et, si elle n'avait pas été combattue de manière drastique, elle aurait compromis l'existence même de la région d'Auschwitz." Les SS luttent donc efficacement. Les détenus sont protégés de "l'introduction du fléau dans le camp par l'éradication du vecteur, le pou. Ce fut le cas, mais le mal vint de ceux qui n'avaient pas été soumis à un tel traitement, les civils qui côtoyaient journellement les détenus." Finalement les SS parviendront à juguler le typhus. La deuxième puis la troisième épidémies sont beaucoup plus rapidement maîtrisées avec un nombre de victimes inférieur à ce que l'histoire a connu dans des cas semblables, grâce à un effort considérable, y compris en matériel, notamment les chambres d'épouillage aux ondes courtes. Pressac nous livre là une foule d'informations indiscutables provenant des archives qui établissent que les SS déployaient une activité considérable pour éviter que les internés ne soient exterminés par le typhus cependant qu'ils auraient déployé une activité non moins considérable, mais qui n'a laissé aucune trace dans les archives, pour exterminer les Juifs par un procédé extrêmement pervers et peu pratique alors qu'il eût suffi de laisser les poux prospérer! Pressac, dans les chapitres VIII et XI, comme leur titre ne l'indique pas, va nous donner des informations surprenantes sur la lutte des SS contre le typhus: "Pour enrayer la maladie, son vecteur, le pou, devait être supprimé. Il fallait d'urgence épouiller, les effets, les baraques, les bâtiments, les ateliers, et cela nécessitait des tonnes de Zyklon-B pour sauver le camp." (sic, page 46).
Mais en même temps Pressac va nous distiller des "informations" sur le sort des morts du Birkenwald dont l'existence repose sur les "aveux" de Hoess, directs ou indirects (le Kalendarium), dont on a modifié la datation. Ces morts n'ont pas laissé de traces dans les Sterbebuecher..., ni de traces matérielles..., puisqu'aucun reste n'a jamais été retrouvé. Or ces victimes du Birkenwald et des fermettes auraient été mises à mort avant la construction des crématoires à Birkenau! Pressac va donc nous entretenir de la disparition magique des traces de 50.000 cadavres dans des foyers de plein vent sous la direction d'un certain Hoessler (page 58). Sa source: les aveux de Hoess qu'il corrige (notes 180 & 181) et sur le plan "technique" les aveux du SS Paul Blobel, qui paraissent de prime abord plus sérieux, mais se révèlent être les réponses, enregistrées par les accusateurs, de Blobel aux questions des "historiens humanistes" du SMERSH (note 178). Et Pressac, pour donner une illustration de son esprit critique et de sa rigueur, se paye le luxe de décréter que Hoess pousse un peu loin le bouchon... quand il attribue le "traitement" de 107.000 corps à ces barbecues inénarrables: "Dans ses "Mémoires", Hoess parle à tort de 107.000 corps et prétend que des incinérations furent pratiquées directement en fosse, ce qui est impossible dans ce cas." Mais ce qui est impossible "dans ce cas", devient apparemment possible en 1944 (page 58): "Il confond avec la méthode utilisée lors de l'été 1944, avec des fosses initialement vides(note 181)."
A quoi renvoie la note 181? Et qu'est-ce que tout cela signifie? Si le lecteur n'a pas encore deviné et se pose vraiment la question, il peut toujours acheter le livre de Pressac, 140 francs dans toutes les bonnes librairies.
Mais si les révisionnistes ont raison, au moins en ce qui concerne les dites "fermettes", la criminalisation des civils qui y ont été associés ne repose sur rien, sinon un artifice rhétorique de Pressac. Effectivement les archives sont muettes! Et effectivement, lorsque page 58 Pressac écrit: "Durant les deux mois que durèrent(sic) le vidage des fosses de la zone interdite (la preuve qu'elles ont été vidées c'est qu'on n'a rien retrouvé!) l'enfer avait entrouvert jour et nuit sa gueule rougeoyante au fond du bois de bouleaux. Le contremaître de la Koehler, juché sur l'échafaudage ceinturant la cheminée du crématoire II, en voyait directement les flammes, comme celui de l'Industrie-Bau-AG sur le toit." cela ne signifie pas que Pressac a trouvé un quelconque document faisant allusion à ces faits, sinon il publierait ce document qui constituerait une preuve éclatante. Cela signifie qu'il a trouvé trace de la présence d'hommes sur des lieux où sont censés s'être déroulés des événements que ces hommes n'auraient pas pu ne pas voir... s'il y avait eu quelque chose à voir! C'est-à-dire si la vulgate exterminationniste était véridique! Il s'agit donc d'une rhétorique criminalisante qui s'engendre elle-même. Il s'agit d'un pur artifice. D'une tautologie totologique! (C'est-à-dire un paralogisme digne de Toto)
Pressac continue: "Quand ils descendaient de leurs perchoirs, ils parlaient des embrasements jaunes et pourpre(sic) qui maculaient le vert sylvestre de la zone interdite aux contremaîtres des autres entreprises, à Holick, et, à Koch, aux ouvriers civils des crématoires. Mais communiquer cette information au dehors était provisoirement exclu puisque, le KL étant bouclé pour cause d'épidémie, (donc pour une raison conjoncturelle sans rapport avec le "meurtre de masse") ils ne pouvaient en partir. Ils étaient devenus, involontairement, les seuls témoins, en dehors des SS, des signes extérieurs du massacre des Juifs car, parmi les détenus qui participèrent à ce "nettoyage", aucun ne fut laissé en vie." (sauf Moshé Garbarz, dont j'étudie le témoignage dans Droit et Histoire, et une foule d'autres témoins qui ont survécu par miracle...!).
Le livre de Pressac fournit de nombreux exemples de cette rhétorique criminalisante purement gratuite et qui s'anéantit elle-même dans un style inénarrable qui exprime une pensée elle-même inénarrable: (page 47) "Envisagé comme instrument sanitaire normal pour un camp de prisonniers de guerre, ce crématoire devint, sous les effets conjugués de la persuasion commerciale de Pruefer, de sa passion professionnelle, de son génie créateur et de la cordialité de ses relations avec Bischoff, un Moloch en puissance." La cordialité des relations de Pruefer avec le chef de la Bauleitung, cordialité sur laquelle Pressac va bâtir tout le roman de Birkenau, est celle de tout ingénieur commercial avec son principal client. La persuasion commerciale de Pruefer consiste à vendre des installations dont son client a besoin. Sa passion professionnelle et son génie créateur consistent à concevoir des installations un peu plus rustiques que de coutume, à la demande de son client. D'ailleurs, Pruefer et Bischoff ont quelque chose en commun qui les rapproche, nous révèle Pressac, tous deux étaient: "anciens combattants de la Grande Guerre"! Notre fin limier vient de découvrir là un indice de taille!
La conclusion de Pressac (page 47) : "Cette installation d'incinération stupéfiante ne pouvait qu'être remarquée par les fonctionnaires SS de Berlin et associée ultérieurement par eux à la "solution finale" du problème juif." Or Pressac vient de nous montrer et va nous confirmer que cette installation n'a rien de "stupéfiante"! Le nombre des moufles d'incinération disponibles est du même ordre que dans le contrat Mogilew, lié à l'épidémie de typhus qui frappe l'armée allemande en Russie dès 1941: "Sur les presque dix mille membres des forces armées atteints, un bon millier avait déjà péri. Et c'était peu, et tout à la gloire de la propreté allemande, en regard des 30% de mortalité entraînés habituellement par la maladie." C'est Pressac lui-même qui nous donne tous les éléments qui montrent que l'installation de Birkenau n'a rien de stupéfiant. Les six moufles du crématoire du Stammlager sont à peine suffisants et sont débordés quand se déclenche l'épidémie de typhus. La population carcérale passe de 20.000 à 200.000. Le nombre de moufles d'incinération disponibles passe de six à un maximum théorique de quarante-six, mais compte tenu des pannes et des aléas techniques, nettement moins. Et on peut le vérifier, page 47 et 48 du livre de Pressac, la conclusion sur la ""solution finale" du problème juif." ne repose sur rien d'autre que sur une déduction attribuée aux S.S., à partir de cette stupéfaction qu'ils auraient ressentie à la découverte (?) des capacités d'incinération... d'installations commandées par eux... et nullement disproportionnées à l'usage qui leur était primitivement attribué...!!
Mais le plat de résistance, le coeur du livre de Pressac, c'est le chapitre IX. La preuve documentaire que les révisionnistes réclament depuis des années, la preuve matérielle indiscutable qui fera taire toute contestation possible de la chambre à gaz, c'est dans ce chapitre qu'elle doit se trouver. Au point que, même s'ils avaient eu raison sur tout le reste, les négationnistes seraient déconsidérés sur l'essentiel: La chambre à gaz a existé!
Alléluia...! serait-on tenté d'ajouter.
Le chapitre IX s'intitule: "L'Aménagement de Chambres à Gaz Homicides dans les Crématoires". La thèse, c'est que des "bavures", des "bévues" commises par les ingénieurs et les ouvriers trahissent l'usage homicide, comme chambre à gaz, de bâtiments prévus initialement pour être des morgues (où sont entreposés les cadavres en attente de crémation) et transformés en chambres à gaz (donc herméticité, introduction de l'acide cyanhydrique, ventilation, évacuation de l'acide cyanhydrique, neutralisation, évacuation des corps, etc.).
Toute la thèse et toute l'argumentation du livre repose sur cette notion de "bavure". Nous citons donc exactement Pressac (page 60): "Cette singulière demande se rattache à la première "bavure criminelle" nette, commise le 27 novembre. Est appelée ainsi toute indication relevée dans un document quelconque (écrit, plan, photo) relatif à un emploi anormal des crématoires et ne pouvant s'expliquer que par le gazage massif d'êtres humains." Si nous nous penchons sur cette "singulière demande", ce qui est singulier c'est que Pressac trouve singulière une demande banale, et bâtisse un roman autour de cette demande parfaitement normale de la Bauleitung, alors que le gros oeuvre des crématoires est terminé et que le moment est venu de passer aux finitions. La "bavure criminelle" est explicitée page 60, cinq lignes avant la fin. L'ouvrier, chargé de monter les conduits d'aération est responsable de cette "première bavure criminelle": "Wolter rédigea pour informer Bischoff, une note titrée "désaération des crématoires (I et II)", et dans laquelle il désignait la "cave à cadavres 1" du crématoire II du nom de "cave spéciale" (Sonderkeller). Autrement dit, l'ouvrier Wolter qui travaille dans le sous-sol du crématoire, représenté dans tous les documents sous le nom générique de morgue (Leichenkeller) et qui est divisé sur les plans en Leichenkeller 1, 2 et 3, désigne dans une note sur son travail, la Leichenkeller 1 en utilisant le mot Sonderkeller (cave spéciale) tout simplement pour différencier ce lieu spécial équipé spécialement d'une porte étanche et d'un clapet d'obturation de l'aération parce que, contrairement à la Leichenkeller 3, divisée en différents locaux comme bureaux etc., et la Leichenkeller 2, vaste hall où les corps sont déshabillés, la Leichenkeller 1 est la seule à être spécialement destinée à stocker les cadavres et à être spécialement équipée pour cela, et cette notation banale serait une... bavure... et une preuve! mais de quoi au juste?
Page 61, Pressac, qui a fourni de multiples exemples d'emploi parfaitement fréquent, banal et anodin du préfixe sonder, réitère la criminalisation intempestive du mot. Page 61 il écrit: "Quarante et un chantiers furent inventoriés, aussi divers que les baraques pour détenus, leurs sanitaires et infirmeries, leur installation d'épouillage, les quatre crématoires, les clôtures barbelées et les tours de garde, l'équipement du camp des gardes SS, sa Kommandantur, la boulangerie, les baraques des ouvriers civils, les routes et la voie de chemin de fer reliant Birkenau à la gare d'Auschwitz. Tous les chantiers, même le Sauna de la troupe SS, furent ainsi légendés:
Objet:Kriegsgefangenenlager Auschwitz/
Camp de prisonniers de guerre Auschwitz
(Durchfuehrung der Sonderbehandlung)/
(Conduite du traitement spécial),
ce qui représente une énorme "bavure administrative", répétée cent vingt fois, qui confirme formellement que depuis fin novembre-début décembre 1942, le KGL de Birkenau n'était plus un camp de prisonniers de guerre, mais était devenu, dans son ensemble, l'endroit où était conduit "le traitement spécial"(note192)." Pressac a donc retrouvé dans les archives cent vingt documents légendés Conduite du traitement spécial qui constitueraient 120 bavures. Mais il y a certainement beaucoup de tels documents dans chacune des douze entreprises civiles répertoriées par Pressac comme travaillant aux crématoires. (Je rappelle que fin novembre-début décembre 1942 nous sommes encore 4 mois avant la livraison du premier crématoire de Birkenau et que Pressac, qui ne sait plus très bien quand commence le crime, a écrit page 55: "..., mais aucun de ces brillants ingénieurs de la Topf n'eut conscience qu'il venait de franchir la limite entre le normal et l'anormal")
S'agit-il donc de "bavures", ou tout simplement de la "Conduite du traitement spécial" pour laquelle le SS Werner Jothann, celui qui ignorait le contenu explosif des dossiers (page 1), avait reçu les pleins pouvoirs "en rapport avec les actions spéciales" (page 134)?. Ces "actions spéciales" qui consistaient donc, non pas en l'extermination des Juifs, mais en la mobilisation spécifique des hommes et des moyens matériels en rapport avec le développement du camp, le développement de la déportation, et les traitements sanitaires qui se développaient dans le Birkenwald, à la lisière du camp, et qui concernaient des détenus dont seule une faible partie entrait dans le camp, les autres étant répartis dans les nombreux autres camps qui dépendaient d'Auschwitz.
Mais Pressac démolit lui-même sa thèse très spéciale en donnant, dès la page 63, un exemple d'"action spéciale" qui n'a rien à voir avec un gazage homicide ni avec l'extermination des Juifs.
Page 64, Pressac nous entretient d' "une "bavure architecturale" de taille" commise par Dejaco (jugé et acquitté), sur le plan n° 2003 daté du 19 décembre 1942. Mais... page 65, le plan 2003 "arriva trop tard sur les chantiers 30 et 30a, le béton des glissières était déjà coulé." Le plan "criminel" ne fut donc jamais réalisé! Mais le raisonnement mérite qu'on s'y arrête: "Si on s'en tient aux légendes du plan (!?) l'escalier nord devient le seul accès possible aux morgues, ce qui implique que les morts devront descendre l'escalier en marchant." Mais si on ne s'en tient pas aux légendes du plan arrivé trop tard(!), on constate que la Leichenkeller 2 possède un accès par son propre escalier. On constate aussi que le plan Dejaco avait été remplacé par un plan plus élaboré de Werkmann signé par Kammler (page 29). Il est absurde de voir une "preuve" dans un plan non réalisé, et la suppression ultérieure de l'utilisation des glissières résulte probablement de la constatation que ces glissières, conçues par les ingénieurs, s'avéraient peu pratiques pour la simple raison que les corps arrivant sur un brancard sommaire porté par deux hommes, la manipulation des corps au départ de la glissière puis à l'arrivée pour être déposés finalement dans la Leichenkeller s'avérait plus compliquée que de porter les corps dans la continuité, par l'escalier, jusqu'à leur lieu de dépôt. L'idée que l'absence de glissière impliquerait que les "morts" descendent en marchant, donc soient vivants, est une idée pressacquienne qui s'autodétruit elle-même. Les quelques morgues qu'il m'est arrivé de fréquenter à l'occasion du décès d'un proche n'avaient pas de glissière. A deux d'entre elles on accédait par un escalier que les morts ne descendaient pas en marchant! Mais le comble c'est que le plan 2003, qui concernait un détail d'exécution technique de l'accès au sous-sol, pouvait parfaitement, sans être l'indice de quoi que ce soit, laisser dans le vague tel autre détail concernant telle autre partie des bâtiments. Et Pressac nous a donné une photo de l'une des fameuses glissières dont l'absence sur un plan prouvait que les morts étaient vivants! (Technique and Operation... page 545, photo 14, "by the author").
Page 70, Pressac nous entretient d'une nouvelle "bavure criminelle": "Indiquer que cette soufflerie était en bois engendra une bavure technique inévitable: cela prouvait que l'air extrait n'était plus celui d'une morgue, chargé de miasmes, mais l'air mélangé à un produit agressif ne devant être aspiré que par une soufflerie ne pouvant être corrodée, donc entièrement en bois (de préférence en cyprès) [document 26]. Le toxique gazeux utilisé dans les chambres à gaz homicides était de l'acide cyanhydrique à forte concentration (20 gr/m3) et les acides sont corrosifs." Notons que la concentration d'acide cyanhydrique, souverainement décrétée par Pressac, anéantirait les "arguments" du regretté Georges Wellers pour expliquer comment on pouvait pénétrer dans la chambre immédiatement après la mort des victimes, sans masque à gaz; et pourquoi on ne trouve pas trace, ou des traces infinitésimales, de composés cyanhydriques dans les murs des locaux censés avoir été des chambres à gaz homicides. Le comble, c'est que le projet de mettre une soufflerie en bois est considéré comme une "bavure" criminelle, une preuve, mais que page 77 on apprend de Pressac lui-même: "Les SS décidaient de remplacer la soufflerie de bois [du projet(!)] de la désaération de la chambre à gaz [dont rien, en dehors de la vulgate et des élucubrations que nous étudions ici, ne prouve ni même n'indique qu'aucun gazage y ait jamais eu lieu] par une soufflerie de métal (Schultze ayant exagéré le danger de corrosion);" On notera que Schultze est un civil chargé du montage. Ses avis sur la corrosion et sur les projets de la Bauleitung SS sont hautement improbables, à moins que ne régnât, à Birkenau, sur les chantiers SS, l'autogestion ouvrière! Ce qui serait une information de taille, et toute nouvelle, que nous devrions à Pressac!
Mais admirons le raisonnement dans toute sa pureté! La première preuve que les nazis sont des monstres, c'est qu'ils projettent un ventilateur en bois à cause de la corrosion due à l'acide cyanhydrique. La deuxième Pressac, c'est qu'ils installent un ventilateur en métal. Mais avant les travaux de Pressac, on ne savait à peu près rien sur les ventilations et les ventilateurs des crématoires, et les "experts", Georges Wellers notamment, nous décrivaient ces pièces du crématoire sans aucune ventilation forcée, donc sans ventilateurs. Il fallait déjà croire qu'il s'agissait de chambres à gaz, et c'était la preuve que les nazis étaient des monstres!
Je suis peut-être personnellement responsable de la présence dans ce livre de cet argument "des ventilateurs en bois" dans la mesure où, la première fois qu'il me fut présenté, par Pressac lui-même, chez Michel Sergent, fondateur de l'A.D.L.R.H.(Association pour la défense de la libre recherche historique), j'ai pris un air de circonstance, abasourdi et consterné, ce qui était la meilleure manière de laisser l'argument prospérer, au lieu de dire tout de suite ce que j'en pensais.
(Il y avait exactement les mêmes ventilateurs, en bois et en métal, indifféremment, chez mon grand-père, à Rambervillers, dans les Vosges. On peut encore voir ces ventilateurs démontés, pourrissant ou rouillant sous la poussière, au lieu-dit "La Tuilerie". Il n'y avait, même pendant l'occupation allemande, semble-t-il, pas de chambres à gaz! Ces ventilateurs étaient en rapport avec le dépoussiérage du grain et son transport dans des silos. Mais l'un n'empêche pas l'autre! Et on peut réviser l'histoire. Dans ce sens-là, ce n'est pas interdit par la loi! On peut rajouter des chambres à gaz. Et je propose celles de Rambervillers!)
En tout cas l'argument sur la corrosion me paraît totalement irrecevable pour la bonne raison que les chambres à gaz américaines sont en acier. L'acide cyanhydrique, s'il attaque le métal en certaines circonstances, et donne avec l'atome de fer des cyanures, ces cyanures de fer, contrairement aux hydroxydes de fer (la rouille) qui migrent et détruisent la structure du métal, sont stables, et protègent le métal sous-jacent. Ma (petite) duplicité s'est d'ailleurs révélée inutile car je n'avais pas imaginé que ce qu'on me présentait comme "preuve" ce jour-là n'avait pas même été installé!
Je fais grâce au lecteur de quelques autres "bavures architecturales" du même acabit, c'est-à-dire qui, de toutes façons, ne prouveraient absolument rien, mais en plus n'ont pas eu de suite et n'ont jamais été matérialisées! De même que je suis très loin d'analyser complètement les contradictions et les absurdités du livre de Pressac ou ses trouvailles documentaires qui entrent en contradiction insurmontable avec la vulgate exterminationniste, parce qu'un livre par page n'y suffirait pas. Il faut cependant analyser "une bévue énorme" que commit Bischoff le 29 janvier 1943 "en désignant la Leichenkeller 1 du crématoire II de "Vergasungskeller" (cave à gazage)(note 210)." La note 210 renvoie, comme on pouvait s'y attendre, aux archives du musée d'Auschwitz. Le livre de Pressac n'apporte rien par rapport au précédent. Il s'agit d'un vieil argument, utilisé par Georges Wellers notamment, et auquel les révisionnistes ont donc répondu depuis longtemps. Et ils ont répondu qu'ils n'avaient pas de réponse entièrement satisfaisante et définitive, mais plusieurs hypothèses plausibles sur cette "Vergasungskeller".
Faurisson consacre à cette question un chapitre intitulé "Vergasungskeller" (R.H.R. n° 3) dans sa recension du livre précédent de Pressac, Technique and Operation... mais Pressac continue, comme Georges Wellers, à prétendre que la lettre de Bischoff désignerait la Leichenkeller 1 comme étant la Vergasungskeller (qu'il traduit abusivement par cave de gazages homicides) alors que le document ne précise rien de tel. Mais si cette "preuve" avait une quelconque valeur de preuve, pourquoi en avoir élucubré de beaucoup moins bonnes, dont la désignation par l'ouvrier Messing, dans ses fiches de travaux à l'enseigne de la Topf, de la Leichenkeller 2, où il a travaillé, par Auskleiderungskeller? Pressac traduit par "vestiaire" page 75, après avoir plus exactement traduit, page 74, "cave à déshabillage". Le tout entremêlé de récits de gazages dont la source est ... le Kalendarium, pour en déduire que "Dans la soirée, en rédigeant son attestation de temps de travail hebdomadaire et encore sous le choc de ce qu'il avait vu, Messing lança une bouteille à la mer en notant que, les 8, 12, et 14, il avait travaillé, non dans la Leichenkeller 2 mais dans la "cave à déshabillage II"[document 34]." Rien n'indique que Messing était "sous le choc". C'est simplement Pressac qui nous le dit. Et qui le déduit de sa propre conclusion! Cependant comment l'ouvrier Messing ne serait-il pas sous le choc? après avoir fait la découverte que Pressac vient de faire, et qu'il lui attribue!... Car l'emploi des mots "cave à déshabillage" prouverait que l'ouvrier voulait faire savoir que la Leichenkeller 2 était en fait un vestiaire où les Juifs se déshabillaient avant de se rendre dans la chambre à gaz! Il n'est pas venu à l'idée de Pressac que l'ouvrier Messing, qui travaillait dans les sous-sols du crématoire qui commençait à fonctionner, devait différencier les divers endroits où il travaillait. Tout le sous-sol était globalement représenté sur les plans comme "la morgue" (Leichenkeller - cave à cadavres - Leichen = cadavres, en allemand). Il devait donc désigner du mot de Auskleiderungskeller (si c'est bien ce qui est écrit sur le document 34, car ce n'est pas évident) la salle où l'on déshabillait les cadavres, que l'on stockait ensuite dans l'autre salle dont la porte était étanche, pour des raisons évidentes de salubrité.
Mais le comble semble bien être la "bévue" de l'employé Jaerhling et l'induction pressacquienne qui mérite d'être citée: (page 89) "A cette occasion, l'employé civil Jaehrling commit une extraordinaire bévue dans une lettre destinée à la Testa. Il désigna les chambres à gaz d'épouillage de "Normalgaskammer" mot souligné et mis entre guillemets, comme s'il existait des chambres à gaz "normales" et d'autres "anormales"." Et notre procureur de flairer aussitôt le crime et la chambre à gaz homicide. Il le suggère quelque lignes plus bas mais sans le dire clairement. Toutefois l'accusation est explicite par le fait qu'il parle d'"extraordinaire bévue". Le raisonnement paraît tellement tiré par les cheveux qu'il prêterait à sourire, mais le comble du comble c'est que Pressac anéantit lui-même son raisonnement dans la même page 89. Nous sommes au chapitre XI intitulé : "Horreur, Mesquineries et Débandade Finale". Ce chapitre, parallèlement au roman tiré de la vulgate, contient surtout de précieuses informations sur l'effort d'épouillage et les trois types de chambres d'épouillage installées à Birkenau, et sur des tentatives pour remplacer le Zyklon-B, trop dangereux, par un autre gaz, "l'Arginal, dont l'utilisation entraînait une adaptation de l'appareillage des chambres à gaz." Et voilà où Pressac anéantit le propre raisonnement de Pressac: "L'appellation fut reprise par la Testa, qui affirmait d'abord que la conversion à l'Arginal n'était obligatoire que dans le cas d'installations nouvelles, et insistait surtout pour que le personnel s'occupant des chambres à gaz normales(!!!???) à l'acide cyanhydrique fût particulièrement bien formé,..." Il est clair que pour l'employé civil Jaehrling, comme pour la Testa qui lui répond, "Normalgaskammer" désigne la chambre d'épouillage classique au Zyklon-B par opposition aux nouvelles chambres d'épouillage à l'Arginal ou à ondes courtes et non pas à de mythiques chambres homicides.!
Page 91, Pressac nous ressort les ineptes fosses ardentes et il nous parle de la réactivation du Bunker 2, en rapport avec "L'élimination de 200 à 300.000 Juifs hongrois qui commença en mai et juin 1944" parce qu'il faut bien inventer n'importe quoi quand, pour ne pas désespérer les Grands-prêtres, on accepte sans contrôle les chiffres démentiels de la vulgate, mais dans cette même page 91, on apprend que "Pohl dut (on n'en a même pas la certitude!, ni, bien sûr, la preuve) comprendre que son administration avait transgressé l'éthique courante et en serait stigmatisée." Et nous sommes le 16 juin 1944 et Oswald Pohl est le chef de la SS et l'adjoint de Himmler! Pressac ne s'est pas aperçu que, pour une fois, le calendrier de Danuta Czech ne reconnaissait l'arrivée à Auschwitz que d'une cinquantaine de convois hongrois, et qu'on possède de multiples preuves que la Wehrmacht a fait descendre des trains, à la frontière, de nombreux "inaptes" en leur imposant un retour à pied à Budapest, épisode cruel sur lequel il existe de nombreux témoignages. Et page 147, dans une étude hallucinante sur le "Nombre des Juifs hongrois arrivés à Auschwitz et leur taux de mortalité" où Pressac multiplie au moins par dix ou vingt la capacité réelle de crémation du complexe d'Auschwitz, il anéantit sa thèse en révélant: "Ainsi est conservé au Yad Vashem un fichier provenant du camp du Stutthoff (près de Dantzig) avec les noms de 40 à 50.000 Juives hongroises, ayant été expédiées d'Auschwitz en juin 1944. Elles furent ensuite réparties dans divers camps, là où la main-d'oeuvre manquait."
Cette information capitale constitue peut-être, avec la documentation concernant l'installation de chambres à gaz d'épouillage dans la fermette baptisée Bunker 2, les seuls éléments importants de tout le livre que les révisionnistes ignoraient, (en tout cas que j'ignorais), et ces deux éléments vont totalement dans le sens des thèses révisionnistes... si on sépare l'information de sa gangue "obligée" de pathos holocaustique. Quarante à cinquante mille Juives hongroises qui transitent par Auschwitz en juin 1944, et qu'on retrouve vivantes! Cela suffirait à anéantir la légende exterminationniste bâtie autour de la déportation réelle mais extraordinairement gonflée d'une partie de la population juive de Hongrie.
Nous laisserons d'ailleurs de côté, en dehors de cette brève remarque, l'annexe n° 2 qui comporte 5 pages délicieuses sur "Le nombre des morts au KL Auschwitz-Birkenau:" et qui nécessiterait une exégèse spécifique. Notons simplement que le mur du million de victimes à Auschwitz, auquel tenait tant Klarsfeld, est franchi à reculons quelque temps après la chute du mur de Berlin. Nous sommes passés des "plus de quatre millions" inscrits sur les 19 plaques du monument international, qui ont été retirées, à 800.000, selon Pressac. Et ce n'est qu'un début... Rappelons que les révisionnistes, qui pendant des années se refusaient à avancer un chiffre quelconque en attendant d'y voir clair dans une question embrouillée à l'envi, déclarent fermement, clairement, que le nombre des morts à Auschwitz, toutes causes et nationalités confondues, s'élève à approximativement 130.000.
Nous passerons rapidement sur les ventilations des Leichenkeller qui ne sont présentées comme preuve de gazages homicides qu'assez timidement. C'est indiscutablement Pressac qui a présenté le plus de documents, établi le plus de détails, effectué, et de loin, le plus de recherches sur ces ventilations, dont sans lui on ignorerait à peu près tout et dont on n'ignore à peu près plus rien.
Il commençait à se bâtir autour de ces aérations tout un opéra exterminationniste et gazeur, mais Pressac nous révèle la présence de telles aérations sur des plans bien antérieurs à la dérive criminelle qu'il croit avoir décelée. La puissance des moteurs électriques entraînant les ventilateurs est tout à fait banale pour la ventilation banale et nécessaire de morgues banales. Remarquons quand même qu'avant Pressac, les Grands-prêtres de l'exterminationnisme nous demandaient de croire que les Leichenkeller 1 des crématoires II et III avaient été des chambres gazeuses avant toute recherche sérieuse sur l'existence d'une ventilation de ces salles! Mais de toute façon Pressac nous révèle le pot aux roses pages 71-72 de son livre: "Les SS voulaient vérifier si la puissance de ventilation de la Leichenkeller 1 compenserait sa disposition d'origine, aération haute et désaération basse prévue pour une morgue, et qui aurait dû être inversée pour une chambre à gaz, requérant aération basse et désaération haute. Sander et Pruefer répondirent ainsi le 2 mars [document 28]:" la "réponse", comme on pourra le constater en lisant le document 28, n'a aucun rapport avec cette question du sens de la ventilation sur laquelle Pressac ne s'appesantit pas... mais qui anéantit une fois de plus l'idée que la Leichenkeller en question ait jamais pu être utilisée pour gazer des êtres humains à un rythme soutenu avec du Zyklon-B, pour l'évidente raison que l'introduction d'acide cyanhydrique dans cette énorme salle (30 x 7 = 210 m2) en sous-sol, sans aucune ouverture autre que la porte d'accès, également en sous-sol, ventilée comme une morgue, aurait été dangereuse et aurait entrainé l'indisponibilité totale du bâtiment pendant plusieurs jours d'aération indispensable.
Mais si la lettre de la Topf du 2 mars 1943 ne répond pas à ce problème d'aération, elle est le noyau dur du livre de Pressac. Voici enfin la preuve que l'on cherchait désespérément. Voici le document qui anéantit les révisionnistes! Pressac le dit explicitement: "La Bauleitung reçut la lettre le 5 mars. Ce document constitue la preuve définitive de l'existence d'une chambre à gaz homicide dans le crématoire II."
Ce document est si important dans l'économie du livre de Pressac qu'il fait l'objet d'une reproduction en fac-similé, et d'une traduction page 72. D'ailleurs, Claude Lanzmann, dans Le Nouvel Observateur, l'a bien vu. Il attaque Pressac qu'il juge insuffisamment respectueux de la sacralité de la "Mémoire" (entendez: La Mémmouhaarre) mais il ne crache pas sur un document quand par exception il peut en trouver un. "Il n'y a rien dans l'immense article de L'Express qui ne soit archiconnu" écrit-il dans Le Nouvel Observateur. "Si l'on excepte le document de la firme Topf und Soehne sur les détecteurs de gaz". Etudions donc ce document dans la traduction que nous présente Pressac:
Objet: Crématoire [II],Erfurt, le 2.3.43
Détecteurs de gaz.
Nous accusons réception de votre télégramme disant :
" Envoi immédiat de 10 détecteurs de gaz comme
convenu. Devis à fournir plus tard ".
A cet effet, nous vous communiquons que, depuis déjà 2 semaines,
nous avons demandé auprès de 5 firmes différentes l'appareil
que vous désirez indiquant les restes d'acide cyanhydrique
[Anzeigegeraete fuer Blausaeure-Reste]. De 3 firmes, nous avons
reçu des réponses négatives et attendons encore les réponses des
2 autres.
Quand nous recevrons une information à ce sujet, nous vous le
ferons savoir immédiatement afin de pouvoir vous mettre en
relation avec la firme fabriquant cet appareil.
Heil Hitler !
J. A. TOPF & SOEHNE
par procuration
par délégation
Sander
Pruefer
Ce document est extrêmement surprenant, mais il est plus surprenant encore qu'il soit présenté comme "la preuve définitive de l'existence d'une chambre à gaz homicide dans le crématoire II." On y découvre que la Bauleitung SS, quelques jours avant la livraison opérationnelle du crématoire II, alors que des gazages intensifs auraient été pratiqués depuis plusieurs mois aux fermettes du Birkenwald, n'aurait toujours pas résolu le problème des "appareils indiquant les restes d'acide cyanhydrique". On se demande d'ailleurs comment une réponse négative d'un fournisseur pourrait constituer une preuve, et une preuve de quoi au juste? Une preuve d'intention tout au plus, mais pas une preuve de réalisation!
Au surplus, ces instruments que la Topf ne sait pas où se procurer sont tout à fait courants et nécessaires dans le cas de gazages de désinfection qui étaient pratiqués en permanence à Auschwitz, dans les bâtiments, et dans les chambres de désinfection pour les vêtements. Pressac nous dit d'ailleurs que 95 % du Zyklon-B livré à Auschwitz servaient à ces gazages de désinfection. Faurisson cite ces instruments page 171 de son Mémoire en défense contre ceux qui m'accusent de falsifier l'histoire. (La Vieille Taupe, 1980) dans la traduction intégrale qu'il donne du document NI-9912. On ne voit pas en quoi la livraison de ces "appareils" prouverait des homicides par le gaz. A plus forte raison ne voit-on pas ce que prouverait une non-livraison. Cette interrogation sur la psychologie de l'accusation conduit à hausser les épaules mais n'élimine pas l'interrogation sur le document lui-même. Comment le télégramme de la Bauleitung peut-il écrire "comme convenu" alors que la Topf répond d'une manière qui conduit à se demander ce qui était convenu? Comment la Bauleitung a-t-elle pu, en janvier ou en février 1943, se tromper de fournisseur et s'adresser à la Topf, constructeur de crématoires, pour obtenir un appareil normalement fourni par la Degesh, et obligatoire pour procéder aux gazages de désinfection? De plus, comme me l'a fait remarquer Henri Lewkowicz, à qui je dois bien d'autres observations pertinentes concernant les éléments figurant dans l'original et négligés par Pressac dans sa traduction, cette lettre datée du 2 mars 1943, signée, par délégation, par Pruefer, parvient à Auschwitz le 5 mars ("Eingang:5.MRZ 1943").
Or, page 72, ligne 27, Pressac écrit: "Schultze se rendit à Auschwitz le 1er mars [...].Il fut rejoint le 4 par Pruefer,...".Il faudrait donc croire que Pruefer, et la direction de la Topf (Sander), décident de confier au papier, et à la secrétaire dactylographe, et aux aléas des postes d'un pays en guerre, et au service courrier central, un document qui établirait leur complicité dans un crime abominable et monstrueux, qui est aussi le secret le plus secret des secrets du Reich. Ils le font sans précaution particulière, conscients de ce dont ils écrivent - sinon toute la thèse de Pressac s'effondre - alors même que Schultze, lui-même initié au premier chef de ces questions (voir page 73, et biographie page 137) se trouve sur place à Auschwitz. Et Pruefer aurait signé cette lettre alors qu'il était lui-même sur le point de partir pour Auschwitz où il arrivera avant elle.
J'en étais là dans mes réflexions sur "la preuve définitive". Ma méconnaissance de l'allemand ne me permettait guère d'aller plus loin. C'était bien suffisant pour rejeter la preuve, mais ne permettait pas d'expliquer cette lettre improbable. Sur ces entrefaites je recevais d'une amie allemande, antifasciste, révisionniste de fraîche date, mais d'autant plus combative, un texte en allemand qu'elle fit traduire, pour plus de sécurité, par un germaniste, traducteur professionnel. La traduction m'est parvenue le 1° février 1994. Voici ce texte:
"La preuve définitive"[en français dans le texte] de l'existence d'une chambre à gaz dans le camp de concentration d'Auschwitz, Jean-Claude Pressac croit l'avoir trouvée. Comme on peut le vérifier dans son livre Les Crématoires d'Auschwitz. La machinerie du meurtre de masse, Editions du CNRS, Paris 1993, page 72, il voit cette preuve dans une lettre adressée à la "direction centrale de la construction de la Waffen-SS et de la police" par l'entreprise Topf & Soehne["Topf et fils"] d'Erfurt, laquelle s'occupait de la construction de fours crématoires à Auschwitz.
Selon le texte de ce document daté du 2 mars 1943, la maison Topf & Soehne répond à une demande de fournitures formulée par télégramme par la direction de la construction. Toutefois ce texte présente diverses particularités qui obligent à mettre fortement en doute son authenticité. Première singularité, cette lettre reproduit intégralement le télégramme reçu; ce qui est plutôt absurde, puisque les destinataires devaient en connaître parfaitement le contenu. Dans un cas semblable, il suffit -- et c'est d'ailleurs l'usage -- de confirmer sans plus la réception d'un télégramme de telle date. En outre, ce télégramme est rédigé dans un allemand singulier:
"Envoyez-vous tout de suite 10 examinateurs de gaz comme convenu.
Faire suivre ultérieurement une offre de coûts".
[Note du traducteur: "examinateur de gaz" et "offre de coûts" sont des équivalents littéraux des termes composés originaux. Avec "envoyez-vous", j'ai essayé de donner un équivalent de l'effet que produit la faute (qu'aucun allemand ne ferait ni ne laisserait jamais passer) consistant à employer Absendet comme impératif à la deuxième personne du pluriel, alors que cette forme ne peut se rencontrer en allemand qu'à la fin d'une proposition subordonnée -- d'où la question que pose tout de suite l'auteur:]
Dans quel rapport grammatical se trouve "Absendet"? Et que signifie une "offre de coûts"? Qu'on m'indique le pays où, lors d'une transaction, on offre les coûts! C'est une formulation qui n'a pas sa place en allemand des affaires. Sans doute s'agit-il d'une traduction par trop fidèle d'une autre langue. Abstraction faite de "offre", le concept même de "coûts" est mystérieux, dans ce contexte il serait déplacé. Lors d'une livraison, les opérateurs de la transaction parlent normalement de prix (tandis qu'au stade du projet, on établit un devis estimatif, [littéralement "estimation préalable des coûts"]); mais qu'on offre les coûts, cela reste à voir.
Tout aussi curieux le mot "examinateur de gaz"? Sa composition peut-être, ou sa densité? [Note du traducteur: à signaler une autre connotation forte de ce curieux mot composé: Weinpruefer, "dégustateur en vins".] La fabrication d'un tel mot indique une méconnaissance complète du métier. On aurait attendu "instrument de contrôle des résidus", ou "mesureur de résidus" ou une autre formulation de ce genre. S'est-il agi seulement de mettre le mot "gaz" sous le nez du lecteur, bien disposé, de ce document? A moins que cette "direction centrale de la Waffen-SS et de la police" ait chargé du soin de cette correspondance un déporté n'ayant qu'une maîtrise insuffisante de la langue, et ait fait envoyer un télégramme en allemand de cuisine?
C'est donc avec un certain étonnement que l'on constate, en lisant les passages de la lettre de Topf & Soehne, qu'eux aussi ont dû être rédigés par un étranger:
" Si nous recevons une communication dans cette affaire, nous nous rapprocherons de vous tout de suite, [...] "
peut-on y lire. La formulation [en allemand. ndt] trahit, ou laisse espérer, une certaine intimité [que la traduction de Pressac supprime. ndt]. Il est certain qu'un rapprochement peut être avantageux dans la vie économique, mais dans une correspondance commerciale l'expression surprend. Ici encore il pourrait s'agir de la traduction littérale d'une formule usuelle en polonais, ou en russe, en yiddish, en anglais, etc.
Que nos constructeurs de fours traversaient un moment difficile, qu'ils décrivent avec précision: "Nous avons reçu de trois firmes des annulations de commandes, et deux autres ne nous ont pas encore répondu", n'a, en soi, rien de surprenant. Malgré tout, ces confidences semblent un peu excessives; on ne voit guère pourquoi la direction de la construction du camp de concentration aurait dû s'intéresser aux problèmes de toutes les firmes qui "recevaient des annulations de commandes" ou auxquelles on n'avait "pas encore répondu". Peut-être est-ce la peur inspirée par la toute-puissante SS qui a amené l'auteur de cette lettre à exposer en détail les problèmes de son entreprise.
Notons en marge que manifestement, la machine à écrire utilisée chez Topf & Soehne ne comporte pas la lettre "ß" [lettre caractéristique de l'allemand; l'unique lettre gothique conservée depuis qu'a été adopté officiellement l'alphabet latin. ndt]: probablement s'agissait-il d'une prise de guerre, ramenée de France ou des îles anglo-normandes.
Mais la principale question est celle-ci: pourquoi la direction de la construction devait-elle charger la firme d'Erfurt, spécialisée dans les fours, de lui livrer ces "examinateurs de gaz"? Pourquoi ne s'est-elle pas adressée à un fabricant de matériel de laboratoire? Qu'à cette époque le Zyklon-B ait été utilisé massivement par divers services allemands, ainsi que dans le camp de concentration d'Auschwitz, pour la désinfection des baraquements, des textiles, etc., cela aucun historien ne le conteste. Le problème de la détection des résidus a donc dû se poser -- et être dans chaque cas résolu -- bien avant le 2 mars 1943. Que ce problème n'ait donné du fil à retordre à la SS qu'en 1943, et que de plus, nos installateurs de fours aient pu la faire lanterner pendant un certain temps, tout cela passe l'imagination.
S'il est permis de présenter ne fût-ce qu'une fois une "preuve définitive", en l'occurrence la preuve que cette pièce d'écriture est un faux -- et peu importe sa provenance, KGB ou CIA -- la voici: les accusateurs alliés de Nuremberg ont enregistré sous le numéro NI-9912 un document, trouvé au service des expéditions de la DEGESCH, qui réglemente jusque dans les moindres détails le maniement du Zyklon-B. Il s'intitule Directives concernant l'utilisation de l'acide cyanhydrique (Zyklon) pour exterminer la vermine (désinfection). Selon ces directives (point VI: Equipement), chaque équipe de désinfection doit être pourvue, entre autres, de "1 Gasrestenachweisgeraet ", littéralement "un instrument de détection des résidus de gaz". Ce terme de Geraet ["outil", "instrument", "appareil", etc.] apparaît d'ailleurs comme légèrement exagéré par rapport à ce dont il s'agit. On peut lire en effet à l'alinéa XIV (Levée définitive de l'interdiction [d'utiliser le local gazé, ndt]), pointV:
" Détection des résidus de gaz. La bande de papier -- et ceci, y compris entre des couvertures et des matelas empilés, ainsi que dans les endroits difficilement accessibles et mal ventilés -- ne doit pas devenir d'un bleu plus foncé que l'échantillon de couleur le plus clair. Si ce n'est pas le cas, il faut continuer de ventiler et après quelques heures procéder à une nouvelle détection des résidus de gaz. "
Méthode relativement simple donc; très probablement, les Gasrestenachweisgeraet [détecteurs de restes de gaz] étaient-ils inclus dans les livraisons de Zyklon-B, et les "examinateurs de gaz", prétendument cherchés avec tant de mal par la maison Topf & Soehne, n'existaient-ils pas.
Pressac aurait dû connaître l'interview du professeur Faurisson parue en 1979 dans Storia illustrata, et dans laquelle il renvoie précisément à ce document NI-9912. Pressac se serait alors aperçu que le contenu de la lettre citée par lui en tant que "document 28" reproduit en fac-similé dans l'édition française est absurde; qu'il ne peut donc s'agir en aucun cas d'une "preuve définitive", mais selon toute vraisemblance, d'un faux de plus.
Andreas Roehler