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LA VIEILLE TAUPE

Organe de critique et d 'orientation postmessianique

 

B.P. 98, 75224 PARIS cedex 05

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DE LA MISERE

INTELLECTUELLE

EN MILIEU UNIVERSITAIRE

et notamment dans la corporation des historiens

par Pierre Guillaume

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Si la lettre qui constitue le coeur du livre de Pressac et "la preuve définitive" de l'existence des chambres à gaz se révélait être un faux, émanant probablement des honnêtes historiens humanistes du SMERSH lors de leur "enquête" sur la Topf, ce serait évidemment le bouquet.

Les Allemands consultés m'ont déclaré que la démonstration leur paraissait irréfutable. Mais les arguments en faveur de l'authenticité de cette lettre sont les bienvenus. Nous n'avons pas de la recherche une conception dogmatique.

Si la lettre s'avérait authentique, et si les "Gaspruefer" constituaient une preuve de gazages homicides, leur absence attestée le 5 mars 1943 anéantirait la thèse des gazages homicides prétendument pratiqués depuis décembre 1941 et janvier 1942 par les SS!

Je voudrais maintenant livrer une anecdote.

A une date que je ne peux plus préciser mais qui se situe en 1985, 1986 ou 1987, alors que le livre américain de Pressac, Auschwitz. Technique and operation of the gas chambers, n'était pas paru, j'ai eu communication d'un petit bulletin qui contenait le témoignage d'un SS d'Auschwitz (le bulletin de la FANE, de Marc Frederiksen, je crois, mais j'ai perdu ce bulletin). Ce SS avait participé fin 1942, vers la fin de l'épidémie de typhus et avant la mise en service des crématoires de Birkenau, au creusement d'une fosse dans le Birkenwald, dans laquelle avaient été enterrés un certain nombre de corps de victimes de l'épidémie, de l'ordre de 200. Début 1943, les corps, en partie conservés par l'hiver polonais, avaient été déterrés et les restes avaient été brûlés dès la mise en service des crématoires. Les SS, qui avaient été débordés par les conséquences de l'épidémie, craignaient la contamination de la nappe phréatique, toute proche de la surface du sol.

Ce témoignage était capital. Il confirmait la présence d'une fosse dans le Birkenwald et le fait que des déportés avaient été employés à son creusement, puis d'autres déportés à l'exhumation de cadavres, épreuve traumatisante pouvant donner naissance à des rumeurs dans un univers carcéral. Mais ce témoignage infirmait l'extermination des juifs au Birkenwald et l'existence de fosses d'incinération où auraient été brûlés des dizaines de milliers de corps.

Mon livre Droit et histoire était paru. J'avais donc rendu publique ma version des relations que Faurisson et moi avions eues avec Pressac, et mon appréciation très critique sur le personnage. Mes relations avec Pressac, qui était devenu "l'expert" de la partie adverse, étaient sans complaisance, mais restaient courtoises. Je lui téléphonai pour lui demander ce qu'il en pensait.

Il revenait d'Auschwitz (donc il peut dater cet entretien téléphonique). Les traces de la fosse existaient bel et bien. Elle avait été rebouchée mais il subsistait sur place une légère dépression dont le centre était occupé, lors de son passage, par une flaque d'eau. Les autorités du musée connaissaient l'existence de cette fosse et son histoire réelle, qui correspondait au témoignage que j'avais sous les yeux et que Pressac ne connaissait pas (du moins me le dit-il). Il me donna le lieu exact et les dimensions. Tout correspondait avec le témoignage que j'avais sous les yeux. Je lui demandai alors ce qu'il pensait des fosses d'incinération. Il savait parfaitement ce que j'en pensais (impossibilité totale). Il déclarait qu'elles avaient existé. "Il n'en restait aucune trace... Peut-être à l'emplacement du crématoire IV ou V".

Or l'élimination des traces, dans la mesure où elle aurait été possible, ce qui est extrêmement douteux, aurait nécessité des travaux considérables de grattage du sol et des résidus, suivis de travaux de terrassement qui, eux, auraient laissé des traces..., les traces du passage des effaceurs de traces, avec des risques de bavures matérielles autrement difficiles à éviter et à éliminer que les prétendues "bavures" de la Bauleitung.

Je raconte cette anecdote parce qu'elle me paraît mettre en évidence le fonctionnement mental de Pressac, ou plutôt l'arrêt de son fonctionnement mental lorsque les conclusions qui semblent découler logiquement des prémisses sont susceptibles de lui valoir "des coups de bâton", c'est-à-dire les foudres de l'autorité, quelle qu'elle soit. Pressac ne veut surtout pas d'ennuis avec l'Autorité! (Et de ce point de vue je dois dire qu'il ne manoeuvre pas mal du tout.)

Mais j'avais annoncé plus haut que je reportais in fine l'analyse du premier chapitre intitulé "La Préhistoire de l'Incinération dans les Camps de Concentration". Cet intitulé est curieux. Ce qui différencie la préhistoire de l'histoire, c'est à la fois son objet et sa méthodologie, due précisément au fait que la préhistoire s'attache à l'étude de sociétés humaines qui n'ont pas laissé de traces écrites ou monumentales. Il s'agit donc en la circonstance d'une utilisation impropre du mot. En fait, il s'agit, dans ce premier chapitre, des débuts de l'incinération dans les camps. Les débuts de l'histoire ou l'histoire des débuts. Peu importe. Dans la tête de Pressac, la pré-histoire, c'est l'histoire de ce qui se situe avant... l'histoire qu'il va nous raconter et qui fait l'objet de son livre: l'incinération à Auschwitz.

On ne saurait mieux dire que le véritable sujet du livre, c'est l'incinération, et que le prétendu "meurtre de masse" n'est qu'une pièce rapportée. Si Pressac croyait vraiment à ce qu'il raconte par ailleurs, c'est-à-dire que les crématoires auraient été en fait le lieu où se dissimulait un massacre systématique de populations, il aurait consacré son premier chapitre à la "préhistoire" des exécutions massives, aux méthodes d'exécution avant... celle qui fait l'objet de son livre. En fait, le titre du premier chapitre et son contenu constituent des aveux implicites par Pressac que son livre ne contient pas vraiment ce qu'il est censé contenir et ce pour quoi il est célébré par les médiats. Mais au surplus, ce chapitre I, qui ne contient pas moins d'énormités que les autres, comporte un passage de quinze lignes qui révèle intégralement la méthode Pressac et donne la clef de l'ouvrage et des méthodes d'illusionniste que l'auteur utilise.

Avant d'étudier ces quinze lignes, rappelons qu'Auschwitz était un camp de concentration dans lequel des centaines de milliers de déportés sont entrés, et duquel des centaines de milliers de déportés sont sortis. Les déportés qui ne sont pas sortis du camp sont morts sur place. Il n'a pas été retrouvé dans le site d'Auschwitz de fosse commune ou de charnier. En dépit de quelques tentatives de présenter abusivement les corps de déportés décédés, parmi les invalides laissés sur place, entre le départ des Allemands le 18 janvier 1945 et l'arrivée des Soviétiques le 27 janvier 1945, comme traces d'un massacre, tout le monde convient, exterminationnistes et révisionnistes confondus, que la totalité des morts à Auschwitz ont été incinérés d'une façon ou d'une autre. Indépendamment de toute discussion sur les causes et responsabilités de la mort, il est donc possible de conclure que le nombre des morts coincide avec le nombre des crémations effectuées qui est nécessairement inférieur à la capacité théorique maximale des installations. Cette capacité théorique maximale est une question purement technique et ne devrait soulever aucune difficulté. Quant au nombre de crémations effectivement effectuées, la consommation de combustible semble être l'élément décisif pour s'en faire une idée, en l'absence d'autres éléments. Pressac n'a pas reproduit dans ce livre les informations dispersées dans son livre américain concernant la fourniture de coke aux crématoires. Il avait trouvé à Auschwitz même des factures concernant diverses périodes. Il serait surprenant que les archives retrouvées à Moscou n'aient rien contenu de tel concernant d'autres périodes. Quant aux fosses d'incinération dont nous pensons qu'elles n'ont été inventées que pour pallier l'insuffisance évidente des crématoires installés au regard de la vulgate holocaustique, elles ne résolvent qu'apparemment l'impasse, puisqu' une crémation en plein air nécessiterait de toute façon des quantités infiniment plus importantes de combustible. L'installation de crématoires ne se justifie que dans la mesure où ils permettent d'économiser du temps et de l'énergie.

Et nous touchons incidemment là une nouvelle absurdité: Si les fosses fonctionnaient si bien, pourquoi avoir construit des crématoires qui coûtent très cher et pourquoi avoir ensuite fait fonctionner les fosses alors même que les crématoires ne fonctionnaient pas à plein rendement, comme le prouvent certains documents exhibés par Pressac lui-même? Peut-on concevoir un paysan qui investirait des sommes considérables dans une moissonneuse-batteuse et continuerait néanmoins à utiliser la faux pour moissonner plus de la moitié de son champ? Dans tous les cas, la question purement technique des capacités de crémation par l'un ou l'autre des moyens allégués et la question purement matérielle de la quantité de combustible effectivement utilisée devraient permettre de résoudre définitivement la controverse Pressac.

Dans son livre américain, parrainé par le couple Klarsfeld, Pressac livrait des indications documentaires assez détaillées sur les quantités de coke livrées aux crématoires pendant des périodes significatives. Même si Pressac n'a découvert aucune information complémentaire à Moscou, on s'explique mal la disparition de toute allusion à cette documentation capitale dans son livre français, parrainé cette fois par Bétarida... A moins que Pressac ne voulût pas désespérer Billancourt et que, comme il le dit lui-même: "Comprenez-moi, Guillaume, là j'étais obligé; comprenez-moi, ça ne pouvait pas passer".

Or dans le chapitre I, Pressac aborde incidemment la question de la quantité de combustible nécessaire pour la crémation d'un corps! Il l'aborde au sujet d'un four envisagé en 1937 à Dachau et qui ne sera finalement pas installé! Mais peu importe. Pressac va nous livrer en quinze lignes la clef de son livre sur les crématoires et le meurtre de masse. Voici ces quinze lignes: "Chauffé au coke, sa consommation dépendait de son utilisation, au coup par coup ou en série. Le four froid demandait 175 kg de coke pour effectuer une première incinération alors que s'il avait déjà fonctionné la veille, 100 kg seulement suffisaient. Le constructeur indiquait, impliquant ainsi la possibilité d'incinérer en série, que les deuxième et troisième incinérations ne réclamaient aucun combustible supplémentaire et que les suivantes pouvaient se pratiquer presque sans apport de combustible, uniquement par insufflation d'air dans le creuset. Il estimait à une heure et demie la durée d'incinération d'un corps de 70kg dans un cercueil en bois de 35 kg(note 4). A partir de ces données, les SS en déduisirent qu'incinérer un corps sans cercueil permettait de gagner une demi-heure et que le matin, 100 kg de coke leur suffisaient pour réduire en cendres une vingtaine de corps dans la journée."

Ces quinze lignes (dans la typographie originale) sont le chef-d'oeuvre de Pressac. Au sujet d'un projet sans suite de 1937, il nous explique imperturbablement, au terme d'un raisonnement discursif absolument loufoque, et totalement faux, mais qui néanmoins passe la rampe, que là où le constructeur indique qu'il faut 175 kg de coke pour incinérer un seul corps à partir d'un four froid, et 100 kg seulement si l'installation est restée préchauffée du fait d'une précédente utilisation, les SS en déduisent qu'il leur faudra... 5 kilos!!! en moyenne pour brûler un corps. Bien sûr, il n'existe nulle part la moindre trace que les SS aient fait jamais un tel raisonnement. (Mais cela démontre en tout cas que dès qu'on parle des SS, on peut raconter n'importe quoi, et même que si il faut une heure et demie pour brûler un corps de 70 kg dans un cercueil en bois de 35 kg, il faudra une heure pour brûler un corps seul, soit 70 kg de matière au lieu de 105, les deux tiers de matière, donc les deux tiers du temps (!?)- CQFD!!!).

Pour fixer les idées, les crématoires installés à Auschwitz fonctionnaient à une température maximale de 800 à 850 degrés. Il faut environ une heure et demi pour incinérer un corps dans un four préchauffé. Il faut, entre deux crémations, avant d'ouvrir la porte du moufle et d'introduire un nouveau corps, fermer les clapets d'admission d'air pour réduire progressivement la température jusqu'à un niveau qui permette de réaliser les opérations nécessaires. Les contraintes techniques font qu'il est impossible, sans provoquer des détériorations graves, de procéder à des crémations en série continue. Il faut, de temps à autre, arrêter et laisser refroidir l'installation. Pour l'ensemble de ces raisons, la quantité de charbon nécessaire pour brûler un corps est variable, mais dans l'hypothèse d'une gestion optimale il faut, en moyenne, un minimum de 40 kg de coke pour incinérer un corps, et un même moufle peut réaliser au maximum une moyenne de 6 incinérations en 24 heures. Ce sont du moins les conclusions auxquelles nous (les révisionnistes) étions parvenus au terme de multiples confrontations de documents et d'avis d'expert. Lorsque le livre américain de Pressac m'a été communiqué par ses soins, en dépit de l'opposition de l'éditeur (Klarsfeld), je l'interrogeai immédiatement par téléphone sur ses réflexions au sujet des livraisons de coke aux crématoires. A l'époque, les plaques de bronze du monument d'Auschwitz qui indiquaient "quatre millions d'hommes, de femmes et d'enfants ont été torturés et assassinés par les génocides hitlériens" avaient été retirées et l'on projetait de les remplacer par de nouvelles plaques qui porteraient "Plus d'un million d'hommes, de femmes et d'enfants, en majorité juifs, furent assassinés ici."(RHR n°3). C'est dire que l'onde de choc révisionniste avait commencé à produire ses effets, mais Klarsfeld ne voulait pas encore descendre en dessous de un million et demi. Pressac en tenait donc pour un million et demi... "Enfin Guillaume, vous me comprenez?". Je lui demandais donc: "Mais enfin, à votre avis combien faut-il de coke en moyenne pour brûler un corps?" La réponse fut immédiate: "J'arrive à deux kilos!". A l'époque, sur la base d'informations qui avaient filtré sur le contenu du livre des morts et à la suite de déductions diverses, les révisionnistes, en l'occurrence Faurisson, en étaient arrivés à penser que le nombre réel des morts à Auschwitz pourrait bien avoir été de 75.000. Ce chiffre, qui nous stupéfiait nous-mêmes, nous ne l'avancions pas en public et nous ne l'évoquions que sous les plus expresses réserves. Et Pressac venait tout à coup le confirmer d'une manière tout à fait inattendue. En effet, entre 75.000 et 1.500.000 le multiplicateur est de 20. Entre les 2 kg de Pressac et les 40 kg selon moi nécessaires de façon incompressible, le multiplicateur est de 20! Il n'y avait pas à chercher plus loin. C'était la confirmation... inattendue... que Pressac nous livrait: la quantité de coke livré aux crématoires confirmait exactement les déductions que les révisionnistes avaient faites par ailleurs...!

Quelque temps après, concernant Auschwitz, Pressac allait commencer la descente en observant plusieurs paliers de sécurité. Un million cent mille... Huit cent mille... Sept cent mille... la descente s'accélère. Dans l'édition allemande de son livre (mars 1994) le nombre des morts à Auschwitz est évalué "de 630.000 à 710.000". Mais dès l'époque de l'édition française, dans laquelle il avançait le chiffre de "775.000 arrondi à 800.000" il ne cachait déjà pas qu'il faudrait bien descendre à 600.000. Mais les temps n'étaient probablement pas encore venus.

Dans ces conditions les 2 kg nécessaires pour incinérer un corps, auquel Pressac "en était arrivé", passaient à 5 kg. Ce qui coincide miraculeusement avec la déduction prémonitoire des SS de Dachau en 1937, selon laquelle "le matin, 100 kg de coke leur suffisaient pour réduire en cendres une vingtaine de corps dans la journée."

Récapitulons. Dans un livre sur les crématoires d'Auschwitz qui prétend démontrer qu'ils dissimulèrent la machinerie du meurtre de masse de 600.000 personnes environ, Pressac élimine toute allusion à la documentation concernant la fourniture du coke aux crématoires. La présence de cette absence n'est-elle pas signifiante?

La thèse soutenue par Pressac repose sur une documentation authentique, à la seule exception, peut-être, du document 28, et sur une interprétation de cette documentation et des raisonnements. Il s'agit donc d'évaluer ces interprétations et raisonnements. Pressac raisonne-t-il?... ou résonne-t-il?

Si la thèse défendue par Pressac est juste, les SS sont parvenus à faire disparaître les traces de ce meurtre de masse, et la première de toutes les traces, les 600.000 cadavres, en les incinérant. Sinon la thèse est fausse.

La documentation, découverte par Pressac, sur les fournitures de coke, lui a permis de calculer que, si le nombre des victimes s'élevait à 1500.000, nombre "obligé", cela impliquait que les Allemands soient parvenus à incinérer un corps à l'aide de 2 kg de coke. Si le nombre des victimes s'élevait à 600.000, légère anticipation du prochain dernier nombre obligé, les SS disposaient, pour accomplir leurs miracles, de 5 kg.

Cette constatation constitue l'étau matérialiste entre les mâchoires duquel la thèse exterminationniste se débat. Le dernier et le plus beau fleuron de l'invincible armada holocaustique repose tout entier sur l'hypothèse selon laquelle les SS d'Auschwitz auraient réalisé dans la pratique les déductions prémonitoires que Pressac prête à un SS de Dachau en 1937. Cette "déduction", qui ne repose sur rien, constitue la trace de la conscience qu'a Pressac de cette situation. (Chapitre I page 6). Ce n'est d'ailleurs pas la seule.

Le dernier et le plus beau fleuron de l'invincible armada holocaustique comportait une bombe en dessous de la ligne de flottaison.

Quittons un instant Pressac et les pressacqueries. Nous nous sommes bornés, dans les lignes qui précèdent, à analyser le livre de Pressac, et à montrer que ce livre anéantit la thèse qu'il soutient, et il n'est pas nécessaire pour suivre cette démonstration de se référer à autre chose qu'au livre de Pressac lui-même. Dans le cours de cette démonstration, j'ai indiqué qu'à une certaine époque, les révisionnistes, et moi-même par conséquent, étions parvenus à la conclusion suivante: Avec les crématoires du type de ceux installés à Birkenau, une gestion optimale des crémations ne permettait pas de consommer moins de 40 kg de coke par corps. J'ai indiqué qu'à la même époque, des informations dont nous disposions par ailleurs nous avaient conduits à penser que le nombre des morts à Auschwitz pourrait bien avoir été de 75.000 environ. J'ai indiqué pourquoi nous avions considéré que Pressac confirmait involontairement ce nombre de façon éclatante.

Quelque temps après, des informations complémentaires nous conduisaient à réviser cette évaluation et à avancer le chiffre de 125.000, puis devant l'abondance de confirmations de toutes sortes qui venaient lever les derniers doutes et les dernières réserves, les révisionnistes, en l'occurrence Faurisson, s'engageaient clairement sur une évaluation définitive: il est mort à Auschwitz 130.000 déportés, au maximum, opinion et conviction que je partage totalement.

La différence entre 75.000 et 130.000 peut paraître négligeable au regard des variations fantastiques et jamais expliquées des évaluations successives et contradictoires, mais néanmoins péremptoires, des historiens holocaustiques. Cela est effectivement négligeable selon les critères des élucubrations poliakoviennes et de la mathématique hilbergienne, mais au regard des règles de l'arithmétique primaire qui est la nôtre, cette différence constitue un vrai problème. Pour des gens comme moi, qui n'ont pas eu la chance de faire des études aussi longues que Vidal-Naquet, si les SS d'Auschwitz sont parvenus à incinérer 130.000 corps environ là où nous avions cru établir que le coke utilisé permettait de brûler 75.000 corps seulement, ils ont réalisé une prouesse qui relève de la catégorie du miracle, même s'ils sont moins doués que les SS de Pressac. Même si nous sommes restés très prudents et n'avons jamais avancé publiquement le chiffre de 75.000 autrement que comme une hypothèse à vérifier, cette différence est intellectuellement inacceptable. Elle nécessite une explication et nous ne pourrons approcher de quelque chose qui ressemble à la certitude que si cette explication est satisfaisante.

Serait-il finalement possible d'incinérer avec en moyenne moins de 40 kg de coke par corps dans des crématoires du type de ceux installés à Birkenau? Ce chiffre de 40 kg repose sur une étude technique extrêmement détaillée et rigoureuse que j'épargne au lecteur. Le rejeter simplement parce qu'il contrevient à la conclusion qui nous donnerait satisfaction équivaut à renoncer à toute démarche scientifique. Mais précisément cette étude technique a été réalisée en prenant pour référence la crémation d'un corps de 70 kg. Or l'écrasante majorité des victimes étaient mortes au dernier degré de la cachexie et de la déshydratation typhique ou cholérique, c'est-à-dire dans un état de maigreur effrayant, point sur lequel tous les témoins s'accordent. Le poids moyen des corps devait être notablement inférieur à 70 kg. A plus forte raison dans le cas des femmes et des enfants, et donc devait nécessiter moins de coke. Sous la réserve que le rapport entre la quantité de coke nécessaire et le poids est une fonction non linéaire et discontinue (surtout parce que l'introduction d'un corps et les nécessités de la maintenance entraînent des gaspillages d'énergie) et qu'il est donc absurde d'interpoler autrement que pour avoir une indication vague d'interprétation aléatoire. On peut cependant déduire que le poids moyen des cadavres incinérés à Auschwitz aurait dû être inférieur à 70 kg x 75 / 130 = 40,38 kg. Cette conjecture n'a rien d'invraisemblable, compte tenu du fait que parmi les 130.000 victimes ils faut compter un certain nombre de femmes et d'enfants (dont la proportion pourra être établie avec précision grâce aux listes nominatives du livre des morts) et surtout, répétons-le, du fait qu'il s'agissait pour l'immense majorité de typhiques et de malades arrivés à un état de maigreur limite. Cela permettrait de comprendre que la crémation d'environ 130.000 cadavres à Auschwitz n'ait nécessité en moyenne que 40 kg x 75/130 = 23,07 kg de coke.

Pour ceux qu'intéresse encore la polémique qui fait rage depuis seize ans en France, on se reportera au livre de Faurisson déjà évoqué plus haut: "Réponse à Jean-Claude Pressac sur le problème des chambres à gaz". Dans un univers de pensée rationnelle, Faurisson y a absolument raison sur tout. Mais existe-t-il un espace social de discussion rationnelle sur ce sujet? A quoi sert-il d'avoir raison quand on a tort d'avoir raison, et d'autant plus tort qu'on a davantage raison? Aussi n'est-ce pas cela qui nous intéresse dans le livre de Pressac, dont la contribution réelle au débat est infime.

Le livre de Pressac est un document exceptionnel sur la société dans laquelle nous vivons! Ce qu'il est important de comprendre, ce ne sont pas les élucubrations tarabiscotées sur Auschwitz et la Topf, ce sont les raisons pour lesquelles ce livre qui n'est ni fait ni à faire a pu recevoir un tel accueil de la part de la "communauté scientifique" auto-proclamée. Comment, enfin, des universitaires ont-ils pu se laisser berner de telle façon? La réponse est simple. Parce que ces universitaires désiraient tellement croire que Pressac leur fournissait enfin une réfutation de Faurisson que ce désir anéantissait tout esprit critique et tout bon sens. Mais cette réponse est trop simple, car le problème ne se borne pas à ce qu'un quarteron d'andouilles se soient fait abuser par une supercherie littéraire grossière, il est que la supercherie continue à prospérer, et, selon toute vraisemblance, continuera encore quelque temps. Car quiconque commence à percevoir dans ce livre comme un soupçon de soufre se trouve immédiatement réduit à l'impuissance. Mais le véritable problème c'est qu'il ne s'agit justement pas vraiment d'une supercherie littéraire, bien que, si cela avait été le cas, nous n'aurions pas fait mieux!

En dépit de l'état de sidération universelle de la gent intellectuelle, plus particulièrement de gauche, certaines des perles que j'ai signalées plus haut, et certaines des bizarreries stylistiques de Pressac ont fini par mettre la puce à l'oreille de certains, au point que le bruit a couru que le livre de Pressac avait été confectionné en collaboration avec La Vieille Taupe, qui aurait glissé, dans le corps du texte, quelque acrostiche vengeur et révélateur. L'origine de cette rumeur tient au fait que mes relations continuées avec Pressac, après qu'il fut devenu l'expert officiel de Klarsfeld, étaient connues de quelques initiés, et notamment du Comité antirévisionniste de Normale Sup. puisque le livre américain de Pressac était affiché dans ma vitrine, au 12 rue d'Ulm, et qu'un des charmants jeunes hommes de ce charmant comité était entré dans la boutique à un moment où j'étais en conversation téléphonique avec Pressac.

Il est vrai que j'ai encouragé Pressac à publier effectivement ses livres, comme je l'avais encouragé à participer au colloque de 1982 à la Sorbonne, même après que j'eus acquis la certitude qu'il capitulerait intégralement et sur tous les points devant Vidal-Naquet et qu'il satisferait aux exigences, à toutes les exigences, de nos persécuteurs. Mais il est totalement faux que j'aie eu la moindre influence sur le contenu des publications, autrement que l'influence indirecte que j'ai signalée plus haut, en ne faisant rien qui puisse contribuer à faire disparaître les arguments qui me paraissaient les plus bêtes. Tout au contraire, Pressac n'a satisfait aucune des demandes que je m'étais laissé aller à lui faire. Je me souviens parfaitement qu'une de nos conversations téléphoniques s'était terminée par: " Ecoutez, Pressac, je ne vous demande qu'une chose..., vous republiez, avec les commentaires et les explications que vous voulez..., mais vous republiez dans le livre français,... tout ce que vous avez publié dans le livre américain concernant les livraisons de coke [aux crématoires], et tous les documents nouveaux que vous avez trouvés à ce sujet à Moscou". Pressac m'a promis, et il a ri, de son rire inimitable, en me disant: "Mais qu'est-ce que vous me demandez là, Guillaume!?"... Et Pressac n'a pas tenu sa promesse.

Quelles ont donc été les relations exactes de Pressac avec les révisionnistes, et quelle est l'attitude de Pressac face au révisionnisme? Il faut d'abord tordre le coup à un canard mensonger lancé par la presse, complaisamment avalisé par Pressac, universellement accueilli par le public, selon lequel Pressac aurait été un révisionniste convaincu, bientôt détrompé par ses recherches et par l'évidence. Cette version, rassurante pour les croyants, est entièrement fausse. En fait d'évidence qui s'imposerait à un esprit libre, on a vu ce qu'il en était. Et jamais, absolument jamais Pressac n'a été révisionniste. Jamais, même en privé et au plus fort de sa collaboration avec Faurisson et moi-même, Pressac n'a renoncé une seule seconde à sa croyance aux chambres à gaz et en l'extermination des juifs. Souvent, après une séance de travail sur les plans et les photos - et il s'agissait à l'époque de vrai travail, minutieux et précis - lorsqu'il était incapable de répondre aux arguments de Faurisson et de critiquer ses raisonnements, il restait silencieux mais il ne renonçait pas à sa conviction. A bout d'arguments, il continuait de croire, sans que l'on sache très bien à quoi. Mais jamais il n'a renoncé à croire aux chambres à gaz, même quand il s'esclaffait bruyamment à propos de tel "témoignage" évidemment faux ou de tel récit canonique grossièrement en contradiction avec tous les éléments matériels que la documentation nous permettait d'établir. Au début, nous ne doutions pas que Pressac était sur le chemin du révisionnisme.

Dans la préface, signée "La Rédaction de la R.H.R." à la Réponse à Jean-Claude Pressac de Robert Faurisson, on peut lire ceci: "Robert Faurisson se devait de répondre à un tel ouvrage. Il en connaît l'auteur qui, au début des années quatre-vingt, était venu lui confier ses propres doutes sur l'existence des chambres à gaz d'Auschwitz. J.-C. Pressac était allé jusqu'à proposer ses services. Il avait été pris à l'essai. Puis, il avait été congédié par le professeur pour son inaptitude à la recherche scientifique, ses difficultés à s'exprimer, "sa confusion d'esprit, ses peurs paniques, son horreur de la clarté et des positions franches" (voy. R.H.R. n°3, novembre 1990 / janvier 1991, p. 130)" Cette version ne me paraît pas non plus conforme à la vérité. Lorsque Pressac s'est présenté à nous, il revenait d'un voyage à Auschwitz, où il avait été frappé de constater que ni les ruines des crématoires ni les explications fournies sur place ne correspondaient avec l'idée qu'il s'était faite à partir du livre de Robert Merle, La Mort est mon métier, roman lui-même basé sur les prétendues "Confessions" de Rudolf Hoess. "Ca ne collait pas" comme il disait. Il ne mettait en doute ni les chambres, ni l'extermination des Juifs, bien que le chiffre de six millions lui parût exagéré. "Six millions, mon oeil!" disait-il.

Nous lui avons ouvert tous nos dossiers et proposé nos explications. Il s'est établi entre Faurisson et Pressac une réelle collaboration et nous fondions sur lui de réels espoirs. Au point que je l'avais baptisé "Schliemann", du nom de cet archéologue amateur, découvreur des vestiges de Troie. A l'époque de cette collaboration, nous avons pu approfondir, et en partie grâce à Pressac, notre connaissance d'Auschwitz et de Birkenau, tant des ruines que des plans et des documents. Nous avons étudié ensemble les archives du Struthof et visité le camp. On imagine mal aujourd'hui l'isolement pathétique dans lequel nous nous trouvions et j'étais le seul de "la Vieille Taupe" à aider et à suivre Faurisson dans son travail strictement documentaire. Les procès transformaient ce travail en marathon épuisant. Dans ce contexte, l'arrivée de Pressac était une bénédiction et nous le considérions comme tel, en dépit des bizarreries du personnage. Il était "d'extrême droite". Ses sympathies le portaient plutôt vers Adolf, en dépit de l'extermination des juifs et des chambres à gaz auxquelles il croyait. "C'étaient des bavures regrettables, dues à la guerre". Les Allemands "y étaient allés un peu fort".

Mais lui, au moins, n'ignorait rien du bombardement systématique des villes allemandes, du traitement des prisonniers allemands, des massacres commis par les Alliés. En gros, et pour autant que je sois parvenu à y comprendre quelque chose, il pensait que, quand serait venu le temps d'un bilan raisonné, les colonnes du bilan s'équilibreraient, même en tenant compte du sort des juifs et des chambres à gaz qu'il ne voulait pas mettre en doute. Pressac croyait réellement avoir réfuté Faurisson et découvert des preuves, ... "enfin,... des indices"(!?), "qu'il s'était quand même bien passé quelque chose". Il avait forgé sa conception d'Adolf avec chambre, et sa tendresse secrète pour Adolf avait constitué un élément de son jardin secret où il voyait confirmation de la fermeté de son âme. Et un Adolf sans chambre, sans même une toute petite chambre, vraiment toute petite, ce n'est plus vraiment un Adolf. Et la tendresse compréhensive que l'on conserve pour le personnage n'est plus aussi méritoire... Au moment où il perdait pied face à Faurisson et où, me semble-t-il, il n'était plus très sûr de son argumentation, les louanges de Vidal-Naquet et de la claque universitaire firent que Pressac ne douta plus d'avoir tout à la fois tranché le noeud gordien, résolu la quadrature du cercle et démontré le grand théorème de Fermat. L'oeuf (de Colomb) tenait debout sans même toucher la table. C'était de la lévitation. Mais il n'allait pas tarder à retomber sur terre, et ses commanditaires avec lui.

Pressac nous avait pourtant prévenus dès les premières rencontres: "il ne serait jamais question pour lui de prendre la moindre position susceptible de lui valoir le moindre ennui." Il convenait volontiers que l'historiographie sur le sujet ne valait rien, mais il nous regardait comme des bêtes curieuses de vouloir y changer quelque chose au risque d'affronter la meute. Je me suis évidemment demandé si Pressac n'était pas un espion et un provocateur envoyé dans nos pattes par l'adversaire et j'ai très rapidement cessé d'espérer quoi que se soit de lui, non pas parce qu'il serait inapte à la recherche scientifique (ce qui est un bien grand mot. Il suffit d'un peu de bon sens et de beaucoup de courage), mais parce qu'il est totalement inapte à affronter l'adversité. Passé la phase "documentaire" où il a été réellement efficace, il n'y avait rien à en tirer et nos relations avaient pratiquement cessé. Pressac n'a donc pas offert ses services et il n'a pas été congédié.

Mais puisqu'il "croyait" aux chambres à gaz, je l'avais encouragé à rencontrer Vidal-Naquet et Klarsfeld. D'une part cela me permettait de glaner à la source des informations sur l'état d'esprit du camp adverse, et cela m'a été plus d'une fois très utile. D'autre part cela permettait d'instiller chez nos adversaires une problématique matérialiste et documentaire. Cela les incitait, les conduisait à venir débattre sur le terrain profane que les révisionnistes avaient balisé. En nous "réfutant" sur le terrain de la connaissance matérielle et documentaire, nos adversaires reconnaissaient ipso facto que des questions se posaient sur ce terrain-là, et plus particulièrement les questions auxquelles ils prétendaient répondre. C'est très exactement ce qui s'est passé au colloque de 1982 à la Sorbonne au cours duquel Pressac est devenu l'expert anti-révisionniste sur le terrain révisionniste , et au cours duquel Faurisson et moi avons diffusé la Réponse à Pierre Vidal-Naquet, éditée par la Vieille Taupe.

J'ai raconté dans mon livre Droit et Histoire (La Vieille Taupe, 1985) comment Pressac avait été amené à participer à ce colloque, et comment il avait totalement capitulé devant Vidal-Naquet en gommant de son exposé tout ce que Vidal lui avait demandé de gommer et notamment toute allusion à la qualité et à l'honnêteté des travaux de Faurisson. Et pourtant, en 1982 comme maintenant, Pressac croyait que la reconnaissance de ses propres travaux, entraînant nécessairement la reconnaissance de l'insuffisance de l'historiographie antérieure, qu'il récuse totalement, entraînerait la fin de la persécution des révisionnistes. C'est tout le contraire qui s'est vérifié.

Quelque temps après ce colloque, Pressac s'étant présenté chez moi de sa propre initiative alors que Faurisson s'y trouvait, cela donna au professeur l'occasion de le chasser. Faurisson l'a injurié et traité de "mongolien". En rappelant explicitement une confidence de Pressac au temps de leur collaboration, selon laquelle il était né "étonné" (c'est-à-dire en état de syncope postnatale qui nécessite une réanimation, et laisse parfois des séquelles cérébrales... Il se trouve que c'est aussi mon cas... et je ne pense pas que Pressac ou moi-même souffririons de séquelles quelconques, ni qu'il faille rechercher là les raisons profondes qui font que Pressac et moi tirerions des conclusions différentes de la même documentation).

Mais Faurisson a ainsi déclenché chez Pressac une passion anti-Faurissonienne dont la Vieille Taupe se serait bien passée..., et qui compliquait beaucoup mes plans. Ayant cessé bien avant Faurisson d'attendre quoi que ce soit de Pressac, je n'avais pas de haine pour le bonhomme. J'avais eu avec lui beaucoup moins de relations que Faurisson. J'assistais à toutes leurs rencontres, mais elles se déroulaient sur le terrain matérialiste, archéologique et documentaire affectionné par Faurisson, et il ne fut jamais question de la Vieille Taupe, de son existence et de ses activités. Pour Pressac, Guillaume était l'éditeur un peu fou de Faurisson, mais plus ouvert et moins cassant, un point c'est tout. C'est d'ailleurs cette absence totale de curiosité réelle à l'égard de la Vieille Taupe qui a contribué à me persuader que Pressac n'était finalement pas un espion à la solde des adversaires.

J'ai reproché son attitude à Faurisson, qui m'a reproché la mienne. Je pensais que lorsque l'on mène une guerre totale contre le monde entier, on n'a pas les moyens d'entretenir des querelles particulières et subalternes et que l'on devrait se tenir au dessus de ces considérations. Mais surtout je n'avais rien à reprocher à Pressac! Sinon de ne pas être comme nous. Il voulait croire aux chambres à gaz, mais il n'était pas le seul. Il ne voulait pas se rendre aux arguments de Faurisson sans être cependant capable de lui opposer rien de sérieux, mais il n'était pas le seul. Et si je n'avais pas d'estime ni de respect pour son comportement, il n'est pas le seul dans ce cas... Et de quel droit décréter, lorsque quelqu'un refuse de se rendre à nos arguments, qu'il le fait pour de mauvaises raisons? J'entretenais donc avec lui des relations strictement courtoises, comme avec tout adversaire qui accepte la légitimité du débat, et il était... le seul!

Pressac n'était pas un traître que nous aurions dû hair en tant que tel. Il était un exterminationniste d'extrême droite que des préoccupations réalistes et matérialistes avaient un instant rapproché de Faurisson, et qui s'en était ensuite éloigné. De plus, Pressac avait prévenu! Je me souviens très bien qu'au plus fort de sa collaboration avec Faurisson, bien avant son embobinage par Vidal-Naquet, impressionné par la quantité et la qualité de la documentation accumulée sur Auschwitz, il avait dit à Faurisson son intention de publier un livre documentaire qu'il projetait d'intituler: "Auschwitz, Architecture criminelle". Faurisson insistait qu'il faudrait au moins mettre un point d'interrogation. Une autre fois il projetait de faire une thèse de pharmacie sur la lutte contre le typhus et l'épouillage à Auschwitz, "comme ça, ils ne trouveront rien à y redire". Son souci, c'était de publier les documents, dans n'importe quel contexte. Il ne cachait pas son intention d'accompagner les documents des commentaires nécessaires et suffisants pour qu'ils soient publiables, c'est-à-dire acceptables par la police juive de la pensée, et de gommer tout ce qui pourrait faire froncer les sourcils à Vidal-Naquet. C'est là qu'il m'a dit pour la première fois une idée qu'il m'a souvent répétée: "Guillaume, il faut céder sur les chambres si vous voulez qu'ils cèdent sur les chiffres". Et moi j'ajoutais en plaisantant: "Et réciproquement (céder sur les chiffres pour qu'ils cèdent sur les chambres) donc il faut céder sur tout... pour qu'ils ne cèdent sur rien!"

En définitive Pressac a fait exactement tout ce qu'il nous avait dit qu'il ferait dès les premières rencontres et c'est finalement lui qui a réalisé le gros bouquin documentaire sur Auschwitz, que Faurisson se proposait de réaliser, et qu'il avait annoncé en tête de son Mémoire en défense (page XXIII). Simplement, Pressac allait passer sous les fourches caudines de Vidal-Naquet et de Klarsfeld qui placèrent la barre vraiment très bas. Pressac a effectivement réalisé la prouesse du chameau qui passe par le chas d'une aiguille. La colère parfaitement compréhensible que peut susciter chez un révisionniste le personnage Pressac est dangereuse si elle empêche de voir et d'analyser le fait qu'il n'y avait peut-être pas, dans la société telle qu'elle est, d'autre passage que le chas de cette aiguille pour créer les conditions de l'ouverture d'un débat.

Après l'algarade de Faurisson, je n'ai plus eu le moindre contact, même téléphonique, avec Pressac pendant plusieurs années. En 1985, j'ai rendu public, dans un chapitre de mon livre Droit et Histoire, mon témoignage et mon appréciation sur le personnage (pages 82 à 89 et pages 107 à 125). Je n'ai rigoureusement rien à y changer. Tout y était dit. Pressac l'a d'ailleurs lu très attentivement et ne m'a jamais reproché qu'un détail (vrai) "que j'aurais dû garder pour moi". Je pourrais même ajouter que, non seulement tout y était dit, mais tout y était prédit dans la note de la page 89 [(5)]. Et ce sera le thème d'un prochain article.

Je ne me souviens plus dans quelles conditions mes relations avec Pressac ont repris. Probablement est-ce le professeur Michel Sergent qui a voulu organiser une confrontation. Il entendait dire par Faurisson, et par moi, que les thèses pressacquiennes ne valaient pas un pet de coucou, et par Pressac qu'il avait pulvérisé Faurisson. Je n'avais aucune raison de me dérober, et Pressac étant devenu très officiellement l'expert du camp adverse, je devais le considérer en tant que tel et agir en conséquence. C'est ainsi que nous nous sommes rencontrés chez Michel Sergent pour cette confrontation et que s'est rétablie la communication .

Cette communication très ténue, téléphonique, présentait divers avantages. D'abord, c'était le germe, l'embryon d'un débat que tout le monde nous refusait et c'était, par le fait de Pressac, la rupture de l'anathème lancé contre nous. C'était une brèche à élargir au lieu de la refermer par un anathème symétrique (et fantasmatique dans la situation où nous nous trouvions). J'étais persuadé que l'ouverture d'un débat, ou même la simple reconnaissance de la légitimité d'un débat, suffirait à ébranler le dogme. Mais nos adversaires le savaient si bien qu'ils le refusaient à tout prix. J'avais même pensé que les révisionnistes auraient dû feindre d'être impressionnés par les travaux et les "découvertes" de Pressac; qu'ils auraient dû déclarer que certains documents "nouveaux" les conduisaient à réviser partiellement leurs conclusions totalement "négationnistes". Il me semblait, non par inclination mais par analyse, que c'était la seule possibilité d'obtenir la légitimation du révisionnisme en général et de certaines de nos conclusions en particulier; ou en tout cas, la seule possibilité d'exposer nous-mêmes les thèses révisionnistes, les documents, les raisonnements, qui nous avaient induits à être...trop catégoriques. Il aurait suffit ensuite d'abattre nos cartes. Il fallait, en quelque sorte, adopter l'attitude de l'inspecteur Columbo... Cela me semblait la seule solution pour diminuer la pression et paralyser la répression. Je pense d'ailleurs toujours que, n'étaient les vanités aussi de notre côté, la partie était jouable. Il était possible d'amener l'adversaire au débat, uniquement si nous feignions d'abord d'être assommés par Pressac. Et le désir de croire en Pressac, et de croire que Pressac fournissait vraiment de quoi riposter à Faurisson, était tel, chez nos adversaires que le piège pouvait très bien fonctionner. Même Monsieur le Professeur Pierre Vidal-Naquet a envoyé à Pressac une lettre de félicitation chaleureuse, à la réception du livre miraculeux. Quinze jours plus tard, il envoyait une lettre d'injure!

Faute d'être tendu, ce piège-là n'a pas fonctionné. Force est de constater, bien que je sois le premier à le déplorer, que jusqu'ici, et à l'échelle de la société, Faurisson a été le meilleur agent recruteur et fédérateur des troupes de... nos ennemis. L'anathème religieux fonctionne à la perfection contre nous, et quels que soient les progrès que nous avons accomplis, au lieu de déconstruire les délires (c'était le thème de mon article dans Libération le 7 mars 1979) nous ne sommes parvenus qu'à les renforcer. Au contraire, Pressac est parvenu à injecter la problématique révisionniste au coeur même du temple exterminationniste parce qu'il se croyait vraiment anti-révisionniste! Et parce que sa haine, réelle, pour Faurisson lui tenait lieu d'homologation. C'est assez effrayant mais c'est ainsi!

Et c'est ainsi que la Vieille Taupe est parvenue, en passant par Pressac, à introduire dans le sein des saints holocaustiques, de la documentation révisionniste très solide. Entre autres, le livre de Sanning, The dissolution of European Jewry, (IHR, 1983) et la documentation photographique de John C. Ball, Air Photo Evidence: Auschwitz, Treblinka,..., (Ball resource Services, 1992) que j'avais donnés à Pressac, lui ont permis de soutenir une argumentation qui conduisit les gardiens du temple holocaustique à entreprendre eux-mêmes une révision salutaire des dogmes. C'est à partir de là que les chiffres furent en chute libre et que Messieurs Roussan et Cono[(6)], les ratés de la mémoire, s'autorisèrent à penser, c'est-à-dire à réviser. Bien sûr, les gardiens du temple holocaustique n'ignoraient pas l'existence de la documentation de Ball et quelques initiés, parmi les mieux informés, devaient probablement partager depuis longtemps in petto les conclusions de Sanning, mais l'anathème majeur lancé contre les révisionnistes et les mesures de police de la pensée qui en découlent semblaient largement suffire à assurer leur quiétude. Il avait suffi de déclarer "révisionnistes", donc anathèmes, l'étude impressionnante d'un démographe compétent et la documentation photographique la plus directe, pour dissuader les "historiens" de les prendre en considération et éliminer tout questionnement impie. Le livre de Sanning les laissait impassibles depuis plus de dix ans. Mais les mêmes arguments, avancés et répandus sur le parvis même du temple par Pressac, les convainquirent de la nécessité, face aux risques d'incendie incontrôlable, d'ouvrir un contre-feu.

Face à un feu de forêt, la technique du contre-feu consiste à déclencher un incendie contrôlé qui détruit la matière combustible, de façon à ce que l'incendie principal vienne s'éteindre de lui-même lorsqu'il ne trouve plus rien à brûler. Le risque est que le contre-feu devienne lui-même incontrôlable et ne détruise lui-même le reste de la forêt.

Toute l'opération Pressac, c'est-à-dire sa récupération et son exploitation par les holocausticiens officiels, n'est qu'un contre-feu contre... Faurisson. L'opération présente tous les aléas d'un contre-feu, c'est-à-dire qu'il devient difficile de distinguer les pompiers des incendiaires. Claude Lanzmann ne s'y est pas trompé, qui voudrait bien reconduire contre Pressac et consorts l'anathème majeur qui fonctionnait si bien, et avait fait la preuve de son efficacité. Mais Pressac n'est pas révisionniste! Il est un exterminationniste qui révise tout! Et il est impossible de reconduire l'anathème contre Pressac sans trancher les derniers liens qui relient l'holocauste à l'histoire profane. Anathématiser Pressac, après tout ce qui a été dit sur lui, c'est couper le cordon ombilical qui relie l'holocauste au concret. A terme, c'est condamner l'Holocauste à devenir le sixième livre de la Bible, la suite du Pentateuque, et une répétition du livre d'Esther. C'est-à-dire la parole même de Dieu, pour les croyants, mais une parole qui, dans une société laique comme la nôtre, n'est pas opposable aux tiers, et donc, politiquement, ne sert à rien.

Pour être utile au service d'une politique profane dans une société laique, il faut que l'Holocauste soit...historique, et pas seulement pour les croyants. Il faut donc qu'il soit reconnu comme historique, par les historiens pour commencer. C'est la condition sine qua non de son efficace. Et l'on retombe sur l'épineux problème des documents et de la critique, fondement de la discipline historique. Sur ce plan, le Roi est nu [(7)].

Tandis que l'empereur cheminait fièrement devant la procession sous son dais magnifique, tout le monde, dans la rue et aux fenêtres, s'écriait: "Quel superbe costume! Comme la traîne en est gracieuse! Comme la coupe en est parfaite!" Nul ne voulait montrer qu'il ne voyait rien car on l'aurait jugé niais ou incapable de remplir un emploi. Jamais les habits de l'empereur n'avaient excité une telle admiration.

"Mais il n'a pas du tout d'habit, dit tout haut un petit enfant.

-- Seigneur Dieu, entendez la voix de l'innocence!"

dit le père.

Et bientôt on chuchota dans la foule ce que l'enfant avait dit:

"Un paulisson dit que l'empereur n'a pas d'habit!

L'empereur frissonna, car il lui semblait qu'il disait vrai. Cependant il se raisonna: il fallait, quoi qu'il en soit, mener la procession jusqu'au bout.

Il se redressa plus fièrement encore, et les chambellans continuèrent à porter la traîne qui n'existait pas.

Et alors arriva Bédarida, qui complimenta l'empereur de ses habits et lui proposa d'utiliser néanmoins le livre de Pressac comme cache-sexe.

 

Septembre 1993 - 20 octobre 1994

Modifié le 14 octobre 1995

 

Pierre Guillaume

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