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Norman Finkelstein,

[A propos du rapport de la commission Bronfman sur les avoirs juifs du tps de guerre détenus par les Etats-Unis]

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[Note de l'AAARGH: Finkelstein a un site web où l'on trouve le dossier de son livre: http://www.normanfinkelstein.com/index.html]

En mai 1998, aux Etats-Unis, une commission présidentielle consultative sur les biens de lolocoste a été chargée par le Congrès "de déterminer le sort des biens pris aux victimes de lolocoste qui sont tombés entre les mains du gouvernement américain" et "de conseiller le président sur la manière d'assurer la restitution des biens volés à leurs légitimes propriétaires ou à leurs héritiers"1 En décembre 2000, la commission, présidée par Edgar Bronfman (qui était le maître d'oeuvre de l'attaque contre les banques suisses), a remis son rapport tant attendu. Intitulé Pillage et restitution. Les Etats-Unis et les biens des victimes de lolocoste2, il entend prouver que "les Etats-Unis ont exigé autant d'eux-mêmes que de la communauté internationale3." [Note de l'AAARGH: comme si les Etats-Unis étaient le moins du monde fondés à exiger quoi que ce soit!] (en fait, une lecture attentive du document montre exactement le contraire: bien que les Etats-Unis soient coupables de tout ce dont on accuse les Suisses, on ne leur a demandé aucune restitution de lolocoste comparable4 )

La commission présidentielle oppose "l'intransigeance des banques suisses" "aux efforts extraordinaires qu'ont fait les Etats-Unis pour rendre les biens volés pendant l'époque de lolocoste5. Je vais d'abord comparer les accusations portées contre les Suisses avec le cas américain tel qu'il ressort du rapport de la commission.

Interdiction de consulter les dossiers des biens de l'époque de lolocoste

L'industrie de lolocoste a prétendu que les banques suisses avaient systématiquement refusé aux rescapés de lolocoste ou à leurs héritiers l'accès à leurs comptes après la seconde guerre mondiale. Le comité Volcker est arrivé à la conclusion qu'en dehors de cas exceptionnels, l'accusation était dénuée de fondement6. En revanche, la commission présidentielle a découvert qu'après la guerre "beaucoup" de rescapés de lolocoste et de leurs héritiers n'avaient pu récupérer leurs biens aux Etats-Unis à cause "des frais de justice et de la difficulté d'intenter un procès" (à partir de 1941, le gouvernement américain a bloqué ou investi les biens de tous les ressortissants des pays occupés par les nazis)7. Comme dans le cas des banques suisses, le gouvernement américain a, "dans certains cas", recherché les légitimes propriétaires8.



Destruction des dossiers concernant les biens de l'époque de lolocoste


L'industrie de lolocoste affirme que les banques suisses, pour dissimuler leurs méfaits, ont systématiquement détruit des dossiers très importants. La commission Volcker conclut que l'accusation est dépourvue de fondement9.


Mais les Etats-Unis ont détruit des "données brutes" essentielles: après la déclaration de guerre américaine, le ministère des finances a demandé aux opérateurs financiers de lui soumettre la description détaillée de tous les biens étrangers déposés chez eux. La commission dit que ces formulaires (565.000 en tout) "ont été détruits et l'enquête menée par son personnel n'a pu découvrir de doubles. En conséquence, il est impossible d'évaluer le montant des biens de victimes aux Etats-Unis à la date de 1941." La commission garde un silence curieux sur les circonstances et la date de cette destruction10.


Détournement des biens de l'époque de lolocoste


L"industrie de lolocoste a accusé la Suisse, à juste titre, d'avoir utilisé de l'argent appartenant à des victimes polonaises et hongroises de lolocoste pour compenser la nationalisation des biens suisses à laquelle avait procédé les gouvernements de ces pays11. Mais la Commission présidentielle déclare que la même chose s'est produite aux Etats-Unis: "[La] compensation des biens américains perdus en Europe l'a emporté sur la compensation pour les biens étrangers gelés aux Etats-Unis. Le Congrès considérait les biens allemands confisqués comme un moyen de payer les réclamations de guerre américaines portant sur des dommages subis par les entreprises et les particuliers américains []. Ainsi, les réclamations de guerre américaines ont été payées en partie par des biens allemands au nombre desquels il y avait sans doute des biens appartenant aux victimes12."


Le commerce de l'or nazi


L'industrie de lolocoste a accusé à juste titre les Suisses d'avoir acheté de l'or volé par les nazis dans les réserves centrales des pays européens13. Mais la commission présidentielle établit que les Etats-Unis ont fait la même chose et qu'en fait, le commerce de l'or volé par les nazis était la politique officielle des Etats-Unis jusqu'à ce que l'Allemagne, en leur déclarant la guerre, mette fin à cette pratique. Il faut lire le passage correspondant du rapport de la Commission:


"L'invasion de la France, de la Belgique et des Pays-Bas par l'Allemagne, en mai 1940, incita le conseiller financier de l'ambassade de Grande-Bretagne, M. Pinsent, à envoyer une note au ministère des finances demandant si M. Morgenthau [le ministre] "serait prêt à vérifier les importations d'or pour rejeter celles qui seraient d'origine allemande", car Pinsent craignait que les trésors privés hollandais et belges tombent entre les mains allemandes.." Dans un mémorandum du 4 juin 1940, Harry Dexter White (directeur du département de la recherche monétaire), expliquait pourquoi le ministère des finances américain n'avait pas posé de questions sur l'origine de l'or "allemand... La meilleure façon pour les Etats-Unis de contribuer au maintien de l'or comme monnaie d'échange internationale, avançait White, était de maintenir son inviolabilité et et de l'accepter sans discuter pour régler les échanges internationaux." Et six mois plus tard, White parlait de "son refus opiniâtre d'envisager sérieusement la proposition que faisaient des individus peu au courant de la question de cesser d'acheter de l'or, ou bien l'or de certains pays, pour telle ou telle raison." Au début de 1941, on demanda à nouveau à White, dans un mémorandum interne du ministère des finances, "à qui est l'or que nous achetons" mais d'après ses mémorandums, on voit que la réponse était "qu'on acceptait l'or sans poser de questions"14.


L'industrie de lolocoste a affirmé, à juste titre, que les Suisses avaient acheté de l'or que les nazis avaient pris aux victimes de lolocoste. (mais il n'y a aucune preuve que les Suisses l'aient fait en connaissance de cause; le montant total, au cours actuel, est d'environ un million d'euros)15. La commission présidentielle déclare, de la même façon, "qu'il est possible que des lingots et des pièces d'or achetés par le ministère des finances par les banques de la réserve fédérale à New York pendant et après la guerre aient parfois été pris aux victimes du nazisme16.


Au total, le rapport de la commission présidentielle démontre que les Etats-Unis sont coupables de toutes les accusations portées par l'industrie de lolocoste contre la Suisse.


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L'industrie de lolocoste a forcé les banques suisses à subir un contrôle externe et complet de leurs comptes, qui a coûté un demi-milliard d'euros, afin d'identifier tous les biens de l'époque de lolocoste encore en dépôt. Avant même la fin du contrôle, l'industrie de lolocoste a imposé un accord d'un milliard un quart d'euros aux Suisses17. Et pourtant, la commission Volcker constate que les Etats-Unis ont été un des principaux coffres-forts pour les biens juifs en Europe, au même titre que la Suisse18 mais que réclame-t-on aux Etats-Unis?


On l'a vu plus haut, la commission présidentielle prétend que "ses travaux... prouvent que les Etats-Unis se sont imposé autant d'exigences qu'ils en ont imposé à la communauté internationale". La commission n'a cependant pas entrepris de contrôler systématiquement les biens de l'époque de lolocoste qui se trouvent aux Etats-Unis et n'ont jamais été réclamés. Le rapport affirme que la commission n'était pas chargée "de mesurer ou de traduire en dollars les défauts historiques mis au jour dans la conception ou la mise en oeuvre de la politique américaine"19. Il prétend en fait qu'elle ne pouvait pas le faire "à cause du compromis nécessaire entre les buts de l'enquête et le délai et le budget disponibles pour l'effectuer" et "la paucité des documents à sa disposition et leur qualité inégale20". On aimerait comprendre pourquoi les Suisses ont pu surmonter ces obstacles alors que les Etats-Unis en étaient incapables. (Rien n'empêchait d'allonger le "délai et le budget" ou d'ordonner un contrôle des comptes sur le modèle suisse pour pallier le manque de documents.)21.


De même, pour évaluer de façon exacte les biens de l'époque de lolocoste qui ont été restitués, il aurait fallu "une enquête systématique qui n'entrait pas dans les compétences de la commission"22-- mais qui était possible quand il s'agissait des banques suisses.


La commission annonce que l'Association juive pour la restitution (JRSO) avait accepté "sans enthousiasme" les cinq cent mille euros de compensation que le gouvernement américain a offerts pour les biens de l'époque de lolocoste encore gelés23. Bien que l'enquête confirme la position de Seymour Rubin qui disait que le chiffre de cinq cent mille euros était "très bas"24, la commission conclut, sans surprise, que les compensations misérables n'étaient pas "dus à de mauvais mobiles des fonctionnaires ou des administrations américaines"25. Le rapport ne suggère à aucun moment que les Etats-Unis pourraient verser des compensations supplémentaires, sans parler d'une compensation de l'ordre du milliard un quart d'euros extorqués aux Suisses.


La commission présidentielle contient une liste de nobles recommandations26. A la fin de la guerre, des soldats américains affectés en Europe se sont livrés au pillage sur une grande échelle27. Il est conseillé au gouvernement américain "de développer, de concert avec les associations d'anciens combattants, un programme de restitution volontaire des biens des victimes qui ont pu être pris par d'anciens membres des forces armées comme souvenirs de guerre": les anciens combattants, n'en doutons pas, se battront pour rendre le butin. Un dernier conseil appelle les Etats-Unis à conserver leur hégémonie dans l'encouragement de la communauté internationale à s'occuper des affaires de restitution de biens". Après ce rapport, qui peut douter de l'hégémonie américaine?


Norman G. Finkelstein


Juin 2001

 


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