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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"
II. LA POLITIQUE ANTISEMITE ALLEMANDE AVANT 1939
Selon Hitler, les juifs constituaient
un corps étranger aux sociétés qui les avaient accueillis ; ils
nuisaient à l'unité et à la prospérité de ces sociétés et les corrompaient même.
Le programme nazi du 24/2/1920 prévoyait donc que les juifs ne pouvaient être
citoyens allemands (« Staatsbürger »), vu qu'ils ne faisaient pas partie
du peuple allemand (« Volksgenosse »), c'est-à-dire de ceux qui étaient
de sang allemand (« deutschen Blutt »).
Par ailleurs, les juifs tombaient sous le coup de dispositions plus générales
du programme, dispositions non spécifiquement antijuives mais visant les non-Allemands,
qui ne pouvaient exercer une fonction publique. Le programme prévoyait également
l'expulsion de tous les étrangers entrés en Allemagne après le 2/8/1914,
pour l'essentiel des juifs polonais, les juifs allemands n'étant donc en aucune
manière concernés par ce point, contrairement à ce que les historiens veulent
nous faire croire.
Ce programme peut paraître inacceptable, mais on notera que l'immense
majorité des Israéliens et même des juifs de la Diaspora trouvent normal qu'Israël
ait une politique de la citoyenneté tout à fait semblable et même pire que celle
des nazis et cela ne fait hurler personne. [1]
Enfin, à partir de 1939, Hitler a considéré
que les juifs constituaient en outre une minorité belligérante adversaire
de l'Allemagne, minorité d'autant plus dangereuse qu'elle était censée participer
aux hostilités sous la forme d'une « cinquième colonne » à l'arrière de la ligne
de feu.
Pourquoi cette aggravation du statut des juifs ? [2]
Quand les nazis arrivèrent au pouvoir le 30/1/33, l'Allemagne vivait depuis
longtemps dans un climat de violence (dont nazis et [« judéo- »] communistes
étaient les principaux responsables, mais qui -n'exagérons pas- n'avait rien
de commun avec, par exemple, le climat de violence que connaît aujourd'hui l'Algérie
ou la Palestine). Par exemple, lors de la dernière campagne électorale, des
individus (dont des juifs) avaient été molestés, mais sans qu'on pût raisonnablement
parler de pogroms. D'ailleurs, homme d'ordre par excellence, Hitler s'employa
aussitôt à faire cesser ces exactions et à rassurer l'opinion internationale
et plus particulièrement l'opinion publique juive. Ainsi, dès le 2/2/33,
soit 3 jours après l'arrivée des nazis au pouvoir, la
Wilhemstrasse (ministère des Affaires étrangères) remettait à un correspondant
de journaux juifs américains et anglais une déclaration destinée à dissiper
l'inquiétude des milieux juifs ; elle précisait :
« Le gouvernement allemand désire garantir à tous les citoyens allemands la paix et l'ordre et il n'est nullement dans ses intentions de se lancer dans des expériences insensées ».
Une semaine plus tard, le 7/3/33, le vice-chancelier von Papen déclarait de son côté :
« Les citoyens juifs de l'Etat allemand peuvent être assurés qu'ils seront traités comme le sont tous les bons citoyens ».
Bref, on était loin d'appliquer le programme de 1920. Malgré ces déclarations rassurantes et bien d'autres, la forte hostilité à Hitler de la presse internationale ne changea pas. Les autorités anglaises et américaines, reconnaissant les efforts faits par Hitler, tentèrent de calmer les milieux juifs ainsi que la presse qu'ils contrôlaient ; ceux-ci n'écoutèrent rien et même amplifièrent leur campagne, criant à la « persécution antisémite », ce qui était non pas exagéré mais tout simplement de mauvaise foi. Certains correspondants (juifs, bien entendu) de journaux anglo-saxons racontaient que la Sprée (qui -c'est le genre de choses qu'on n'enseigne plus dans les écoles- arrose Berlin) charriait de cadavres de juifs assassinés ; les mêmes accusèrent les nazis d'avoir mis le feu au Reichstag. Enfin, comme si leur campagne haineuse et injuste n'était déjà pas suffisamment préjudiciable pour tous, ils passèrent aux actes et firent le geste qu'il ne fallait pas faire, le geste irréparable qui allait déclencher une épreuve de force, une escalade insensée qui aboutirait à Auschwitz. Ainsi, le 24/3/33, alors que Hitler, arrivé au pouvoir deux mois plus tôt, n'avait pris encore aucune mesure antijuive -bien au contraire, ainsi que nous l'avons vu-, certains éléments sionistes -sans l'accord, il est vrai, de l'organisation sioniste mondiale, qui ne se rallia au mouvement qu'en août 33- décrétèrent le boycottage commercial et financier de l'Allemagne ; rapportant la chose, le Daily Express (qui, à l'époque, tirait à 4 millions d'exemplaires) titra sur sa une :
« Les juifs déclarent la guerre à l'Allemagne
Les juifs du monde entier s'unissent
Boycott des marchandises allemandes »
« Tous les juifs de par le Monde s'unissent pour déclarer une guerre économique et financière à l'Allemagne. (...) Tous les juifs se dressent avec indignation face aux attaques des nazis contre les juifs. (...) Des résolutions ont été prises par le monde juif des affaires visant à couper toute relation commerciale avec l'Allemagne. (...) L'Allemagne est un gros emprunteur sur les marchés financiers, sur lesquels marchés l'influence des juifs est considérable. (...) Un boycott concerté des acheteurs juifs pourrait causer de grands dommages aux exportations allemandes.(...) » [3]
Ci-contre la photo de la une du Daily Express du 24 mars 1933.
Cliquez sur la photo pour l'agrandir.
Les historiens minimisent généralement
ces déclarations tonitruantes et irresponsables (si l'on pense aux malheureux
juifs du Reich). Il n'en est pas moins vrai que quelques jours plus tard (le
1/4/33), les Allemands organisèrent -assez mollement, d'ailleurs- le boycottage
des magasins, des produits, des médecins et des avocats juifs et que la précipitation
dans laquelle furent prises ces mesures indique bien que c'étaient des représailles.
Les auraient-ils prises sans cette déclaration de guerre juive ? On peut penser
-mais, bien entendu, sans rien pouvoir affirmer- qu'Hitler aurait, de toute
façon, appliqué son programme antisémite mais plus posément et avec plus d'humanité.
Les juifs auraient même peut-être bien dû quitter massivement l'Allemagne, du
moins les juifs immigrés de fraîche date mais dans des circonstances beaucoup
moins dramatiques et iniques. La campagne internationale antiallemande n'eut
qu'un résultat : exaspérer Hitler et développer un climat de haine et de violence
au préjudice des malheureux juifs allemands, lesquels protestaient d'ailleurs
avec indignation contre cette déclaration de guerre économique à l'Allemagne,
c'est-à-dire à eux-mêmes ; par exemple, l'un de leurs dirigeants, Jacob Rosenheim,
la qualifiait même de « quasi-crime contre l'Humanité » et traitait ses
instigateurs de « soi-disant amis dépourvus de clairvoyance ».
Le boycottage des juifs par les Allemands ne dura qu'un seul jour voire une
demi-journée (les historiens nous cachent généralement ce fait) mais la mécanique
était enclenchée et le 7/4/33, en même temps qu'il entreprend d'asseoir son
pouvoir en quelques semaines (notamment par le démantèlement des structures
fédérales de l'Allemagne, la mise au pas des syndicats ouvriers et autres ainsi
que des partis politiques), Hitler promulgue une loi réservant l'accès à la
fonction publique aux citoyens allemands, à l'exclusion des non-Aryens, c'est-à-dire
de diverses minorités dont les juifs constituent la principale. Le même 7 avril,
les avocats non aryens sont exclus du barreau ; le 22/4/33, les médecins non
aryens ne sont plus reconnus par les caisses-maladie et le 25/4/33 est décidée
une limitation du nombre d'étudiants non aryens dans l'enseignement secondaire
et universitaire au prorata de la population non aryenne (instauration d'un
numerus clausus).
En Juillet 35, les non-Aryens sont exclus de l'armée allemande.
En septembre 35, au congrès de Nuremberg, Hitler fit adopter les célèbres lois
dites de Nuremberg dont la principale réservait aux Allemands et « apparentés
» la qualité de « citoyens du Reich » ; les juifs, n'étant pas considérés
comme Allemands ou apparentés, perdaient ipso facto la citoyenneté allemande.
Il leur était en outre interdit d'entretenir des relations sexuelles, hors ou
dans le mariage, avec les Allemands de façon que fût assurée la « protection
du sang et l'honneur allemands ». Toutes ces lois, tout particulièrement
celle qui touchait au sexe, firent scandale et relancèrent l'agitation antiallemande
dans le monde (juif), agitation qui, on le notera, n'avait jamais vraiment cessé,
ne cessant du même coup d'alimenter l'antisémitisme hitlérien.
On présente les lois que décréta Hitler en l'occurrence, comme antisémites :
c'est là un raccourci. En fait, Hitler, ayant estimé que les juifs constituaient
un élément inassimilé et inassimilable, en tirait la conclusion qu'ils n'étaient
pas des Allemands et qu'ils n'avaient donc pas le droit de participer à leur
vie : c'étaient des étrangers et ils devaient être traités en conséquence. Il
est universellement admis que ceux qui sont considérés comme des étrangers ne
puissent bénéficier des mêmes droits que les nationaux : pour ne prendre qu'un
exemple, il est rarissime qu'ils aient le droit de vote, même lors d'élections
locales ; de même, les étrangers n'ont généralement pas accès à la fonction
publique. Les Palestiniens (mahométans ou chrétiens) ne sont pas davantage traités
comme des citoyens de plein droit par les Israéliens (juifs) sans que cela émeuve
le moins du monde nos moralistes. [4]
Les lois de Nuremberg ne visaient donc nullement à abaisser les juifs
mais à promouvoir les Aryens ; c'étaient des lois typiques d'apartheid,
qui, bien que déplorables, ne visaient pas à donner aux juifs un statut de sous-homme
ou de sous-citoyen mais à obliger les uns et les autres à vivre et -Pourquoi
pas ?- prospérer séparément. Les juifs, en quelque sorte, étaient déchus de
la citoyenneté allemande mais élevés à la citoyenneté juive. Par exemple, ces
lois interdisaient aux juifs de hisser le drapeau allemand (depuis peu, à croix
gammée) mais les autorisaient à hisser les couleurs sionistes (bleu-blanc avec
l'étoile de David). Malheureusement, la suite était franchement inacceptable
: comme pareille cohabitation entre une majorité écrasante et une minorité très
faible était une vue de l'esprit, les majoritaires se déclaraient uniques propriétaires
du sol sur lequel vivaient les uns et les autres et demandaient donc en même
temps aux minoritaires de se chercher un autre territoire dans un délai raisonnable.
Il est à noter qu'Hitler, à
la grande fureur de Goebbels, recommandait de la douceur dans la mise en application
des lois de Nuremberg ; ainsi, Goebbels note-t-il dans son journal qu’il a entendu
Hitler dire à ses Gauleiters le 17/9/36 que, « avant tout »,
il ne devait pas y avoir d'excès contre les juifs. Une semaine plus tard, il
note avoir entendu Hitler répéter la chose auxdits Gauleiters à l'hôtel
de ville de Munich : « Pas de persécution [le mot est illisible,
mais dit Irving, le contexte est clair : le discours d'Hitler est une longue
réfutation des thèses dures de Rosenberg et Streicher.] des 'non-Aryens' ».
[5]
Les juifs durs -ceux qui, ayant dépassé le stade de la défense des droits
des juifs, oeuvraient pour la création d'un Etat juif en Palestine- approuvaient
tout à fait ces lois d'apartheid (encore que certains d'entre eux faisaient
semblant de s'en offusquer et, faisant feu de tous bois, s'en servaient pour
tenter d'ameuter l'opinion internationale). [6]
En effet, pour les sionistes aussi, les juifs ne pouvaient être Allemands ou
Polonais et il était normal et même hautement souhaitable qu'on leur interdise
de pavoiser aux couleurs d'un pays qui n'était pas le leur ou encore d'en devenir
les fonctionnaires fidèles ; quant à avoir des relations charnelles avec des
non-juifs, .... [7] Il s'ensuivit donc une
collaboration active entre Allemands et juifs palestiniens, concrétisée dès
août 1933 par l'accord dit de Haavara. C'était un accord de clearing (le produit
d'exportations allemandes étant affecté à l'indemnisation des émigrants) qui
sera renouvelé jusqu'à la déclaration de guerre. Il permit à de nombreux juifs
allemands d'émigrer en Palestine dans des conditions financières satisfaisantes
malgré le contrôle des changes strict en vigueur en Allemagne (et, d'ailleurs,
partout dans le monde). Ceci est une preuve que -au moins à cette époque- Hitler
ne voulait pas faire disparaître les juifs de la surface de la Terre : il voulait
simplement qu'ils s'en aillent. Cet accord qui fut vivement attaqué en Allemagne
même par le lobby proarabe (avec Ernst von Weizsäcker, futur secrétaire d'Etat
aux Affaires étrangères), permit tout de même à 50.000 juifs allemands d'émigrer
vers la Palestine (sans parler de ceux qui y allèrent par la suite ou en dehors
de l'Accord) ; le lobby proarabe aurait préféré disperser les juifs de par le
monde mais Hitler était tellement désireux de voir ses juifs partir qu'il acceptait
les inconvénients évidents qu'aurait la création d'un Etat juif en Palestine.
En fait, un accord plus vaste eût permis à tous les juifs de s'en aller dans
les mêmes conditions, mais les pays où ils auraient pu émigrer -et qui reprochaient
parfois à Hitler sa politique antisémite- n'en voulaient pas et distribuaient
des visas avec parcimonie. Leurs reproches n'étaient pas tant à base de morale
que d'antisémitisme et d'égoïsme socio-économique : nul n'avait le droit de
reporter sur d'autres le poids de ses juifs. Le problème juif était donc complexe
: ce n'est pas seulement que l'Allemagne n'en voulait plus, mais que les autres
pays n'en voulaient pas.
Américains, Anglais et Français s'opposèrent donc logiquement à cette généralisation
de la Haavara (généralisation à laquelle l'Allemagne était favorable) pour des
raisons prétendument morales (et économiques).
Puisque personne ne souhaitait accueillir ses juifs et puisque même l'Angleterre
s'opposait à les laisser s'établir en Palestine, Hitler dut se résoudre, dans
sa logique, à utiliser des moyens encore plus contraignants, ne laissant pas
le choix aux malheureux juifs : ce sera l' « aryanisation » des entreprises
juives (1938), qui vise à exclure les juifs (allemands et étrangers) de la vie
économique du Reich. [8]
Cette relance de la politique antisémite s'était d'autant plus imposée que l'émigration
de 200.000 juifs depuis 1933 -chiffre, somme toute, satisfaisant- fut compensée
par l'Anschluss qui apporta 200.000 juifs autrichiens au Reich. La Pologne,
la Roumanie et tous les pays de l'Est voyaient avec satisfaction leur population
juive diminuer et lui, Hitler, champion de l'activisme antisémite, en avait
encore autant qu'à son arrivée au pouvoir en 1933 (proportionnellement, il en
avait même plus) ! Ces juifs autrichiens furent, sur le champ, les victimes
d'une explosion antisémite d'une ampleur que les juifs allemands n'avaient pas
connue et qui n'était d'ailleurs guère d'origine nazie (c'était un feu qui couvait).
Devant l'afflux des demandes de visa et ne désirant pas y donner suite, les
USA convoquèrent alors à l'été 38, une conférence, la Conférence d'Evian, chargée
de résoudre le problème des réfugiés, problème que, précédemment, dès 1933,
on avait vainement essayé de résoudre par la création d'un Haut Commissariat
pour les réfugiés en marge puis au sein de la SDN (Société des Nations). Cette
conférence fut un échec complet, personne ne voulant de juifs supplémentaires,
Belges, Hollandais et Français ne voulant même pas entendre parler de simple
transit des réfugiés juifs. [9]
A titre d'exemple, les Britanniques n'accordaient de visas que pour 25 colons
dans l'immense Kenya, et encore, sans leurs familles. De son côté, l'Australie
refusait d'en recevoir un seul et sans chercher de faux-fuyant, justifiait son
refus par la crainte d'importer un problème racial.
Certes, chacun ou presque avait un projet de création d'un foyer d'accueil pour
les juifs mais ... ailleurs que chez lui : les Anglais, par exemple, avaient
le projet d'envoyer les juifs allemands au Tanganyika (ancienne colonie allemande)
et en Guyane ; les Français voulaient les envoyer à Madagascar et en Nouvelle-Calédonie,
encore craignaient-ils que, après l'écroulement du nazisme, les juifs allemands
réimplantés dans l'île se déclarent en faveur de la nouvelle Allemagne et refusent
de s'assimiler. Les Polonais, les Roumains et les Hongrois, tous aussi désireux
que les Allemands de se débarrasser de leurs juifs, poussaient beaucoup à cette
solution de Madagascar. Les Allemands furent très intéressés par cette solution,
car une île leur semblait apte à circonscrire le « virus juif » et, en 1940,
après l'effondrement des armées françaises, Heydrich relança ce projet avec
de nouveaux atouts (nous en reparlerons). [10]
Les USA parlaient de l'Ethiopie, laquelle venait d'être conquise par les Italiens
; ces derniers, bien entendu, pensaient que c'était aux USA d'accueillir les
juifs. Après l'échec du projet Ethiopie, Roosevelt reprit un vieux projet Angola
(1912) dont les Portugais n'avaient finalement plus voulu ; les Portugais firent
savoir qu'ils n'avaient pas changé d'avis.
Il y eut un projet franco-suisse d'établissement de 50.000 juifs à Haïti ; les
Américains y pensaient aussi mais ce projet limité tomba aussi à l'eau.
Le Comité d'Evian étudia également la colonisation en Rhodésie du Nord, en République
Dominicaine, aux Philippines, en Guyane britannique. Il y eut également des
projets pour la Rhodésie du Sud, le Sinaï, la Guinée britannique et, probablement,
beaucoup d'autres régions, toutes solutions abandonnées notamment par manque
de moyens financiers et de volonté politique.
Les mesures antisémites de 1933 étaient relativement bénignes et celles de 1935,
pour regrettables qu'elles aient été, n'étaient pas criantes d'iniquité ; la
plupart des juifs, en tous cas, s'y étaient adaptés avec courage et continuaient
à vivre à peu près « normalement ». Celles du début de 1938 sur l'aryanisation
des entreprises étaient déjà plus iniques mais elles ne semblaient pas encore
de nature à résoudre rapidement et totalement le problème, c'est-à-dire faire
émigrer des gens qui, en fait, se sentaient souvent plus Allemands que juifs.
[11] Par contre, le pogrom de la « Nuit
de Cristal » de novembre 1938 fut d'une grande sauvagerie (il fit 91 morts !)
; il fut organisé par des extrémistes apparemment mécontents de la relative
modération de la lutte légale contre les juifs et qui profitèrent de l'assassinat
d'un diplomate allemand par un jeune juif polonais pour se défouler et assouvir
leur haine. Cet acte d'une grande barbarie pour un pays de grande culture, alors
en paix, fit le plus grand tort à l'Allemagne et désorienta même ses plus chauds
partisans : la Nuit de Cristal fut sans doute le grand tournant depuis l'arrivée
de Hitler au pouvoir. La plupart des responsables nazis (dont Goering et Himmler)
protestèrent vigoureusement auprès d'Hitler, qui, en privé, leur donna raison.
C'est là, du moins, la version la plus vraisemblable de ce pogrom sanglant mais
ces débordements, du fait qu'ils faisaient le plus grand tort à l'Allemagne,
incitèrent Hitler, homme épris d'ordre, débordé par des partisans qu'il avait
lui-même excités mais qu'il ne pouvait désavouer publiquement, à résoudre le
problème juif radicalement et au plus vite : il ne devrait plus rester, affirma-t-il,
un seul juif en Allemagne à la fin de 1939. Il prit aussitôt toute une série
de mesures qui, achevant de rendre la vie impossible aux juifs, étaient de nature,
espérait-il, à faire partir les plus récalcitrants. [12]
C'est à peu près à cette époque, selon Irving, que la solution de Madagascar
apparaît dans le journal de Goebbels, lequel relate le 11/4/38 qu'Hitler lui
a fait part de son intention d'expulser tous les juifs d'Allemagne, par exemple
vers Madagascar. Goebbels en reparle le 23/4/38
(ou le 3/6/38 ?) : « Madagascar
devrait être la meilleure place pour eux [c'est-à-dire les juifs de Berlin,
ville dont Goebbels était Gauleiter]
» puis le 24/7/38 après un entretien
avec Hitler : « La
principale chose est de pousser les juifs à la porte. Dans dix ans, ils devront
avoir tous quitté l'Allemagne. Mais, pour le moment, nous avons l'intention
de garder les juifs en gage.
»
Dans le même temps, on le notera, les négociations
internationales se poursuivaient. Ainsi, fin 38-début 39, Allemands et Anglais
négocièrent un plan (le plan Schacht, du nom du célèbre président de la Reichsbank)
qui prévoyait une solution « technique » c'est-à-dire financière : il s'agissait
en gros, de consacrer le produit d'un accroissement des exportations allemandes
à la compensation des capitaux confisqués aux juifs allemands. [13]
Encore fallait-il savoir où ces malheureux juifs pourraient se rendre.
Il y eut aussi l'Accord Rublee (Comité d'Evian) - Wohlsthat du début 1939 qui
portait sur 600.000 juifs (en utilisant, pour la première fois, semble-t-il,
un concept qui, plus tard, allait prendre un sens beaucoup plus tragique : la
sélection des aptes et des inaptes) soit :
Anglais et Américains acceptaient
difficilement cet accord : les premiers demandaient aux seconds de consentir
un effort financier et ceux-ci affirmaient que c'était aux organisations privées
et particulièrement aux organisations juives à fournir les fonds mais celles-ci
ne s'accordaient sur rien. On peut penser qu'Anglais et Américains auraient
tout de même fini par accepter l'accord, mais, faisant fi de toute considération
humanitaire, le Congrès juif Mondial le refusa tout net en invoquant des raisons morales
et politiques et l'accord tomba à l'eau. [14]
Début 39, devant le manque de perspectives développées par le Comité d'Evian,
Goering créa l'Office Central du Reich pour l'émigration des juifs avec Heydrich
à sa tête. [15] Son but était de simplifier
les formalités à l'émigration et financer l'exode des juifs pauvres avec les
fonds pris aux juifs riches. Cet Office alla jusqu'à pratiquer l'immigration
clandestine (notamment en Palestine).
Là-dessus éclata la guerre. Ce ne fut pas un tournant, mais une rupture !
Résumons les événements antérieurs à la guerre de 1939 :
Hitler avait proclamé dès 1920 que les juifs constituaient un corps étranger à la nation allemande, ce qui entraînait un certain nombre de conséquences (dont l'expulsion territoriale des juifs établis en Allemagne depuis plus de 6 ans, il faut le répéter, ne faisait pas partie).
Arrivé au pouvoir en 1933 et alors même que, loin d'appliquer son programme antisémite de 1920, il s'employait à faire cesser toute manifestation antijuive, il eut à faire face à l'hostilité forcenée des organisations juives internationales et celles-ci prirent l'initiative imprudente de lui déclarer la guerre économique.
Cette déclaration de guerre enclencha une mécanique fatale d'exclusion puis d'expulsion des juifs dans des conditions iniques qui n'étaient pas inévitables. Ce fut une spirale sans fin, les uns répliquant aux autres en paroles et en actes de plus en plus haineux.
Les
juifs sont-ils responsables de la deuxième guerre mondiale, ainsi que l'affirmait
Hitler ?
Les dirigeants des Démocraties (Roosevelt, Chamberlain, ...) étaient plutôt
antisémites comme la plupart des hommes politiques qui auraient pu les remplacer
; les opinions publiques aussi. Pour les plus bienveillants, les juifs étaient
antipathiques, geignards, faiseurs d'embarras, peu fréquentables et tout le
monde comprenait -jusqu'à un certain point, bien entendu- les mesures prises
par les Allemands et ceci, malgré le bruit que faisait une partie de la presse
dominée par les juifs. Ce serait une des grandes erreurs d'Hitler (et de certains
autres) d'avoir surestimé l'influence de cette presse et du lobby juif de l'époque
sur l'opinion publique et dès lors, sur les décideurs politiques. En fait, c'est
Hitler lui-même qui, par des procédés qu'il croyait habiles puisqu'ils lui permettaient
de triompher d'adversaires loyaux et bienveillants dans les différentes crises
qu'il provoqua -non sans de bonnes raisons, il faut le dire, car les revendications
allemandes initiales étaient légitimes-, dégoûta complètement l'opinion publique
et les dirigeants occidentaux : ce n'est d'ailleurs pas Churchill (lequel était
passé, par intérêt personnel, de l'antisémitisme et de l'admiration pour Hitler
-eh oui !- au philosémitisme) qui déclara la guerre à Hitler en 1939 mais l'homme
bienveillant et patient qu'était Chamberlain. On notera qu'un durcissement plus
précoce de l'attitude des Démocraties (par exemple, à Munich) n'aurait probablement
rien changé à l'essentiel. Hitler avait décidé depuis longtemps d'en découdre
avec l'URSS (pour des raisons idéologiques déjà débattues dans les rues de Berlin
et par prétendu besoin d'espace vital) et, dans ce but, il lui fallait bien
faire entrer les pays limitrophes de l'URSS dans son orbite (dont la Tchécoslovaquie
et la Pologne). Hitler aurait d'ailleurs amèrement regretté cet accord de Munich
qui lui aurait fait perdre quelques mois et, de plus, aurait permis aux Anglais
de pousser leur réarmement (ce dont, apparemment, il ne tint pas compte, preuve
qu'il ne connaissait pas les Anglais.). Toutefois, il aurait pu s'y prendre
d'une autre façon ; il n'aurait pas dû envahir la Tchécoslovaquie (c'était inutile
puisqu'il en avait déjà fait un pays serf) et il aurait dû négocier sérieusement
avec la Pologne (c'est-à-dire en faisant preuve de patience car il en fallait
face à une Pologne abusant de son alliance avec la France et l'Angleterre pour
ne rien accorder à Hitler, voire pour le narguer). Il aurait ainsi continué
à bénéficier de la bienveillance de l'Occident, ravi par la perspective de voir
nazis et communistes s'exterminer. Mais voilà, notre homme était un
impatient et un violent
que ses succès avait enivré !
Malgré leurs grands efforts pour envenimer les choses, les responsables juifs
ne pourraient donc pas être tenus pour responsables de ces crises successives
qui débouchèrent sur la guerre. On peut s'en convaincre facilement en imaginant
que le judaïsme n'ait pas existé : on est bien obligé d'admettre qu'on n'aurait
pas échappé à la guerre. Il reste que ceux qui prétendent diriger les peuples
ou représenter des communautés, devraient savoir que l'interprétation donnée
à leurs paroles et à leurs gestes est souvent plus déterminante que ces paroles
et gestes eux-mêmes. De la sorte, le lobby juif et la presse qu'il dominait
ont joué un rôle déterminant et catastrophique dans la persécution des juifs
en donnant à penser à Hitler qu'ils étaient à l'origine de l'hostilité des Démocraties
puis de la guerre. Les fanfaronnades, les railleries, les boycottages, les menaces
et les déclarations incendiaires contre l'Allemagne provenant de juifs habitant
des endroits sûrs comme Londres ou New-York, condamnèrent les malheureux juifs
européens à jouer le rôle de boucs émissaires permanents des propres erreurs
d'estimation du Führer, de ses échecs ainsi que de toutes les souffrances endurées
par le peuple allemand et plus particulièrement les civils -femmes, enfants,
vieillards- exterminés de façon atroce par l'aviation alliée ; les juifs européens
devinrent des souffre-douleur et même des coupables d'autant plus commodes que
les adversaires de l'Allemagne ne les aimaient pas non plus. A la fin, Hitler,
après s'être persuadé, comme par auto-intoxication, de ce que le judaïsme était
même au coeur de la guerre, s'en servit une dernière fois pour se consoler de
sa défaite : il avait au moins crevé l' « abcès juif » et le Monde entier
lui en serait éternellement reconnaissant. Le drame des juifs est qu'ils s'appliquent
avec constance à lui donner raison.
NOTES
| [1] |
On notera même qu'au procès de Nuremberg,
Streicher put affirmer sans être démenti que les nazis avaient pris exemple
sur les juifs : c'était grâce à de telles lois, affirmait-il, que le peuple
juif avait survécu. « L'amère ironie du sort a voulu
que les mêmes thèses biologiques et racistes propagées par les nazis
et qui ont inspiré les infamantes Lois de Nuremberg, servent de base
à la définition de la judaïcité au sein de l'Etat d'Israël. »
(d'après Roger Garaudy)
| ||||||||||||||||||||||
| [2] |
La grande erreur de Hilberg (et des historiens intentionnalistes) est de croire que les diverses mesures dont furent victimes les juifs et dont la dernière était, affirme-t-il, leur mise à mort, faisaient partie d'un plan cohérent établi de longue date et mis en application de façon progressive : c'est puéril de sa part. La marginalisation et l'incitation à l'exil des années 30 étaient des mesures de temps de paix ; la déportation et les massacres (même à caractère génocidaire) des années 40, des mesures et des conséquences de la guerre : il y a une discontinuité évidente dans la politique antijuive de Hitler. En d'autres termes, il n'y aurait sans doute jamais eu de déportation s'il n'y avait pas eu de guerre et, surtout, si ce n'était pas les juifs qui avaient pris l'initiative de déclarer la guerre à l'Allemagne. | ||||||||||||||||||||||
| [3] |
Ce boycottage a dû revenir en mémoire
à ceux qui ont lu dans Le Monde du 25/12/92 que :
Les membres du CJM (Congrès juif Mondial)
avaient le 22/12/92 fait part de leur inquiétude face à la montée
du racisme, de l'antisémitisme et de la xénophobie en Europe et en
particulier en Allemagne.
Ils avaient toutefois jugé « inappropriées
» des mesures de boycottage du tourisme ou de l'économie de ce pays
(dont les dirigeants, a dit Jean Kahn, président du Congrès juif Européen,
avaient, en l'occurrence, un comportement décevant.)
On en tirera les conclusions suivantes
:
Certains leaders juifs ont proposé
un boycottage. D'ailleurs, quelques jours auparavant, Mme Shulamit Aloni,
ministre israélien de l'éducation, avait suggéré « d'inviter les
juifs du monde entier -à commencer par ceux d'Israël- à boycotter
l'Allemagne et ses produits si un terme n'était pas mis rapidement
aux manifestations racistes. »
L'ensemble des leaders juifs du monde
ont annoncé qu'ils en avaient parlé, ce qui a valeur d'avertissement
aux Allemands (et aux autres peuples).
Les exemples de semblable comportement
de la part des représentants des communautés juives ne sont pas rares
: ils sont perçus par nos semblables comme une forme d'arrogance et de
culot également intolérables (« Faites comme je dis et pas comme je
fais. ») et on peut penser que leur seul résultat est d'entretenir
l'antisémitisme. Ce fut au moins le cas en 1933 : le boycott fut un échec
sur le plan commercial mais il déclencha un processus qui se termina tragiquement. | ||||||||||||||||||||||
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Par définition, l'Etat d'Israël n'est
pas l'Etat de ses habitants et même pas l'Etat de ses citoyens mais l'Etat
des seuls juifs : Israël n'est donc aucunement un Etat démocratique, à
moins d'estimer que Sparte, l'Allemagne hitlérienne et l'Afrique du Sud
de l'apartheid étaient des Démocraties. Aussi n'est-il pas étonnant qu'il
réserve aux agglomérations regroupant ses ressortissants non juifs des
conditions d'existence de sous-citoyens : pauvreté des ressources et des
services municipaux, écoles surchargées, crèches inexistantes, rues défoncées,
égouts à ciel ouvert, etc. Fait significatif : les Israéliens non juifs
ne sont pas appelés à servir dans l'armée israélienne ! Au fond, cette
politique d'apartheid n'est pas fort différente de celle qu'Hitler mit
en place à Nuremberg. On notera qu'elle est appelée à se renforcer : « (...)
Mr Rabin réclame une 'séparation nette', une 'séparation complète' entre
Israéliens et Palestiniens. » (Le Monde Diplomatique, déc 94).
« Déjà décrété en octobre, le 'bouclage stratégique' est une séparation
des sociétés israélienne et palestinienne, dans tous les aspects de la
vie économique, sociale et culturelle, qui a pour but, comme disait M.
Rabin, de 'minimiser aussi fortement que possible' le nombre de Palestiniens
admis en Israël. » (Le Monde, 24/1/95) Quant à l'interdiction
des rapports sexuels entre communautés, point n'est besoin de légiférer
en la matière dans un Etat fondamentalement raciste et exclusiviste comme
Israël ! Il suffit de prendre un article de presse d'aujourd'hui traitant
des rapports judéo-palestiniens et d'y remplacer les mots « Palestiniens
» et « Israéliens » par les mots « juifs » et « Allemands » et on a une
idée exacte de ce que furent les Lois de Nuremberg : une seule différence,
la politique d'exclusion pratiquée par les Israéliens ne fait hurler aucun
journaliste ! Et pourquoi donc ? On peut même sans risquer de poursuites,
justifier l'apartheid pourvu que ce soit Israël qui l'impose : ainsi,
le romancier israélien très connu Amos Oz dans Le Monde des 26
et 27/2/95 : « (...) il y a deux peuples sur un seul territoire
[la Palestine], et il faut désormais les séparer.(...) Je constate,
à regret, que les mélanges ethniques dans le monde d'aujourd'hui produisent
des catastrophes, que ce soit (...) ou en Belgique ... (...) ».
Il y a décidément deux catégories de citoyens, deux catégories de journaux
et deux justices dans nos pays. David Irving, « Goebbels. (...),
op. cit.,
p. 206
Commentaires des juristes rédacteurs
des Lois de Nuremberg, le fameux Bernard Losener et Friedrich Knost :
« Selon la volonté du Führer, les
Lois de Nuremberg n'impliquent pas vraiment des mesures propres à accentuer
la haine raciale et à la perpétuer ; au contraire, de telles mesures
signifient le début d'une accalmie dans les relations entre le peuple
juif et le peuple allemand. Le refus de l'Autre est un élément constitutif
du judaïsme au point que certains ont pu affirmer que cette religion était
la mère de tous les racismes : « Tu ne donneras pas ta fille à leur
fils et tu ne prendras pas leur fille pour ton fils. »
(Deutéronome VII, 3)
90% des juifs d'Allemagne, disait Hitler,
étaient venus au cours des dernières décennies ; ils y étaient venus sans
rien et aujourd'hui, ils étaient, en moyenne, 4,6 fois plus riches que
leurs hôtes allemands. Ils avaient abusé de la confiance des Allemands
et il était normal qu'ils n'emportent pas ces richesses en s'en allant,
d'autant plus normal que le Reich était pauvre en devises étrangères.
Plus tard, les Allemands justifièrent aussi le dépouillement des juifs
déportés par la recherche d'une compensation aux destructions causées
à la population allemande par les bombardements aériens, bombardements
dus à une guerre que les juifs étaient censés avoir déclenchée.
Concernant la Belgique : En 1938, rapporte
Didier Epelbaum dans « Alois Brunner – La haine
irréductible » (Calmann-Lévy, 1990, 358 p.), les juifs
autrichiens essaient de partir : « Certains quittent illégalement
le pays vers la Pologne ou la Belgique et sont refoulés. Le ministre belge
de la Justice Charles du Bus de Warnaffe justifie sa décision par l’argument
du ‘seuil de tolérance’ : ‘La Belgique, dit-il, atteint ses limites d’absorption.’
A Anvers, les candidats de la liste catholique accusent le bourgmestre
socialiste d’être ‘le protecteur des juifs’ et d’avoir transformé la ville
en ‘refuge pour la racaille étrangère’. » La source d’Eppelbaum
est Regard, revue juive de Bruxelles, n° 244.
Il est à noter que le fondateur du sionisme
politique, Theodor Herzl, avait déjà proposé, un temps, un pays d'Afrique
-la Guinée ou l'Ouganda (c'est-à-dire, en termes d'époque, le Kenya)-
comme siège d'un foyer national juif. Herzl, qui proposait aussi la Tripolitaine,
Chypre, l'Argentine, le Mozambique et le Congo, dut finalement se rallier
à la solution palestinienne, solution qui ne lui paraissait pas évidente. Les juifs occidentaux, dont les juifs
allemands, étaient assimilés au point de ne pas donner, sauf exception,
la priorité à leur judaïté : en fait, de juifs allemands, ils étaient
devenus des Allemands juifs et même des Allemands de moins en moins juifs
; ils étaient tellement intégrés qu'ils acceptaient de fermer les yeux
sur les préjugés raciaux qui subsistaient en Allemagne ; pire, certains
étaient des nazis fanatiques (les « juifs bruns ») et on peut se demander
si la plupart n'auraient pas souscrit à une forme non raciste de l'antisémitisme.
Mais cette assimilation était loin d'être la règle en Europe orientale
: ainsi, les juifs polonais se qualifiaient-ils de « juifs » et désignaient-ils
leurs compatriotes polonais non juifs par « Polonais ». On comprend, sans
l'excuser, que pareille cohabitation n'ait pas été fort longtemps une
lune de miel. On notera d'ailleurs que, dans le même temps, toute l'Europe
orientale accentuait son antisémitisme traditionnel, notamment la Pologne
: introduction d'un numerus clausus dans l'enseignement supérieur ; ségrégation
raciale dans les universités ; boycottage économique ; réglementation
de l'accès au barreau ; pogroms (500 morts de 1934 à 1938) ; déchéance
de la nationalité polonaise pour les juifs polonais émigrés, ce qui incita
les Allemands à expulser précipitamment vers la Pologne -juste avant la
promulgation de cette loi !- les juifs polonais vivant sur son territoire.
Les juifs hongrois n'étaient pas mieux traités et étaient victimes, depuis
1920 et à la suite de la révolution communiste avortée de 1919, de diverses
mesures (numerus clausus, etc.).
Grâce, notamment, au journal de Goebbels,
David Irving a pu réécrire comme suit l'histoire de cette nuit tragique.
Une campagne de presse antisémite (orchestrée
par Goebbels, bien entendu, puisqu'il contrôlait la presse) a été
organisée à la suite de l'attentat contre vom Rath.
Cette campagne a déclenché çà et là des manifestations
spontanées de la part d'éléments antisémites minoritaires et désapprouvés
par la majorité de la population. Ces manifestations furent tolérées
par Hitler, homme d'ordre s'il en était et donc a priori hostile
à toute manifestation spontanée mais qui, en l'occurrence, se serait
dit qu'après tout, ces manifestations étaient de nature à faire sentir
aux juifs combien grande était la colère du peuple contre eux.
Goebbels,
toujours à l'écoute de son maître et même à l'avant de ce qu'il croyait
être ses désirs (en l'occurrence, il les interprétait mal) décida
unilatéralement et sans consulter personne d'encadrer ces manifestations
et de les orchestrer (intervention de la police et des SA),
après avoir dit en public qu'il ne serait pas « surpris que les
choses tournent mal cette nuit ». En fait, il fut dépassé par
les événements et sa « Judenaktion » prit une ampleur qu'il n'avait
pas voulue. Effrayés, les chefs nazis, Hitler en tête,
essayèrent en pleine nuit de restaurer l'ordre mais en vain : le mal
était fait et seule l'aube put mettre un terme à ces débordements.
Les nazis ne purent qu'imputer aux juifs la responsabilité de ce qu'ils
présentèrent comme une manifestation de sainte colère du peuple allemand
d'où toute une série de mesures à l'encontre des victimes elles-mêmes
(emprisonnement provisoire de 20.000 juifs ; condamnation de la communauté
juive au dédommagement des compagnies d'assurances, lesquelles devaient
indemniser des assurés qui, le plus souvent, n'étaient pas juifs.
Par exemple, les stocks de marchandises dans les magasins juifs étaient
en dépôt-vente. Ces magasins eux-mêmes étaient le plus souvent devenus
propriété de non-juifs.). En privé, tous les dignitaires nazis reportèrent
la responsabilité de ces faits sur Goebbels, certains se demandant
même si le responsable de la Propagande (à l'époque déprimé par des
problèmes personnels, surtout de coeur) ne perdait pas la tête.
Reitlinger dit que le plan Schacht consistait
dans l'émigration de 150.000 juifs grâce à un prêt international remboursable
en 20/25 ans et garanti par les actifs de la communauté juive allemande.
Il dit que c'est Hitler qui fut à la base de l'échec du plan pour n'avoir
plus voulu risquer de perdre ces actifs, mais, à Nuremberg, Schacht imputa
clairement la responsabilité de l'échec aux puissances occidentales.
Notons quand même qu'en novembre 38,
à la suite d'un accord entre l'Agence Juive et les services d'Eichmann,
les Anglais acceptèrent le transit d'un nombre illimité d'enfants juifs
(moyennant le versement d'une somme de 50 £ par enfant en vue de financer
son émigration hors d'Europe, ce qui en dit long sur le peu de générosité
des Anglais). 10.000 enfants allemands, autrichiens et tchèques passèrent
ainsi en Grande-Bretagne entre le 2/12/38 et le 14/5/40 (jour de la capitulation
de la Hollande). Les deux tiers n'auraient pas revu leurs parents (résumé
d'un livre de Rebekka Goepfert dans le Bulletin de la Fondation Auschwitz,
oct.-déc. 95). Ce fait à lui tout seul réduit déjà à néant la thèse de
ceux qui affirment, « preuves » à
l'appui, que Hitler avait, du moins à cette époque c'est-à-dire 8 mois
après le partage de la Pologne, décidé d'exterminer les juifs. En effet,
il devrait apparaître à tout homme de bon sens qu'un génocide doit d'abord
commencer par la mise à mort de ceux qui sont en âge de se reproduire
ou qui vont avoir cet âge. On notera que le sort des juifs fut
peut-être aggravé par ce choix, notamment du fait que Heydrich était censé
avoir une grand-mère juive (c'était un « demi-juif », dit même
Arendt) : c'est là un fait (ou du moins un soupçon dont il avait dû
avoir connaissance) difficile à assumer pour un antisémite raciste et
on peut craindre que Heydrich n'en fut que plus dur dans la mise en place
de la « Solution finale ». Hitler et Himmler, paraît-il, étaient même
surpris de cette dureté et en plaisantaient sur le ton de « Heydrich
essaie de faire oublier la mauvaise moitié qui est en lui ». |
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des juifs par les Allemands, Tome 2 : Réalités
de la "Solution finale"