PARTIE II

LA RUÉE VERS L'OUEST

SIXIÈME CHAPITRE

LE SORT DES JUIFS DANS LA ZONE
D'OCCUPATION ALLEMANDE

France, Bénélux, Danemark, Norvège et Italie

Selon l'American Jewish Committee, la victoire des armées allemandes à l'Ouest eut un impact sur un demi-million de juifs du Danemark, de la Norvège, du Luxembourg, des Pays-Bas, de la Belgique et de la France, incluant 90,000 réfugiés[1]. Reitlinger arrive à un chiffre semblable :

Durant les six semaines qui se sont écoulées entre le 10 mai et le 25 juin 1940, pas moins de 350,000 juifs de l'Ouest de l'Europe sont tombés sous domination allemande. [..] 130,000 juifs supplémentaires étaient aussi sous domination indirecte de l'Allemagne dans la zone de Vichy. [2]

Si nous ajoutons les 8,000 juifs du Danemark et de Norvège à ces 480,000 se trouvant en France et au Bénélux, on obtient ce "demi-million" cité par l'American Jewish Committee. On doit malgré tout émettre certaines réserves quant aux chiffres mentionnés. Avant le déclenchement des hostilités, on pouvait trouver des réfugiés juifs d'Allemagne et d'Europe de l'Est un peu partout en Europe de l'Ouest. Au moment de l'invasion allemande, plusieurs juifs – surtout des étrangers -, ont quitté la Hollande pour la Belgique. Des juifs natifs de Belgique ainsi que des réfugiés présents dans ce pays se sont ensuite enfuis vers la France. Dans plusieurs cas ils furent ramassés par les Belges, internés (principalement les réfugiés juifs de sexe masculin détenteurs d'un passeport allemand) et transportés en train vers la France avant d'être placés dans des camps de concentration français où ils souffrirent beaucoup, si l'on en croit les sources sionistes.[3] L'American Jewish Committee estime que de 25,000 à 30,000 réfugiés juifs vivaient en Belgique et en Hollande avant l'invasion de 1940. Les rapports estimant le nombre de juifs qui ont quitté le Bénélux pour la France durant l'offensive allemande divergent substantiellement entre eux. Ce nombre atteint peut-être 30,000 ou 40,000 selon ceux-ci.

Le nombre de juifs présents en France s'accrut encore en novembre 1940 lorsque 10,000 d'entre eux furent déportés du Palatinat et de Baden. Il y avait peut-être 100,000 réfugiés juifs allemands, tchèques et polonais en France.[4] Mais plusieurs juifs ont également quitté la France pendant la guerre pour chercher refuge en Suisse, au Portugal, en Espagne. L'Institute of Jewish Affair estime que 30,000 avaient réussi à trouver refuge dans un autre pays en août 1943.[5]

Il n'y a pas de chiffres précis sur la population juive autochtone de France et du Bénélux pour 1939. Seule la Hollande fait bande à part puisqu'un recensement de 1935 y trouvait 111,917 juifs[6]. Les estimations concernant la population juive de France et de Belgique (en excluant les réfugiés) diffèrent grandement. Néanmoins le chiffre total de la population qui nous concerne ici est de 460,000 juifs pour ces quatre pays (350,000 plus 130,000 plus 10,000 moins 30,000).

Il y avait 8,000 juifs au Danemark et en Norvège. 7,000 d'entre eux ont fuit pour la Suède en 1943.[7] Le recensement italien de 1931 comptait 47,825 juifs,[8] mais en 1938 ce chiffre était beaucoup plus élevé (57,425[9] ) puisque ce pays aussi était une destination pour les juifs émigrant avant la guerre. En septembre 1943, lorsque que les Allemands occupèrent la péninsule italienne suite à la défection de leur allié, la population juive n'était plus que de 48,000. 9,000 avaient émigré vers d'autres pays (Suisse, Afrique du Nord, etc.)[10] Le nombre de juifs présents dans ces sept pays atteignait 525,000 en 1941.

Si l'on en croit Reitlinger, les autorités allemandes procédèrent aux déportations suivantes :

Pays Bas

110.000[11]

Belgique

25.437[12]

Luxembourg

512[13]

France

65.000[14]

Danemark et Norvège

893[15]

Italie

10.271[16]


 

212.113

Parmi ceux-ci sont revenus:

Pays Bas

6.000[17]

Belgique

1.276[18]

France

2.800[19]

Italie

605[20]


 

10.681


Déportés (net)

201.432


Selon Reitlinger le chiffre des survivants est celui-ci :

Pays Bas

36.500[21]

Belgique

61.000[22]

Luxembourg

500[23]

Danemark et Norvège

?

France

238.000[24]

Italie

39.000[25]


Total des juifs survivants

375.000


En soustrayant les 7,000 juifs qui se sont enfuis du Danemark et de la Norvège et les 9,000 qui ont quitté l'Italie avant septembre 1943, les 525,000 juifs initiaux n'étaient plus que 509,000; si l'on soustrait de ceux-ci les 375,000 juifs survivants, le nombre de juifs manquants est réduit à "seulement" 134,000 :

France et Bénelux

 

460.000 juifs

Danemark et Norvège

 

8.000 juifs

Italie

 

57.000 juifs


Total, année 1941

 

525.000 juifs

déduction:

 

 

Juifs danois et norvégiens en Suède

7.000

 

Juifs réfugiés en Italie

9.000

16.000 juifs

 

 

 

509.000 juifs

Survivants donnés en 1945

 

375.000 juifs


»juifs manquants«

 

134.000 juifs


Reitlinger, cependant, estime qu'il y a eu au moins 201,2000 et au plus 210,200 juifs "exterminés" et le Anglo-American Committe en trouve même 340,000 ![26]

Les juifs urbains de ces pays de l'Ouest montraient les caractéristiques typiques de la population des grandes villes: Taux de mortalité en hausse et taux de natalité en baisse. Ces quatre pays – France, Hollande, Belgique et Italie – avaient normalement une population de 400,000 juifs au début des années trente. Lorsqu'on regarde cette estimation de plus près, elle commence à fondre. Le Universal publia les chiffres de mortalité suivants (La Norvège, le Danemark et le Luxembourg n'étaient pas donnés, probablement à cause de la taille modeste de la population juive dans ces pays) ;[27]

France

1.500

Pays Bas

1.000

Belgique

500

Italie

500

En appliquant un taux de mortalité annuel de 1.1% par an, la population juive peut être estimée ainsi :

France

137.000

Pays Bas

91.000

Belgique

45.000

Italie

45.000


 

318.000

Il est malheureux que le Universal ait arrondi ces chiffres à 500 près. Dans le cas de la Belgique et de l'Italie, la population calculée est plus basse que celle donnée par les sionistes, mais le chiffre est encore acceptable. Dans le cas des Pays Bas, le chiffre de 91,000 tel que calculé montre un écart important avec les 112,000 du recensement de 1935. Mais ceci peut être dû au fait que les chiffres de mortalité ont été arrondis au millier près.

Pour la France, le fait d'arrondir par le haut ou par le bas n'a pas grande importance. Qu'on ramène le taux de mortalité à 0.9% ou qu'on estime le nombre de décès à 1,700 par an, la population résultante sera toujours inférieure à 200,000. Puisque les chiffres de mortalité donnés par l'Universal pour les autres pays sont généralement acceptables, nous n'avons pas de raisons de les rejeter dans ce cas non plus. En conséquence on doit conclure que le chiffre généralement donné pour la population juive de France (ceux qui sont nés là), qui est de 240,000 à 260,000, n'a aucun sens et que ce pays comptait probablement de 50,000 à 100,000 juifs de moins que ce que certaines personnes nous disent. La seule autre explication concernant cet écart est que des dizaines de milliers de juifs d'Europe de l'Est ont immigré en France au début des années 1930, à une époque ou peu de juifs avaient quitté l'Allemagne. Dans ce cas nous aurions une confirmation supplémentaire concernant l'émigration massive des juifs d'Europe de l'Est telle que mentionnées par l'Institut d'Histoire Contemporaine.

Grèce et Yougoslavie

L'émigration l'emportait largement sur le taux de croissance naturel pour les juifs de Grèce déjà au début du vingtième siècle. Leur nombre décroissait de façon constante. Ce flux migratoire, alimenté par la pauvreté et la misère ambiante, a probablement entraîné une chute supplémentaire de la population juive qui n'était plus que de 67,200 en 1931.[28] Des chiffres précis ne sont pas disponibles pour 1940; pour cette raison, nous avons assumé un faible déclin des juifs pendant cette période, i.e. le chiffre de 65,000 sera retenu.

Combien d'entre eux furent déportés ? Un rapport de la Croix Rouge Internationale mentionne seulement que les juifs âgés de 18 à 45 ans furent recensés en juillet 1942 et qu'après avoir été enrôlés dans des bataillons de travail on les déporta en Allemagne en mai 1943 ;[29] rien dans ce rapport n'indique que les juives furent déportées. L'écrivain Raul Hilberg déclare n'en trouver que 12,000 à la fin de la guerre;[30] les 53,000 autres sont supposés avoir été déportés. Il y a de bonnes chances que ce chiffre soit largement excessif étant donné ce rapport de la Croix Rouge. Nous l'accepterons cependant puisque nous voulons nous baser surtout sur les sources sionistes.

Hilberg déclare que l'"émigration massive" de l'Europe de l'Est "fut plus facile" dans le cas de la Grèce non communiste que dans les pays voisins comme "la Yougoslavie et la Bulgarie."[31] Mais ce superbe académicien contredit sa propre affirmation en citant des statistiques qui ne laisse aucune place pour une émigration juive entre 1945 et 1948. L'hypothèse que des dizaines de milliers ont émigré de ce pays sinistré entre 1945 et 1948 (en fait, déjà en partie durant la guerre) et que seuls 12,000 résidaient en Grèce en 1948 n'est pas surréaliste; pourtant, ces 12,000 là sont décrits comme les seuls survivants.

Le cas de la Yougoslavie n'est guère différent. Là aussi on trouve des exagérations concernant la taille de la population juive au début de la guerre, une sous-estimation du nombre de survivants, un gonflement du nombre de déportés et finalement pas de chiffres –même pas d'estimations – concernant le nombre de ceux qui ont émigré vers la Palestine, le Canada ou les Etats-Unis en transitant par l'Italie ou l'Autriche après la fin des hostilités.

Le recensement de 1931 comptait 68,405 juifs yougoslaves. Reitlinger croit que l'émigration peut avoir entraîné une baisse de leur nombre au déclenchement de la guerre ou, à tout le moins, que leur taux de croissance fut nul.[32] Le recensement communiste d'après-guerre ne trouvait que 10,446 juifs (1946). Hilberg, cependant, qui a apparemment arrêté son décompte avant ce "recensement" trouve 12,000 survivants.[33]

On peut assumer sans grands risques que des milliers ont pu fuir en Italie et de là vers la Palestine ou d'autres pays puisque la Yougoslavie aussi faisait partie de ces pays pour lesquels l'émigration était plus facile selon Hilberg. Reitlinger l'admet et déclare que le recensement du gouvernement communiste de Yougoslavie peut difficilement être pris au sérieux puisque plusieurs juifs avaient préféré vivre comme des chrétiens pendant la guerre et choisi de ne pas s'afficher comme juifs après celle-ci.[34]

Combien de dizaines de milliers ont survécu pour les raisons mentionnées mais figurent malgré tout comme "exterminés" dans les statistiques ? Et combien ont émigré tout juste après la guerre ? Nous ne le savons pas. Le nombre de juifs "manquants" pour ces deux pays est de 109,000 au total :

Grèce (1939)

 

65.000 juifs

Yougoslaves (1939)

 

68.000 juifs


 

 

133.000 juifs

Trouvés en 1945:

 

 

Grèce

12.000

 

Yougoslavie

12.000

24.000 juifs


»Manquants«

 

109.000 juifs


Allemagne et Autriche

Il y avait 522,700 juifs en Allemagne en janvier 1933.[35] Si on ajoute les 16,600 juifs de la Sarre, de Memel et de Dantzig, on obtient un total de 539,300.[36] 281,900 ont émigré de l'"ancien Reich " jusqu'à décembre 1939, 13,000 de la Sarre, Memel et Dantzig ; une réduction supplémentaire est survenue à cause de l'excès des décès sur les naissances. Le résultat est que 206,000 seulement vivaient encore en Allemagne (ancien Reich) à la fin de 1939. Les émigrants étaient surtout des jeunes; la majorité de ceux qui sont restés derrière étaient âgés.

Le statisticien juif Bruno Blau écrivait dans le Wiener Library Bulletin que la Reichsvereinigung Deutscher Juden (Union des Juifs du Reich) a publié des chiffres en octobre 1941 ; ceux-ci mentionnent que 164,000 juifs vivaient encore en Allemagne à cette époque.[37] Ceci se passait avant la déportation massive des juifs allemands vers la Russie. Le Dr Blau disait que de ces 164,000 environ 13,800 ont pu périr de causes naturelles. Il semble que ce taux de mortalité de 2.4% par an pour les 3 années et demi qui se sont écoulées jusqu'à la fin de la guerre est trop bas. Une population composée surtout de gens âgés où les naissances sont une exception a dû avoir un taux de mortalité (causes naturelles) beaucoup plus élevé.[38]

Mais même en appliquant ce taux de 2.4% par an pour la période s'étendant de 1939 au milieu de 1941, on obtient un excès de 7,000 décès sur les naissances. Donc, si 206,000 juifs vivaient en Allemagne en 1939 ("ancien Reich"), que 10,000 ont été déportés en France en novembre 1940 et que 7,000 sont morts, alors 25,000 autres doivent avoir émigré entre 1939 et 1941.

19,000 juifs sont demeurés en liberté en Allemagne durant la guerre et environ 8,000 sont supposés être retournés dans ce pays en 1945 après avoir été internés dans divers camps de concentration.[39] Il y aurait donc 123,000 juifs allemands disparus.

Quant à l'Autriche, sa population juive a décrue de 10,000 entre 1934 et 1938 pour s'établir à 181,778 au moment de l'unification avec l'Allemagne en mars de la même année.[40] L'émigration massive qui a suivie (117,000) et l'excès de décès sur les naissances (8,000) a fait tomber la population juive à 57,000 à la fin de 1939.[35]

Selon des rapports publiés dans la presse sioniste, les statistiques allemandes publiées le 5 février 1941 donnent 50,000 juifs vivant en Autriche à cette date.[41] En appliquant là l'Autriche les estimations du Dr Blau faites pour l'Allemagne, ce déficit de 7,000 proviendrait d'un excédent de 2,000 décès et de l'émigration de 5,000 personnes. Reitlinger mentionne cependant une émigration de 4,000 personnes après 1939. Pour les quatre années de guerre qui suivent, l'excédant des décès peut être estimé à un autre 5,000 (2.4% par an sur 50,000 pendant 4 ans).

Concernant les survivants, Reitlinger nous dit : "…à cet endroit on trouvait 8,552 survivants juifs à Vienne et quelques centaines à Linz et dans d'autres villes le 24 octobre 1947[ !]. "[42] Mais Reitlinger aussi demeure silencieux ici concernant le nombre de juifs autrichiens qui ont quitté les camps après la guerre pour s'installer en Palestine ou à l'étranger. Le développement de la population juive pour ces deux pays de langue allemande est donc le suivant :

Allemagne (1933)

 

 

539.000

Autriche (1934)

 

 

192.000


Total

 

 

731.000

 

 

 

a)Développement jusqu'à 1939

 

 

 

  - Emigration:

 

 

 

    Allemagne (Ancien Reich)

295.000

 

 

    Autriche

117.000


412.000

 

  - Excès des décès sur les naissances:

 

 

 

    Allemagne (ancien Reich)

38.000

 

 

    Autriche

18.000

56.000

468.000

 

  - Total en 1939

 

 

263.000

b) Développements 1939-1941

 

 

 

  - Emigration:

 

 

 

    Allemagne (ancien Reich)

25.000

 

 

    Autriche

5.000


30.000

 

  - Excès des décès sur les naissances:

 

 

 

    Allemagne (ancien Reich)

7.000

 

 

    Autriche

2.000


9.000

 

  - Deportations en France (1940)

 

10.000

49.000

 

  - Total en 1941

 

 

214.000

c) Développements 1941-1945

 

 

 

  - Emigration/Fuite

 

inconnu

 

  - Excès des décès sur les naissances:

 

 

 

    Allemagne (ancien Reich)

 

14.000

 

    Autriche

 

5.000

19.000

 

Restant (calculé) en 1945

 

 

195.000

Survivants présumés en 1945:

 

 

 

    Allemagne

 

27.000

 

    Autriche

 

9.000

36.000

 

"Juifs manquants"

 

 

159.000


Hongrie

Le recensement de 1930 trouvait une population juive de 444,567.[43] En 1941, le recensement comptait 725,000 juifs[44] après que ce pays eut acquis plusieurs territoires limitrophes. Une comparaison directe entre les deux statistiques est difficile puisque plusieurs districts ont vu leur taille être réduite ou augmentée. Les districts non affectés par ces changements de frontière se situent à l'intérieur du territoire hongrois; ils comptaient 147,177 juifs en 1930,[45] mais seulement 132,495 en 1941[46], une réduction de 10%. La population juive de Budapest a chutée de 204,371 à 184,453 pendant la même période, une réduction de 10% aussi. En appliquant ce taux au Trianon-Hongrois la population juive présente à cet endroit a connu une réduction de 44,500 ce qui donne 400,000 personnes en 1941.[47]

De 1930 à 1939, il y a eu 14,436 décès de plus que les naissances et un autre 1,600 doit être concédé pour 1940 ce qui amène un déclin de 16,000 de 1930 à 1941 (0.3% par an). Des changements quant à la préférence religieuse ont abouti à une perte supplémentaire de 21,125 entre 1930 et 1939 et possiblement 2,000 de plus en 1940. Au total, ces changements ont fait baisser la population juive de 39,000 jusqu'à 1941. On doit aussi tenir compte de l'émigration de 5,5000 personnes pour expliquer la différence entre les 444,567 de 1930 et les 400,000 de 1941.[48] La population juive de la Grande Hongrie en 1941 se distribuait donc ainsi :

Recensement de 1941

 

725.007

ancien Trianon-Hongrois

 

400.000


Territoires nouvellement acquis

 

325.007

Anciennes zones slovaques

42.000[49]

 

-Banat (de Yougoslavie)

25.000[49]

 

Transylvanie du Nord (de Roumanie)

148.621[50]

215.621

 

Ruthénie (de Tchécoslovaquie)

 

109.386


Selon la version habituelle des événements les Allemands ont déporté environ 400,000 juifs de la Grande Hongrie entre le milieu de mai 1944 et le début de juillet 1944. Ces juifs provenaient des zones situées à l'extérieur de Budapest et ceux-ci auraient pratiquement tous été tués à Birkenau. Le but de ces déportations aurait été l'extermination des juifs hongrois. A l'exception de Budapest, où les juifs ne furent pas touchés par les mesures prises à ce moment, cette opération aurait vidé la population juive de Hongrie partout ailleurs. Le 31 janvier 1941 la population juive de Budapest s'établissait à 184,453,[47] une réduction de 15,000 par rapport aux 200,000 publiés par le statisticien juif Arthur Rupin pour l'année 1930.[51]

La Croix Rouge Internationale (CRI) était représentée à Budapest durant la guerre et les bureaux du Sénat Juif Hongrois se trouvaient dans le même immeuble que ceux du CRI. En 1948, la CRI publiait un rapport concernant les événements survenus en Hongrie durant la guerre, et celui-ci portait une attention spéciale au sort des juifs.[52] Il est certain que la CRI était au courant des mesures anti-juives soit par le biais de ses propres sources soit par le biais du Sénat Juif situé à proximité. Le rapport mentionne quelques déportations entre mars et octobre 1944 sans donner de chiffres précis. Il déclare :

…A partir de mars 1944 la situation des juifs hongrois est devenue critique. […] Le 8 octobre les autorités hongroises, conformément aux engagements pris auprès du comité, annoncèrent la suspension des déportations en faisant savoir que le camp de Kistarcea ou étaient internés des intellectuels juifs, des médecins et des ingénieurs, avait été démantelé et que les détenus étaient maintenant libres.[53]

C'est seulement après l'arrestation des membres du cabinet Horthy par l'Allemagne que les problèmes des juifs hongrois commencèrent. La CRI continue :

Quelques jours plus tard (après le 8 octobre 1944) les épreuves endurées par les juifs atteignirent leur paroxysme. [..] Le remplacement du gouvernement Horthy en octobre par un gouvernement fantoche inféodé à l'Allemagne provoqua une violente crise ; des exécutions, des vols, des déportations, les travaux forcés et l'emprisonnement – tel fut le lot de la population juive qui souffrit de nombreux meurtres, particulièrement dans les campagnes.[…] Il fut décidé de les évacuer de Budapest et de confisquer leurs propriétés. Soixante mille juifs en âge de travailler devaient être envoyer en Allemagne, à pied, par la route de Vienne. De surcroît parmi ceux qui étaient aptes au travail, soit les hommes de 16 à 60 ans et les femmes de 14 à 40 ans furent astreints à la construction de fortifications en Hongrie. Le reste de la population juive, incluant les malades et les impotents, fut confiné dans quatre ou cinq ghettos près de Budapest. Les seuls juifs qui purent échapper à l'évacuation furent ceux en possession d'un passeport avec un visa pour la Palestine, la Suède, la Suisse, le Portugal, l'Espagne. […] En novembre 1944, 100,000 juifs des provinces hongroises se réfugièrent à Budapest.[54]

Répétons donc : Il y eut certains événements avant octobre 1944, incluant des déportations, mais celles-ci étaient trop peu importantes pour que la CRI mentionne des chiffres. Mais la CRI met l'emphase sur le fait que le véritable danger est survenu en octobre 1944. Le nombre maximal de juifs devant être déportés pendant ce mois est de 60,000 et nulle part trouve-t-on une mention quelconque que ce nombre fut dépassé ou même atteint. Au contraire, il y a des indications que le nombre total de déportés fut moindre.[55] Néanmoins nous accepterons dans cette analyse le chiffre total de 100,000 juifs hongrois déportés, un chiffre qui est probablement déjà trop élevé.

Les juifs ne pouvaient pas combattre dans les forces armées; les mesures de mobilisation l'interdisaient. A la place, les juifs furent enrôlés dans un service auxiliaire, le service du travail hongrois. Selon le Dr Rudolf Kastner, l'ancien président de l'Organisation Sioniste Hongroise, ces bataillons de travail comptaient jusqu'à 80,000 juifs. En tout 130,000 juifs ont été enrôlés dans ceux-ci pendant toute la guerre. Le Dr Kasner estime que de 30,000 à 40,000 juifs sont tombés alors qu'ils servaient dans ceux-ci.[56] Mais le Judaica mentionne qu'en janvier 1943 seulement, après la percée majeure des soviétiques sur le Don, entre 40,000 et 43,000 des 50,000 juifs servant dans ces bataillons de travail ont perdu la vie dans la panique qui a suivie la désintégration de la deuxième armée hongroise.[57] S'il y en a autant qui ont perdu la vie dans cette catastrophe militaire, des pertes supplémentaires sont certainement survenues plus tard lors des batailles entourant la retraite de Budapest. Le nombre total de juifs tombés alors qu'ils étaient incorporés dans ces bataillons de travail doit certainement avoir excédé 50,000 – en autant que les statistiques sionistes soient correctes -.

Le Dr Zoltan Klar, un ancien membre élu du Conseil de la Communauté Juive de Budapest, témoigna sous serment lors des audiences du Comité d'Enquête de la Chambre des Représentants US (les 22 et 23 septembre 1954) pour relater le traitement des juifs aux mains des Soviétiques. Il déclara qu'un ministre hongrois à Moscou, le professeur Szekfu, visita le Conseil Juif en 1946 pour dire que 30,000 hongrois anciennement membres de ces bataillons de travail se trouvaient encore dans les prisons soviétiques et que 90% d'entre eux étaient des juifs. Le professeur Szekfu considérait que ceux-ci étaient à la veille de regagner leurs foyers. Dans les faits, à peine 1,500 retournèrent en Hongrie d'après le Dr Klar ; 25,500 juifs hongrois ont disparus dans les prisons soviétiques sans laisser de trace.[58]

Ces développements sont résumés dans le tableau suivant (en milliers) :

 

Grande
Hongrie

Trianon
Hongrois

Carp. Ukraine
(Ruthén.)

Transylvanie
du Nord

Zones
Slovaques

Banat


Juifs en Hongrie, 1941

-725

400

109

149

42

25

déductions:

 

 

 

 

 

 

- Déportations en Allemagne

-100

-55

-15

-21

-6

-3

- Pertes dans les bataillons de travail

- 50

-27,5

- 8

-10,5

-3

-1

- Membres des bataillons de travail disparus en URSS

-25,5

-25,5

?

?

?

?


Restant

549,5

292

86

117,5

33

21


Puisque aucune information géographique n'est disponible quant aux pertes juives encourues dans ces bataillons de travail celles-ci ont été divisées au prorata entre les différentes régions. La même procédure a été suivie pour les 100,000 juifs (au maximum) qui ont été déportés vers l'Allemagne en 1944. Mais le témoignage du Dr Klar concernant les juifs détenus dans les prisons soviétiques était très spécifique sur cet aspect. Ceux-ci étaient originaires de l'"ancienne" Hongrie (frontières du Trianon) ce qui fait que le chiffre de 25,500 a été entré dans la colonne "Trianon Hongrois." Le tableau ci haut indique donc que 292,000 juifs auraient dû être trouvés en Hongrie après la guerre.

Concernant les développements démographiques normaux pendant la guerre, on doit prendre en compte la situation économique précaire des juifs hongrois et le fait que jusqu'à 22% des hommes (i.e., 80,000 des 360,000 hommes) étaient astreint au travail forcé. Ces circonstances doivent avoir eu un impact très négatif sur leur taux de natalité, qui était déjà bas pendant les années trente.

Comme nous l'avons montré dans le premier chapitre, le taux de croissance net des juifs de la Grande Hongrie était de –0.3% en 1942. Ce chiffre négatif provient du fait que la fertilité élevée des juifs ruthènes était largement contrebalancée par le taux de naissance faible des autres régions. En particulier, les juifs de l'"ancien " Trianon Hongrois avaient un taux d'accroissement négatif de –0.5% déjà en 1938. Il est possible et même probable que les circonstances fatales survenant en temps de guerre avaient fait décroître encore plus leur taux de natalité. En Allemagne et en Autriche le taux de croissance naturel négatif des juifs était encore pire avant la guerre et on peut dire sans risques de se tromper que les juifs hongrois vivaient une situation plus difficile pendant la guerre que leurs coreligionnaires d'Allemagne et d'Autriche en 1938. Entre 1930 et 1935, l'excès des décès sur les naissances en Allemagne et en Autriche était de 5,500 et 2,500 respectivement;[59] ceci donne un taux de croissance négatif de 1.0 et 1.3% ! En se basant sur cet exemple on peut dire que le taux de croissance naturel des juifs hongrois pendant les 5 années de guerre a été de –1.0% par an, une perte totale de 20,000 individus.

Nous avons noté précédemment que 2,113 juifs par an abandonnaient leur religion au profit de la religion chrétienne entre 1930 et 1939. Il va de soi que davantage de juifs on dû faire de même pendant la deuxième guerre mondiale de façon à augmenter leur sécurité personnelle et financière ainsi que celle de leurs familles. Même si l'on garde ce taux annuel à 2,113, il y aurait eu 10,000 conversions durant les 5 premières années de guerre et une réduction correspondante du nombre de personnes de religion juive. 6,000 juifs hongrois ont également été trouvés en Roumanie après la guerre.[60] Il est fort possible que ces 6,000 juifs hongrois aient tenté d'atteindre la Turquie par le biais de la Bulgarie ou le port de Constanza en Roumanie. Une émigration massive par ces deux canaux deviendra de plus en plus évidente lorsque nous aborderons de nouveau cette question.

Comme il a été mentionné, le nombre de juifs déportés en Allemagne n'a pu dépasser 100,000; de ceux-ci, 55,000 devaient provenir de l'"ancienne" Hongrie. Nous savons que des milliers sont revenus des camps allemands en Hongrie après la guerre. Le nombre exact cependant n'est pas connu. A cet égard, le Dr Klar témoigna devant ce comité de la chambre des représentants que les Soviétiques empêchèrent plusieurs d'entre eux de retourner en Hongrie après la guerre. A la place ils arrêtèrent nombre de ceux-ci à la frontière et les déportèrent à l'Est. Le Dr Klar mentionnait le chiffre de 40,000 !

Aujourd'hui la version "officielle" concernant les juifs hongrois est qu'à l'exception des juifs de Budapest ils furent pratiquement tous déportés avant le début de juillet 1944. On trouvait 184,453 juifs à Budapest au 31 janvier 1941. Mais même si l'on tient compte de certaines possibles déportations, du taux de décroissance naturel, des émigrants, de leurs pertes proportionnelles dans les bataillons de travail, il est malgré tout impossible de croire que la population juive de Budapest était en dessous de 150,000 lorsque les déportations ont cessé (juillet 1944 selon les sources sionistes). Si l'on ajoute les juifs qui ont survécu à la campagne, il est possible que la population juive de Hongrie ait fondue à 200,000 à la fin de la guerre comme l'Anglo-American Committee le maintient.

Ce chiffre est sujet à caution. Premièrement, les délégués de la Croix Rouge Internationale ne laissent aucune ambiguïté lorsqu'ils déclarent :

En novembre [1944], cent mille juifs des provinces hongroises se réfugièrent à Budapest.[62]

En d'autres mots, ces gens se sont enfuis de régions qui, selon les sources sionistes, auraient été vidées de leurs juifs ! Cet épisode survient au moment ou même les rapports sionistes ne mentionnent plus de déportations vers Auschwitz. Le War Refugee Board américain sous la présidence du sioniste Morgenthau admet que suite aux négociations entre Saly Mayer, le Join Distribution Committee et le colonel SS Kurt Becher la déportation de plus de 200,000 juifs vivant à Budapest en août 1944 n'a pas eu lieu.[63] Ceci veut donc dire que beaucoup plus de 300,000 juifs doivent avoir survécu en Hongrie (frontières du Trianon). On doit aussi mentionner que le rapport du CRI ne dit pas que tous les juifs ont quitté les provinces pour se réfugier à Budapest en novembre 1944.

Il n'est pas sans intérêt de mentionner que des milliers de juifs ont émigré à l'Ouest après la guerre. Hilberg confirme ce fait de façon explicite.[64] De plus, les chiffres donnés par l'Anglo-American Committee pour le nombre de survivants juifs (200,000) ne le sont pas pour la fin de la guerre mais pour 1946 ;[65] si le chiffre de 200,000 pour 1946 est exact ceci voudrait dire que plus de 100,000 juifs ont quitté la Hongrie pendant les douze mois qui précèdent et émigré à l'Ouest (Autriche et Italie comme tremplin).

En considérant les juifs morts, les déportés et ceux qui se sont enfuis, le nombre de juifs restés en Hongrie devait être de un quart de million (voir le résumé plus bas) – soit 50,000 de moins que les 300,000 qui s'y trouvaient. La seule explication plausible est que des juifs en provenance d'autres pays - Pologne et Tchécoslovaquie – s'y sont réfugiés avant 1944 puisque Budapest était alors relativement sécuritaire pour ceux-ci. Jusqu'au mois d'avril 1946 plus de 100,000 ont quitté la Hongrie, en autant que le chiffre de 200,000 publié par l'Anglo-American Committee soit juste.

On peut donc résumer le sort des juifs hongrois par les statistiques suivantes :

Population juive en 1939

 

400.000

déductions:

 

 

- Juifs morts dans les bataillons de travail

27.500

 

- Juifs prisonniers de guerre en URSS

25.500

 

- Déportés en URSS par les Soviétiques en 1945

40.000

 

- Taux de natalité net négatif pendant la guerre

20.000

 

- Réfugiées juifs hongrois en Roumanie

6.000

 

- Conversions au christianisme

10.000

129.000

 

Restant

 

271.000

Présumés survivants en avril 1946

 

200.000


Juifs hongrois »manquants«

 

71.000


Tchécoslovaquie

Cet état artificiel créé par le "traité" de Versailles a connu une histoire tourmentée durant sa brève existence. Sa division subséquente entraîne le besoin de traiter le cas de chacune des régions séparément.

Le recensement de 1930 trouvait 356,830 juifs (critère de religion) dont la distribution géographique est la suivante:[66]

Zones tchèques(Bohème et Moravie)

117.551

Slowakei

136.737

Ruthénie

102.542


Total

356.830


A cause d'un taux de fertilité faible les deux premières régions ont enregistré une croissance négative faible de leur population juive alors que les juifs ruthènes sont demeurés très fertiles. Après les accords de Munich une émigration substantielle a pris place, particulièrement dans la région tchèque. Reitlinger, qui se base sur l'Anglo-American Committee, rapporte qu'à la fin de 1939 seuls 315,000 juifs vivaient encore dans l'ancien territoire de la Tchécoslovaquie.[67]

Comme nous l'avons mentionné dans le premier chapitre, les juifs ruthènes étaient très fertiles. En contre partie ils souffraient d'une hémorragie migratoire des jeunes de sexe masculin qui quittaient pour aller s'installer dans les zones industrielles tchèques. Dans tous les cas les Hongrois n'ont trouvé que 109,000 juifs en Ruthénie après le démembrement de l'état artificiel tchécoslovaque.

En d'autres mots la population juive des deux premières régions peut avoir été de 206,000 en 1939 (i.e. 315,000 moins 109,000); ceci veut dire que les juifs de Bohème, de Moravie et de Slovaquie ont perdu 48,288 individus (i.e. 117,551 plus 136,737 moins 206,000).

Même avant la guerre, la Hongrie avait annexé une portion de la Slovaquie qui comptait 42,000 juifs.[68] Le Year Book, qui se base sur un journal de Bratislava ( Der Grenzbote, 18 janvier 1940) mentionne que le reste de la Slovaquie indépendante comptait 85,045 juifs en 1939. Par conséquent la zone slovaque totale devait compter 127,000 juifs à la fin de 1939. Si ce chiffre est exact, il y a donc eu une émigration nette de 9,700 juifs (un faible excès des décès sur les naissances ne peut être exclu cependant). Donc, la zone tchèque ne pouvait compter plus de 79,000 juifs à la fin de 1939 (206,000 moins 127,000); l'émigration et un taux de croissance naturelle négatif se combinent pour donner une réduction de 38,600 entre 1930 et la fin de 1939 (i.e. 117,551 moins 79,000). Les pertes démographiques se sont poursuivies en 1940.

Des rapports publiés dans la presse sioniste mentionnant des statistiques allemandes publiées le 2 février 1941 et qui donnent 70,000 juifs restants dans le protectorat confirment ces calculs.[70] Reitlinger ajoute que jusqu'à 1942 une réduction supplémentaire de 7,000 juifs a eu lieu suite à l'émigration de plusieurs en Bohème et Moravie ainsi qu'un faible taux de natalité. En tout, 4,000 juifs sont donnés comme ayant réussit à émigrer pendant la guerre.[71] Néanmoins comme on peut supposer que l'excès des décès de causes naturelles sur les naissances s'est accéléré pendant la période 1942-1945 une réduction supplémentaire de 2,000 doit être faite. En résumé, la population juive du "Protectorat" est tombée de 4,000 suite à l'émigration et de 5,000 suite au déficit des naissances après 1939.

En 1946( !), un an après la défaite de l'Allemagne, après que les juifs eurent quitté la Bohème et la Moravie en un flot continu vers la zone d'occupation américaine en Allemagne – nous reviendrons là dessus plus tard – Reitlinger trouve encore 32,000 juifs dans l'ancien "Protectorat."[71]

Dans le cas de la Slovaquie, il est plus difficile de retracer les développements puisque cet état a perdu de larges zones au profit de la Hongrie peu avant la guerre. Au déclenchement de celle-ci, 85,000 juifs vivaient dans la république slovaque diminuée. A part les 52,000 déportés, les autres juifs ont pu vivre relativement en sécurité jusqu'à la fin de 1944.[73] Le CRI écrit :

[…] pendant un certain temps la Slovaquie fut même considérée comme un havre de paix et un refuge pour les réfugiés juifs, particulièrement ceux de Pologne. Ceux qui vivaient en Slovaquie semblent avoir été en sécurité jusqu'à ce qu'un soulèvement contre les forces allemandes ne prenne place en août 1944.[74]

Suite à ce soulèvement plusieurs juifs furent déportés. Reitlinger trouve 45,000 juifs vivant encore en Slovaquie après la guerre, alors que Gregory en trouve 60,000 ;[75] disons donc 50,000. Le sort des juifs vivant dans la zone slovaque annexée par la Hongrie a été couvert dans la section traitant des juifs hongrois.

Une partie de l'état tchécoslovaque, la Ruthénie, fut d'abord annexée par la Hongrie et, après la guerre, par l'Union Soviétique. Pour cette raison les juifs de cette région ont partagé le sort des juifs hongrois tout comme les juifs vivant dans une partie de la Slovaquie annexée. Les pertes en vies humaines essuyées par les juifs slovaques, ruthènes et serbes sous domination hongroise lorsque les membres des bataillons de travail furent emmenés de force en URSS comme prisonniers de guerre ne sont jamais discutées dans la littérature pertinente. Comme nous le savons 27,000 juifs hongrois furent acheminés vers les prisons soviétiques et seuls 1,500 d'entre eux sont revenus. Dans le cas des juifs ruthènes on doit déduire le nombre de ceux qui sont disparus dans les prisons soviétiques. Les autres juifs ruthènes ont été ajoutés à l'Union Soviétique dans le chapitre quatre. Par conséquent nous exclurons les juifs ruthènes vu l'annexion de cette région par l'URSS après la guerre. Les développements démographiques pour la Tchécoslovaquie peuvent être résumés ainsi :

Régions tchèques (Bohème et Moravie - 1930)

 

117.551

Slovaquie (1930)

 

136.737

Ruthénie (1930)

 

102.542


Tchécoslovaquie (1930)

 

356.830

Ruthénie annexées par l'URSS en 1945

 

102.542


Tchécoslovaquie sans la Ruthénie (1930)

 

254.288

déductions:

 

 

Emigration (incluant excès de naissances sur les décès avant la guerre):

 

 

- zones tchèques

38.600

 

- Slovaquie

9.700

48.300

 

Juifs présents en Bohème, Moravie et Slovaquie (1939)

 

206.000

déductions:

 

 

Changements survenus durant la guerre:

 

 

- Emigration à partir de la Tchéquie

4.000

 

- Excès de décès sur les naissances - Tchéquie -

5.000

 

- Juifs slovaques morts dans les bataillons de travail hongrois

3.000

12.000

 

Restant

 

194.000

Survivants présumés

 

82.000


Juifs tchécoslovaques »manquants«

 

112.000


Roumanie

Le recensement roumain du 29 décembre 1930 dénombrait la population par critères de langue, de nationalité et de religion. Les résultats selon ces trois critères donnaient respectivement 518,754, 728,115 et 756,930 pour les juifs ; puisque plusieurs juifs avaient déjà perdu l'usage du yiddish et que plusieurs juifs même pratiquants s'identifiaient au groupe majoritaire, le chiffre de 756,930 représente la meilleure estimation de la population juive.[76]

En 1940, trois pays voisins acquéraient des portions de territoire roumain : L'Union Soviétique le 28 juin (Bessarabie et Bukovine du Nord), la Hongrie le 30 août (Transylvanie du Nord) et la Bulgarie le 6 septembre (Dobrujda du Sud) . Le reste de la Roumanie – le cœur de ce pays -, comptait 328,930 personnes de religion juive au moment du dernier recensement de 1930,[77] la Transylvanie du Nord 148,660, le sud de Dobrudja 846,[78] la Bessarabie 206,958,[79] ce qui laissait 71,536 juifs pour la Bukovine du Nord. La population juive totale de la zone saisie par l'URSS était donc de 278,494 au 29 décembre 1930. Bien sûr, jusqu'au milieu de 1940 ces chiffres furent sujets à changements à cause de l'accroissement naturel, l'émigration vers l'extérieur du pays et une large migration des campagnes vers les villes, particulièrement Bucarest.

Durant la période de sept ans qui s'écoule entre décembre 1930 et le début de 1938 724,600 juifs vivaient en moyenne en Roumanie;[80] une croissance annuelle moyenne de 0.2%, comme suggéré dans le premier chapitre – aurait résulté en un excédent de 10,200 naissances par rapport aux décès. Donc, 74,900 juifs doivent avoir émigré durant cette période :

Recensement de 1930

756.930

Excès des naissances sur les décès de décembre 1930 au début de 1938

10.200


Population juive au début de 1938[81]

767.130

Emigration 1930-début de 1938

692.244


 

74.900


Durant ces sept années 10,700 juifs par an ont quitté le pays. L'Institut d'Histoire Contemporaine de Munich considère la Roumanie parmi les pays pauvres d'où les juifs émigrèrent en grand nombre. Il est certain que la dégradation des conditions de vie en Roumanie à la fin des années 1930 a poussé un nombre croissant de juifs à chercher à refaire leurs vies ailleurs. C'est surtout le cas de la Bessarabie où on comptait beaucoup de juifs aillant fuit la guerre civile russe tout juste après la première guerre mondiale. Plusieurs autres juifs cherchaient à échapper à l'antisémitisme en hausse en joignant les vastes communautés juives vivant dans les grandes villes.

Les chiffres de l'émigration pour les années 1938, 1939 et 1940 sont inconnus. Mais on peut être certains que la détérioration des conditions socio-économiques a persuadé davantage de juifs d'émigrer. Même si on se limite au taux en cours pendant la période 1931-1937 et qu'on applique celui-ci à la période 1938-1940, même si l'on assume que l'écart entre les décès et les naissances ne s'est pas accentué en 1939 et 1940, alors le nombre de juifs vivant en Roumanie au milieu de 1940 aurait été au maximum de 665,500 :

Population juive au début de 1938

692.244

Emigration de 1938 au milieu de 1940

26.750


Population juive au milieu de 1940

665.500


En 1940, la population juive roumaine était 12.1% inférieure à ce qu'elle était en 1930, soit 91,400 individus de moins.

Le 6 avril 1941, un recensement ne trouvait plus que 315,509 juifs au cœur de la Roumanie, dont 291,674 vivant dans les zones urbaines.[82] Malheureusement, ces chiffres ne peuvent être comparés de façon brute aux chiffres du recensement de 1930 puisque le recensement de 1941 définissait les juifs comme des gens ayant au moins un parent de confession mosaïque. Il est peu probable que ce changement ait entraîné un accroissement de plus de quelques milliers de personnes. En déduisant ce facteur "externe" et son impact sur le total de 315,509, on peut dire qu'environ 300,000 juifs roumains vivaient encore là en avril 1941.

Donc, alors que le cœur de la Roumanie perdait 28,930 juifs durant ces dix années, ou 9%, la Grande Roumanie perdait 91,430 juifs ou 12% de cette population entre 1930 et le milieu de 1940. De plus les zones cédées à l'Union Soviétique, la Hongrie, la Bulgarie à l'été 1940 comptaient 428,000 juifs à la fin de 1930 (148,660 en Transylvanie du Nord, 846 dans le sud de Dobrudja et 278,494 en Bessarabie et Bukovine), mais après 1930 une perte de 62,500 individus ou 15% est survenue :

Population juive en Roumanie

 

Decembre 1930

Avant la guerre

Changements

nombre

%


Grande Roumanie

756.930

665.500 (juin 1940)

-91.430 -12

 

Roumanie Centrale

328.930

300.000 (avril 1941)

- 28.930

- 9


Territoires cédés

428.000

365.500

- 62.500

- 15


Ce déclin considérablement moins important au centre de la Roumanie que dans les régions cédées à l'été 1940 peut s'expliquer de deux façons ; Premièrement, l'Est de la Roumanie comptait beaucoup de réfugiés juifs ayant fui l'Ukraine au moment de la guerre civile russe ; mais l'économie agricole de la Bessarabie ne pouvait absorber ces gens et ceux-ci choisirent souvent d'émigrer de nouveau afin d'échapper à la pauvreté.

Deuxièmement l'industrialisation et l'urbanisation en cours ont poussé beaucoup de juifs à émigrer vers les villes. En Roumanie il n'y en avait qu'une seule qui comptait plus de 100,000 habitants : Bucarest. La population de cette ville est passée de 639,040 (décembre 1930) à 999,658 (avril 1941), un accroissement de 56.4%. Lors du processus d'émigration vers les zones urbaines, la population juive de Bucarest s'est accrue mais moins rapidement que celle des Roumains puisque les juifs préféraient l'émigration en dehors du pays à une migration vers les villes. Malgré tout la population juive de Bucarest est passée de 76,480 (décembre 1930) à 91,268 (avril 1941), un accroissement de 19.3%.[83] Le déclin de la population juive enregistré en avril 1941 (Centre de la Roumanie) aurait été encore plus important sans cette migration vers la capitale et d'autres villes.

L'arrivée de dizaines de milliers de réfugiés juifs en provenance de Pologne en septembre 1939 rend difficile la détermination du nombre de juifs présents dans les territoires cédés. IL existe une estimation officielle roumaine de 148,621 juifs pour la portion de Transylvanie cédée. Cette estimation (pour le 1 janvier 1940[84]) est légèrement en dessous des 148,660 trouvés en 1930 mais le nombre de juifs polonais inclus dans cette estimation est inconnu. Mail il semble que la population juive de Transylvanie soit demeurée stable pendant les décennies précédentes. Le Judisches Lexikon (Encyclopédie Juive) mentionne par exemple mentionne que pour les recensements de 1910 et 1920 pour la Transylvanie et Banat on trouve 172,294 et 181,340 juifs, respectivement[85] – un accroissement de 9,000 pendant cette décennie, ou un demi de un pour-cent annuellement. Mais le Judisches Lexikon dit aussi qu'une immigration importante en provenance de Galicie a pris place pendant cette période. Sans cette immigration, la Transylvanie et Bana n'auraient pas connu d'accroissement du tout. Pour cette raison, il est probable que la Transylvanie – comme toutes les autres régions en Roumanie – a enregistré une décroissance de sa population juive jusqu'en 1940. Même en assumant un taux de décroissance moitié moindre que celui de la moyenne roumaine (i.e. 6%) on n'aurait pas pu trouver plus de 140,000 juifs natifs de cette région lorsqu'elle a été cédée à la Hongrie. Mais les Roumains insistent pour dire que 148,621 juifs peuplaient cette région et cette affirmation est recoupée par un chiffre similaire publié par les Hongrois lorsqu'ils prirent possession de cette région.[86] La différence de 8,621 (148,621 moins 140,000) doit donc provenir de l'afflux de réfugiés juifs en provenance de Galicie en septembre 1939.

Maintenant que nous avons ces informations, on peut déterminer la population juive native des zones cédées à l'Union Soviétique :

 

 

 

Changements

 

1930

1940

Nombre

%


Tous les territoires cédés

428.000

365.500

-62.500

- 15

Transylvanie du Nord( à l'exception des réfugiés juifs polonais)

148.660

140.000

- 8.660

- 6

Dobrudja du Sud

846

412(86)

- 434

- 51


Territoires cédés à l'Union Soviétique

278.494

225.088

-53.406

- 19


Une chute de 19% de la population juive (53,406) dans les zones contrôlées par l'Union Soviétique n'est pas si considérable étant donné le fait que la majorité des 278,494 juifs de 1930 vivaient en Bessarabie, une région pauvre.

Malgré tout les Soviétiques ont vu passer beaucoup plus que ces 225,088 juifs lorsqu'ils ont occupé ces portions du territoire roumain. En septembre 1939, les juifs polonais ont fui en masse pas seulement en direction de la zone d'occupation soviétique en Pologne mais aussi en Roumanie. Les rapports décrivant le nombre de réfugiés juifs en sol roumain sont assez vagues cependant. Une description très instructive de cet exode, mais malheureusement pauvre en statistiques a été donné par J.G. Burg dans Schuld und Schicksal.

Nous avons assumé que 100,000 juifs polonais ont pu fuir jusqu'en Roumanie parce que des comptes rendus dans la presse sioniste – s'ils sont vrais -, rendent ce chiffre très réaliste. Nous avons trouvé 9,000 réfugiés juifs de Pologne en Transylvanie du Nord. De surcroît, jusqu'à 65,000 juifs – apparemment constitué en majorité de réfugiés polonais -, ont préféré la domination soviétique lorsque les Russes ont occupé la Bukovine du Nord et la Bessarabie en 1940.[87] Ces 65,000 juifs devaient vivre en Bukovine su Sud et en Moldavie depuis leur arrivée de Pologne, ce qui est probable vu la proximité géographique de la Galicie. Plusieurs autres réfugiés juifs polonais vivaient en Bukovine du Nord et en Bessarabie lorsque les Soviétiques ont annexé ces territoires. Pour ces raisons, il est probable que plus de 90,000 réfugiés juifs de Pologne sont tombés sous domination soviétique lorsque l'URSS prit possession de ces zones roumaines. Il semble donc que 316,000 juifs soient passés sous le contrôle des Soviétiques au moment de l'acquisition de la Bessarabie et de la Bukovine (225,000 juifs natifs et 91,000 réfugiés de Pologne).

Mais même après le déclenchement des hostilités entre l'Allemagne et l'URSS (22 juin 1941), les juifs de Roumanie disposaient encore de plusieurs possibilités s'ils désiraient quitter le pays. Les chemins à emprunter étaient parfois étranges et risqués. Un de ces chemins passait par le port de Constanza, puis la Turquie neutre. Plusieurs bateaux ont quitté ce port, parfois sous protection allemande, afin d'atteindre des destinations non européennes. Le sort tragique du bateau à vapeur Struma vient ici à l'esprit. Ce bateau quitta Constanza pour Istanbul le 16 décembre 1941 et heurta une mine anglaise près de la côte turque. A l'exception de deux survivants les 769 passagers juifs périrent.[88] D'autres navires ont connu un sort similaire.

Reitlinger mentionne cette route ainsi :

[…] il était possible à un bateau par jour de faire le lien entre Constanza et Istambul…[89]

Même si on ne permet qu'à 100 personnes d'embarquer chaque jour, un minimum de 100,000 juifs ont dû quitter l'Europe par cette route pendant la guerre. La composition des passagers n'est pas connue. Mais comme la population juive de Roumanie se chiffrait encore à 400,000 après la "libération" de ce pays par l'union Soviétique, il vient à l'esprit que la majorité des juifs réfugiés quittant Constanza par bateau durant la guerre ont dû être d'origine polonaise, hongroise, tchèque et slovaque.

Une seconde route d'évasion, terrestre cette fois, partait de Roumanie et passait par la Bulgarie, puis la Turquie pour aboutir finalement à la Palestine, la Perse ou un pays d'outre mer. Des chiffres fiables concernant cet exode par le biais de ports roumains ou par le biais du territoire bulgare n'existent pas. Tout ce que nous savons – ceci sera couvert de façon plus détaillée dans le chapitre suivant -, c'est que des dizaines de milliers de juifs d'Europe provenant de tous les pays dans la sphère d'influence allemande se sont échappés de cette façon. L'Universal commente:

[..] pendant la deuxième guerre mondiale ..] le Département d'Etat des Etats-Unis [aida] de nombreux juifs à quitter la Roumanie afin qu'ils trouvent refuge en Turquie ou en Palestine.[90]

Evaluer temporairement à 20,000 le nombre de juifs qui se sont échappés par cette voie entre le milieu de 1940 et la fin de la guerre n'est qu'une façon de prendre note de ces événements ; le nombre de réfugiés juifs qui ont quitté la Roumanie pendant cette période n'a pu qu'être beaucoup, beaucoup plus important.

Une comparaison entre la population juive en avril 1941 et les survivants tels que donnés ne nous donne aucune indication quant à l'étendu de cet exode. En 1945, la Roumanie a repris contrôle de la Transylvanie du Nord ; les zones annexées par l'Union Soviétique en 1940 et reprises par la Roumanie en 1941 cependant furent réoccupées par l'URSS. Les "estimations" d'après-guerre font référence à la Roumanie définie par ses frontières de 1945, une zone qui comptait peut-être 451,000 juifs en août 1939 :

Population juive au début de 1938

692.244

Emigration 1938 - milieu de 1939

ca. 16.000


milieu de 1939 (frontières de 1939)

676.244

Juifs roumains dans les régions cédées à l'URSS

225.088


Population juive au milieu de 1939 (frontières de 1945)

451.000[91]


Le nombre de juifs trouvés en Transylvanie du Nord après la guerre n'est pas connu. Notre calcul montre que 21,000 furent déportés en Allemagne pendant la guerre, mais selon Reitlinger 20,000 sont revenus des camps allemads.[92] D'un autre côté, il est probable qu'au moins 10,000 soient morts dans le service du travail hongrois et le nombre de ceux qui ont disparus dans les camps de prisonniers soviétiques – comme dans le cas des juifs hongrois – est un mystère. En déduisant du chiffre originel de 148,621 pour la Transylvanie ces 1,000 personnes non revenues des camps allemands ainsi que les 10,500 tués en action, le chiffre restant (137,000) est probablement encore trop élevé. Mais c'est le mieux que l'on puisse faire.

Concernant les "survivants" le Dr Isaac Glickman, un ancien membre du comité exécutif de la Fédération des Communautés Juive de Roumanie donna certains détails devant le comité d'enquête de la Chambre des Représentants US en 1954. Le Dr Glockman, qui déclare avoir quitté la Roumanie à la fin de 1947, estime que 425,000 survivants juifs se trouvaient en Roumanie au moment de la libération.[93] M. Hilberg, lui, trouve 430,000 survivants dans la Roumanie d'après-guerre.[94]

Il est à peu près certain que ce chiffre de 430,000 juifs roumains présents est en deçà de la réalité par quelques dizaines de milliers. Si le Dr. Glickman place le nombre de survivants "à la libération " à 425,000, ce chiffre doit être bas. Après tout Reitlinger mentionne 20,000 juifs qui sont revenus des camps allemands après la guerre, i.e. après la libération et plusieurs milliers d'autres sont supposés être revenus d'URSS après la guerre. Ces chiffres ensemble donnent plus que 450,000, au moins 20,000 de plus que ce que Hilberg trouve.

Suivant nos calculs, nous aurions dû trouver 433,000 juifs, ou même moins. En effet nous ne possédions aucun indice quant aux membres de bataillons de travail hongrois qui ne sont pas revenus des prisons soviétiques et le chiffre de 20,000 émigrants entre 1941 et la fin de la guerre, tel que retenu n'est probablement qu'une faible fraction du nombre réel. En d'autres mots, lorsque le front s'approcha de la frontière roumaine des dizaines de milliers de juifs présents là étaient arrivés pendant la guerre. On en trouve la confirmation dans un rapport de la Croix Rouge Internationale publié en 1948. Celui-ci déclare qu'après la retraite des Allemands 6,000 juifs hongrois ont été trouvés dans le nord de la Transylvanie en décembre 1944. Cette immigration importante de juifs en direction de la Roumanie pendant les années de guerre est une autre indication que ce pays était un pays de transit pour un nombre indéterminé de juifs d'Europe qui désiraient quitter le continent par terre ou mer. Ces développements peuvent donc êtres résumés par les statistiques suivantes:

Population juive au début de 1938

 

692.244

Emigration de 1938 au milieu de 1939

 

16.000


Population mi-1939 (frontières de 1939)

 

676.244

Admission de réfugiés juifs polonais (1939)

 

100.000


Population September 1939

 

776.244

Dans les zones annexés par l'URSS:

 

 

- juifs polonais réfugiés

91.000

 

- Juifs roumains natifs

225.088


 

 

316.088

 

Acquis par la Hongrie

148.621

 

Acquis par la Bulgarie

412

 

Emigration 1940

10.700

475.821

 

 

 

300.423

Personnes considérés comme juives d'après la nouvelle définition du recensement de 1941 (est.)

 

15.086


Population juive, recensement du 6 avril 1941

 

315.509

Emigratrion: Avril 1941 à la fin de la guerre

 

20.000


Juifs au centre de la Roumanie à la fin de la guerre (maximum)

 

295.509

Repris de Transylvanie

148.621

 

Repris du Sud-Dobrudja

412


 

Total

149.033

 

Juifs hongrois tombés dans les bataill. de travail

10.500

 

Juifs non revenus des camps allemands

1.000

137.533

 

Nombre de juifs calculé (Roumanie apr. 1945)

 

433.000

Présumés survivants selon Hilberg

 

430.000


»Manquants«

 

3.000


Bulgarie

Le recensement de 1934 trouvait 48,398 juifs.[95] En 1947( !) leur nombre était réduit à 46,500 selon le Year Book ;[96] la différence de 1,898 doit être attribuée ou bien à l'émigration ou encore à un excès des décès sur les naissances, puisque pas un seul juif ne fut déporté de Bulgarie pendant la guerre.[97]

Nous montrerons dans le prochain chapitre que 48,642 ont émigré de Bulgarie vers Israel entre le 15 mai 1948 et le 31 décembre 1970, même si une partie a pu quitter avant. Le nombre de juifs bulgares qui peuvent avoir quitté leur pays pendant ou après la guerre n'est pas connu. Mais la Bulgarie aussi appartient à ces pays d'où l'émigration était plus facile selon Hilberg. Il n'est donc pas saugrenu d'assumer que des milliers (ou des dizaines de milliers ?) ont saisi cette possibilité avant 1947 et quitté le pays en direction de la Palestine ou d'autres pays. Il n'y a pas de raisons de penser que tous les juifs bulgares ont émigré vers Israël après le 15 mai 1948.

En 1970, il y avait encore 7,000 juifs en Bulgarie.[98] Puisque les juifs bulgares n'avaient pas la réputation d'être fertiles, il devient évident que le nombre de juifs présents en Bulgarie à la fin de la guerre ne pouvait être de 46,5000 comme les sources sionistes voudraient nous faire croire, mais plusieurs milliers ou peut-être même plusieurs dizaines de milliers de plus. Le chiffre de 56,000 (48,642-7,000) est en tout cas un minimum. Ceci est une autre indication que la Bulgarie fut, pendant la guerre, un pays de transit pour les réfugiés juifs de Yougoslavie, de Hongrie, de Roumanie, de Slovaquie et de Pologne! De surcroît ces chiffres contradictoires montrent l'ampleur de la sous-estimation du nombre de "survivants" dans les sources sionistes.

Population juive bulgare (1934)

48.400

»Survivants« (1947)

56.000


»Immigrants«

7.600

Sommaire

Au début des années trente tous les pays d'Europe (à l'exception de l'URSS et des états baltes) qui sont tombés plus tard dans la sphère d'influence allemande comptaient 6 millions de juifs (Table II). Des mesures anti-juives et la situation économique précaire ont entrainé une émigration massive 1.1 millions de juifs dans cinq pays – la Pologne, l'Allemagne, la Tchécoslovaquie, la Hongrie et la Roumanie (voir aussi le premier chapitre)-. La majeure partie de cette émigration avait comme destination la Palestine et les pays d'outre mer (nous examinerons ce dernier aspect dans le prochain chapitre) et, dans une moindre mesure, les pays d'Europe de l'Ouest. D'autres développements négatifs (croissance naturelle négative en Hongrie et en Allemagne, conversions au christianisme en Hongrie) ont plus que compenser pour le faible excès des naissances dans d'autres régions d'Europe – en autant qu'il y en ait eu un -. Au déclenchement de la guerre germano-polonaise la population juive de ces pays d'Europe était tombée à 5 millions.

Table 11:Population Juive de l'ancienne sphère d'influence allemande en Europe (excl. URSS et les états baltes) du début des années trente jusqu'à la fin de la guerre (en milliers)


Pays

Début des années 1930

1939(b)

1941(b)

'Survivants' en 1946/48(b)

'Manquants' en Europe (b)

Acquisitions par l'URSS(b)


Italie, Bénélux, France, Danemark, Norvège

470

545

525

375

134

 

Grèce

73

65

65

12

53

 

Allemagne et Autriche

731

263

214

36

159

 


 

Ancienne Europe de l'Ouest occupée par l'Allem.

1.274

873

804

423

346

 


 

Yougoslavie

68

68

43

12

56

 

Hongrie, dont

 

(551)

(725)

 

 

 

   Hongrie (frontières du Trianon)

445

400

400

200

71

66

   Zones slovaques

 

42

42

 

 

 

   Ruthénie

 

109

109

 

 

86

   Transylvanie du Nord

 

 

149

 

 

 

  Banat serbe

 

 

25

 

 

 

Tchécoslovaquie, dont:

(357)

 

 

 

 

 

   Bohème-Moravie (Protectorat)

118

79

70

32

38

 

   Slovaquie

137

85

85

50

74

 

   Ruthénie

102

 

 

 

15

 

Roumanie

757

676

315

430

3

225

Bulgarie

48

48

48

56

- 8

 

Pologne, Gouvernement Général(c)

3.114

2.664

757

83

674

1.867


Ancienne Europe de l'Est occupée par l'Allem.

4.789

4.171

2.043

863

923

2.244


 
 

Juifs réfugiés en URSS retournés en Pologne

+157


 

- 157


 

2.087


Ancienne Europe sous occupation allemande:

 

 

 

 

 

 

- Selon notre analyse

6.063

5.044

2.847

1.443

1.269

 

- Selon les chiffres de l'AJYB -(d)

 

6.000

 

1.410

4.590

 

 
 
 

Différence

 

-956

 

+ 33

-3.321

 

 
 
 

Sources:

  1. A l'exception de l'Allemagne et de l'Autriche tous ces chiffres ont été pris de la Table 16 (huitième chapitre). L'Allemagne, incluant Memel, Danzig et la Sarre, comptait 539,265 juifs en 1933 et le recensement autrichien trouvait 191,781 juis selon l'AJYB, 1940, Vol. 42, p. 600
  2. A l'exception des lignes "Pologne" et "chiffres de l'AJYB" tous les autres chiffres énumérés dans cette colonne ont été pris des détails obtenus dans le chapitre 6.
  3. Voir chapitres 1 et 2
  4. AJYB, 1947, Vol. 49, p 740.

Le Year Book a commis une erreur majeure en plaçant le nombre de juifs dans ces pays à 6 millions pour l'année 1939.[99] Une comparaison montre que le Year Book a tenu compte, du moins en partie, de l'émigration en Allemagne et en Hongrie mais pas pour la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie. Au contraire, la population juive de ces pays fut gonflée artificiellement en assumant un taux de naissances élevé. Le résultat est grave. Dans les faits la Pologne, la Roumanie et la Tchécoslovaquie ne comptaient que 3.6 millions de juifs à la fin de 1939, mais le Year Book donne 4.5 millions ! Puisqu'on trouvait 956,000 juifs de moins dans les zones qui allaient passer sous la domination de l'Allemagne en 1939 (Table II), 90% de cette différence est attribuable à ces trois pays. En d'autres mots, nous avons ici un million de juifs qui ne se trouvaient même pas en Europe au début de la deuxième guerre mondiale, mais qui sont inclus dans les statistiques de la "solution finale" par les sources sionistes vu la méthode qu'elles utilisent.

Cependant en 1941, tout juste avant l'invasion de l'URSS par l'Allemagne, seuls 2.8 millions de juifs vivaient dans la sphère d'influence allemande. Cette chute de 2.2 millions est largement due à l'annexion de territoires roumains et polonais par l'Union Soviétique en 1939 et 1940 et au fait que de nombreux juifs ont soit été déportés, ou encore se sont enfuis vers l'intérieur du territoire soviétique avant que l'armée allemande n'y parvienne. Il est bien connu aujourd'hui que les Soviétiques ont réussi à évacuer leurs juifs pour que ceux-ci ne tombent pas aux mains des Allemands – pour des motifs qui les desservaient -. Il est donc trompeur de vouloir calculer le nombre de juifs morts en soustrayant les "survivants" d'après-guerre, alors que les chiffres disponibles datent souvent de 1946 ou 1947( !) – des chiffres de population de 1939 qui, pire encore, sont gonflés par un million. Les années de guerre ont engendré des changements démographiques importants; une émigration considérable, un effondrement du taux de natalité, des conversions, des morts au combat, des évacuations, etc… Aussi, la Pologne et la Roumanie ont souffert de pertes territoriales aux mains de l'URSS.

Notre enquête aux chapitres cinq et six a trouvé 1,443,000 juifs "survivants" contre 1,410,000 pour le Year Book (Table II). Ces "survivants" devraient être comparés à la population juive d'Europe en 1941 en tenant compte des nombreux changements qui se sont produits dans chaque pays pendant la guerre ; sur cette base, nous arrivons à un chiffre de 1,269,000 "manquant". Ce chiffre est de 3.3 millions inférieur à celui donné par le Year Book. La raison est claire : Le Year Book donne un chiffre de population beaucoup trop important pour 1939 et n'a pas pris en compte l' "acquisition" de 2.1 millions de juifs roumains, polonais hongrois et ruthènes par les Soviétiques. Ces deux "erreurs" s'additionnent pour donner une exagération de 3 millions de juifs "manquants".

On peut donc résumer ainsi : en 1941, 2,847,000 juifs vivaient dans la sphère d'influence allemande en Europe (en excluant l'URSS et les états baltes). En tenant compte des pertes de guerre, des juifs disparus dans les prisons soviétiques, de l'émigration, du taux de natalité faible, de l'annexion de la Ruthénie par l'URSS après la guerre, 2,712,000 (1,443,000 plus 1,269,000) juifs auraient dû être comptés dans ces pays après la guerre. Sur la base des statistiques sionistes – qui se réfèrent souvent aux années 1946 et 1947, pas 1945 -, nous arrivons à seulement 1,443,000 "survivants". Un nombre à peu près similaire de juifs est manquant.


Notes

  1. AJYB, 1940, Vol. 42, p. 595.
  2. Reitlinger, Final Solution, p. 71.
  3. AJYB, 1941, Vol. 43, p. 324.
  4. ibid., p. 325.
  5. Institute of Jewish Affairs, Hitler's Ten-Year War, p. 265.
  6. AJYB, 1939, Vol. 41, p. 585.
  7. Reitlinger, Final Solution, p. 349 und 351.
  8. AJYB, 1940, Vol. 42, p. 602.
  9. -, 1939, Vol. 41, p. 585.
  10. Reitlinger, Final Solution, p. 352.
  11. ibid., p. 329.
  12. ibid., p. 494.
  13. ibid., p. 87 und 494.
  14. ibid., p. 328.
  15. ibid., p. 349 et 351.
  16. ibid., p. 495.
  17. ibid., p. 329.
  18. ibid., p. 494.
  19. ibid., p. 328.
  20. ibid., p. 495.
  21. ibid., p. 329.
  22. ibid., p. 342 et 344.
  23. ibid., p. 494.
  24. ibid., p. 328.
  25. ibid., p. 352 et 495.
  26. ibid., p. 501.
  27. Universal Jewish Encyclopedia, Vol. 10, p. 36.
  28. Reitlinger, Final Solution, p. 496.
  29. Butz, Hoax of the Twentieth Century, 1977, p. 137.
  30. Hilberg, Destruction of European Jews, p. 737.
  31. ibid., p. 737,
  32. Reitlinger, Final Solution, p. 495-496.
  33. Hilberg, Destruction of European Jews, p. 670.
  34. Reitlinger, Final Solution, p. 496.
  35. AJYB, 1940, Vol. 42, p. 595-596.
  36. ibid., p. 600.
  37. Reitlinger, Final Solution, p. 492.
  38. Selon les Statistischen Jahrbuch für die Bundesrepublik Deutschland, par exemple, le taux de mortalité (en Allemagne de l'ouest) en 1977 était de 3% par an pour les gens âgés de 47 ans et plus.
  39. Reitlinger, Final Solution, p. 492.
  40. AJYB, 1940, Vol. 42, p. 595.
  41. -, 1941, Vol. 43, p. 663.
  42. Reitlinger, Final Solution, p. 492.
  43. Annuaire Statistique Hongrois 1931, Nouveau Cours XXXIX, l'Office Central Royal Hongrois de Statistique, Budapest, 1933, Tab. 10, p. 11.
  44. Magyar Statisztikai Évkönyv 1942, Új Folyam L, A Magyar Kir Központi Statisztikai Hivatal, Budapest, 1944, Tab. 11, p. 17.
  45. Annuaire Statistique Hongrois 1931, Tab. 10, p. 11.
  46. Magyar Statisztikai Évkönyv 1942, Tab. 11, p. 14-17.
  47. L'Universal Jewish Encyclopedia, Vol. 10, p. 24, évalue la population juive de Hongrie à 403,000 en 1939
  48. ibid. p. 25; l'Universal mentionne 5.250 émigrants juifs jusqu'à 1939
  49. Reitlinger, Final Solution, p. 415.
  50. Publikationsstelle Wien. Die Bevölkerungszählung in Rumänien 1941 (Geheim), Vienne, 1943, p. 20.
  51. Butz, Hoax of the Twentieth Century, p. 149.
  52. ibid., p. 133.
  53. ibid., p. 138.
  54. ibid., p. 138-139.
  55. ibid., p. 144.
  56. Hilberg, Destruction of the European Jews, p. 517.
  57. Encyclopaedia Judaica, Vol. 8, p. 1098.
  58. Treatment of Jews by the Soviet, 1954, S. 85-86.
  59. Universal Jewish Encyclopedia, Vol. 10, p. 36.
  60. Butz, Hoax of the Twentieth Century, S. 141.
  61. Treatment of Jews by the Soviet, 1954, p. 72.
  62. Butz, Hoax of the Twentieth Century, S. 139.
  63. U.S. War Refugee Board. Final Summary Report of the Executive Director, War Refugee Board, Washington, D.C., 15.9.1945, p. 42.
  64. Hilberg, Destruction of European Jews, p. 729.
  65. Reitlinger, Final Solution, p. 497.
  66. Sčítání Lidu V Republice Československe Ze Dne 1. Prosince 1930 (Díl 1.: Rust, Koncentrace A Hustota Obyvatelstva, Pohlaví, Vĕkove Rozvrstvení, Rodinný Stav, Státní Příslušnost, Národnost, Náboženske Vyznání), Vydal Státní Úřad Statistický, Československá Statistika - Svazek 98, Řada VI., Sešit 7, Prag, 1934, p. 156-190.
  67. Reitlinger, Final Solution p. 492.
  68. Institute of Jewish Affairs, Hitler's Ten-Year War, p. 304.
  69. AJYB, 1940, Vol. 42, p. 597.
  70. -, 1941, Vol. 43, p. 663.
  71. Reitlinger, Final Solution, p. 492-493.
  72. ibid., p. 492.
  73. Butz, Hoax of the Twentieth Century, p. 208.
  74. ibid., p. 137.
  75. Reitlinger, Final Solution, p. 493.
  76. Recens Recensământul General Al Populaţiei României Din 29 Decemvrie 1930, Volumul II: Neam, Limbă, Maternă, Religie; Institutul Central de Statistică, Bukarest, 1938, p. XXIV.
  77. Wirtschaft und Statistik, 2. Oktober 1941, No. 20, p. 392.
  78. Publikationsstelle Wien. Die Bevölkerungszählung in Rumänien 1941 (Geheim), p. 20.
  79. Recensământul General Al Populaţiei României Din 29 Decemvrie 1930, Volumul II: Neam, Limbă, Maternă, Religie; Institutul Central de Statistică, Bukarest, 1938, p. LXXXV.
  80. Au début de 1938 il y avait 692,244 juifs en Roumanie (voir référence no 81) comparativement à 756,930 à la fin de 1930; ceci représente une moyenne de 724,600 pour les années 1931 à 1937.
  81. L'Institute of Jewish Affairs (Hitler's Ten-Year War, p. 83) écrivait que d'après la loi du 21 janvier 1938 tous les juifs de Roumanie devaient fournir une preuve de citoyeneté s'ils désiraient garder celle-ci. 617,396 se sont enregistrés, 44,848 se sont abstenus et 30,000 n'avaient pas les qualifications pour s'enregistrer. Ces chiffres s'additionnent pour donner 692,244 au début de 1938.
  82. Publikationsstelle Wien. Die Bevölkerungszählung in Rumänien 1941 (Geheim), p. 23.
  83. Wirtschaft und Statistik, 2.10.1941, p. 392.
  84. Publikationsstelle Wien. Die Bevölkerungszählung in Rumänien 1941 (Geheim), p. 20.
  85. Jüdisches Lexikon, Berlin (Jüdischer Verlag), 1930, Band IV/2, S-Z, p. 650-651.
  86. Reitlinger, Final Solution, p. 497.
  87. AJYB, 1941, Vol. 43, p. 330.
  88. Reitlinger, Final Solution, p. 405.
  89. ibid., p. 409.
  90. Universal Jewish Encyclopedia, Vol. 9, p. 265.
  91. Millman, Ivor. »Romanian Jewry: a Note on the 1966 Census«, Soviet Jewish Affairs, Nr. 3, Mai 1972, p. 105; cet auteur juif évalue que les autorités communistes de la Roumanie d'après-guerre ont estimé la population juive vivant dans les frontières d'aujourd'hui à 452,000 pour le recensement de 1930. Si cette estimation est bonne, notre propre estimation de 451,000 juifs roumains en 1939 (dans les frontières d'aujourd'hui) serait trop grande par 20,000 au moins!
  92. Reitlinger, Final Solution, p. 497.
  93. Treatment of Jews by the Soviet, p. 53.
  94. Hilberg, Destruction of European Jews, p. 737.
  95. AJYB, 1941, Vol. 43, p. 668.
  96. -, 1947, Vol. 49, p. 740.
  97. Reitlinger, Final Solution, p. 379.
  98. AJYB, 1971, Vol. 72, p. 476.
  99. -, 1947, Vol. 49, p. 740.

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