SEPTIÈME CHAPITRE
L'ÉMIGRATION JUIVE APRÈS LA DEUXIÈME GUERRE MONDIALE
Après la défaite de l'Allemagne un flot de réfugiés non Allemands en provenance de l'Est se déversa dans les trois zones occupées de l'Ouest. Parmi ces réfugiés se trouvaient un grand nombre de juifs. Le général britannique Sir Frederick Morgan, à la tête des opérations de l'UNRRA en Allemagne, déclara lors d'une conférence de presse à Franckfort/Main à la fin de 1945 qu'une organisation juive inconnue amenait des masses de juifs de l'Est de l'Allemagne et que ces réfugiés étaient biens nourris et bien habillés. Le sioniste Hilberg commente aussi :
En Pologne, en Tchécoslovaquie, en Hongrie plusieurs juifs choisirent de ne pas attendre; ils s'embarquèrent pour un long voyage.. De Pologne l'exode les amena à travers la Tchécoslovaquie jusqu'à la zone américaine en Allemagne. De Hongrie et même de Roumanie les juifs commencèrent à arriver en Autriche. En novembre 1945, le flot commença à s'accélérer et des milliers de réfugiés se déversèrent sur l'Italie.[1]
A cet égard on doit garder en tête que les statistiques concernant les "survivants" ne sont pas de mai 1945 mais des années 1946 et 1947; le chiffre de1.4 millions de "survivants" ne peut donc pas inclure ce nombre gigantesque de réfugiés quittant leur pays natal en Europe de l'Est.
Immédiatement après la guerre, plus de 250,000 juifs étaient présents dans les camps de personnes déplacées (DP) en Allemagne et en juillet 1947 plus de 400,000 réfugiés juifs étaient présents en Europe dans des camps de transit.[2] Ces chiffres ne s'appliquent qu'à certains périodes de temps puisque dans l'intérim des centaines de milliers de juifs avaient quitté l'Europe en direction de la Palestine, de l'Amérique du Nord et du Sud et de d'autres endroits !
Ces arrivées et départs incontrôlés se produisant dans le chaos d'après-guerre empêchaient tout décompte sérieux concernant le total des "survivants." La seule possibilité qui s'offre, si l'on veut obtenir une image plus précise de ces migrations, est de déterminer l'immigration aux points de destination.
Etats-Unis
Les statistiques officielles américaines placent le nombre de juifs en 1926 à 4,081,242; un autre décompte officiel en 1936 en trouvait 4,641,184.[3] Ces deux chiffres ne font référence qu'aux communautés possédant une synagogue. Un agent spécial du Bureau des Recensements, le Dr. Harry S. Linfield fit une étude de toutes les communautés sans synagogues et trouva 4,228,029 juifs aux Etats-Unis à la fin de 1927;[4] une enquête similaire faite selon les mêmes critères par le Dr Linfield trouva 4,770,647 juifs en 1937.[5]
On ne peut dire exactement quelle part l'immigration et quelle part l'accroissement naturel ont dans cet accroissement de 543,000 sur dix ans. Pendant la décennie précédente des millions de juifs sont entrés aux Etats-Unis : Environ 1.8 millions entre 1899 et 1924. Au moins les trois quarts de ceux-ci provenaient de Pologne et de Russie, des pays possédant un taux de fertilité élevé à l'époque. Une large proportion du quart restant provenait de pays comme la Roumanie, dont le taux de croissance naturelle fut lui aussi élevé pendant un temps.[6] Mais les modifications apportées aux lois sur l'immigration aux Etats-Unis dans les années 1920 sont supposées avoir entraîné une réduction drastique du flot de l'immigration juive en provenance d'Europe de l'Est.
A côté de ceci, le nouvel environnement urbain d'Amérique ne tarda pas à avoir un impact sur le taux de natalité de ces immigrants; il chuta abruptement. Il est donc raisonnable d'assumer que le taux d'accroissement naturel des juifs américains ne dépassa pas 0.5% entre 1927 et 1937. Même ce taux semble trop élevé si on le compare au taux d'accroissement net américain de 0.8% entre 1930 et 1939 - avec sa population importante de noirs fertiles et ses larges zones rurales -.[7] Il semble qu'un excès des naissances sur les décès aurait pu accroître la population juive de 4,228,029 en 1927 à plus de 4,444,000 en 1937. Mais 4.77 millions de juifs furent trouvés en 1937 – 326,000 de plus que ce que le taux de croissance naturelle ne laisserait prévoir. Un coup d'œil aux statistiques de l'immigration américaine révèle cependant que seuls 82,212 immigrants juifs sont venus s'y installer pendant cette période.[8] Une explication quant à cet écart sera donnée bientôt.
Le Year Book donne les statistiques suivantes concernant la population juive américaine :
|
1946 à 1956 |
5.000.000 |
|
1957 et 1958 |
5.197.000 |
|
1959 |
5.367.000 |
|
1960 à 1967 |
5.532.000 |
|
1968 à 1970 |
5.869.000 |
|
1971 |
6.060.000 |
Ces chiffres sont fictifs. La prétendue population juive de 1946 fut maintenue au même niveau pendant dix ans, alors que des centaines de milliers de réfugiés juifs d'Europe Centrale et d'Europe de l'Est quittaient un continent en ruines pour refaire leurs vies aux Etats-Unis. Finalement, lorsqu'il fut décidé de procéder à une correction due depuis trop longtemps, l'accroissement de 197,000 suffisait tout juste à expliquer l'accroissement naturel entre 1946 et 1957. De toute évidence ces chiffres sont inspirés par des besoins politiques.
Déjà en 1943, l'historien juif et ancien secrétaire de l'Hilfsverein der Deutschen Juden (Association d'Aide aux Juifs Allemands), le Dr Mark Wischnnitzer, qui était employé par le American Jewish Joint Distribution Committee depuis 1938 et figurait de façon proéminente dans l'édition de l'Universal Jewish Encyclopedia,[9] écrivait dans l'article The Jewish Quarterly Review que la population juive des Etats-Unis atteignait 5,199,200.[10] L'accroissement de 429,000 sur les 4.77 millions de 1937 donne un taux annuel de 1.45% ( !) Ce taux est beaucoup trop élevé pour être expliqué par l'accroissement naturel. La réponse à cette contradiction fut donnée par l'assistant du Secrétaire d'Etat Breckinridge Long.
En mars 1943, Long déclara au nom du gouvernement que 547,775 réfugiés étaient entrés aux Etats-Unis depuis 1933.[11] Huit mois plus tard, le 26 novembre Long témoigna devant un comité d'enquête de la Chambre des Représentants, le Comité des Affaires Etrangères :
Les Etats-Unis ont admis environ 580,000 victimes des persécutions du régime d'Hitler depuis son arrivée au pouvoir il y a dix ans. […] la majorité des réfugiés admis sont juifs…[12]
Il est difficile de savoir ce qu'il entendait par le terme "majorité." S'il voulait dire au moins 70%, 406,000 des 580,000 victimes de persécutions accueillies par les Etats-Unis devaient être formées de juifs. Malheureusement, les statistiques officielles de l'immigration ne mentionnent que 163,583 immigrants juifs entre 1933 et 1943, soit 240,000 de moins.[13] L'explication concernant cet écart est très simple.
Premièrement, le statisticien juif Arthur Rupin mentionnait que les statistiques américaines d'immigration relatives aux juifs ne signifiaient pas grand chose; la raison est qu'elles n'incluent pas ces immigrants juifs dont la culture et la langue maternelle sont identiques à celles des habitants de leur pays d'origine. Les immigrants juifs en provenance d'Allemagne par exemple, ne furent pas enregistrés comme "Hébreux" mais comme Allemands alors que les juifs de Galicie (Pologne) furent enregistrés comme juifs vu leur accoutrement et leur langue d'usage.[14]
Deuxièmement, Long déclara au comité d'enquête que les Etats-Unis permirent aux juifs d'entrer sur le territoire américain avant et pendant la guerre sur présentation d'un simple visa de visiteur. C'est une autre raison importante qui explique pourquoi les statistiques de l'immigration américaine donnent 165,583 immigrants juifs entre 1933 et 1943 plutôt que 400,000.[15]
Pour déterminer le nombre réel d'immigrants juifs avant et après 1937 on peut diviser cette estimation de 406,000 immigrants juifs en se basant sur les immigrants juifs enregistrés entre 1933 et 1943 :
Immigrants juifs aux Etats-Unis: 1933-1943
|
Période |
Enregistrés |
Calculés |
|
| ||
|
1933-1937 |
27.374 |
67.000 |
|
1938-1943 |
138.209 |
339.000 |
|
| ||
|
1933-1943 |
165.583 |
406.000 |
|
| ||
En additionnant les 339,000 immigrants juifs de 1938 à 1943 tels que calculés aux 4,771,000 juifs de 1937, on obtient un total de 5.11 millions, soit 89,000 de moins que le chiffre mentionné par le Dr. Wischnitzer pour l'année 1943. Cette différence équivaut à un taux d'accroissement naturel de 0.3% par an, ce qui est peut-être un peu bas, mais tout de même possible pour une population urbaine dont le taux de natalité fut affecté par les conditions économiques de la grande dépression (1937-1940) ainsi que le service militaire d'un grand nombre d'hommes (1941-1943).
Cependant, selon le Year Book la population juive n'a atteint le chiffre de 5,197,000 qu'en 1957; ce nombre est encore inférieur à celui donné par le Dr Wischnitzer, un homme qui était en excellante position pour évaluer l'importance de l'immigration juive. Mais des centaines de milliers de juifs sont aussi entrés aux Etats-Unis après 1943. On doit prendre en compte que le baby boom d'après-guerre se manifesta aussi au sein de la population juive quoique pendant une période de temps beaucoup plus brève. Le chiffre donné par le Year Book pour l'année 1946 est donc totalement faux.
En 1970, le Conseil des Fédérations Juives et Aides Financières patronna une vaste étude sur la population juive, le National Jewish Population Study (NJPS). Cette étude n'avait pas pour but de faire le décompte de tous américains d'origine juive mais uniquement ceux qui maintenaient un lien quelconque avec des organisations juives.[16] Les juifs ayant rompu tout lien avec leur héritage culturel ou religieux, ceux qui ne maintenaient aucun contact spécifique avec une association culturelle ou religieuse ne furent pas comptés. Nous devrions donc obtenir certaines réponses quant à l'immigration juive, le taux d'accroissement naturel de cette population ou son taux d'assimilation à l'aide de cette étude.
Le NJPS trouvait 5,731,685 personnes dans les ménages juifs, eux-mêmes définis comme des ménages ou au moins une personne était juive. Parmi ceux-ci 5,370,000 étaient classifiés comme juifs. Si ce chiffre avait inclus tous les juifs américains, leur accroissement pendant 27 ans n'aurait été que de 171,000 ! Une analyse de la structure des groupes d'âge (Table 12) montre que cette croissance minime est totalement impossible.
|
Table 12: Structure d'âge des juifs américains: 1970 | |||
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Année de naissance |
Age |
Part en % |
Part annuelle (%) |
|
| |||
|
1966-1970 |
0- 4 |
5,7 |
1,14 |
|
1961-1965 |
5- 9 |
6,7 |
1,34 |
|
1956-1960 |
10-14 |
10,1 |
2,02 |
|
1951-1955 |
15-19 |
9,4 |
1,88 |
|
1946-1950 |
20-24 |
8,7 |
1,74 |
|
1941-1945 |
25-29 |
5,7 |
1,14 |
|
1936-1940 |
30-34 |
4,7 |
0,94 |
|
1931-1935 |
35-39 |
5,8 |
1,16 |
|
1926-1930 |
40-44 |
6,0 |
1,20 |
|
1921-1925 |
45-49 |
7,1 |
1,42 |
|
1916-1920 |
50-54 |
6,7 |
1,34 |
|
1911-1915 |
55-59 |
6,4 |
1,28 |
|
1906-1910 |
60-64 |
5,0 |
1,00 |
|
1901-1905 |
65-69 |
4,3 |
0,86 |
|
1896-1900 |
70-74 |
3,2 |
0,64 |
|
1891-1895 |
75-79 |
2,1 |
0,42 |
|
1890 et avant |
80 et plus |
1,5 |
|
|
Inconnu |
0,9 |
||
|
| |||
|
100,0 |
|||
|
Source: AJYB, 1973, Vol. 74, P. 271. | |||
Il est évident que l'incidence des naissances ne fut pas tellement important entre 1941 et 1945 mais qu'entre 1946 et 1960 elle fut considérable. Après on observe une chute rapide. Cette table indique un taux de croissance moyen de peut-être 0.8% par an entre 1946 et 1960. Durant la décennie suivante le nombre de naissances tombe en flèche. On peut assumer que le taux d'accroissement naturel est tombé à 0.2% par an en moyenne.[17] En tenant compte de ces taux de croissance, la population juive aurait passé le cap des six millions en 1970 même sans l'immigration massive d'après-guerre.
L'impossibilité attachée à ce chiffre de 5.37 millions de juifs en 1970 est illustrée par d'autres informations rendues disponibles par le NJPS. L'étude note que 8.6% des chefs de ménages âgés de 20 à 24 ans, soit ceux né entre 1946 et 1950, sont nés à l'étranger.[18] Il n'y a pas de raison de penser que les chefs de ménage montraient des caractéristiques différentes du reste de la population juive. Nous pouvons donc appliquer ce taux à la population juive en entier.
Bien qu'il n'existe pas d'informations concernant le pourcentage d'enfants nés à l'étranger parmi les immigrants juifs arrivés aux Etats-Unis pendant la période 1946-1950, les statistiques d'immigration de l'état d'Israël fournissent une bonne indication concernant ce pourcentage.
Au 31 décembre 1954 37,279 juifs d'Israël étaient nés à l'étranger entre 1945 et 1949 (groupe d'âge 5-9 ans).[20] De 1945 au 15 mai 1948 un total de 73,282 juifs sont entrés en Israël, et 90% de ceux-ci ou environ 67,000 provenaient d'Europe.[21] Entre le 15 mai 1948 et le 31 décembre 1954, 346,000 autres sont arrivés d'Europe.[22] Le nombre total d'immigrants en provenance d'Europe peut donc avoir atteint 413,000 entre 1945 et 1954, et les neuf dixièmes d'entre eux sont venus entre 1945 et 1950. Un nombre peu élevé a par la suite réémigré vers les Etats-Unis, l'Australie, etc.. De tous les juifs qui sont entrés en Israël entre le 15 mai 1948 et la fin de 1955, 7% sont supposés avoir quitté le pays parce que déçus de leur expérience.[23] La part d'immigrants d'Europe, d'Afrique du Nord et du Moyen Orient pour ce dernier groupe est inconnue. En appliquant ce taux aux 413,000 juifs d'Europe qui se sont installés en Israël entre 1945 et 1954, on peut supposer qu'entre 1945 et 1954 il y a eu 384,000 immigrants d'Europe (93% de 413,000).
Evidement le groupe des personnes nées entre 1945 et 1954 ne compte que pour 9.7% (37,279 de 384,000) des juifs d'Europe qui ont immigré en Israël entre 1945 et 1954. Il n'y a pas de raison de penser que les immigrants juifs s'installant aux Etats-Unis montraient des caractéristiques radicalement différentes puisqu'ils provenaient d'Europe eux aussi. Les implications pour les juifs américains sont donc les suivantes:
En utilisant la structure des groupes d'âge telle que donnée par le NJPS et le taux d'accroissement naturel qui peut être déduit de celle-ci, l'accroissement naturel total doit être de 700,000 entre 1946 et 1970. En déduisant cet excès de naissances et l'immigration de ces 5.37 millions (1970) on devrait obtenir le chiffre de la population juive aux Etats-Unis à la fin de la guerre. Nous constatons sans surprise que le chiffre de 4.27 millions ainsi obtenu est inférieur d'environ 500,000 à l'estimation semi-officielle de 1937!
La conclusion qu'on doit en tirer n'est pas que les données rassemblées par ce NJPS sont falsifiées. Elles sont probablement correctes. Le problème est que cette étude ne s'intéressait qu'aux juifs qui étaient encore en contact culturel avec leur communauté d'origine. Les juifs assimilés n'y figurent pas. En fait, cette étude nous donne de bonnes indications quant au taux d'assimilation des juifs pendant les décennies précédentes.
Mais quelle pouvait être la taille de la population américaine d'origine juive en 1970 ? Tout en publiant les chiffres donnés par les sionistes en 1957, le World Almanac and Book of Facts considérait quand même ceux-ci comme irréalistes. Ainsi, le Almanac donne le chiffre sioniste "officiel " de 5.2 millions mais ajoute qu' "une étude indépendante place leur pourcentage [des juifs] au sein de la population à 3.69% et le nombre possible de juifs aux Etats-Unis est de 6,290,000. "[24]
En partant de ces 6.29 millions (1957) et en effectuant une projection à l'aide des taux de croissance de la Table 12, on obtient 6.6 millions pour 1970. Ce chiffre comprend aussi les juifs assimilés. A moins que ces derniers montrent des caractéristiques différentes, ce qui est peu probable, 8.7% d'entre eux sont aussi nés entre 1946 et 1950 et 8.6% de ceux obtenus par le calcul de cette fraction sont nés à l'étranger. La relation de ce groupe d'âge par rapport à tous les juifs ayant immigré après la guerre doit aussi être de un pour dix. Le développement obtenu ressemble à ceci:
|
Population juive aux Etats-Unis - 1970 |
6.600.000 | |
|
déduction: |
||
|
- Accroissement naturel 1946-1970[25] |
865.000 |
|
|
- Immigration d'après-guerre jusqu'en 1970[26] |
490.000 |
|
|
Changements démographiques totaux après la guerre |
1.355.000 | |
|
| ||
|
Population juive aux Etats-unis - 1945 |
5.245.000 |
|
|
| ||
Ce chiffre calculé pour 1945 est tout juste un peu au-dessus de celui donné par le Dr Wischnitzer concernant la population juive des Etats-Unis en 1943. Si l'on déduit le chiffre semi-officiel de 4.77 millions de 1937, il devient clair que le témoignage de Long concernant l'immigration de centaines de milliers de juifs jusqu'à 1943 nous donne la différence.
La composition de la population juive aux Etats-Unis par groupes d'âge et par origine – telle que publiée par le NJPS – nous amène aux conclusions suivantes :
Au même moment, le NJPS admet indirectement que 1.25 millions de juifs, ou un juif sur cinq, ont renoncé à leur identité culturelle et ethnique :
|
Population juive en 1970 |
6.600.000 |
|
Juifs trouvés par le NJPS |
5.370.000 |
|
| |
|
Juifs assimilés 1970 |
1.230.000 |
|
| |
Un taux d'assimilation aussi élevé ne doit pas surprendre. Aujourd'hui, plus de 40% des juifs américains marient des personnes d'une autre religion, quatre fois plus qu'il y a à peine quelques décennies. Seul le tiers des gens formant ces couples élèvent leurs enfants selon la tradition juive. Dans une étude sur "Les Mariages Mixtes et le Futur des Juifs" l'American Jewish Committee se plaint que la population juive des Etats-Unis sera de moins de un million dans cinquante ans si la tendance se poursuit.[27]
Israël
Le recensement de 1931 comptait 174,610 juifs en Palestine. En 1944 leur nombre s'était accru à 553,600[28] et à 649,600[29] le 15 mai 1948. Officiellement le nombre d'immigrants juifs s'élevait à 292,779 entre 1932 et 1944 et à 73,282 entre 1945 et le 15 mai 1948.[30] La plupart des immigrants sont venus d'Europe pendant cette période. Ces statistiques ne sont pas aussi fiables qu'elles peuvent paraître. Elles donnent des chiffres bruts et il n'y a aucune donnée sur l'émigration. On peut se demander jusqu'à quel point les autorités britanniques ont pu obtenir des statistiques fiables étant donné le nombre considérable d'immigrants illégaux. Il est possible que l'émigration et l'immigration illégale se soient annulées mutuellement. Mais il semble que la différence qui reste, une différence donnant un taux d'accroissement naturel de 2% par an, est trop grande, même pour une population juive relativement jeune à cette époque.
Entre le 15 mai 1948 et le 31 décembre 1970, 1.4 millions de juifs supplémentaires se sont installés dans le pays. Ils provenaient d'Europe, d'Afrique et du Moyen-Orient.[31] Les chiffres de l'immigration de la Table 13 ne doivent pas être pris à l'état brut. De toute évidence les statistiques de l'immigration sont données par pays d'origine. Mais il y a de bonnes raisons de mettre en doute leur valeur comme l'exemple qui suit le démontre.
|
Table 13: Immigration juive en Israel: 1948-1970 | |||
|
Pays d'origine |
15.5.48-1970 |
1952-1970 |
15.5.48-1951 |
|
| |||
|
Bulgarie |
48.642 |
11.411 |
37.231 |
|
Hongrie |
24.255 |
10.624 |
13.631 |
|
Yougoslavie |
8.063 |
468 |
7.595 |
|
Pologne |
156.011 |
52.279 |
103.732 |
|
Tchecoslovaquie |
20.572 |
2.355 |
18.217 |
|
Roumanie |
229.779 |
110.839 |
118.940 |
|
Autres |
4 |
4 |
|
|
| |||
|
Europe de l'Est (sauf l'URSS) |
487.326 |
187.980 |
299.346 |
|
Angleterre |
14.006 |
11.863 |
2.143 |
|
Grèce |
2.722 |
717 |
2.005 |
|
France |
26.295 |
22.287 |
4.008 |
|
Allemagne |
11.552 |
2.696 |
8.856 |
|
Autriche |
4.120 |
1.126 |
2.994 |
|
Autres |
16.342 |
11.343 |
4.999 |
|
| |||
|
Europe de l'Ouest |
75.037 |
50.032 |
25.005 |
|
Union Soviétique |
21.391 |
16.693 |
4.698 |
|
Canada |
4.004 |
3.771 |
233 |
|
Etats-Unis |
34.288 |
32.379 |
1.909 |
|
Argentine |
19.964 |
18.830 |
1.134 |
|
Brésil |
5.590 |
5.148 |
442 |
|
Chili |
2.782 |
2.782 |
- |
|
Uruguay |
2.743 |
2.743 |
|
|
Autres |
6.001 |
5.131 |
870 |
|
| |||
|
Amerique |
75.372 |
70.784 |
4.588 |
|
Irak |
124.647 |
3.135 |
121.512 |
|
Iran |
60.581 |
35.777 |
24.804 |
|
Yemen |
46.447 |
1.248 |
45.199 |
|
Autres |
3.912 |
757 |
3.155 |
|
Turquie |
53.288 |
19.075 |
34.213 |
|
Autres |
33.871 |
25.531 |
8.340 |
|
| |||
|
Asie |
322.746 |
85.523 |
237.223 |
|
Algérie |
13.119 |
11.596 |
1.523 |
|
Tunisie |
46.255 |
33.116 |
13.139 |
|
Libye |
34.265 |
3.783 |
30.482 |
|
Maroc |
252.642 |
221.892 |
30.750 |
|
Egypte |
37.867 |
21.359 |
16.508 |
|
Afrique du Sud |
6.845 |
6.261 |
584 |
|
Autres |
1.450 |
1.259 |
191 |
|
| |||
|
Afrique |
392.443 |
299.266 |
93.177 |
|
Autres pays |
24.797 |
4.633 |
20.164 |
|
| |||
|
Total |
1.399.112 |
714.911 |
684.201 |
|
Source: Encyclopaedia Judaica, Vol. 9, p. 535 et 541. | |||
On peut montrer que sur les 60,581 juifs en provenance de Perse, il n'y avait que peu de juifs perses; presque tous ces juifs devaient donc provenir de l'Europe de l'Est ou des Balkans. Toute autre explication est impossible; avant la guerre, la population juive d'Iran se chiffrait à 40,000.[32] En 1970, 60,581 juifs avaient quitté la Perse pour Israël et malgré tout, en 1971, il y avait encore 80,000 juifs en Perse.[33] Un accroissement naturel de cette ampleur est impensable, ce qui ne laisse qu'une seule conclusion : Beaucoup ont dû entrer en Perse entre 1939 et la fin de la guerre en provenance de l'Europe. L'Union Soviétique, la Grande Bretagne et les Etats-Unis ont violé la neutralité proclamée de l'Iran et occupé par la force ce pays durant la deuxième guerre mondiale. La Perse était impuissante à endiguer le flot des juifs qui fuyaient la sphère d'influence allemande et aucun autre pays ne voulait les accueillir. En théorie, deux routes s'offraient aux juifs désirant atteindre l'Iran : Une à travers le territoire soviétique que plusieurs juifs roumains et polonais ont pu utiliser - en autant que l'URSS le permette -, la deuxième par le biais de la Roumanie, puis la Bulgarie puis la Turquie neutre et finalement la Perse occupée par les Anglo-Saxons. Maintenant, si Israël a reçu 60,000 juifs non iraniens en provenance de Perse il est normal de supposer que des dizaines de milliers ont aussi émigré vers d'autres continents, l'Amérique surtout. Le chiffre exact n'a pas une importance primordiale, bien qu'il serait préférable de l'avoir puisque si l'Iran a accepté autant de juifs réfugiés en provenance d'Europe de l'Est durant la guerre, le pont formé par les Balkans et la Turquie doit avoir été utilisé par plus de cent mille réfugiés juifs. On doit garder à l'esprit que l'immigration officielle en Palestine entre 1940 et 1944 se chiffre à 45,066[34] et à ce chiffre on doit ajouter les milliers d'immigrants illégaux. Pratiquement tous ces immigrants provenaient de l'Europe de l'Est et des Balkans.
Le recensement de 1936 donne 161,312 juifs au Maroc français.[35] Le taux de fertilité élevé de ces juifs était contrebalancé par un taux de mortalité infantile élevé ce qui fait que le taux d'accroissement naturel de ces juifs n'était guère différent de celui des autres pays d'Orient. Au début des années 1930, l'excès des naissances de ces juifs orientaux se chiffrait à 5,000 selon l'Universal.[36] En projetant sur la population juive totale en Afrique (peut-être 550,000) on obtient un taux de croissance annuel net de 0.9% par an. Pour la période 1939-1945 le Year Book suggère un accroissement de la population juive d'Afrique (en excluant l'Afrique du Sud et la Rhodésie) de 27,000 ou 4,500 annuellement. Ceci correspondrait aussi à un taux de croissance annuel de 0.9% pour cette population d'environ 500,000.[37] En prenant un taux d'accroissement de 1% par an pour les juifs du Maroc leur population se serait chiffrée à 200,000 au début des années cinquante lorsque la plupart des juifs ont quitté le pays. Environ 50,000 juifs marocains (1971 :48,000)[38] ont cependant préféré rester.
En d'autres mots le nombre de juifs en provenance du Maroc qui peuvent avoir émigré en Israël est de 150,000, en autant que tous ces juifs se soient dirigés vers ce pays. Les statistiques israéliennes sur l'immigration donnent cependant 250,000 immigrants en provenance du Maroc. La seule explication est que ce pays, qui était un protectorat français durant la guerre, fut un pays de transit pour des juifs fuyant l'Europe dévastée. Les juifs d'Europe de l'Ouest avaient sûrement peu de raisons de se diriger vers les camps de personnes déplacées au Maroc et ce surplus de 100,000 juifs marocains doit donc provenir en grande partie d'Europe de l'Est. Il se peut aussi que certains juifs de l'Ouest revenant des camps allemands aient préféré cette option s'ils ne pouvaient se faire à leur nouvelle vie dans leur pays natal.[39]
On peut observer un développement similaire en Tunisie. Le recensement de 1936 trouvait 59,485 juifs,[40] mais en 1950 105,000 s'y trouvaient[41] et 13,000 avaient quitté le pays pour Israël entre temps (Table 13). Même en concédant un taux de croissance annuelle de 1%, comme pour le cas des juifs marocains, la population juive de Tunisie n'aurait pas pu croître à plus de 73,000 au milieu des années 1950 lorsque la majorité des juifs a quitté le pays. De toute évidence la Tunisie comptait aussi un "surplus" de juifs se chiffrant à 45,000 (105,000 plus 13,000 moins 73,000). 10,000 vivaient encore en Tunisie en 1971, environ 46,000 avaient émigré en Israël et les 60,000 autres s'étaient installés en France surtout.
Il n'y a pas de doute que d'autres pays du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord ont aussi servi de refuge aux réfugiés juifs qui se sont ensuite installés en Israël après le 15 mai 1948. Ces juifs n'apparaissent pas comme des juifs européens dans les statistiques d'Israël.
Tous les pays d'Europe de l'Ouest furent touchés par le drame des juifs. Mais ce sont les juifs déportés, privés de leurs avoirs et cherchant à refaire leur vie qui constituèrent le gros des immigrants en Israël. Il est presque certain que les 75,037 juifs qui provinrent d'Europe de l'Ouest étaient soit des juifs ayant des origines à l'Est ou encore des juifs revenant des camps. Aucune raison ne pouvait pousser un juif de l'Ouest n'ayant jamais été déporté à refaire sa vie en Israël.
Le fait que 75,372 immigrants provenaient d'Amérique est aussi intrigant. Une population résidant dans un pays riche n'émigre pas facilement. Tous les pays du continent américain furent des destinations pour les juifs avant, pendant et après la guerre. Il est probable que ces immigrants provenaient eux aussi d'Europe de l'Est. Mais il n'y a pas de preuve directe de ceci.
Le tableau suivant représente le nombre minimal de juifs d'Europe qui se sont installés en Israël après le 15 mai 1948 :
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Juifs d'Europe de l'Est de Tunisie |
45.000[42] |
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Juifs d'Europe de l'Est d'Iran |
60.581 |
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Juifs d'Europe de l'Est du Maroc |
100.000 |
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Juifs de l'Est provenant d'Europe de l'Ouest |
75.037 |
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Juifs d'Europe de l'Est(sauf l'URSS) |
487.326 |
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Immigration de juifs d'Europe 1948-1970 |
767.944 |
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Ce ne sont pas tous les immigrants (1.4 millions) arrivés entre 1948 et 1970 qui sont demeurés en Israël. Pour la même période, le Statistical Abstract of Israel 1971 donne un flux migratoire net de 1,155,100.[43] Ceci veut dire que 244,000 immigrants ou un sur six sont repartis. On ne sait pas combien parmi ceux-ci étaient d'origine européenne. Cependant comme les juifs d'Europe étaient beaucoup plus instruits que les juifs du Moyen Orient ou d'Afrique et qu'ils possédaient des liens familiaux avec des juifs vivants dans les pays de l'Ouest, il est probable que la majorité des émigrants, disons 75%, furent d'origine européenne. Ceci donne 183,000 sur 244,000. Par conséquent le nombre d'immigrants juifs d'Europe qui se sont installés définitivement en Israël entre 1948 et 1970 doit s'élever à 585,000 (768,000 moins 183,000).
Amérique Latine et Pays Anglo-Saxons
Les autres pays où les juifs émigrèrent sont énumérés plus bas.[44]
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Population juive | |||
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Avant-guerre |
1943 |
Après-guerre | |
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Argentine |
260.000 ('35) |
350.000 |
500.000 ('70) |
|
Brésil |
40.000 ('33) |
110.750 |
150.000 ('70) |
|
Chili |
3.697 ('30) |
25.000 |
40.000 ('50) |
|
Colombie |
2.045 ('35) |
5.800 |
10.000 ('70) |
|
Mexique |
20.000 ('35) |
20.000 |
35.000 ('70) |
|
Perou |
1.500 ('35) |
2.150 |
5.300 ('70) |
|
Uruguay |
12.000 ('30) |
37.000 |
50.000 ('70) |
|
Venezuela |
882 ('26) |
1.600 |
12.000 ('70) |
|
| |||
|
Amérique Latine |
340.124 |
552.300 |
802.300 |
|
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|
Canada |
155.614 ('31) |
170.241 ('41) |
296.945 ('71) |
|
Australie |
23.553 ('33) |
32.500 |
72.000 ('70) |
|
Afrique du Sud |
90.662 ('36) |
99.000 |
119.900 ('70) |
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Angleterre[45] |
300.000 ('31) |
365.000 |
450.000 ('50) |
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pays anglo-saxons |
569.829 |
666.741 |
938.845 |
|
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Total |
909.953 |
1.219.041 |
1.741.145 |
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Jusqu'en 1943 la population juive d'Amérique du Sud a connu un fort accroissement, passant de 340,000 à 552,000. De ce nombre seuls 30,000 sont attribuables à l'accroissement naturel et les 180,000 restants doivent provenir de l'immigration. Après la guerre, la population juive s'est accrue à plus de 800,000 – soit 250,000 de plus. Puisque les juifs d'Amérique du Sud vivent pour la plupart en zones urbaines, particulièrement en Argentine et au Brésil, il est peu probable que l'excès des naissances sur les décès a dépassé ou même atteint 100,000. Ceci implique une immigration de 150,000.
Dans le cas des pays anglo-saxons (à l'exception des Etats-Unis) il y eut un accroissement de 97,000 jusqu'en 1943. Dans ces quatre pays cependant, la population juive n'était pas très fertile. Entre 1933 et 1943, les chiffres de l'immigration sont les suivants :[46]
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Canada |
8.000 |
|
Australie |
9.000 |
|
Afrique du Sud |
8.000 |
|
Angleterre |
65.000 |
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|
Total |
90.000 |
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En d'autres mots, l'accroissement naturel ne peut avoir excédé 7,000. Mais après la guerre, la population juive s'est accrue de 272,000. A cause du taux de natalité relativement bas le nombre approximatif d'immigrants était donc d'environ un quart de million.
France
Parmi les pays qui ont accueilli des immigrants juifs la France est un cas spécial. C'est le seul pays occupé par l'Allemagne pendant la guerre qui a connu une immigration juive importante après la guerre, non seulement d'Europe de l'Est mais aussi d'Afrique. Comme nous l'avons mentionné au chapitre 6, seuls 238,000 juifs sont supposés avoir survécu à la guerre en France. En 1970, le nombre de juifs en France s'établissait à 550,000.[47] Jusqu'à 60,000 juifs tunisiens sont entrés dans ce pays dans les années cinquante et en 1962/193 la plupart des 130,000 juifs algériens ont choisi de s'installer en France. Seuls 13,000 ont quitté pour Israël et 1,500 sont restés en Algérie après l'indéepndance.[48] Même sans accroissement naturel, la population juive de France se serait chiffrée à 400,000 en 1970. Mais quel que soit le taux d'accroissement naturel qu'ils aient connu, il n'aurait pu faire grimper la population à 550,000.
Malheureusement ce chiffre de 550,000 tel que donné par le Year Book est trop bas ! Au milieu des années 1970, un comité d'enquête officiel découvrit que la population juive de France se chiffrait à 700,000. Le International Herald Tribune commentait : " .. les données d'un recensement montrent qu'il y a 700,000 juifs en France, soit 150,000 de plus que ce que l'on croyait. "[49] Il est vrai que la population juive d'Afrique du Nord était très fertile, mais la population juive d'Europe elle montrait l'un des taux de fertilité les plus bas de ce continent. On peut estimer que cette population juive mélangée ne dépassait pas les 670,000 en 1970 – sept ans avant le décompte officiel -. De ceux-ci seuls 185,000 étaient originaires d'Afrique du Nord (voir la référence de la Table 15). Par conséquent le nombre de juifs d'Europe en France était d'environ 485,000 en 1970. En comparant avec les 238,000 juifs d'origine pour l'année 1945 et le taux de croissance très faible de ces juifs il y a dû y avoir 230,000 immigrants juifs en provenance d'Europe de l'Est après la guerre.
Pour l'immigration d'avant guerre en France, certaines "estimations" existent. Mais le chiffre de 90,000 (chapitre 6) comprenait aussi les juifs ayant fui la Belgique et la Hollande.
Les "Manquants"
Pour résumer nous pouvons dire qu'entre 1945 et 1970 1,778,000 juifs ont trouvé refuge dans les principaux pays d'immigration. Ce chiffre est environ une fois et demi plus grand que le chiffre (1.1 millions) concernant les juifs qui ont pu s'installer dans ces pays durant les années 1930 (Table 14). Lorsque nous analysons l'émigration des pays occupés par l'Allemagne pendant la guerre, nous devons cependant traiter à par la France puisque ce pays, même s'il était une destination importante pour les juifs avant et après la guerre, fut occupé par l'Allemagne. Donc, l'immigration vers les pays qui n'ont jamais été dans la sphère d'influence allemande se chiffrait à 1,548,000 en 1970. Les seuls pays susceptibles d'avoir fourni ces immigrants sont les pays d'Europe (en excluant l'URSS dans ses frontières d'aujourd'hui) qui ont été occupés par l'Allemagne.
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Table 14: Immigration juive d'Europe vers les principaux pays avant et après la guerre | ||
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Avant la guerre |
Après la guerre | |
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Palestine |
293.000 ('32-'44) |
73.000('45-'48) |
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Israel |
585.000('48-'70) | |
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Etats-Unis |
406.000 ('33-'43) |
490.000 |
|
Amérique Latine |
180.000 (30er J.) |
150.000 |
|
Canada, Australie, Angleterre, Afrique du Sud |
90.000 (30er J.) |
250.000 |
|
France |
90.000 (30er J.) |
230.000 |
|
| ||
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Principaux pays d'immigration |
1.059.000 |
1.778.000 |
|
déduction: |
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|
France |
90.000 |
230.000 |
|
| ||
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Principaux pays d'immigration en dehors de la sphère d'influence allemande pendant la deuxième guerre mondiale |
969.000 |
1.548.000 |
|
Source: Chapitre 7 | ||
En 1970, 860,000 juifs vivaient en Europe (Table 15) dans ces mêmes pays. Si l'on ajoute ces juifs aux 1,548,000 juifs qui ont quitté ces pays après la guerre (à l'exception de la France), on obtient le nombre minimal de juifs qui devaient vivre dans les pays anciennement occupés par l'Allemagne (à l'exclusion de l'URSS et des pays baltes). Le chiffre de 2,408,000 est probablement même trop bas puisque ces juifs ont été sujets à l'assimilation et que leur taux de natalité était faible.
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Table 15: Population juive d'origine européenne en 1970 dans les anciens pays occupés par l'Allemagne [50] | ||
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Bulgarie |
7.000 |
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Yougoslavie |
7.000 |
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Pologne |
9.000 |
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Roumanie |
100.000 |
|
|
Tchécoslovaquie |
14.000 |
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|
Hongrie |
80.000 |
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Pays communistes à l'exception de l'URSS |
217.000 | |
|
Belgique |
40.500 |
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|
Danemark |
6.000 |
|
|
Grèce |
6.500 |
|
|
Italie |
35.000 |
|
|
Luxembourg |
1.000 |
|
|
Pays-Bas |
30.000 |
|
|
Norvège |
750 |
|
|
Autriche |
8.000 |
|
|
Allemagne |
30.000 |
|
|
France* |
485.000 |
|
|
| ||
|
Pays de l'Ouest, approx. |
643.000 | |
|
| ||
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Total approximatif |
860.000 | |
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* En 1977, 700,000 juifs furent trouvés en France.[44]. La population juive native était stagnante, mais les immigrants juifs d'Europe de l'Est (plus jeunes) peuvent avoir connu une certaine croissance. Un excès des naissances sur les décès substanciel était enregistré par les 170,000 immigrants juifs d'Afrique du Nord arrivés dans les années 1960. En appliquant un taux de croissance d'au plus 0.%, on obtient qu'il y avait au plus 670,000 juifs en France en 1970. Il est possible que les juifs d'Afrique du Nord aient eu un excès des naissances de 15,000. Si c'est le cas, 485,000 juifs d'origine européenne vivaient en France en 1970. | ||
Cependant, des organisations sionistes importantes comme l'American Jewish Committee placent le nombre de juifs dans ces pays d'Europe en 1946/47 à seulement 1.41 millions; donc, le million de juifs manquants (2,408,000 moins 1,400,000) doit avoir quitté l'Europe entre 1945 et 1946 ou bien non – en rejetant la possibilité que leur chiffre soit inspiré politiquement – le dénombrement de 1946/47 était incomplet.
Le fait est qu'il est plus qu'improbable que seuls 1.41 millions de "survivants" (1946/47) se trouvaient en Europe au lendemain de la guerre puisque seuls 500,000 juifs (1,410,000 moins 860,000) des pays anciennement occupés par l'Allemagne auraient pu entrer dans les principaux pays d'immigration entre ce moment et 1970. Mais Israël à lui seul a reçu plus de 500,000 immigrants d'Europe après 1948.
Insister sur ce chiffre de 1.41 millions c'est nier le flot énorme de l'émigration juive vers les pays de l'Ouest après la deuxième guerre. C'est, bien sûr, un non-sens. Répartir par pays les juifs survivants mais non comptés comme vivants dans les statistiques est impossible aujourd'hui. Pendant les années qui ont suivi la guerre, les réfugiés juifs ont quitté l'Europe de l'Est graduellement. Ils ont souvent transité par plusieurs camps de personnes déplacées et il leur a fallu souvent des années avant d'atteindre leur destination finale. Des centaines de milliers se déplaçaient d'un pays à l'autre et n'étaient donc pas présents dans les statistiques individuelles de chaque pays. Le Year Book a certainement publié des chiffres concernant le nombre de réfugiés juifs en 1947 dans le cas de l'Italie, l'Allemagne et l'Autriche, mais pas pour les autres pays. Par exemple, on ne peut détecter Chypre, où les Britanniques retenaient des dizaines de milliers de juifs désireux de s'installer en Palestine, ou encore le Maroc et la Tunisie.
En prouvant qu'une immigration à grande échelle s'est produite dans plusieurs pays de l'Ouest,
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nous avons pu démontrer que |
1.548.000 |
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juifs ont quitté l'Europe entre la fin de la guerre et 1970 (Table 14). En 1970 ces pays d'Europe comptaient encore |
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juifs européens (Table 15). Par conséquent le nombre de juifs qui ont survécu doit être au moins de |
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Selon les sources sionistes ou pro-sionistes cependant,le nombre de juifs surivants n'est que de (Table 11) |
1.443.000 |
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Ceci veut dire que la différence donne les survivants additionels et/ou les émigrants en provenance d'Europe. Leur nombre est de |
|
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Donc, bien que le nombre réel de survivants dans l'ancienne Europe occupée (excl. l'URSS) soit de presque 2.5 millions, la somme des juifs manquants est beaucoup moins importante. |
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En se basant sur les statistiques sionistes on arrive (Table 11) à |
1.269.000 |
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juifs manquants En déduisant les |
965.000 |
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survivants additionels, le nombre de juifs réellement manquants est de |
304.000 |
Il est difficile de juger jusqu'à quel point ces 304,000 personnes représentent des personnes disparues. On sait que la population juive des pays occupés par l'Allemagne souffrait d'un taux de natalité très bas; l'excès de décès (causes naturelles) sur les naissances n'a pas été pris en compte totalement puisqu'il manquait certaines informations. De plus, nous avons considéré l'immigration dans 14 pays qui ont reçu le gros des juifs ayant quitté l'Europe. Une étude approfondie de quelques-uns uns des autres pays potentiellement attrayants pourrait sans doute trouver quelques autres émigrants.
Il est donc clair que le chiffre de 1.3 millions de juifs "manquants" qu'on pourrait déduire à partir des sources sionistes pour les pays anciennement occupés par l'Allemagne (à l'exception de l'URSS) ne reflète pas la réalité. Le large flot d'immigrants en provenance d'Europe de l'Est – décrit par le général Morgan et même certaines sources sionistes – doit avoir excéder 1.5 millions pour la période 1945-1970. Ce flot inclut aussi la majorité des déportés et les juifs polonais sous contrôle allemand.
Une Fuite Organisée
Il a été mentionné plus tôt que plusieurs juifs ont réussi à s'échapper de la sphère d'influence allemande pendant la guerre. Ils font eux aussi partie des 965,000 survivants qui ne sont pas comptés dans les statistiques sionistes. Le nombre exact de juifs qui ont pu fuir l'Europe après le déclenchement de la guerre et avant la fin de celle-ci n'est pas connu. Il doit se chiffrer à plusieurs centaines de milliers.
L'Institute of Jewish Affairs rapporte que 180,000 juifs ont quitté les pays contrôlés par les forces de l'Axe entre le début de la guerre et 1943, mais le pays d'origine de ceux-ci et la route qu'ils ont empruntée demeure un mystère.[51]
Des indications cachées peuvent être trouvées ici et elles pointent vers la Turquie comme pays de transit important pour les juifs tentant d'atteindre les pays neutres ou aillés par la mer via le port de Constanza (Roumanie) ou par trains à travers la Bulgarie. Les stations qui ont reçu temporairement ces réfugiés sont encore plus mystérieuses. Le Year Book, par exemple, donne des chiffres pour les juifs présents dans les camps de personnes déplacées en Allemagne, en Autriche et en Italie après la guerre, mais aucun n'est donné pour Chypre, la Perse ou le Maroc où – comme nous l'avons vu dans ce chapitre – plusieurs réfugiés juifs furent admis avant et après la fin de la guerre.
Un élément qui illustre l'étendue et l'organisation de cette migration pendant les 16 derniers mois de la guerre est fourni par le U.S. War Refugee Board. Ce Bureau a été mis sur pieds par Roosevelt le 22 janvier 1944 dans le but, inter allia, d'aider le plus de juifs possibles à quitter la sphère d'influence allemande. Des représentants spéciaux de cette organisation furent stationnés dans tous les endroits "stratégiques" afin de recevoir, abriter ou transporter des réfugiés. Il y en eut en Turquie, en Suisse, en Suède, au Portugal, en Grande Bretagne, en Italie et en Afrique du Nord.[52]
Le statut diplomatique de ces représentants leur permettait de négocier avec tous les gouvernements neutres et amis au nom du gouvernement américain et même de contacter les autorités allemandes afin d'obtenir la libération de prisonniers juifs. On ne connaît pas le nombre de prisonniers juifs qui ont pu être libérés de cette façon mais les derniers échanges américano-allemands ont normalement pris place en février 1945. Les juifs relâchés furent "transportés dans des camps de l'UNRRA en Afrique du Nord en attendant qu'une relocalisation définitive ne soit faite. "[53]
Un événement qui eut beaucoup plus d'impact sur le nombre de juifs ayant réussi à fuir la sphère d'influence allemande fut la migration importante de juifs vers la Turquie et l'Italie, surtout pendant les 18 derniers mois de la guerre. Un élément qui montre l'étendu de cette fuite est le fait que le gouvernement américain eut besoin de passer un accord avec la Turquie neutre concernant ce problème. Aucun accord n'était nécessaire avec un pays souverain comme l'Italie par contre. De façon à transférer les réfugiés juifs vers la Palestine et les camps de transit au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le consentement de la Grande Bretagne et de la France, i.e. du général deGaulle était nécessaire. Le gouvernement des Etats-Unis
assure les gouvernements des pays neutres qu'il s'occupera des nécessités matérielles causées par l'arrivée des réfugiés et de leur évacuation vers un endroit sûr aussitôt que possible.[54] Des démarches ont donc été faites auprès du gouvernement turc pour qu'il admette tous les réfugiés en provenance des pays de l'Axe qui cherchent à gagner le territoire turc. Le Board a donné l'assurance au gouvernement turc qu'il s'occuperait d'héberger et nourrir ces gens et qu'il les évacuera vers un autre endroit aussitôt que possible. […] Le gouvernement turc s'est finalement montré d'accord pour accepter plus de gens, émettre des visas de transit et assurer leur transport ainsi que pour coopérer avec le gouvernement américain pour aider les victimes du nazisme.[55]
De façon à mettre en œuvre cette politique d'accueil à grande échelle les services de l'UNRRA furent utilisés. Celle-ci mit sur pied des camps au Moyen-Orient, en Italie et en Afrique du Nord afin de recevoir cette masse de gens.[56]
Les juifs avaient la possibilité de fuir des Balkans vers la Palestine via la Turquie et d'autres territoires depuis le début de la seconde guerre mondiale. La route empruntée passait par le port de Constanza (Roumanie), puis la Mer Noire vers Istanbul ou encore par le territoire bulgare. Le Bureau s'assura que ces routes déjà existantes soient améliorées et que le nombre de réfugiés qui les empruntaient soit encore plus considérable.[57]
Pour ce faire, des douaniers allemands ou des douaniers d'autres pays reçurent des pots de vin, des faux papiers d'identité furent fournis, des visas d'entrée et de sortie furent délivrés et le transport par bateaux ou par train fut assuré. "Des dizaines de milliers furent rescapés de l'oppression nazie par l'utilisation de ces moyens clandestins, " écrit le Board.[58]
[..] des réfugiés furent rassemblés, amenés clandestinement dans des petits bateaux du port de Constanza à l'insu des autorités roumaines [..] Les réfugiés furent embarqués dans des centaines de bateaux capables de transporter de 20 à 50 passagers. [..] plus tard en mars 1944, 48,000 juifs furent dirigés de la Transnitrie en direction de la Roumanie. Plusieurs d'entre eux, pour la plupart des enfants, furent transférés avec d'autres réfugiés [juifs] de Roumanie en Palestine.[59]
Une deuxième route permettait de s'échapper des Balkans. Elle partait de la Yougoslavie et traversait la mer Adriatique en direction de l'Italie. Des unités de partisans en Slovaquie, Hongrie et Yougoslavie faisaient passer en contrebande des réfugiés juifs vers la côte où des bateaux affrétés par le Board les attendaient. Ils étaient ensuite transportés vers les camps de l'UNRRA au sud de l'Italie. Environ 7,000 juifs hongrois sont supposés avoir pu s'échapper de cette façon, mais on ignore s'il s'agissait de juifs de la Grande Hongrie ou plutôt de la Hongrie dans ses frontières d'après-guerre.[60]
L'UNRRA maintenait de nombreux camps dans le sud de l'Italie pour recevoir les réfugiés en provenance de la mer Adriatique. Bientôt ceux-ci furent débordés et les juifs furent transférés vers "d'autres refuges en territoire allié."[61] On fait ici référence à d'autres camps de l'UNRRA en Afrique du Nord comme par exemple le camp Marechal Lyautey près de Casablanca ou le camp Philippeville en Algérie.[62]
Les moyens financiers nécessaires au paiement de pots-de-vin à des officiels, à l'obtention de faux papiers ainsi que de navires furent assurés et l'argent transita par des banques suisses vers des organisations juives en Hongrie et ailleurs.[63]
Il est malheureux que le Board ne donne pas le nombre total de juifs qu'il a pu aider à s'échapper de la sphère d'influence allemande. Ici et là ce Bureau mentionne des chiffres pour tel ou tel groupe de juif d'une nationalité quelconque, mais en général le Board ne parle que de groupes de quelques centaines, quelques milliers ou dizaines de milliers en provenance d'Europe. Le fait que :