AARGH

| Accueil général | Accueil Vieille Taupe |


LA VIEILLE TAUPE

Organe de critique et d'orientation postmessianique

 


Pierre GUILLAUME       Le mercredi 17 novembre 2004

 

Rectifications particulières pour servir à l’Histoire générale de l'ultra-gauche.

 

Christophe Bourseiller est l'auteur d'un pavé de 549 pages intitulé Histoire générale de l'ultra- gauche. En sous-titre : Situationnistes, conseillistes, communistes de conseils, luxemburgistes, communistes de gauche, marxistes libertaires, communistes libertaires, anarchistes-communistes, gauches communistes…(Denoël éditeur, Paris 2003).

Cette accumulation non limitative de sigles indique la peine de l'auteur à définir son objet. L'absence d'une vision théorique et historique le conduit à livrer un catalogue de faits et d'informations insuffisamment hiérarchisés, où l'anecdotique et le dérisoire se mêlent au mémorable. Le rôle et l'importance de l'Internationale Situationniste me paraissent grandement surévalués et mal compris. Le rôle de la Vieille Taupe aussi d'ailleurs, qui est citée un grand nombre de fois.

La qualité de l’information dépend parfois de la qualité des informateurs. En plusieurs occasions, l’auteur rapporte des racontars. Il reprend notamment les élucubrations de Dominique Frager sur mon départ du groupe «Pouvoir Ouvrier». Certains membres de la Vieille Taupe sont complètement omis cependant que certains qui trouvaient commode de passer à la librairie quand ils s’ennuyaient, sans jamais participer à aucune initiative, s’attribuent un rôle qu’ils n’ont jamais eu. Néanmoins j’ai appris à la lecture de ce livre beaucoup d’éléments anecdotiques que j’ignorais sur la période antérieure à mon entrée en religion (1960). Sur la période suivante, que je peux contrôler parce que je la connais bien, les erreurs sont mineures et ne semblent pas intentionnelles ou malhonnêtes.

Sauf…

Christophe oppose la première Vieille Taupe, librairie au 1 rue des Fossés St Jacques, Paris 5°, de 1965 à 1972, parée de toutes les vertus, à la deuxième, la Vieille Taupe révisionniste, qui se manifesta à partir de septembre 1978, après l’éclatement dans les médiats de l’affaire Faurisson, sous la forme d’un groupe informel puis d'une maison d'édition et enfin d'une librairie sise au 12 de la rue d'Ulm, coupable celle-ci du plus grave de tous les péchés : le «négationnisme».

Comment passe-t-on de l'une à l'autre et comment des esprits ouverts et particulièrement perspicaces aux dires de l’auteur lui-même deviennent-ils soudain obtus au point de ne pas percevoir l'évidence absolue du génocide-holocauste-shoah-extermination et vont jusqu’à refuser obstinément de conformer leur vision du monde à cette nouveauté fondatrice de la post-modernité : la Shoah ? Mystère.

Le refus de l’antifascisme, commun à toutes les diverses tendances de l’ultra-gauche, constituerait certes le terreau déplorable des positions révisionnistes. On le déduit de quelques commentaires effarouchés qui ne sont jamais explicités lorsque certaines « limites » seraient franchies. Les limites de la bienséance qui obligent à considérer que le nazisme constituerait l’atrocité des atrocités, l’abomination des abominations. Ce qui justifierait que la classe ouvrière abandonne ses luttes et revendications propres, pour se soumettre aux priorités et aux alliances qu’imposerait la lutte prioritaire contre le fascisme. Christophe est politiquement correct.

Mais il le dit. Christophe croit aux chambres à gaz et au génocide-holocauste-shoah-extermination, duquel se déduisent le statut métaphysique de la souffrance juive à nulle autre pareille et l’abomination des incroyants. Un point c’est tout. Il ne fournit aucun argument. C’est une révélation, c’est un dogme. La mort des Juifs est qualitativement différente de la mort des millions d’autres victimes

Dix-huit pages (433-451) sont consacrées à l’étude de cette transition entre les deux Vieilles Taupes, qui voit l’ultra-gauche sombrer, selon l’auteur, «dans les sables mouvants du “négationnisme”». Comme par hasard ce sont les seules pages du livre qui contiennent des erreurs graves, des fautes de raisonnement et des malhonnêtetés.

La plus manifeste est l’usage constant de l’amalgame et de la diabolisation transitive. Ainsi Intolérable Intolérance et Jean-Gabriel Cohn-Bendit, Claude Karnoouh, Vincent Monteil, Jean Louis Tristani sont stigmatisés parce que le cosignataire, Éric Delcroix, «milite depuis longtemps à l’extrême droite. La boucle est ainsi bouclée. »

Peu importe que le texte d’Éric Delcroix soit, en la circonstance, une défense de principes humanistes que l’on croyait acquis depuis le XVIIIe siècle et ne comporte rigoureusement rien qui soit susceptible de choquer Christophe lui-même (sinon il le citerait). Peu importe non plus que Delcroix ait été le seul avocat qui ait accepté de défendre Faurisson devant les tribunaux après que de très nombreux confrères de gauche ont été sollicités.

De même les Annales d’histoire Révisionniste figuraient-elles à la librairie Ogmios, librairie d’extrême droite, horribile dictu, au milieu de publications d’extrême droite !

Mais comme cela ne suffit pas on en rajoute une louche lourde de sous-entendu et d’insinuation perfide :

«En 1986, La Vieille Taupe sort par ailleurs l’édition française d’un livre « révisionniste » de l’Allemand Wilhelm Stäglich : Le Mythe d’Auschwitz[1] La traduction est due à un certain Michel Caignet. Ce n’est pas tout à fait un inconnu. Michel Caignet est un ancien membre de la Fédération d’action nationale et européenne (néo-nazie), de Marc Fredriksen. Depuis l’interdiction de cette organisation, il a participé à la création des Faisceaux nationalistes européens. Le 29 janvier 1981, il a été vitriolé par un commando sioniste. Il a en outre fondé une atypique revue homosexuelle d’extrême droite, Gaie France, très « en pointe » sur la question pédophile. Il sera finalement jugé à Paris, dans le cadre d’une sordide affaire de réseau pédophile…»

Or j’ai effectivement publié l’excellent livre de Wilhelm Stäglich dont une traduction française ronéotée avait été mise en circulation très confidentielle par un certain Clémenti. Le traducteur en était anonyme et tenait à le rester pour ne pas risquer de tomber dans le collimateur des chasseurs de sorcières. La traduction en a été très soigneusement revue et vérifiée par le professeur Faurisson. Michel Caignet n’y est pour rien. Au surplus, contrairement à ce que laisse entendre la note n°1 qui se donne comme un renseignement bibliographique et donc laisse entendre que la mention : «traduit par Michel Caignet» figurerait sur la couverture du livre édité par la Vieille Taupe, il n’en est rien. En vérité on peut y lire : «Le Mythe d’Auschwitz, étude critique, traduit et adapté de l’Allemand». Un point c’est tout. Michel Caignet n’a absolument jamais collaboré aux activités de la Vieille Taupe, et je n’ai jamais entretenu de relation avec lui, même si j’ai tenu à lui faire connaître ma réprobation attristée et impuissante face au vitriolage monstrueux dont il a été victime, vitriolage qui l’a défiguré et dont les auteurs identifiés sont impunis.

Cette histoire de connexion des révisionnistes avec des réseaux pédophiles est une marotte du stalinien empaillé Didier Daeninckx, qui figure d’ailleurs sur la liste des personnes remerciées, page 535 de l’ouvrage. Et Christophe de conclure : «On pourrait multiplier à l’envi les exemples de passerelles contre-nature et de collusions malsaines.»

Il va effectivement multiplier les exemples de la même eau.

Page 448 : «Au printemps 1987 sort par ailleurs le premier numéro d’une épaisse et luxueuse (Merci. Noir et blanc, sans photo ni illustrations, au format le plus économique, et en équilibre financier)  «revue-livre» nommée Annales d’histoire révisionniste. Celle-ci est disponible dans les librairies d’extrême droite de Paris et de province». En fait, diffusée par les NMPP, on trouvait les Annales jusque dans les supermarchés. Je ne vois pas pour quelle raison les librairies dites d’extrême droite auraient été exclues… Au surplus je ne connais pas de librairie d’extrême droite en province, mais Christophe est mieux renseigné que moi…

Je me refuse à exercer un quelconque ostracisme à l’égard de qui que ce soit. Extrême droite ou Juif d’ailleurs. Un point c’est tout. Le reste n’est qu’amalgame délirant.

Mais nous allons voir jusqu’où  la passion diabolisatrice peut aller.

Page 448 encore. Cet exemple est intéressant parce qu’il n’est pas bien méchant mais révèle un état d’esprit. Je cite :

«Au passage, Pierre Guillaume tente de «mouiller » des signatures. Dans le numéro 3 de l’automne-hiver 1987, figurent de pénibles lettres adressées par Jean Beaufret à Robert Faurisson. Le professeur de philosophie, qui contribua à faire connaître en France l’œuvre de Martin Heidegger, semble cautionner les travaux de l’universitaire lyonnais ».

En fait, en deux lettres parfaitement explicites, Jean Beaufret fait part à Faurisson de sa sympathie face au lynchage médiatique et lui conseille d’être prudent. Il révèle en outre qu’il était parvenu lui-même aux mêmes conclusions révisionnistes (AHR n°3).

En quoi ai-je tenté de mouiller une signature en publiant deux lettres parfaitement dans le sujet et la situation, et après qu’Emmanuel Martineau se soit permis de mettre en cause Jean Beaufret, récemment décédé, dans un article perfide du Matin de Paris ? Et Jean Beaufret ne semble pas cautionner, il affiche des convictions révisionnistes… que Christophe est parfaitement en droit de réfuter… Mais il préfère insinuer d’une manière qui n’est pas franche.

Voyons le deuxième exemple qu’il donne de signature que j’aurais tenté de mouiller, celle de Guy Debord. D’après Christophe : «Il s’agit d’un piratage visant à laisser entendre que Debord soutiendrait les révisionnistes. Il n’en est rien. Jamais le fondateur de l’Internationale situationniste n’apportera le moindre soutien à Pierre Guillaume ». Mais c’est précisément ce que je dis moi-même dans mon article intitulé Guy Debord, La Vieille Taupe n°1, dans lequel je reviens sur cette question que je traite complètement (pages 89 à 108).

Debord venait de livrer au public, donc à la critique universelle, ses Commentaires sur la société du spectacle, donc sur la société moderne, celle dans laquelle nous survivons. Il y était question «de faux désormais sans réplique», de «vrai…qui ne peut jamais être démontré». puis d’opinion publique subjuguée. Il y affirmait que «La première intention de la domination spectaculaire était de faire disparaître la connaissance historique en général ; et d’abord presque toutes les informations et les commentaires raisonnables sur le plus récent passé.» Quelques pages plus loin : «Un pouvoir absolu supprime d’autant plus radicalement l’histoire qu’il a pour ce faire des intérêts ou des obligations plus impérieux…». Il évoque Staline et sa censure et la «vaste zone du monde inaccessible à sa police, où l’on riait de ses impostures.» pour ensuite ajouter : «Le spectaculaire intégré à fait mieux, avec de très nouveaux procédés, et en opérant cette foi mondialement.» tout en précisant : «Le précieux avantage que le spectacle a retiré de cette mise hors la loi de l’histoire, d’avoir déjà condamné toute l’histoire récente à passer à la clandestinité, et d’avoir réussi à faire oublier très généralement l’esprit historique dans la société, c’est d’abord de couvrir sa propre histoire : le mouvement même de sa récente conquête du monde.»

Autrement dit j’ai pris le risque de publier dans le n°5 des Annales d’histoire révisionniste six (6) pages d’extraits choisis qui me semblaient ne pouvoir s’expliquer que dans la perspective révisionniste. Effectivement les passages cités ci-dessus, et bien d’autres dans ces six pages, constituaient des exagérations dénuées de sens si l’on n’avait pas perçu ce qui était réellement en jeu dans la persécution que subissait alors  et depuis dix ans le professeur polisson. Plusieurs critiques ont d’ailleurs crié à la paranoïa.

Au contraire, pour un révisionniste, ces allusions étaient lourdes d’un sens bien réel et bien concret, qu’il s’agisse de la loi Gayssot ou du sort d’Ernst Zündel, de Jurgen Graf ou de Germar Rudolph et de bien d’autres. Je ne pense pas que les recherches historiques de Christophe sur le passé récent et l’Internationale Situationniste ou l’ultra-gauche lui vaillent de bien terribles persécutions, ni qu’il ait à faire face à de lourdes tentatives pour les supprimer. Pourquoi ?

Mon interprétation était peut-être fausse. Mais pour commencer à le montrer faudrait-il que Christophe nous fournisse un exemple de l’histoire récente «condamné à passer à la clandestinité» autre que l’un de ceux que s’obstinent à étudier les révisionnistes… et qu’il nous explique quelle est «L’ineptie qui se fait respecter partout» dont «il n’est plus permis d’en rire; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit.»… sinon ce que Norman G. Finkelstein a nommé pour sa part L’industrie de l’Holocauste. Il serait intéressant à cet égard de demander à toute l’équipe de Charlie Hebdo de quoi dyable il n’est plus permis de rire de nos jours… sinon…

En publiant ces extraits, je ne me livrais pas à un «chantage», comme cela a été écrit, ni à un «piratage» pour «mouiller une signature», mais à un détournement à mes risques et périls, sachant que Debord n’était pas homme à laisser impuni un détournement de ses textes qui lui aurait déplu. Il suffisait d’un mot de lui pour déchaîner contre moi la furie de tous les périsituationnistes à une époque où je n’avais vraiment pas besoin de cela. Il pouvait aussi me faire un procès, comme il n’avait pas hésité à le faire à des journalistes trop impudents, ou que sais-je encore…

Plus j’y pense, plus je pense que son silence valait consentement. Mais je me trompe peut-être. Car Debord, comme je le dis dans LVT n°1, ne m’a jamais apporté le moindre soutien… ni envoyé directement le moindre signe.

Ce n’est pas cela qui nous préoccupe pour le moment mais le cas de Christophe. Manifestement embarrassé par l’idée insupportable que l’autorité qu’il attribue à Jean Beaufret puisse être invoquée en faveur des thèses révisionnistes, et plus encore à l’idée qu’on puisse penser que Guy Debord aurait pu avoir de coupables faiblesses, il se livre à des insinuations et à de légères entourloupettes qui dénotent qu’il défend un intérêt séparé du mouvement réel de l’histoire. Il est intéressant de voir jusqu’où cela va le conduire. Tout son chapitre vise à démontrer que je suis devenu un transfuge, collaborateur de l’extrême droite. La preuve la plus éclatante en est fournie page 449 et mérite d’être citée et étudiée en détail (c’est le cas de le dire) :

«Il est vrai que Pierre Guillaume s’exprime régulièrement dans les colonnes de l’hebdomadaire lepéniste National-Hebdo. (Ici figure un appel de note, et en bas de la page 449 la note suivante : «Par exemple : Pierre Guillaume, «Jospin trotskiste, quelques souvenirs de l’O.C.I…», dans National Hebdo, 21 juin 2001.»)

L’allégation est cette fois étayée par une référence précise. Elle est susceptible de déchaîner contre moi des haines féroces. Mais elle est fausse! Je n’ai jamais donné d’article à National Hebdo.

J’ai d’abord pensé qu’il pouvait s’agir d’une confusion avec le Commandant Pierre Guillaume, maintenant décédé, qui parlait régulièrement sur Radio Courtoisie. Mais la bourde semblait trop grosse. J’ai ensuite pensé qu’il pouvait s’agir d’une reproduction spontanée de ma deuxième et dernière lettre ouverte à Lionel Jospin, qui avait beaucoup circulé sur Internet et avait déjà été reproduite par Rivarol et par Faits et Documents. L’avait-elle été aussi par National-Hebdo ? Ou s’agissait-il d’un montage à partir de cette lettre ouverte ?

Les bibliothèques publiques qui ont des collections de National-Hebdo sont rares. Il me restait à téléphoner à N-H ou un interlocuteur charmant voulait bien rechercher le n°21 du 21 juin 2001 et me confirmer qu’un article avec cet intitulé figurait à la page 15. Il me proposait de lui-même de me poster une photocopie, ce dont je le remerciais chaleureusement (nonobstant son appartenance à l’extrême droite). Effectivement un article plein d’humour brocardait Jospin et les trotskistes, mais il était signé Béatrice Péreire et n’avait aucun rapport avec moi !

Je ne suis toujours pas parvenu à trouver d’explication à ce mystère. Mais il est hautement révélateur que le zèle et la passion du petit inquisiteur l’aient conduit à se laisser intoxiquer lui-même…

Mais rien n’est simple en ce bas-monde.

Alors que je racontais tout cela à un ami libraire qui connaissait bien l’I.S. et qui avait suivi l’affaire Faurisson en détail, il m’affirmait avoir vu la reproduction, quatre ans plus tôt, de ma première lettre ouverte à Lionel Jospin dans National-Hebdo et un peu plus tard, comme je refusais de le croire, il m’en fournissait une photocopie ! (N-H n°672, 5 juin 1997, page17). Il ne s’agissait évidemment pas d’un article que j’aurais donné mais bien de la reproduction presque in extenso de ma première lettre ouverte à Lionel Jospin. Elle avait fait l’objet d’une diffusion par tract et sur Internet et j’ignorais qu’elle avait été reproduite dans ces conditions !

Cela n’explique toujours pas comment Christophe a pu écrire que je m’exprimais régulièrement… avec une seule et fausse référence.

La deuxième thèse de Christophe dans ces dix-huit pages, outre ma collusion coupable avec l’extrême droite, c’est que le «négationnisme» aurait entraîné l’ultra-gauche dans son naufrage.

Cela me paraît complètement faux, pour la simple raison que l’ultra-gauche n’est que l’écho idéologique de l’activité révolutionnaire antérieure du prolétariat. À notre époque de contre-révolution triomphante et de capitalisme déchaîné, le prolétariat est complètement subjugué, écrasé, passif. La totalité des organisations de gauche et d’extrême gauche sont là pour le contrôler, le surveiller, et lui faire la leçon. Les prolétaires individuels s’en tirent comme ils le peuvent, dans une situation où le rapport de force entre le capital et le travail salarié n’a cessé de se dégrader depuis 30 ans et où le contrôle social est sans faille. C’est cela et absolument pas la discussion sur les chambres à gaz qui explique la décomposition de l’ultra-gauche organisée, qui n’était elle-même la plupart du temps que l’écume laissée par le mouvement de mai 68. Cette «écume» de mai 68 était entrée en décomposition bien avant l’éclatement de l’affaire Faurisson et c’est précisément de cette décomposition-là dont avaient témoigné, chacune à leur manière l’auto-dissolution de l’Internationale Situationniste, et la fermeture de la Vieille Taupe en 1972.

La seule conséquence tangible que l’affaire Faurisson aura eue sur l’ultra-gauche aura été de faire largement et confusément connaître son existence par les attaques dont elle a été la cible.

Les périodes où l’activité individuelle fusionne immédiatement dans une activité collective immédiatement historique sont rares et brèves par nature. En dehors de ces périodes exceptionnelles, d’autant plus brèves en ce qui concerne la classe ouvrière que le salariat en tant que tel n’y est pas contesté, comme ce fut le cas en Mai 68, chacun, ouvrier ou intellectuel, se débrouille comme il le peut pour survivre en résistant à la domestication. Ce que, à mon avis, font les révisionnistes.

Lorsque le prolétariat / humanité sera contraint d’agir, il agira en fonction de la nature des choses et de l’expérience prolétarienne telles qu’elles seront advenues. Le rôle d’une activité idéologique de l’ultra-gauche sera infime. Mais ceux des principes ultra-gauches et celles des leçons qui auront été théorisés à partir des expériences antérieures, et correspondront à la situation du moment, s’imposeront d’eux-mêmes comme des évidences dont les temps sont venus.

Il est dans la nature des choses que l’ultra-gauche n’ait de notoriété qu’anti-spectaculaire et que la Vieille Taupe ait mauvaise réputation… sauf en période révolutionnaire,… où l’on aura autre chose à faire qu’à revenir sur la «mémoire» de la deuxième guerre mondiale.

L’humanité aura à trouver des solutions pratiques et concrètes pour la production et la répartition des richesses, et pour le développement, et même la survie, de l’humanité que le capitalisme dans sa version occidentale libérale se sera à son tour révélé incapable d’assurer, après la faillite du capitalisme dans sa version orientale bureaucratique.

La généralisation des guerres et conflits de toutes sortes, et le totalitarisme militaire et policier qui en résulteront, auront vérifié la thèse ultra-gauche qui choque tant encore aujourd’hui notre Christophe, selon laquelle il n’y a entre dictature et démocratie qu’une différence de degré et non pas une différence de nature. (George Bush, à Falloudjah, en massacrant les Irakiens pour leur apporter la démocratie s’obstine à faire la preuve de ce dont la démocratie est capable en matière d’atrocités. Et la prétendue lutte contre le terrorisme montre de quoi elle est capable en matière de violation des droits élémentaires).

Ou bien les chambres de destruction massives de Hitler auront été la deuxième invention diabolique de la deuxième guerre mondiale, après la bombe atomique, ou bien elles ont été la première et la plus géniale invention de la propagande de guerre des démocraties capitalistes, tout en étant la métaphore des «souffrances indicibles (constamment répétées)» des Juifs.

Il devrait être permis d’en discuter. D’autant plus que si ces répugnants abattoirs humains ont bien eu une existence matérielle, le débat historique sur les documents et les témoignages ne peut que l’établir et le conforter.

L’interdiction du débat par la loi fait de leur existence matérielle un dogme démocratique. C’est intellectuellement inacceptable. Seul le libre débat, et le droit de contester, pourrait faire de leur existence une vérité historique, et scientifique, s’ils ont existé.

 

Pierre Guillaume



[1] Wilhelm Stäglich, Le Mythe d’Auschwitz. Étude critique, traduit par Michel Caignet, La Vieille Taupe, Paris 1986. (Cette note est de Christophe Bourseiller, page 446)


Ce texte a été affiché sur Internet à des fins purement éducatives, pour encourager la recherche, sur une base non-commerciale et pour une utilisation mesurée par le Secrétariat international de l'Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d'Holocauste (AAARGH). L'adresse électronique du Secrétariat est <aaarghinternational-à-hotmail.com>. L'adresse postale est: PO Box 81475, Chicago, IL 60681-0475, USA.

Afficher un texte sur le Web équivaut à mettre un document sur le rayonnage d'une bibliothèque publique. Cela nous coûte un peu d'argent et de travail. Nous pensons que c'est le lecteur volontaire qui en profite et nous le supposons capable de penser par lui-même. Un lecteur qui va chercher un document sur le Web le fait toujours à ses risques et périls. Quant à l'auteur, il n'y a pas lieu de supposer qu'il partage la responsabilité des autres textes consultables sur ce site. En raison des lois qui instituent une censure spécifique dans certains pays (Allemagne, France, Israël, Suisse, Canada, et d'autres), nous ne demandons pas l'agrément des auteurs qui y vivent car ils ne sont pas libres de consentir.

Nous nous plaçons sous la protection de l'article 19 de la Déclaration des Droits de l'homme, qui stipule:
ARTICLE 19 <Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considération de frontière, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit>
Déclaration internationale des droits de l'homme, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU à Paris, le 10 décembre 1948.


aaarghinternational-à-hotmail.com

| Accueil général | Accueil français |

L'adresse électronique de ce document est: http://aaargh-international.org/fran/archVT/vt05/bourseiller.html