Enrique Aynat : Les « Protocoles d’Auschwitz » sont-ils une source historique digne de foi ?

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3 Critique externe. Critique de provenance

3. 1 Les auteurs

3. 1. 1 Anonymat

Les Protocoles d’Auschwitz sont anonymes. On indique dans la préface que les noms des auteurs « doivent être passés sous silence pour l’instant dans l’intérêt de leur sécurité » (vorläufig im Interesse ihrer Sicherheit verschwiegen werden soll) [11]. On ne comprend pas cette discrétion quand il ressort des renseignements mêmes contenus dans les Protocoles que les Allemands devaient connaître parfaitement l’identité des fugitifs. En effet, à leur arrivée au camp, les détenus passaient par un bureau où étaient inscrits leur nom et leur prénom (Personalien) [12]. On indique dans le Protocole 3 que les nouveaux arrivants devaient remplir des questionnaires et étaient photographiés. En outre, on donne dans les Protocoles des informations très détaillées qui auraient permis aux Allemands l’identification des évadés. On indique la date exacte d’arrivée à Auschwitz et l’endroit d’où ils viennent de trois des cinq évadés. On énumère également les emplois successifs qu’ils ont exercés dans le camp. On fournit des renseignements qui sont d’une grande précision. L’un des évadés déclare qu’il avait été nommé « administrateur » (Verwalter) de l’« infirmerie » (Krankenbau) de Birkenau, poste qu’il occupa jusqu’au 15janvier 1943 [13]. On cite également la date exacte de l’évasion de quatre des cinq évadés.
Au vu de toutes ces informations que contiennent les protocoles il est absurde de dire que l’on passe sous silence les noms des fugitifs pour éviter leur identification par les Allemands.
Le plus surprenant est que l’on va jusqu’à reconnaître dans le Protocole 2 l’identification par les Allemands des jeunes juifs slovaques évadés le 7 avril 1944, protocole qui commence précisément en commentant les conséquences de la fuite :
« Après la fuite des deux juifs slovaques de Birkenau le 7 avril 1944, il se produisit une grande agitation dans le camp. La section politique mena une grande enquête et les amis et les supérieurs des évadés furent soumis à un dur interrogatoire, mais en vain. [14] »
De plus, si, comme l’indique l’un des documents, les deux jeunes juifs slovaques se trouvaient déjà dans un pays neutre (heute befinden sie sich schon im neutralen Ausland) [15], quelle raison y avait-il à maintenir leur anonymat ?
D’autre part, la discrétion maintenue concernant l’identité des auteurs contraste avec l’irresponsabilité manifestée à révéler les préparatifs, la date probable et les noms des meneurs d’une future insurrection à Birkenau. En effet, on mentionne dans le Protocole 1 que le 20 décembre 1943 est arrivé à Auschwitz un convoi de juifs du ghetto de Theresienstadt, que les Allemands pensaient anéantir le 20 juin 1944 après six mois de quarantaine. Étant donné que les futures victimes connaissaient le sort qui les attendait, elles s’étaient préparées à résister :
« L’organisation de la résistance est réalisée par Ruzenka Laufschner, de Prague, et Hugo Langsfeld, de Prague. Ils se procurent petit à petit du combustible et projettent d’incendier le cas échéant les blocs de leur section » (Sie beschaffen sich langsam Brennstoff und beabsichtigen im Ernstfalle die Blocks ihres Quartals anzuzünden) [16].
En définitive, la principale information pour effectuer des recherches sur l’authenticité d’un document, l’identité de l’auteur ou des auteurs, fait défaut dans le cas des Protocoles d’Auschwitz. Et elle fait défaut de manière inexplicable. En premier lieu, l’anonymat des évadés est absurde si on le maintenait « dans l’intérêt de leur sécurité », car il aurait été très facile aux Allemands de les identifier, simplement avec les informations contenues dans les Protocoles. En second lieu, l’anonymat a peu d’importance si les évadés se trouvaient déjà en sûreté à l’étranger. En troisième lieu, l’anonymat est contradictoire car d’un côté on tait l’identité des évadés facilement identifiables et de l’autre on révèle les préparatifs et les investigateurs d’un futur soulèvement à Birkenau.

3. 1. 2 Apparition des auteurs présumés

Nous livrons ci-dessous par ordre chronologique les principaux épisodes de la lente apparition des auteurs – ou des auteurs présumés – des Protocoles d’Auschwitz.

1945. Le 14 décembre, les Protocoles d’Auschwitz sont produits comme preuves par l’accusation, sous la cote L-22, US-294, lors du procès qui se déroule à Nuremberg contre les Grands Criminels de Guerre. Le document est présenté comme « un rapport officiel » (ein amtlicher Bericht) du gouvernement des États-Unis [17]. Les auteurs ne sont pas identifiés.
1946. Témoignage d’Alfred Wetzler, jeune journaliste slovaque d’origine juive, devant le Tribunal National de Justice de Bratislava (Tchécoslovaquie). Wetzler déclare qu’il est arrivé à Auschwitz dans un train de déportés le 13 avril 1942 et qu’on lui tatoua sur le bras le numéro matricule 29162. Il dit également qu’il s’était évadé d’Auschwitz en compagnie d’une autre personne – qu’il n’identifie pas – avec laquelle il rédigea un rapport. Ils transmirent par la suite ce rapport au « délégué du Pape » [18].
Les renseignements fournis par Alfred Wetzler coïncident avec ceux du premier juif slovaque arrivé à Auschwitz et coauteur du Protocole 1 [19].
1956. Oskar Neumann, dirigeant de la communauté juive slovaque pendant la guerre, publie à Tel Aviv (Israël) son ouvrage Im Schatten des Todes [20]. Oskar Neumann, par la position qu’il occupait, fut le témoin d’exception des malheurs de la communauté juive de Slovaquie. Selon ses termes, il eut « le grand privilège de se trouver à ce moment-là à l’un des points centraux de ce front du destin [Schicksalsfront] et au cœeur des tentatives pour coopérer dans la défense et le sauvetage [des juifs] » [21]. Neumann décrit l’apparition des deux jeunes juifs slovaques, auteurs du Protocole 1, comme « un événement sensationnel qui eut un effet profond et bouleversant » (ein sensationelles Ereignis von tief erschütternder Wirkung) [22]. Il fait également remarquer que leur récit « était peut-être l’un des plus sensationnels, des plus effrayants et des plus bouleversants documents que l’on ait jusqu’alors entendu » (war wohl einer der sensationellsten, furchtbarsten und erschütterndsten Berichte, die man bis dahin je vernommen hatte) [23]. Devant d’autres informations antérieures, anonymes et non vérifiées, Neumann laisse entendre que, dans ce cas-là, il a rencontré personnellement les évadés, ou c’est du moins ce qui ressort de ses propos : « Il se trouvait là-bas des témoins oculaires qui avaient dit toute la vérité » (Doch hier sitzen Augenzeugen, die die volle Wahrheit gesagt haben) [24]. Néanmoins, Oskar Neumann ne révèle pas dans son ouvrage l’identité des évadés d’Auschwitz.
1955. La première édition de l’ouvrage Noc a mlha [25], d’Ota Kraus et Erich Kulka, est publiée à Prague. Dans cet ouvrage, Kraus et Kulka donnent l’identité des deux jeunes juifs slovaques évadés de Birkenau le 7 avril 1944. Selon ces auteurs, les évadés de Birkenau rédigèrent leur rapport, le remirent au monde occidental et « l’oublièrent » (Na zpravu predanou zapadnímu svetu oba uprchlíci zapomneli). Ce n’est que lorsque Kraus et Kulka réunirent les matériaux pour leur livre qu’ils découvrirent « que les auteurs du rapport, que divers publicistes de la littérature historico-politique d’Europe occidentale mentionnent comme étant l’important rapport de "deux fugitifs slovaques", étaient les ex-fugitifs d’Osvetim [Auschwitz] Rudolf Vrba, de Prague, et Alfred Wetzler, de Bratislava, qui ne purent signer le protocole en 1944 pour des raisons compréhensibles » (ze autory zprávy, o níz se rüzní publicisté v západoevropské historicko-politické literaturé zminují jako o vyznamné zprávé « dvou slovenskych uprchlíku », jsou byvalí osvetimstí veznové Rudolf Vrba z Prahy a Alfred Wetzler z Bratislavy, kterí se v roce 1944 nemohli z pochopitelnych düvodu na protokol podepsat) [26].
Le second auteur présumé du Protocole 1, Rudolf Vrba, ne fut donc pas identifié publiquement avant 1958, 14 ans après la rédaction du document.
1961. Du 27 février au 3 mars, Rudolf Vrba, un médecin slovaque d’origine juive résidant en Angleterre, publie cinq articles dans le quotidien britannique Daily Herald [27]. Vrba y reconnaît être l’auteur du premier témoignage des Protocoles d’Auschwitz en compagnie d’un autre juif slovaque, Alfred Wetzler, avec lequel il s’était échappé d’Auschwitz.
1961. Au cours d’un procès célèbre, qui se tient à Jérusalem d’avril à décembre, on juge Adolf Eichmann, ancien fonctionnaire allemand responsable des déportations de juifs. Eichmann avait été enlevé en Argentine en mai 1960 par des agents israéliens.
Lors de la séance 71, qui a lieu le 8 juin 1961, le Procureur général interroge une ancienne détenue d’Auschwitz, Vera Alexander, sur l’identité des deux jeunes juifs slovaques auteurs du Protocole 1. Le témoin répond qu’elle les connaît tous les deux: « L’un d’entre eux est à présent le Dr Vrba – son nom était alors Walter Rosenberg ; et l’autre était Mettger (phonétique). [28] » Selon ce témoin, le véritable nom de Rudolf Vrba était donc Walter Rosenberg.
1963. Le livre I Cannot Forgive, écrit par Rudolf Vrba en collaboration avec Alan Bestic [29], est publié. Vrba y relate son séjour à Auschwitz, les circonstances de son évasion et la rédaction du Protocole. Au bout de 19 ans, Vrba s’est enfin décidé à entrer dans les détails. Le plus remarquable est que l’auteur déclare qu’il s’appelait « Rudolf Vrba » aussi bien avant son internement à Auschwitz [30] que durant son internement, où on le connaissait sous le nom de « Rudi » [31]. Ce fait est en contradiction avec les déclarations de Vera Alexander lors du procès Eichmann à Jérusalem, selon qui le véritable nom de Rudolf Vrba était « Walter Rosenberg ».
1964. Parution du numéro sept des Hefte von Auschwitz, publication périodique éditée par le Musée d’État d’Oswiecim (Pologne) [32]. Ce numéro contient une liste des principaux événements survenus à Auschwitz entre le 1er janvier et le 30 juin 1944 [33]. On y indique que le 7 avril s’étaient enfuis Alfred Wetzler, enregistré dans le camp avec le matricule 29162, et Walter Rosenberg, enregistré avec le matricule 44070. Dans une note de bas de page, on signale que le « véritable nom » (eigentlicher Name) de Walter Rosenberg est « Rudolf Vrba », contredisant le témoignage de Vera Alexander au procès Eichmann. On mentionne également que les deux détenus s’étaient enfuis en Tchécoslovaquie où ils avaient rejoint les partisans [34].
À la date du 27 mai la même liste enregistre l’évasion de deux autres détenus : Czeslaw Mordowicz, numéro 84216, et Arnost Rosin, numéro 29858. Dans une note de bas de page, on indique que les deux détenus s’étaient enfuis en Slovaquie, où ils avaient également rejoint les partisans [35].
Il existe dans les archives du Musée d’État d’Oswiecim deux télégrammes envoyés par les autorités du camp à la Staatpolizeistelle de la Gestapo à Hohensalza [actuellement Inowroclaw] qui communiquent la fuite d’Alfred Wetzler et de Walter Rosenberg d’une part et de Czeslaw Mordowicz et d’Arnost Rosin d’autre part. Ces deux documents sont reproduits dans les Appendices 4 et 5. [Addition de 1998. D’autres documents, reproduits dans les Appendices 12, 13 et 14, attestent qu’Alfred Wetzler, Walter Rosenberg et Ernst Rosin sont passés par le camp.]
1966. En mars, la revue Jewish Currents publie un article de Rudolf Vrba : « Footnote to Auschwitz Report. A Reply to Robert Major on the Holocaust in Hungary » [36].
Dans cet article, Rudolf Vrba identifie les auteurs du Protocole 2, évadés d’Auschwitz le 27 mai 1944.
Vrba cite « Czeslaw Morgowicz [sic], un Polonais, et Arnost Rosin, un Slovaque, qui s’échappèrent d’Auschwitz fin mai et qui, comme nous autres, firent un rapport pour les dirigeants juifs de Slovaquie » [37].
Les auteurs présumés du Protocole 2 ne furent par conséquent pas identifiés publiquement avant 1966, 22 ans après la rédaction du document.
1985. Rudolf Vrba, lors de sa déposition comme témoin au procès engagé contre Ernst Zündel [38] au Canada, identifie l’auteur du Protocole 3, le « commandant polonais ». Il s’agissait, dit-il, du professeur Tabeau, docteur en médecine à l’Université de Cracovie (Pologne) [39]. Par la suite, en 1989, le directeur du Musée d’Etat d’Oswiecim, Kazimierz Smolen, nous confirma que le rapport du « commandant polonais » était l’œuvre du docteur Jerzy Tabeau, médecin cardiologue qui habitait alors à Cracovie [40]. [Addition de 1998. Mais c’est en 1981, selon M. Karny, que l’on sut que le nom de l’auteur du Protocole 3 était Jerzy Tabeau. Le jeune Polonais Tabeau s’était évadé d’Auschwitz, où il avait été enregistré sous le faux nom de Jerzy Weselowski, le 19 novembre 1943. J. Tabeau ignora jusqu’en 1981 la diffusion qu’avait connue son rapport, année au cours de laquelle l’historien Barbara Jaroszova lui présenta le manuscrit original de ce dernier] [41].
En fin de compte, bien que l’on ait annoncé dans l’introduction des Protocoles que l’on passait « pour l’instant » (vorläufig) sous silence les noms des auteurs [42], il fallut 37 ans pour qu’on parvienne à la pleine identification de la totalité d’entre eux.
En résumé, Alfred Wetzler n’identifia même pas son compagnon d’évasion dans son témoignage devant un tribunal slovaque en 1946. En 1958, 14 ans après l’évasion, on publia pour la première fois le nom de celui qui accompagnait Wetzler : Rudolf Vrba. Les auteurs du Protocole 2 ne furent pas connus avant 1966. Enfin, le nom de l’auteur du Protocole 3, le « commandant polonais », demeura dans l’anonymat jusqu’en 1981.
Pourquoi les auteurs présumés n’ont-ils fait leur apparition que peu à peu ? Pourquoi ne se sont-ils pas tous fait connaître immédiatement après la guerre ? L’identification tardive des auteurs présumés est encore plus surprenante si l’on tient compte que tous ont survécu à la guerre et qu’au moins quatre – Vrba, Wetzler, Mordowicz et Rosin – habitèrent dans le même pays, la Tchécoslovaquie, dont trois dans la même ville, Bratislava, jusqu’en 1958 [43].
Il y a encore plus surprenant. Oskar Neumann, bien qu’il ait été un dirigeant de la Judenzentrale [44], qu’il ait qualifié l’apparition des premiers évadés d’Auschwitz d’« événement sensationnel », que le récit des Protocoles lui ait paru un document « effrayant et bouleversant » et quoiqu’il ait laissé entendre qu’il connaissait personnellement les évadés, ne dévoile pas leur identité. En outre, Neumann termina son livre au printemps 1946, alors que les faits relatés étaient encore frais dans sa mémoire et qu’il n’existait pas de raisons de sécurité pour taire le nom des évadés.
D’un autre côté, si, comme on l’a dit, Rudolf Vrba a logé sous le même toit que Mordowicz et Rosin peu après l’évasion de ceux-ci [45], il est étrange qu’il ne les ait pas identifiés dans ses articles du Daily Herald et dans son livre I Cannot Forgive. Rudolf Vrba a attendu jusqu’en 1966, date à laquelle une publication officielle du Musée d’État d’Oswiecim a fait connaître les noms de Mordowicz et de Rosin.
En définitive, la lenteur qui a caractérisé l’identification des auteurs – ou des auteurs présumés – des Protocoles d’Auschwitz est singulière et inexplicable et laisse la porte ouverte au doute en ce qui concerne l’authenticité de ces documents.

3. 2 Quand ont-ils été rédigés ?

3. 2. 1 Protocole 1

Il convient de souligner tout d’abord que ce texte n’est daté dans aucun des documents. Pour connaître la date de rédaction nous devons par conséquent nous en remettre aux témoignages postérieurs. [Addition de 1998. L’historien, devant l’absence de datation d’un texte, doit analyser les éléments chronologiques contenus dans ce dernier pour tenter d’établir la date de rédaction. De ce point de vue, il nous a été impossible de dater avec exactitude la rédaction du Protocole 1 dans son ensemble. Néanmoins, nous avons noté des indices sérieux qu’au moins une partie du document a été élaborée avant à la rédaction du texte final].
D’après le mémorandum de l’OSS daté du 10 mai 1945 et joint au document NA, le témoignage ne fut pas rédigé avant la fin juin ou le début juillet 1944 [46]. En revanche, Rudolf Vrba a déclaré que c’est le 25 avril qu’il avait rédigé le document [47]. Alfred Wetzler a attesté au procès de Francfort [48] que Rudolf Vrba et lui-même avaient écrit le rapport le 27 avril 1944 (Wir haben den Bericht am 27. April 1944 geschrieben) [49]. Pour sa part, Oskar Karmil (Krasniansky) [50], qui attendit les deux évadés à leur arrivée en Slovaquie, a déclaré qu’il ne se rappelait pas exactement la date de sa rencontre avec eux. Il lui semblait que ce fut « probablement fin avril » [51]. Quelques années plus tard, Karmil (Krasniansky) se souvenait qu’il avait eu une discussion (Aussprache) avec Vrba et Wetzler « approximativement les 22 et 23-4-1944 » [52].
Tova Steiner, qui était également en relation avec les organisations juives de Slovaquie durant la guerre et a participé en somme à la gestation des Protocoles, a déclaré qu’elle « [avait] écrit à la machine les Protocoles en langue allemande à Bratislava autour du 20 avril 1944 » [53].
L’auteur Erich Kulka a indiqué que le 23 avril 1944 Rudolf Kastner, dirigeant de la communauté juive hongroise, était déjà en possession du témoignage de Vrba et de Wetzler [54].
C’est pourquoi, si nous faisons abstraction du mémorandum de l’OSS, qui fixe une date beaucoup plus tardive, le reste des témoignages indiquent que le Protocole 1 fut rédigé dans les dix derniers jours du mois d’avril 1944, bien que ceux qui ont participé à ces faits soient incapables de se mettre d’accord quant à une date exacte.

3. 2. 2 Protocole 2

Ce texte non plus n’est pas daté. Nous devons par conséquent également recourir dans ce cas aux témoignages d’après-guerre pour tirer au clair la date de rédaction.
Alfred Wetzler a soutenu dans sa déclaration devant le tribunal de Francfort qui jugeait les anciens gardiens d’Auschwitz que le Protocole 2 avait été rédigé le 6 juin 1944 :
« Il arriva ensuite que deux nouveaux prisonniers s’enfuirent et que le 6 juin 1944 nous fîmes ensemble un second rapport augmenté » (Es sind dann noch zwei weitere Häftlinge geflohen, und mit ihnen gemeinsam fassten wir am 6. Juni 1944 einen zweiten, erweiterten Bericht ab) [55].
En revanche, selon les auteurs Erich Kulka et John S. Conway, Mordowicz et Rosin – les auteurs présumés du nouveau rapport – arrivèrent le 6 juin 1944 à la frontière slovaque, où ils furent détenus par la police et accusés de contrebande de devises. On les jugea par la suite et les condamna à une amende et à une semaine de prison [56]. Cela veut dire que le témoignage de Mordowicz et de Rosin ne peut avoir été écrit avant le 13 juin.
À son tour, Oskar Karmil (Krasniansky), qui attendit également ces fugitifs à leur arrivée en Slovaquie, a déclaré que le nouveau Protocole avait été rédigé « en été, peut-être début juillet » (Das war im Sommer, vielleicht Anfangs Juli) [57].
En ce qui les concerne, ni Oskar Neumann dans ses mémoires ni Rudolf Vrba dans ses différentes déclarations n’apportent d’informations sur l’arrivée de ces deux nouveaux évadés d’Auschwitz et la rédaction ultérieure de leur témoignage.
Par conséquent, on ne peut pas dater non plus avec précision la rédaction de ce document à l’aide des déclarations d’après-guerre. On peut seulement affirmer que, conformément aux informations dont on dispose, le Protocole 2 fut rédigé au cours de la période de temps comprise entre le 6 juin et début juillet 1944.

3. 2. 3 Protocole 3

Ce texte non plus n’est pas daté.
La seule déclaration que nous connaissons qui mentionne l’arrivée de l’auteur présumé de ce témoignage, le « commandant polonais », est celle d’Oskar Neumann. Neumann signale que ce nouveau témoin arriva en Slovaquie à la même époque que les jeunes juifs slovaques évadés le 7 avril 1944 :
« Et comme par un singulier hasard du destin [Und wie durch eine seltsame Fügung des Schicksals], un témoin oculaire se présenta encore à la même époque [zur gleichen Zeit]. Un "aryen cette fois-ci. Il s’agissait d’un officier polonais, qui était également parvenu à s’enfuir de l’enfer d’Auschwitz » [58].
Or, nous avons déjà mentionné plus haut que le « commandant polonais » avait été identifié comme Jerzy Tabeau. Néanmoins, Jerzy Tabeau s’enfuit d’Auschwitz le 19 novembre 1943 [59], d’où il s’ensuivrait, si nous tenons compte des déclarations d’Oskar Neumann, que ce nouveau témoin s’est présenté en Slovaquie cinq mois après s’être évadé d’Auschwitz et curieusement à la même époque, au même endroit et devant les mêmes personnes que les deux jeunes juifs slovaques évadés le 7 avril 1944.
Aucun témoignage des personnages liés aux Protocoles, à l’exception d’Oskar Neumann, n’a parlé de l’arrivée de cet officier polonais. Ni Vrba ni Wetzler n’ont déclaré avoir eu connaissance de l’apparition de ce nouveau témoin oculaire qui serait arrivé en Slovaquie en même temps qu’eux.
Les rares auteurs qui se sont occupés de ce cinquième personnage n’ont pas apporté de précision quant à la date de rédaction de son témoignage. Livia Rotkirchen a indiqué que le « commandant polonais » s’était enfui d’Auschwitz « en même temps » (at the same time) que Vrba et Wetzler [60]. Néanmoins, John S. Conway soutient que le témoignage de l’officier polonais « a sans doute été écrit avant 1944 » (Er war zweifellos vor 1944 geschrieben worden) [61]. 53 ans après la guerre, nous sommes donc encore plongés dans une confusion totale en ce qui concerne la date de rédaction de ce troisième témoignage. [Addition de 1998. Postérieurement à la parution de l’édition espagnole de la présente étude, le docteur Tabeau nous a indiqué qu’il avait rédigé le Protocole en décembre 1943, peu après son évasion d’Auschwitz. Il nous a également signalé qu’il n’avait pas cherché refuge en Slovaquie et n’était entré en contact ni avec les membres de la communauté juive slovaque ni avec les auteurs des deux autres Protocoles] [62].

3. 3 Où ont-ils été rédigés ?

3. 3. 1 Protocole 1

Le texte ne mentionne pas le lieu de rédaction.
Le mémorandum de l’OSS du 10 mai 1945, joint au document NA, indique que le témoignage avait été rédigé en Hongrie, pays dans lequel étaient parvenus les évadés [63].
Selon Vrba, lui et son compagnon Alfred Wetzler étaient arrivés en Slovaquie le 21 avril 1944, où ils avaient rencontré un paysan qui leur donna refuge. Trois jours après, ils avaient marché vers le village de Cadca, où ils étaient entrés en contact avec le docteur Pollak, un médecin juif. Le lendemain 25 avril, celui-ci les avait conduits jusqu’à la ville de Zilina, où ils avaient rencontré un représentant de la communauté juive slovaque et où ils avaient rédigé leur rapport [64]. Dans une déposition au cours du procès de Francfort, en revanche, Rudolf Vrba déclara qu’il avait rendu visite au docteur Pollak à Zilina, et non à Cadca :
« Nous prîmes contact avec la communauté juive de Zilina, là-bas nous rendîmes visite au médecin Dr Pollak » (Wir haben mit den jüdischen Gemeinde in Zilina Verbindung aufgenommen, dort den Arzt Dr. Pollak aufgesucht) [65].
Pour sa part, Alfred Wetzler déclara au cours du même procès que lui et Vrba avaient rédigé le Protocole à Presbourg (Bratislava) [66]. Néanmoins, le même Wetzler avait affirmé lors du procès du docteur A. Vashek [67], qui avait lieu à Bratislava en 1946, que le Protocole avait été rédigé à Zilina [68].
Enfin, lors du procès contre Ernst Zündel, qui s’est tenu au Canada en 1985, Rudolf Vrba, qui comparaissait en tant que témoin de l’accusation, déclara que la réunion avec les représentants juifs slovaques et la rédaction ultérieure du témoignage avaient lieu dans la ville de Cadca [69]. Selon les différentes sources, la rédaction du témoignage a donc eu lieu dans quatre endroits différents.

3. 3. 2 Protocole 2

On ne mentionne pas non plus dans le texte le lieu de rédaction.
D’après Oskar Krasniansky, ce nouveau Protocole a été rédigé dans la localité de Liptovsky Mikulas (Slovaquie) [70].

3. 3. 3 Protocole 3

On ignore le lieu de rédaction. [Addition de 1998. D’après le docteur Tabeau, le Protocole a été rédigé à Cracovie] [71].

3. 4 Autres aspects liés à la rédaction

3. 4. 1 Protocole 1

3. 4. 1. 1 Comment le texte a-t-il été rédigé ?

Rudolf Vrba a déclaré, lors de sa déposition au procès d’Ernst Zündel, que la rédaction du Protocole s’était effectué de la manière suivante :
« Pendant que nous étions en train de parler [aux représentants de la communauté juive slovaque] ils apportèrent un sténographe et ce que je disais fut enregistré sur un sténogramme en l’absence de M. Wetzler. Ce qu’a dit M. Wetzler fut enregistré en mon absence sur un sténogramme.
Question [de l’accusateur public] : Après que vous et M. Wetzler aviez parlé à ces personnes, y a-t-il eu quelque chose d’écrit à propos – une nouvelle fois, par les juifs [sic] – à propos de ce que vous leur aviez dit ?
Réponse : Oui. Les sténogrammes étaient retranscrits en un texte tapé à la machine qui comparait nos deux déclarations.
Q. : Le texte final a-t-il été écrit par vous ou par d’autres ?
R. : Le texte final a été tapé à la machine par un dactylographe et m’a été présenté pour la signature ainsi qu’à Wetzler, pour confirmer que ce texte dactylographié contient nos propos » (The final text was typed by a typist, and was presented to me for signature and to Wetzler, to confirm that this typescript contains our words) [72].
Il est important de souligner que, jusqu’à présent, on n’a jamais entendu parler de l’existence de ce document authentifié par la signature des deux évadés et qu’on ne comprend pas la raison pour laquelle Vrba et Wetzler ont signé un témoignage si celui-ci allait être diffusé comme un document anonyme.
Oskar Krasniansky, qui a déclaré avoir accueilli les fugitifs après leur arrivée en Slovaquie, soutient une thèse différente. Selon cette version, le Protocole n’était pas une transcription de sténogrammes. Krasniansky a déclaré qu’il avait eu une discussion (Aussprache), dont il prit des notes, avec les évadés. D’après ces notes, Krasniansky « rédigea le Protocole en allemand que madame Ida (Tova) Steiner tapa à la machine en allemand à Bratislava quelques jours plus tard » (nach seinem Notitzen [sic] verfasste K[rasniansky] das Protokol in deutscher Sprache welche Frau Ida (Tova) Steiner in Bratislava einge [sic] Tage nachher in Deutsch abtippte) [73]. Par conséquent, le texte final du Protocole a été dactylographié quelques jours après la rencontre de Krasniansky avec les évadés et en l’absence de ceux-ci. Cette version a été confirmée par la dactylographe du Protocole, madame Tova Steiner, qui a déclaré avoir écrit à la machine le document à Bratislava « d’après les notes et sous la dictée de monsieur l’ingénieur Karmil-Krasniansky » (laut Aufzeichungen und Diktat vom Herrn Ing. Karmil-Krasniansky) [74]. De plus, et contrairement à la version de la signature, Krasniansky a déclaré que « l’on ne fit pas mention des noms des fugitifs ni de mon nom dans le Protocole, car cela n’était pas prudent pour des raisons de sécurité » (Im Protokoll waren weder die Namen der Flüchtlinge noch mein Name erwähnt, weil es aus Sicherheitsgründen nicht ratsam war) [75].
Il convient par conséquent de souligner que, pour un aspect aussi essentiel qu’est la forme sous laquelle a été rédigé le témoignage, les présumés participants directs aux faits donnent également des versions qui ne s’accordent pas.

3. 4. 1. 2 Personnes présentes

Avec qui Rudolf Vrba et Alfred Wetzler se sont-ils réunis après leur arrivée en Slovaquie pour livrer leur témoignage ?
Lors du procès de Francfort, Rudolf Vrba a dit qu’à son arrivée en Slovaquie il s’était réuni avec « les chefs de la communauté juive à Bratislava » [76]. Dans son ouvrage I Cannot Forgive, Rudolf Vrba a précisé à qui lui et Wetzler avaient fait leur récit : « au docteur Oscar Neumann, porte-parole de tous les juifs slovaques, à Oscar Krasnansky, Erwin Steiner et à un homme nommé Hexner » [77]. Lors du procès d’Ernst Zündel, Vrba a déclaré qu’il s’était réuni avec le docteur Neumann, avec l’ingénieur Krasnansky et avec « beaucoup d’autres – beaucoup d’avocats » [78].
Oskar Karmil-Krasniansky a toutefois démenti la version de Vrba. Pour Krasniansky ce fut lui-même, et seulement lui, qui rencontra les évadés d’Auschwitz en avril 1944 :
« II n’y eut que l’ingénieur Krasnansky lors de la discussion avec les fugitifs d’Auschwitz-Birkenau, Walter Rosenberg (Vrba) et Alfred Wetzler » (Die Aussprache mit den Fluechtlingen von Auschwitz-Birkenau, Walter Rosenberg (Vrba) und Alfred Wetzler hatte nur Ing. Krasnansky) [79].
De plus, dit Krasniansky, les évadés « n’eurent pas de contact direct avec la direction de l’U.Z. [Ustredna Zidov : Organisation Centrale Juive], mais il est tout à fait probable que les dirigeants aient entendu parler des évadés – mais naturellement ils ne purent nouer un contact direct parce qu’ainsi eux et les prisonniers s’exposaient à un danger » [80]. C’est la raison pour laquelle, selon Krasniansky, Vrba et Wetzler ne se sont pas réunis avec les dirigeants de la communauté juive slovaque. Par conséquent, on ne peut pas non plus sur ce point accorder les déclarations des principaux protagonistes de la gestation des Protocoles.

3. 4. 1. 3 Langue dans laquelle est rédigé le document

Dans le mémorandum de l’OSS joint au document NA on indique que l’original du Protocole 1 a été « écrit en hongrois » (written in Hungarian) [81].
Selon Oskar Krasniansky, la conversation qu’il eut avec les fugitifs se déroula « en slovaque » (in slowakischer Sprache) mais le Protocole fut rédigé par le même Krasniansky « en allemand » (in deutscher Sprache) [82]. Cette version coïncide avec celle de la dactylographe Tova Steiner qui tapa à la machine les Protocoles « en langue allemande » [83].
Alfred Wetzler, dans sa déposition lors du procès de Francfort, a également déclaré que le document avait été rédigé en allemand [84]. Néanmoins, Rudolf Vrba a attesté lors du procès d’Ernst Zündel que le Protocole avait été écrit en slovaque : « il s’agit du rapport tel que je l’ai écrit, en slovaque » (this is the Report as I wrote it, it was in the Slovak language)[85].
Pour sa part, l’historien John S. Conway, qui a étudié les circonstances qui ont entouré l’apparition des Protocoles, est parvenu à une conclusion de compromis en déclarant que le rapport avait été composé « simultanément en slovaque et en allemand » (gleichzeitig in slowakischer und deutscher Sprache) [86].

3. 4. 1. 4 Longueur du document

Alfred Wetzler a affirmé lors du procès de Francfort que lui et Rudolf Vrba avaient rédigé « un protocole de soixante pages » (ein sechzigseitiges Protokoll) [87].
Pour sa part, Rudolf Vrba a déclaré dans deux articles de journaux que le Protocole avait 50 pages [88].
Tova Steiner, qui a dactylographié le document, a déclaré que celui-ci avait « environ 40 pages » (cca. 40 seiten) [89]. De même, le docteur Oskar Neumann se souvenait que le document se composait d’« approximativement quarante pages serrées imprimées à la machine » (etwa vierzig eng beschriebene Maschinschriftseiten) [90].
Enfin, l’auteur Erich Kulka a indiqué que le témoignage de Vrba et de Wetzler était tantôt long d’« une soixantaine de pages » [91], tantôt de 30 [92], et tantôt de 26 [93].
Par conséquent, sur ce point également, ceux qui ont étudié ce sujet et les personnes qui ont participé – ou qui disent avoir participé – à la gestation des Protocoles ne sont pas non plus d’accord. Selon les différentes déclarations, la longueur du premier texte variait entre un minimum de 26 pages et un maximum de 60.

3. 4. 1. 5 Le ou les auteurs des croquis

Sur ce point également s’affrontent deux versions inconciliables. Rudolf Vrba a déclaré lors du procès d’Ernst Zündel que c’est lui qui avait dessiné les croquis qui figurent dans le Protocole 1 :
« Je les ai dessinés (I drew those) en juin... le 25 avril 1944, en Slovaquie, après m’être échappé d’Auschwitz » [94].
Cependant, Oskar Kraniansky a révélé que les « fugitifs n’ont dessiné aucun croquis. C’est moi qui les ai dessinés d’après les indications des fugitifs » (Die Flüchtlinge haben keine Skizzen gezeichnet. Die habe ich gezeichnet nach den Angaben der Flüchtlinge) [95].

3. 4. 2 Protocole 2

D’après la déposition de Wetzler lors du procès de Francfort, ce témoignage a été rédigé par les deux nouveaux évadés d’Auschwitz avec lui-même et Rudolf Vrba :
« Il arriva ensuite que deux nouveaux prisonniers s’enfuirent et que le 6 juin 1944 nous fîmes ensemble un second rapport augmenté » (Es sind dann noch zwei weitere Häftlinge geflohen, und mit ihnen gemeinsam fassten wir am 6. Juni 1944 einen zweiten, erweiterten Bericht ab) [96].
Oskar Krasniansky a déclaré au contraire que « ni Rosenberg ni Wetzler n’étaient présents » (waren weder Rosenberg, noch Wetzler anwesend) [97] lors de la rédaction de ce nouveau Protocole. De plus, poursuit Krasniansky, ce rapport n’avait pas augmenté, tout au contraire : « Il était beaucoup plus court que le premier parce que je n’ai retenu que les événements après l’évasion des deux premiers » [98].
C’est la raison pour laquelle, en ce qui concerne ce texte également, nous nous trouvons en présence des versions opposées de ceux qui ont pris part – ou affirment avoir pris part – à sa gestation.

3. 4. 3 Protocole 3

Il n’y a pas d’allusion aux circonstances de sa rédaction dans les sources étudiées. [Addition de 1998. Le docteur Tabeau a rédigé son témoignage – qui comprenait plusieurs dizaines de pages – avec l’aide de membres de la résistance polonaise. Par la suite, la résistance lui demanda d’aller en Angleterre témoigner. Il se trouvait en Hongrie en mars 1944, juste au moment où se produisit l’invasion allemande et il dut retourner en Pologne [99]. Le document fut rédigé en polonais] [100].

3. 5 La diffusion des Protocoles

Aux questions de l’auteur Erich Kulka qui voulait savoir si l’on avait décidé d’un plan pour la transmission et l’utilisation des Protocoles, Oskar Krasniansky avait répondu :
« Notre groupe de travail avait naturellement conseillé l’utilisation des Protocoles. Nous décidâmes de transmettre les Protocoles aux adresses suivantes : au comité de secours, comité de liaison à Istanbul, à M. Nathan Schwalb à Genève, un exemplaire fut remis au nonce à Bratislava pour être transmis au Vatican. De plus un Protocole fut remis au Dr Kastner pour être transmis au régent Horthy et au prince primat Szeredy. J’ai moi-même traduit le Protocole en hongrois à la demande du docteur Kastner pour rendre possible sa lecture en Hongrie à ceux qui ne comprenaient pas l’allemand » [101].
Nous allons examiner à présent les vicissitudes qu’ont connues les Protocoles dans chacun des cas indiqués par Oskar Krasniansky.

3. 5. 1 Comité de secours ou de liaison à Istanbul (Turquie)

Selon ce qu’indique Krasniansky lui-même, la copie qui avait pour objectif Istanbul (Turquie) n’est jamais arrivé à destination. Le messager chargé de la porter était probablement un agent payé par la Gestapo [102].

3. 5. 2 L’arrivée des Protocoles à Genève (Suisse)

L’en-tête du document FDRL 1 indique que le Protocole 1 était à Genève le 17 mai 1944, en la possession de l’organisation sioniste Hechaluz (voir Appendice 6).
Toutefois, le docteur Gerhart M. Riegner, directeur du bureau de Genève du Congrès juif mondial, ne prit connaissance des Protocoles que presque un mois après, le 13 juin 1944, date à laquelle il les reçut des mains du docteur Jaromir Kopecky, représentant à Genève du gouvernement tchèque en exil [103]. En effet, comme l’a reconnu le docteur Riegner, « [p]ersonne de [sic] nous dans les bureaux juifs de Genève n’a eu connaissance du fait qu’un autre exemplaire des rapports avait été reçu un mois auparavant par le représentant du Hechaluz à Genève, M. Natan Schwalb (Dror) » [104]. Il est surprenant qu’un document d’une si grande importance, aux mains d’une organisation sioniste de Genève, soit restée ignorée des autres dirigeants juifs de la même ville pendant presque un mois. Le fait est si inhabituel que le docteur Riegner nous a indiqué que la « seule explication rationnelle serait une erreur de date dans le rapport de Hechaluz » [105]. Mais on peut rétorquer au docteur Riegner que si Krasniansky avait réellement envoyé une copie des Protocoles à Nathan Schwalb, dirigeant de Hechaluz à Genève, peu après leur rédaction, vers le 25 avril 1944 (voir p. 30-31), il est parfaitement possible que le rapport se soit retrouvé en Suisse le 17 mai, une vingtaine de jours plus tard. Mais il faut surtout souligner que, face à l’hypothèse d’une erreur, le fait certain est que le document de Hechaluz porte la date du 17 mai 1944. Mais ce n’est pas la seule anomalie. Les documents reçus par le docteur Riegner le 13 juin 1944 comprenaient les Protocoles 1 et 2 [106]. Or, si les auteurs présumés du Protocole 2 sont arrivés à la frontière slovaque le 6 juin 1944, date à partir de laquelle ils passèrent une semaine en prison, cela veut dire que ce second témoignage n’a pu être rédigé avant le 13 juin. Ce qui est en contradiction avec le fait que ce même jour, le 13 juin, ce témoignage se soit retrouvé à Genève entre les mains du docteur Riegner. En outre, la date indiquée par le docteur Riegner est également en contradiction avec les déclarations d’Oskar Krasniansky selon lesquelles ce second Protocole avait été rédigé en été, « peut-être début juillet » 1944.

3. 5. 3 Le représentant du Saint-Siège à Bratislava (Slovaquie)

Une copie du Protocole 1 fut remise au chargé d’affaires du Saint-Siège à Bratislava, Monseigneur Angelo Burzio. Monseigneur Burzio envoya le document au Vatican le 22 mai 1944 [107]. À présent, si le témoignage des deux premiers évadés d’Auschwitz avait été rédigé, selon la version la plus répandue, dans les dix derniers jours du mois d’avril 1944, pourquoi les dirigeants juifs de Bratislava ont-ils mis plus de 20 jours pour le remettre au représentant du Saint-Siège, qui habitait dans la même ville ? D’autre part, si les dirigeants juifs ont remis immédiatement le document au diplomate du Saint-Siège, pourquoi celui-ci a-t-il mis plus de 20 jours pour l’envoyer au Vatican, si l’on tient compte de l’importance de l’information ? Ces questions n’ont pas reçu jusqu’à présent une réponse convaincante.

3. 5. 4 Les Protocoles en Hongrie

Le Protocole 1 était en la possession de Rudolf Kastner, dirigeant de l’organisation sioniste de Hongrie, dans les dix derniers jours du mois d’avril 1944 [Addition de 1998. Selon Y. Bauer, il n’est pas prouvé que Rudolf Kastner ait reçu le Protocole 1 à ce moment-là. De fait, Hansi Brand – épouse de Joël Brand, important dirigeant d’une organisation sioniste hongroise – a démenti que Kastner se soit trouvé à Bratislava fin avril. Selon elle, Kastner arriva à Bratislava en août 1944. Dans tous les cas, Bauer reconnaît qu’au moins une copie du Protocole 1 parvint à Budapest fin avril ou début mai des mains d’un membre d’un petit groupe de résistance de confession luthérienne] [108]. Cependant, l’historien Randolph L. Braham a indiqué que c’est « seulement pendant la seconde moitié de juin [1944] que les dirigeants juifs hongrois commencèrent à distribuer des copies des Protocoles parmi les personnalités influentes du gouvernement, les dirigeants ecclésiastiques de Hongrie et parmi leurs amis à l’extérieur » [109]. C’est pourquoi il s’est produit également dans ce cas un fait très étrange : si Rudolf Kastner disposait déjà d’un Protocole fin avril 1944, pourquoi ne l’a-t-il pas diffusé en Hongrie presque deux mois avant ? Pourquoi les dirigeants juifs hongrois ont-ils attendu si longtemps pour divulguer un document d’une si grande importance pour leur propre communauté, surtout si l’on tient compte qu’une grande partie de celle-ci était précisément en train d’être déportée à Auschwitz ?

3. 5. 5 Conclusion

Les circonstances qui ont entouré la transmission et la diffusion des Protocoles d’Auschwitz continuent d’être confuses aujourd’hui encore. Pour le dire dans les termes d’Erich Kulka, jusqu’à « ce jour on ne sait pas clairement et de façon exacte quand et comment a été envoyé le rapport d’Auschwitz, quand et par qui il a été reçu, et pourquoi la réaction a tardé » [110]. Cette confusion est d’autant plus inexplicable que les personnes ayant participé à ces faits ont survécu longtemps après la guerre [111] et ont fait des déclarations. Mais ces déclarations, au lieu d’éclairer la question, ont contribué à l’embrouiller encore davantage. Comme l’a reconnu Erich Kulka lui-même, une grande partie des déclarations des témoins « sont inexpliquées et se contredisent l’une l’autre sur des détails » [112]. De plus, le comportement de ceux qui ont transmis les Protocoles a été illogique. On ne connaît aucune raison qui explique que ces documents se soient trouvés pendant près d’un mois à Genève sans qu’on les diffuse ne serait-ce que parmi les organisations sionistes locales. Il n’est pas non plus logique que les dirigeants juifs slovaques aient mis plus de 20 jours pour remettre les Protocoles au chargé d’affaires du Saint-Siège à Bratislava (ou, s’ils les ont remis tout de suite, que celui-ci ait tant tardé à les envoyer au Vatican). Enfin, il est incompréhensible qu’il se soit écoulé près de deux mois avant que les Protocoles soient diffusés en Hongrie, dont la communauté juive était précisément en train d’être déportée à Auschwitz.


Notes

[11] YVA, préface.
[12] YVA, p. 1.
[13] YVA, p. 6-7.
[14] MDW, p. 1. C’est nous qui soulignons.
[15] RA, préface.
[16] YVA, p. 16.
[17] Der Prozess gegen die Hauptkriegsverbrecher vor dem internationalen Militärgerichtshof. Nürnberg 14. November 1945-1. Oktober 1946, Nuremberg, 1947, vol. III, p. 634.
[18] Livia ROTKIRCHEN, The Destruction of Slovak Jewry. A Documentary History, Yad Washem [sic], Jérusalem, 1961, p. 158-163.
[19] Voir YVA, préface et p. 7.
[20] Jirmejahu Oskar NEUMANN, Im Schatten des Todes. Ein Tatsachenbericht vom Schicksalskampf des slovakischen [sic] Judentums, Olamenu, Tel Aviv, 1956.
[21] Idem, p. 6.
[22] Idem, p. 178.
[23] Idem, p. 179.
[24] Idem, p. 181.
[25] Ota KRAUS & Erich KULKA, Noc a mlha [« Nuit et brouillard »], Nase Vojsko-SPB, Prague, 1958.
[26] Idem, p. 383.
[27] Rudolf VRBA, « I warned the world of Eichmann’s murders », Daily Herald, 27 février 1961, p. 4 ; « Two-hour wait for Death », Daily Herald, 28 février 1961, p. 4 ; « Escape at last... », Daily Herald, 1er mars 1961, p. 4 ; « A woman’s cry... », Daily Herald, 2 mars 1961, p. 4 ; et « He wept – and passed my message to the world », Daily Herald, 3 mars 1961, p. 4.
[28] The Attorney-General of the Government of Israel v. Adolf, the Son of Adolf Karl Eichmann. Minutes of Sessions (Jérusalem, 1961). Séance 71, Ffl. Il convient de souligner que le texte est une transcription de la traduction simultanée et c’est la raison pour laquelle les noms propres sont transcrits phonétiquement.
[29] Rudolf VRBA & Alan BESTIC, I Cannot Forgive, Sidgwick & Jackson and Anthony Gibbs & Phillips, [Londres], 1963.
[30] Idem, p. 25 et 45.
[31] Idem, p. 99, 112, 114, 115 et passim.
[32] Le Musée d’État d’Oswiecim (Panstwowe Muzeum Oswiecimiu) a été construit sur les ruines des anciens camps de concentration allemands d’Auschwitz et de Birkenau. Dans ses archives sont conservés les documents saisis aux Allemands après leur retraite.
[33] Danuta CZECH, « Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau » [désormais : « Kalendarium »], Hefte von Auschwitz [Oswiecim], n° 7, 1964, p. 71-103.
[34] Idem, p. 87.
[35] Idem, p. 97.
[36] Rudolf VRBA, « Footnote to Auschwitz Report. A Reply to Robert Major on the Holocaust in Hungary », Jewish Currents [s.l.], mars 1966, p. 22-28.
[37] Idem, p. 24.
[38] Ernst Zündel, éditeur canadien d’origine allemande, fut inculpé en 1984 pour avoir « publi[é] de fausses nouvelles dans l’intention de porter atteinte à l’intérêt public ». Zündel avait édité un ouvrage qui mettait en doute la réalité de l’extermination des juifs pendant la seconde guerre mondiale.
[39] In the District Court of Ontario. Between : Her Majesty the Queen and Ernst Zündel. Before : The Honorable Judge H. R. Locke and a Jury, Toronto, Ontario. Comptes rendus des séances, 23 janvier 1985, p. 1519.
[40] Conversation de l’auteur avec K. Smolen (Oswiecim, 19 juin 1989).
[41] [Miroslav KARNY, « The Vrba and Wetzler Report », dans : Anatomy of the Auschwitz Death Camp [Washington, etc.], 1994, p. 566.]
[42] YVA, préface.
[43] Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 350, 352, 354 et 355.
[44] Organisation qui regroupait les juifs slovaques pendant la guerre. 
[45] Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 231. 
[46] NA, p. i. 47.
[47] Rudolf VRBA & Alan BESTIC, I Cannot Forgive, op. cit., p. 248-249. 
[48] Procès qui s’est tenu dans la ville allemande de Francfort-sur-le-Main de décembre 1963 à août 1965. On y jugea d’anciens gardiens d’Auschwitz. Rudolf Vrba et Alfred Wetzler comparurent en tant que témoins. 
[49] Hermann LANGBEIN, Der Auschwitz Prozess. Eine Dokumentation, Europäische Verlagsanstalt, Francfort, 1965, p. 125. 
[50] Membre des cercles sionistes slovaques. Il fit partie durant la guerre du « comité de sauvetage » de la communauté juive de Bratislava (Slovaquie). 
[51] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, p. 2-3. Document conservé à l’Institute of Contemporary Jewry (The Hebrew University), Oral History Division, catalogue n° 3, 1970, p. 120, n° 410 S.E. 
[52] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasnansky [a]), Tel Aviv, 29 avril 1973. Conservé à l’Institut Yad Vashem de Jérusalem sous la cote M20/153. 
[a] Oskar Karmil est appelé tantôt Krasniansky, tantôt Krasnansky. 
[53] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Tova Steiner, Jérusalem, 29 avril 1973. Conservé à l’Institut Yad Vashem de Jérusalem sous la cote M20/153. 
[54] Erich KULKA, « Auschwitz Condoned. The Abortive Struggle against the Final Solution », The Wiener Library Bulletin [Londres], vol. XXII, 1968-1969, p. 3. 
[55] Hermann LANGBEIN, Der Auschwitz Prozess, op. cit., p. 125. 
[56] Erich KULKA, « Five Escapes from Auschwitz », dans : They Fought Back. The Story of the Jewish Resistance in Nazi Europe, Yuri Suhl, Londres, 1968, p. 235-236 ; John S. CONWAY, « Frühe Augenzeugenberichte aus Auschwitz. Glaubwürdigkeit und Wirkungsgeschichte », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte [Munich], 27e année, n° 2, 1979, p. 276. 
[57] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 7. 
[58] Jirmejahu Oskar NEUMANN, Im Schatten des Todes, op. cit., p. 181. 
[59] Danuta CZECH, « Kalendarium », Hefte von Auschwitz [Oswiecim], n° 6, 1962, p. 79. 
[60] Livia ROTKIRCHEN, The Destruction of Slovak Jewry, op. cit., p. XLI. 
[61] John S. CONWAY, « Frühe Augenzeugenberichte aus Auschwitz », art. cité, p. 269. 
[62] [Lettre du docteur Tabeau à l’auteur, non datée (reçue le 15 juin 1990).] 
[63] NA, p. i. 
[64] Rudolf VRBA & Alan BESTIC, I Cannot Forgive, op. cit., p. 246-248. 
[65] Hermann LANGBEIN, Der Auschwitz Prozess, op. cit., p. 124. 
[66] Bernd NAUMANN, Auschwitz. Bericht über die Strafsache gegen Mulka u.a. vor dem Schwurgericht Frankfurt [désormais : Auschwitz], S. Fischer, Francfort, s.d., p. 193. 
[67] Responsable du ministère slovaque de l’Intérieur pendant la guerre. 
[68] Livia ROTKIRCHEN, The Destruction of Slovak Jewry, op. cit., p. 163. 
[69] Her Majesty the Queen and Ernst Zündel, loc.cit., séance du 22 janvier 1985, p. 1371. 
[70] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 7. 
[71] [Lettre du docteur Tabeau à l’auteur, sans date (reçue le 15 juin 1990).] 
[72] Her Majesty the Queen and Ernst Zündel, loc.cit., séance du 22 janvier 1985, p. 1372. 
[73] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasnansky), Tel Aviv, 29 avril 1973, loc. cit
[74] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Tova Steiner, Jérusalem, 29 avril 1973, loc. cit.  
[75] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 5. 
[76] Hermann LANGBEIN, Der Auschwitz Prozess, op. cit., p. 124. 
[77] Rudolf VRBA & Alan BESTIC, I Cannot Forgive, op. cit., p. 248. 
[78] Her Majesty the Queen and Ernst Zündel, loc. cit., séance du 22 janvier 1985, p. 1372. 
[79] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasnansky), Tel Aviv, 29 avril 1973, loc. cit. 
[80] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 12. 
[81] NA, p. i. 
[82] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasnansky), Tel Aviv, 29 avril 1973, loc. cit.  
[83] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Tova Steiner, Jérusalem, 29 avril 1973, loc. cit.  
[84] Bernd NAUMANN, Auschwitz, op. cit., p. 193. 
[85] Her Majesty the Queen and Ernst Zündel, loc.cit., séance du 23 janvier 1985, p. 1464. 
[86] John S. CONWAY, « Frühe Augenzeugenberichte aus Auschwitz », art. cité, p. 268-269. 
[87] Bernd NAUMANN, Auschwitz, op. cit., p. 193. 
[88] Rudolf VRBA, « A woman’s cry... », Daily Herald, 2 mars 1961, p. 4 ; « La plus grande des trahisons », France-Dimanche, n° 925, 14 mai 1964, p. 8. 
[89] Compte rendu de la conversation entre Erich Kulka et Tova Steiner, Jérusalem, 29 avril 1973, loc. cit. 
[90] Jirmejahu Oskar NEUMANN, Im Schatten des Todes, op. cit., p. 179. 
[91] Ota KRAUS & Erich KULKA, Noc a mlha, op. cit., p. 383. 
[92] Erich KULKA, « Auschwitz Condoned », art. cité, p. 3. 
[93] Erich KULKA, « Five Escapes from Auschwitz », art. cité, p. 233 ; « Escapes of Jewish Prisoners from Auschwitz-Birkenau and their Attempts to Stop Mass Extermination », dans : Yad Vashem Fourth Historical Conference 1980, Jérusalem, 1984, p. 410. 
[94] Her Majesty the Queen and Ernst Zündel, loc.cit., séance du 21 janvier 1985, p. 1260. 
[95] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 5. 
[96] Hermann LANGBEIN, Der Auschwitz Prozess, op. cit., p. 125. 
[97] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 7. 
[98] Ibidem. 
[99] [Danuta CZECH, Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau 1939-1945 [désormais : Kalendarium, 1989], Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 1989, p. 657.] 
[100] [Lettre du docteur Tabeau à l’auteur, sans date (reçue le 15 juin 1990).] 
[101] Procès-verbal de la conversation entre Erich Kulka et Oskar Karmil (Krasniansky), Tel Aviv, 8 juin 1964, loc. cit., p. 6. 
[102] Conversation entre Martin Gilbert et Oskar Krasnansky. Cité par Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 204. 
[103] Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 232. 
[104] Lettre en français du docteur Riegner à l’auteur, 25 mai 1989. 
[105] Ibidem.  
[106] Martin GILBERT, Auschwitz and the Allies, op. cit., p. 232. 
[107] Le Saint-Siège et les victimes de la guerre (janvier 1944-juillet 1945), Pierre Blet, Robert A. Graham, etc., Cité du Vatican, 1980, p. 281. 
[108] [Yehuda BAUER, « Anmerkungen zum "Auschwitz-Bericht" von Rudolf Vrba », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte [Munich], 45e année, n° 2, avril 1997, p. 300-301.] 
[109] Randolph L. BRAHAM, The Politics of Genocide. The Holocaust in Hungary, Columbia University Press, New York, 1981, p. 712. 
[110] Erich KULKA, « Escapes of Jewish Prisoners from Auschwitz-Birkenau and their Attempts to Stop Mass Extermination », loc. cit., p. 410. 
[111] Rudolf Kastner est mort en 1957 ; Oskar Krasniansky et Jaromir Kopecky vivaient en 1981 ; Gerhart Riegner était toujours en vie en 1989. 
[112] Erich KULKA, « Five Escapes from Auschwitz », art. cité, p. 245.

 


Source: Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 5-208


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