Enrique Aynat : Les « Protocoles d’Auschwitz » sont-ils une source historique digne de foi ?

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5. La question de la véracité des Protocoles

Les Protocoles d’Auschwitz sont-ils véridiques ? Pour répondre à cette question nous avons comparé les textes des Protocoles avec les différentes sources qui nous donnent des renseignements sur ce qui s’est passé à Auschwitz. Nous livrons ci-après le résultat de cette comparaison en mentionnant les points les plus importants.

5. 1 Protocole 1

Nous avons pris comme base de travail le texte du document YVA (voir Appendice 1, p. 135-159). Les numéros de pages entre parenthèses après chaque citation renvoient au document indiqué.
Les références où figure la mention Kalendarium renvoient au travail de Danuta Czech, « Kalendarium der Ereignisse im Konzentrationslager Auschwitz-Birkenau », paru dans les numéros 3 (1960), 4 (1961), 6 (1962) et 7 (1964) de la revue Hefte von Auschwitz, publiée par le Musée d’État d’Oswiecim. [Addition de 1998. Rappelons que les références indiquant « Kalendarium, 1989 » renvoient à la seconde édition de l’ouvrage de Danuta Czech (publié par Rowohlt, Reinbek bei Hamburg, 1989)].

- « Le 13 avril 1942 nous fûmes – 1 000 hommes [1 000 Mann] – mis dans des wagons dans le camp de rassemblement [Sammellager] de Sered. [...]. Après le décrochage d’une petite partie de notre convoi, nous continuâmes le voyage et arrivâmes de nuit à Auschwitz [...]. Nous étions arrivés 643 hommes [Wir waren 643 Mann angekommen]. » Le reste du convoi arriva quelques jours après (p. 1).
Le texte mentionne donc un convoi de 1 000 juifs slovaques arrivés en deux temps.
Faux. Le 13 avril 1942 arriva à Auschwitz un convoi de Slovaquie avec 1 077 personnes, 634 juifs (qui reçurent les numéros 28903 à 29536) et 443 juives (Kalendarium, n° 3, p. 55). Il s’agissait par conséquent d’un convoi mixte. De plus, il n’existe pas de preuve de l’arrivée de la seconde partie du convoi dont parle l’auteur du texte avec les 357 déportés restants. Le second convoi venant de Slovaquie arriva le 17 avril 1942 avec 973 juifs (Kalendarium, n° 3, p. 56).

- À l’arrivée au camp on fournit à chaque homme un numéro matricule qui commençait par le 28600 (p. 1).
Faux. Les 634 juifs slovaques arrivés à Auschwitz le 13 avril 1942 reçurent les numéros 28903 à 29536 (Kalendarium, n° 3, p. 55).

[Addition de 1998.
-
« À l’époque de mon admission, c’est-à-dire en avril 1942, environ 15 000 détenus s’y trouvaient » (p. 1).
En réalité, il y avait 10 629 détenus à Auschwitz-Birkenau le 1er avril 1942 (Kalendarium, 1989, p. 194).

- « Le Lagerkommando Auschwitz a sous ses ordres le camp de travail de Birkenau ainsi que le petit camp agricole de Harmense » (p. 1).
Depuis le 8 décembre 1941, en effet, existait le petit camp de Harmense, utilisé comme ferme pour oiseaux domestiques (Kalendarium, 1989, p. 151).

- « Au moment de notre évasion du camp de Birkenau, c’est-à-dire au début avril 19[44], ce numéro [dernier numéro matricule attribué à un détenu] était autour de 180000 » (p.1).
Le numéro matricule 180000 fut en effet attribué le 10 avril 1944 (Kalendarium, 1989, p. 753).]

- Plan du camp d’Auschwitz (p. 3).
(voir Illustrations n° 1 et n° 2)
Bien que le périmètre soit approximativement égal sur les deux croquis, la disposition intérieure est différente. Le plan du Protocole 1 passe sous silence plusieurs rues, tant longitudinales que transversales et ignore un bâtiment aussi grand et d’une apparence aussi caractéristique que la cuisine du camp. [Addition de 1998. C’est certain mais le dessin est très schématique et il ne prétendait représenter dans ce cas que le contour global du camp qui est, d’une manière générale, assez approximatif].

- Dessin d’une tour de garde (p. 3).
(voir Illustrations n° 3 et n° 4)
Comparez la photographie d’une tour de garde authentique, comme celle qui est conservée au Musée d’État d’Oswiecim, avec le croquis du Protocole. On peut affirmer en toute certitude que celui qui a fait ce dessin n’est jamais allé à Auschwitz. La silhouette particulière des tours de garde est la première chose qui attire l’attention d’un visiteur à Auschwitz.
[Addition de 1998. Nous ne serions pas aussi catégorique aujourd’hui. Il existe une photographie de Birkenau – qui correspond à notre avis à l’hiver 1943-1944 – sur laquelle on aperçoit trois tours de surveillance qui ont une certaine ressemblance avec l’illustration n° 3. De plus, un dessin d’une ancienne détenue, Zofja Rozenstrauch, internée à Auschwitz de juillet 1943 à janvier 1945, représente une tour de garde semblable à celle du dessin du Protocole (voir l’illustration n° 6).
Sans doute existait-il donc à Auschwitz-Birkenau, en avril 1944, des tours de garde semblables à l’illustration n° 3. Il est possible que les tours que l’on peut voir actuellement aient été installées après cette date.]

- Lorsqu’un évadé est rattrapé en vie, « il est pendu [gehängt] en présence de tout le camp » (p. 3).
Faux. La procédure normale après la capture d’un prisonnier évadé était de l’enfermer dans les cellules de punition du camp (block 11) puis de le fusiller. Le Kalendarium mentionne comme un leitmotiv de nombreux cas de prisonniers capturés après leur fuite et fusillés : « Le prisonnier X fut arrêté à la suite d’une évasion et enfermé dans le bunker du block 11. Il fut fusillé au cours d’une sélection ultérieure » (Der Häftling X wurde auf der Flucht ergriffen und in den Bunker von Block 11 gesperrt. Bei einer spateren Selektion wurde er erschossen) (Kalendarium, n° 4, passim).
Il n’y a qu’une seule occasion recensée par le Kalendarium entre avril 1942 et avril 1944 où des prisonniers ont été pendus (n° 6, p. 48).
[Addition de 1998. Cet événement eut lieu le 19 juillet 1943. Dans la seconde édition du Kalendarium il est indiqué que le 8 juillet 1942 s’est produit probablement pour la première fois une exécution publique au moyen de la potence. Les victimes étaient deux détenus polonais évadés de la « compagnie disciplinaire » (Strafkompanie) (Kalendarium, 1989, p. 244).]

- « Il se produisit de nombreuses tentatives d’évasion durant nos quelque deux ans de détention. Hormis deux ou trois cas [Bis auf 2 oder 3 Fälle], les prisonniers ont toujours été ramenés vivants ou morts [...]. On peut affirmer avec certitude que des juifs de Slovaquie qui ont été internés à Auschwitz ou à Birkenau, nous avons jusqu’à présent été les seuls qui avons réussi à nous sauver » (p. 4).
Faux. Entre le 13 avril 1942 et le 6 avril 1944, veille de l’évasion, le Kalendarium enregistre 197 évadés qui n’ « ont pas été ramenés vivants ou morts » (Kalendarium, n° 3, p. 55-110 ; n° 4, p. 64-111 ; n° 6, p. 43-87 et n° 7, p. 72-86).
Il a pu être établi que pas moins de 100 évadés d’Auschwitz sont restés en vie [115].
D’autre part, l’affirmation selon laquelle les deux auteurs présumés du Protocole 1 furent les seuls juifs slovaques évadés n’est pas vraisemblable. Selon Hermann Langbein, qui fut également détenu à Auschwitz, presque « 16 % des fugitifs étaient juifs. Les documents ne permettent pas de déterminer leur pays d’origine, mais d’après les cas connus l’on peut conclure que la plupart étaient polonais ou slovaques » [116].
Il n’est pas certain non plus que les évasions aient présenté d’extraordinaires difficultés. Rudolf Höss, qui fut commandant d’Auschwitz pendant plus de trois ans, a indiqué que l’évasion « n’était pas une entreprise particulièrement difficile », que « les possibilités d’évasion étaient innombrables » à Auschwitz et que « quatre-vingt-dix pour cent des évasions réussissaient » [117].

- « En fait, aucune commune ne porte le nom de Birkenau. Le nom lui-même est nouveau : il provient de la forêt de bouleaux (Brezinky) située à proximité. C’est du nom de "Rajska" que la population désigne, comme elle l’a toujours fait, la région appelée maintenant "Birkenau" » (p. 4).
Faux. Le camp de Birkenau était situé sur le terrain de la localité polonaise de Brzezinka dont la population avait été évacuée par les Allemands [118]. Brzezinka et « Rajska » (en réalité Rajsko) étaient deux localités distinctes. Il s’agit d’un fait si évident que les localités de Brzezinka et de Rajsko figurent toutes les deux sur une carte annexée au texte FDRL 2 (voir Appendice 7).

- « Au moment de leur arrivée à Auschwitz, les nouveaux prisonniers russes ne recevaient pas de numéros dans l’ordre de leur arrivée comme les autres détenus, mais toujours un numéro entre 1 et 12000 à la place d’un Russe déjà mort » (p. 5).
Faux. À Auschwitz on ne donnait pas une seconde fois les numéros matricules des prisonniers décédés [119].

[Addition de 1998.
-
« Une semaine avant notre arrivée à Auschwitz [le 13 avril 1942] était arrivé le premier convoi masculin juif [jüdische Männertransport], 1 300 juifs français naturalisés de Paris. On leur attribua les numéros à partir de 27500 » (p. 5).
Le 30 mars 1942 étaient arrivés 1 112 juifs de France. Ils reçurent les numéros matricules 27533 à 28644 (Kalendarium, 1989, p. 193).

- « Dans notre groupe de 200 nous avions tous les jours 30 à 35 morts » (p. 6). D’après le contexte, cette mortalité s’est produite immédiatement après l’arrivée de l’auteur du témoignage à Auschwitz, le 13 avril 1942.
Entre le 13 et le 30 avril 1942 il est mort en moyenne chaque jour 71 détenus à Auschwitz-Birkenau. Le camp comptait alors environ 14 000 détenus (Kalendarium, 1989, p. 197-205). Il est très improbable qu’il y ait eu un taux de mortalité quotidien de 15 % dans le groupe de 200 alors que celui du camp était de 0,5 %.]

- « On nous comptait tous les soirs, les cadavres étaient placés sur des wagonnets plats de chemin de fer ou chargés sur un camion, puis conduits dans la forêt de bouleaux (Brezinky) située à proximité où ils étaient brûlés [verbrannt wurden] dans une fosse, profonde de plusieurs mètres et longue d’environ quinze mètres » (p. 6).
Faux. Ces faits se sont produits, d’après le contexte, en avril 1942. À cette époque, les cadavres de ceux qui étaient morts étaient enterrés dans des fosses communes et non incinérés. La crémation des cadavres commença à Birkenau le 20 septembre 1942 (Kalendarium, n° 3, p. 91).

[Addition de 1998.
- L’auteur du témoignage parle d’un détenu appelé « Ladislav Braun de Trnava », un de ses camarades à Auschwitz en 1942 et qui est « mort depuis » (p. 6).
Il y a en effet la trace dans les registres d’Auschwitz d’un détenu du nom de Ladislaus Braun, né le 22 août 1920 à Trnava (Slovaquie) et décédé le 12 mars 1943] [120].

Le rapport énumère ensuite par ordre chronologique les convois de prisonniers et de déportés arrivés à Auschwitz. Chaque convoi ou groupe de convois est identifié par les numéros matricules attribués aux internés récemment arrivés au camp. D’après les auteurs du témoignage, ils furent de cette manière en mesure de reconstituer « avec une relative précision » (mit einer ziemlichen Genauigkeit) (p. 7) l’ordre d’arrivée de chaque convoi et le sort qu’ont connu ses membres. Nous donnons ci-après les séries de numéros matricules contenues dans le Protocole 1 dont les informations sont clairement inconciliables avec celles du Kalendarium. Pour une confrontation exhaustive des séries de numéros matricules des Protocoles et du Kalendarium, voir Appendice 8.

- « Environ de 29600 à 29700 100 hommes (aryens) de différents camps de concentration » (p. 7).
Faux. Aucun détenu provenant de camps de concentration n’a été enregistré sous cette numérotation (Kalendarium, n° 3, p. 55-56).

- « Environ de 29700 à 32700 Trois convois complets de juifs slovaques » (p. 7).
Faux. La numérotation indiquée a été attribuée à 2 031 juifs slovaques, arrivés en quatre convois, et à 969 « aryens » d’origines diverses (Kalendarium, n° 3, p. 55-57).

- « Environ de 32700 à 33100 400 criminels professionnels (aryens) des prisons de Varsovie » (p. 7).
Faux. On n’a enregistré l’arrivée d’aucun convoi de Varsovie sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 3, p. 57).

- « Environ de 33100 à 35000 2 000 juifs de Cracovie » (p. 7)
Faux. On n’a enregistré l’arrivée d’aucun juif de Cracovie sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 3, p. 57-59).

- « Environ de 37900 à 38000 100 Polonais du camp de concentration de Dachau » (p. 7).
Faux. On n’a enregistré l’arrivée d’aucun détenu de Dachau sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 3, p. 62).

- « Environ de 38000 à 38400 400 juifs français naturalisés. Ces juifs arrivèrent avec leur famille. Le convoi entier comptait quelque 1 600 âmes, parmi lesquelles autour de 400 hommes et 200 jeunes filles furent conduits au camp selon la procédure décrite, tandis que les 1 000 personnes restantes (femmes, vieillards, enfants et même des hommes), sans avoir fait l’objet d’aucune identification ou traitement, furent amenées directement de la voie de chemin de fer au bois de bouleaux pour y être gazées [vergast] et brûlées » (p. 7).
Faux. La numérotation indiquée a été attribuée à 177 « aryens » et à 223 juifs. Ces derniers faisaient partie d’un convoi venant de Paris qui transportait 1 000 juifs qui furent tous enregistrés dans le camp (numéros 38177 à 39176). Ni femmes ni enfants ne voyageaient dans ce convoi. Il n’y eut pas de morts par l’effet de gaz toxiques (Kalendarium, n° 3, p. 62). En outre, nous avons déjà indiqué qu’à cette époque on n’incinérait pas encore les victimes, qui étaient enterrées (voir ci-dessus).

- « Environ de 38400 à 39200 800 juifs français naturalisés. Le reste du convoi fut gazé comme il vient d’être dit » (p. 8).
Faux. Les numéros matricules indiqués ont été attribués à 776 juifs – qui faisaient partie du convoi venant de Paris cité au point précédent – et à 24 « aryens ». Comme nous l’avons déjà indiqué, aucun membre de ce convoi n’a été gazé (Kalen darium, n° 3, p. 62-63).

- « Environ de 39200 à 40000 800 prisonniers politiques polonais (aryens) » (p. 8).
Faux. 371 Polonais, 242 Tchèques, 78 juifs slovaques et 99 d’origine inconnue ont été enregistrés sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 3, p. 63-65) [121].

- « Environ de 40000 à 40150 150 juifs slovaques. Convoi avec les familles [Familientransporte]. À l’exception de 50 jeunes filles en plus, qui furent conduites dans le camp des femmes, tous les autres furent gazés dans le bois de bouleaux » (p. 8).
Faux. Les numéros matricules cités ont été attribués à une partie d’un convoi de juifs slovaques, composé de 404 hommes et de 255 femmes. Les effectifs de ce convoi ont été enregistrés dans le camp dans leur totalité. Il n’y pas eu de morts par l’action de gaz toxiques (Kalendarium, n° 3, p. 65).

- « Environ de 40150 à 43800 Autour de 4000 juifs naturalisés français, tous des intellectuels. De ces convois 1 000 femmes environ furent conduites au camp des femmes, les quelque 3 000 personnes restantes furent gazées dans le bois de bouleaux » (p. 8).
Faux. En premier lieu, ces numéros matricules ont été attribués à 2 937 juifs venus de France dans trois convois, à 176 juifs slovaques et à 537 « aryens ». En second lieu, le total des femmes juives venues avec les trois convois de France s’élevait exactement à 100. Enfin, pas un seul des déportés de France n’a été gazé à son arrivée à Auschwitz (Kalendarium, n° 3, p. 65- 67).

- « Environ de 43800 à 44200 400 juifs slovaques de Lublin, parmi lesquels Matej Klein et le n° 43820 Meiloch Laufer, de Slovaquie orientale. Ce convoi était arrivé le 30 juin 1942 » (p. 8).
Il est effectivement arrivé le 30 juin 1942 un convoi du camp de concentration de Lublin avec 400 juifs en provenance de Slovaquie. Les détenus reçurent les numéros 43833 à 44232 (Kalendarium, n° 3, p. 68). Le matricule 43820 n’a donc pu être attribué à aucun des membres de ce convoi.

- « Environ de 45000 à 47200 200 [sic] Français (aryens), communistes et d’autres prisonniers politiques, parmi lesquels le frère de Thorez et le frère cadet de Léon Blum. Ce dernier fut atrocement torturé puis gazé et brûlé » (p. 8).
Faux. 1 170 « aryens » venant de France, 648 « aryens » d’autres origines et 182 juifs slovaques ont été enregistrés sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 3, p. 69-71). René Blum, frère cadet du dirigeant socialiste français Léon Blum, arriva deux mois et demi plus tard, dans un convoi dont une partie des membres reçurent les matricules 65460 à 65858 (Kalendarium, n° 3, p. 92).

- « Environ de 47000 à 47500 500 juifs de Hollande, en majorité des émigrés allemands. Le reste du convoi, autour de 2 500 personnes, fut gazé dans le bois de bouleaux » (p. 8).
Faux. Un convoi des Pays-Bas avec 2 000 juifs est arrivé le 17 juillet 1942. 1 251 hommes (numéros matricules de 47088 à 47687 et de 47843 à 48493) et 300 femmes ont été enregistrés dans le camp. Selon le Kalendarium il y a eu 449 morts dans les chambres à gaz (n° 3, p. 71).

- « Environ de 47500 à 47800 Environ cent Russes dits en détention préventive [Schutzrussen] » (p. 8).
Faux. Il n’y a pas de preuve de l’arrivée de ce convoi (Kalendarium, n° 3, p. 71-72).

- « Environ de 49000 à 64800 15 000 juifs naturalisés français, belges et hollandais. Le chiffre qui vient d’être mentionné ne constitue que 10 % des membres des convois arrivés entre le 1er juillet et le 15 septembre 1942. De grands convois avec des familles arrivèrent de tous les pays et furent dirigés directement sur le bois de bouleaux. Le commando spécial [Sonderkommando], qui s’occupait du gazage [Vergasung] et de l’incinération, travaillait par équipes de jour et de nuit. Les juifs furent gazés à cette époque par centaines de milliers [Zu hunderttausenden wurden in dieser Zeit Juden vergast] » (p. 8-9).
Faux. Tout d’abord, les matricules indiqués ont été attribués à 11 655 détenus d’origine juive et à 4 145 « aryens ». Parmi les juifs, la répartition par nationalités fut la suivante : 5 208 venant de France, 4 105 des Pays-Bas, 1 384 de Belgique, 563 de Slovaquie, 313 de Yougoslavie et 82 d’origine inconnue (Kalendarium, n° 3, p. 72-91) [122].
En second lieu, il n’est pas certain non plus que le « commando spécial » (Sonderkommando) ait brûlé les cadavres des gazés. Pour être exact, la crémation de cadavres à ciel ouvert commença à Birkenau le 20 septembre 1942. Jusqu’à cette date les cadavres étaient enterrés (voir p. 57).
En troisième lieu, il est faux que le chiffre de 15 000 juifs français, belges et néerlandais « [n’ait constitué] que 10 % des membres des convois ». Cela aurait voulu dire que 150 000 juifs français, belges et néerlandais seraient arrivés à Auschwitz dans ces convois, alors que les sources étudiées n’enregistrent l’arrivée que de 51 724.

[Addition de 1998.
- « Environ de 64800 à 65000 200 juifs slovaques. » Parmi eux se trouvait Juraj Fried, de Trencin (p. 9).
Il y a la trace dans les registres d’Auschwitz d’un détenu appelé Juraj Fried, né le 25 juin 1921 à Beregsas et décédé le 4 juin 1942 [123]. S’il s’agissait de la même personne, nous serions en présence d’une contradiction flagrante car le numéro 64800 a été attribué le 22 septembre 1942 (Kalendarium, 1989, p. 306), plus de trois mois après le décès de ce déporté.]

- « Environ de 65000 à 68000 Juifs français, belges et hollandais naturalisés. Autour de 1 000 femmes de ces convois furent conduites au camp des femmes et au moins [zumindest] 30 000 personnes furent gazées » (p. 9).
Faux. 2 102 juifs et 898 « aryens » ont été enregistrés dans le camp sous la numérotation indiquée. Parmi les juifs, 756 venaient des Pays-Bas, 661 de France, 314 de Belgique, 294 de Slovaquie et 77 étaient d’origine inconnue (Kalendarium, n° 3, p. 91-96) [124]. Nous connaissons avec exactitude le nombre des juifs – hommes et femmes – français, belges et néerlandais qui sont arrivés dans ces convois : 13 590. Nous connaissons également le nombre total de ceux qui ont été immatriculés dans le camp : 2 848. Le nombre de ceux qui ont été gazés ne peut par conséquent être supérieur à la différence entre les deux chiffres, à savoir 10 742 personnes.

- « Environ de 68000 à 70500 2 500 juifs allemands du camp de concentration de Sachsenhausen » (p. 9).
Faux. Les matricules indiqués ont été attribués à 560 « aryens », à 649 juifs des Pays-Bas, à 454 juifs du camp de Sachsenhausen, à 404 « aryens » et juifs du camp de Buchenwald, à 144 juifs d’autres camps de concentration, à 147 juifs de Belgique, à 121 juifs slovaques et à 21 juifs d’origine inconnue (Kalendarium, n° 3, p. 96-97).

- « Environ de 71000 à 80000 Des juifs français, belges et hollandais naturalisés. Le nombre de ceux qui ont été admis [eingebrachte] dans le camp constitue à peine 10 % du total des convois. D’après une évaluation prudente [Bei vorsichtigen Schätzung], on peut supposer que 65 000 à 70 000 personnes furent gazées » (p. 9).
Faux. En premier lieu, les matricules cités ont été attribués à 5 701 juifs et à 3 299 « aryens ». La répartition des juifs en fonction de leur provenance était la suivante : 3 877 de Pologne, 526 de France, 702 de Belgique, 187 des Pays-Bas, 186 de Norvège, 215 de Theresienstadt et 8 d’origine inconnue (Kalendarium, n° 3, p. 97-105) [125].
En second lieu, il est faux que, d’après l’« évaluation prudente », 65 000 à 70 000 personnes aient été gazées. On sait que le nombre des juifs et juives français, belges et néerlandais arrivés à cette époque ayant été de 8 803 et celui des immatriculés au camp de 2 250, le chiffre maximum de gazés à leur arrivée à Auschwitz n’aurait pu alors être supérieur à 6 553 personnes.

[Addition de 1998.
-
« Le 17 décembre 1942 furent exécutés 200 jeunes juifs de Slovaquie qui travaillaient dans ce qui est appelé le Sonderkommando du gazage [Vergasung] et de l’incinération des cadavres » (p. 9).
Il n’y a cependant pas trace de cette exécution dans la source consultée (Kalendarium, 1989, p. 362-363).

- Parmi ceux qui ont été exécutés le 17 décembre 1942 se trouvait un détenu appelé « Wetzler Dezider, Trnava » (p. 9).
Dans les registres d’Auschwitz figure Dezider Wetzler, né à Trnava (Slovaquie) le 11 mars 1908 et décédé le 10 juillet 1942 [126]. S’il s’agissait de la même personne on se heurterait à une contradiction car quelqu’un qui est décédé en juillet 1942 ne peut pas avoir été exécuté en décembre de la même année.

- « Frapper à mort [Das Erschlagen] un détenu [de la part d’un autre détenu] n’est pas un délit » (p. 10).
Cependant, le chef du département DI de l’Office central économique et administratif de la SS (Wirtschafts-Verwaltungshauptamt der SS, dont le sigle est WVHA) informa le 19 août 1942 tous les commandants de camps de concentration qu’ils devaient « empêcher par tous les moyens à leur disposition » que s’exercent des mauvais traitements entre les détenus (Kalendarium, 1989, p. 281-282).]

- « Environ de 80000 à 85000 Autour de 5 000 juifs de différents ghettos polonais, parmi lesquels Mljawa, Makow, Zichenow, Lomza, Grodno, Bialostok » (p. 10).
Faux. La numérotation citée a été attribuée à 2 993 juifs et à 2 002 « aryens ». La répartition des juifs selon leur provenance était la suivante : 1 346 du ghetto de Ciechanow, 580 du ghetto du district de Grodziensk, 231 du ghetto de Grodno, 523 de Pologne (sans plus de précision), 137 d’Allemagne, 137 des Pays-Bas et 39 d’origine inconnue (Kalendarium, n° 3, p. 105- 110).

- « Environ de 85000 à 92000 6 000 juifs de Grodno, Bialostok et Cracovie et 1 000 Polonais aryens. La majeure partie des convois de juifs furent directement gazés. Chaque jour 4 000 juifs environ étaient conduits dans les chambres à gaz [Täglich wurden ca. 4 000 Juden in die Gaskammern getrieben] » (p. 10).

Faux. Tout d’abord, les matricules indiqués ont été attribués à 2 609 Polonais « aryens », à 1 604 « aryens » d’origine inconnue et à 2 440 juifs. Les juifs, selon leur origine, se répartissaient de la manière suivante : 1 574 de ghettos et de camps de transit polonais (Augustow, Zambrow, Lomza et Grodno), 127 d’Allemagne, 98 des Pays-Bas, 387 de Belgique et 254 de Tchécoslovaquie (Kalendarium, n° 3, p. 110 et n° 4, p. 64-68) [127].
En second lieu, il est faux que l’on conduisait 4 000 juifs par jour aux chambres à gaz. Entre le 26 décembre 1942 et le 22 janvier 1943, dates entre lesquelles ont été attribués les matricules indiqués, les morts par gazage ne se sont produites, selon la source étudiée, que les 7, 13, 16, 17, 18, 20 et 21 janvier 1943. On ignore le nombre de personnes qui sont mortes au cours de chacun de ces jours.

- « Environ de 99000 à 100000 Fin janvier 1943 arrivèrent de grands convois de juifs français et hollandais. Seule une partie d’entre eux arriva au camp » (p. 10).
Faux. Les matricules indiqués ont été attribués à 674 juifs et à 326 « aryens ». Les juifs se sont répartis de la manière suivante selon leur provenance : 540 de ghettos (de Pologne et de Theresienstadt), 86 de Berlin et 48 des Pays-Bas (Kalendarium, n° 4, p. 70-71).

- « Environ de 102000 à 103000 700 [sic] Tchèques aryens. Plus tard, les survivants de ce convoi furent envoyés à Buchenwald » (p. 11).
Faux. 507 Polonais, 287 juifs français, 107 Tchèques et 99 individus d’origine inconnue ont été inscrits sous cette numérotation (Kalendarium, n° 4, p. 74).

- « Environ de 103000 à 108000 3 000 juifs français et hollandais et 2 000 Polonais (aryens) » (p. 11).
Faux. Les matricules indiqués ont été attribués à 3 224 juifs, à 792 Polonais et à 984 individus d’autres origines. La répartition des juifs d’après leur origine était la suivante : 2 856 d’Allemagne, 11 de Pologne et seulement 257 des Pays-Bas et 100 de France (Kalendarium, n° 4, p. 74-83).

- « En février 1943 arrivèrent par jour en moyenne 2 convois avec des juifs polonais, français et hollandais » (p. 11).
Faux. Au cours du mois de février 1943, 15 convois de juifs sont arrivés à Auschwitz. Le quart, donc, de ce qu’indique le texte. Il n’y a eu que trois occasions où deux convois de juifs sont arrivés le même jour et il y a eu 16 jours pendant lesquels il n’en est arrivé aucun. Sur ces 15 convois, 4 venaient de Pologne, 4 des Pays-Bas, 3 de France, 3 d’Allemagne et 1 de Theresienstadt (Kalendarium, n° 4, p. 71-78).

- « Fin février 1943 furent inaugurés à Birkenau le four crématoire moderne récemment construit et l’installation de gazage » (Ende Februar 1943 wurde das neu gebaute moderne Krematorium und Vergasungsanstalt in Birkenau eröffnet) (p. 11).
Faux. Aucun des crématoires de Birkenau n’est entré en service avant le 22 mars 1943 [128].

- « Plan approximatif [Ungefährer Grundriss] des crématoires I et II de Birkenau » (p. 11).
(voir Illustrations n° 7 et n° 8)
Comparez avec le plan réel du crématoire II et, par inversion symétrique, du crématoire III de Birkenau [129].

- « Au milieu de la salle des fours s’élève en hauteur une gigantesque cheminée. Il y a tout autour 9 fours avec chacun° 4 ouvertures [Ringsum sind 9 Ofen mit je 4 Offnungen] » (p. 11).
Faux. En premier lieu, la cheminée n’était pas dans la salle des fours d’après le plan réel (voir le plan). Deuxièmement, la disposition des fours sur le plan réel ne coïncide pas du tout avec le plan du Protocole 1. Troisièmement, au lieu de neufs fours avec quatre ouvertures, les crématoires II et III de Birkenau avaient chacun cinq fours à trois creusets [130].

- « Deux rails mènent de la chambre à gaz jusqu’à la salle des fours à travers le couloir [Von der Gaskammer führt durch die Halle ein Gleispaar zum Ofenraum]. [...]. La chambre est alors ouverte et ventilée et le commando spécial [Sonderkommando] transporte les cadavres sur des wagonnets plats [auf flachen Feldbahnwagen] à la salle des fours, où a lieu la crémation » (p. 11-12).
Comme on peut le constater sur le plan réel du crématoire II, il n’existe aucun rail reliant la chambre à gaz présumée à la salle des fours. De fait, les cadavres étaient emmenés de la chambre à gaz présumée – semi-enterrée – jusqu’à la salle des fours – au niveau du sol – au moyen d’un monte-charge [131].

- « Les deux autres crématoires III et IV furent construits dans l’ensemble [im grossen und ganzen] selon des principes semblables [auf ähnlicher Grundlage] » (p. 12).
Faux. Les crématoires IV et V de Birkenau [132] ont été dessinés et construits selon une conception complètement différente. Comparez le plan réel, conservé aux archives du Musée d’État d’Oswiecim (reproduit dans Illustration n° 11), avec le plan du Protocole 1.
Chacun de ces crématoires possède deux cheminées, un seul four à huit moufles et trois – ou quatre – chambres à gaz présumées. Il n’existait pas non plus dans ce cas de rails ou de « wagonnets plats » qui emportaient les cadavres des chambres à gaz présumées jusqu’aux fours [133].
Il est évident que le croquis du crématoire reproduit dans le Protocole 1 est complètement imaginaire et n’a rien à voir avec la réalité.

- « Environ de 109000 à 119000 Début mars 1943 arrivèrent 45 000 juifs de Salonique [Grèce]. 10 000 d’entre eux furent admis au camp, dont un petit nombre de femmes, et le reste, beaucoup plus de 30 000, alla au crématoire » (p. 12).
Faux. Tout d’abord, les numéros matricules ont été attribués à 5 100 juifs grecs, à 4 075 « aryens » et à 825 juifs d’origines diverses (Kalendarium, n° 4, p. 84-94). En second lieu, les matricules cités ont été attribués entre le 18 mars et le 28 avril 1943, et le premier convoi avec des juifs de Salonique (Grèce) est arrivé le 20 mars 1943 (Kalendarium, n° 4, p. 85).

- « Environ de 120000 à 123000 3 000 juifs grecs [...] » (p. 13).
Faux. 1 034 juifs grecs, mais aussi 1 816 « aryens » et 150 juifs d’origines diverses ont été enregistrés sous cette numérotation (Kalendarium, n° 4, p. 96-101).

- « Entre-temps arrivèrent sans interruption des convois de juifs polonais, ainsi que quelques juifs français et belges, qui furent tous gazés, sans que ne serait-ce qu’une partie soit conduite au camp » (p. 13).
Faux. D’après le contexte, cette action s’est effectuée dans la première moitié de 1943. Néanmoins, aucun convoi de juifs venant de Pologne ou de Belgique n’a été anéanti dans sa totalité à l’arrivée à Auschwitz tout au long de l’année 1943 (Kalendarium, n° 4, p. 64-111 et n° 6, p. 43-87).

- « Environ de 132000 à 136000 Seulement 4 000 hommes et un petit nombre de femmes [tous juifs de Benzburg et de Sosnowitz (Pologne)] furent amenés au camp » (p. 13-14).
2 851 juifs de Benzburg (Bedzin) et de Sosnowitz (Sosnowiec), 473 juifs de France et de Belgique et 676 « aryens » ont été immatriculés avec ces numéros. Il est faux que seul « un petit nombre de femmes » ait été enregistré dans le camp. Le total des juives de Benzburg et de Sosnowitz arrivées par ces convois et immatriculées a été de 2 969, un chiffre supérieur à celui des hommes (Kalendarium, n° 6, p. 50-53).

- « Environ de 137000 à 138000 1 000 Polonais de la prison de Pawiak et 80 juifs de Grèce arrivèrent fin août » (p. 14).
Faux. 744 « aryens » de différentes provenances (mais aucun d’entre eux de Varsovie, où se trouvait la prison de Pawiak), 190 juifs de Salonique et 66 juifs de Poméranie ont été immatriculés sous la numérotation citée (Kalendarium, n° 6, p. 56-57).

- « Environ de 138000 à 141000 3 000 hommes de plusieurs convois aryens » (p. 14).
Faux. 1 269 « aryens » et 1 731 juifs ont été enregistrés sous la numérotation indiquée (Kalendarium, n° 6, p. 57-58).

[Addition de 1998.
- Il est fait mention de « Arno Böhm, numéro de détenu 8 » (p. 14).
Il a en effet existé un prisonnier appelé Arno Böhm, délinquant de droit commun interné à Auschwitz en 1940, qui portait le numéro matricule 8 (Kalendarium, 1989, p. 32).]

- « Environ de 153000 à 154000 1 000 Polonais aryens de la prison de Pawiak » (p. 15).
Faux. Si ces numéros ont bien été attribués à 1 000 « aryens », aucun d’eux ne venait de Varsovie, où se trouvait la prison de Pawiak (Kalendarium, n° 6, p. 68).

- « Environ de 160000 à 165000 En décembre 1943, 5 000 hommes pour la plupart dans des convois de juifs hollandais, français, belges et pour la première fois de juifs italiens de Fiume, Trieste et Rome. Au moins 30 000 personnes de ces convois furent immédiatement gazées » (p. 16).
Faux. En premier lieu, les matricules indiqués ont été donnés entre le 2 et le 26 novembre 1943 (Kalendarium, n° 6, p. 74-80). En second lieu, ces numéros ont été attribués à 2 154 « aryens » et à 2 846 juifs. La répartition des juifs selon leur provenance a été la suivante : 241 de France, 836 des Pays-Bas, 13 d’Italie, 1 740 de Pologne et de Russie et 16 d’origine inconnue. On n’enregistre à cette période l’arrivée d’aucun convoi de Belgique. En troisième lieu, le premier convoi de juifs italiens est arrivé à Auschwitz le 23 octobre 1943 (Kalendarium, n° 6, p. 72).

[Addition de 1998.
-
« Le 20 décembre 1943 arrivèrent de nouveau 3 000 juifs de Theresienstadt » (p. 16).
Il est en effet arrivé le 20 décembre 1943 à Auschwitz 2 473 juifs de Theresienstadt (Kalendarium, 1989, p. 684).]

- « Environ de 170000 à 171000 1 000 Polonais et Russes en détention préventive [Schutzrussen], et un certain nombre de Yougoslaves » (p. 16).
Faux. Sous la numérotation indiquée ont été immatriculés les membres d’un convoi de juifs venant de Theresienstadt arrivé à Auschwitz le 20 décembre 1943 (Kalendarium, n° 6, p. 85).

- « Environ de 171000 à 174000 Fin février-début mars 3 000 juifs de Hollande, de Belgique et pour la première fois des juifs résidant depuis longtemps en France [altansässige französische Juden] (non naturalisés) de Vichy – France » (p. 16).
Faux. En premier lieu, la numérotation indiquée a été donnée entre le 20 décembre 1943 et le 21 février 1944 (Kalendarium, n° 6, p. 85-87 et n° 7, p. 72-79). En second lieu, les numéros cités ont été attribués à 1 347 « aryens », 569 juifs de différentes provenances et 1 084 juifs de France, de Belgique et des Pays-Bas. En troisième lieu, si par « fin février-début mars » on entend la période comprise entre le 20 février et le 10 mars 1944, on constatera alors que seuls un convoi de France et un autre des Pays-Bas sont arrivés à Auschwitz (Kalendarium, n° 7, p. 79-83).

[Addition de 1998.
-
« À la mi-mars [1944] arriva un petit groupe de juifs de Benzburg et de Sosnowitz » (p. 17).
Environ 70 juifs de Sosnowitz sont arrivés entre le 4 et le 14 mars 1944 (Kalendarium, 1989, p. 733, 738 et 739).]

- Plan du camp de Birkenau (p. 17).
(voir Illustrations n° 9 et n° 10)
Comparez le plan du Protocole 1 avec le plan réel de Birkenau.
Le périmètre du plan du Protocole 1 a complètement dénaturé le véritable périmètre de Birkenau. Sur le plan réel le camp est un rectangle dont les côtés nord et sud sont les plus courts ; dans le Protocole 1, au contraire, les côtés nord et sud sont plus longs (exactement le double) que les côtés est et ouest. L’installation de bains (Bad) du Protocole 1 a une allure complètement différente de celle du plan réel (les « douches »). Le plus surprenant est que l’auteur du Protocole 1 a dessiné l’installation de bains en omettant les 30 baraques du « magasin des objets » (Canada). Le « magasin des objets » se trouvait très près de l’installation de bains, comme cela apparaît sur le plan réel. Les deux installations avaient été mises en service en décembre 1943, quatre mois avant l’évasion des auteurs présumés [134]. Il est inexplicable qu’un interné à Auschwitz n’ait pas remarqué l’énorme « magasin des objets » et ne se soit pas souvenu de l’installation de bains contiguë.

[Addition de 1998.
-
Essayons de dater le plan du Protocole 1 d’après les informations contenues dans ce dernier.
Le Frauenlager (camp des femmes) était en service avec ses deux secteurs, a et b, depuis le 24 juillet 1943 (Kalendarium, 1989, p. 554). Le secteur IIa du plan – le camp de quarantaine – entra en service le 1er août 1943 (Kalendarium, 1989, p. 560). Le secteur IIb du plan – Familienlager ou camp familial pour les juifs déportés de Theresienstadt – entra en service le 9 septembre 1943 (Kalendarium, 1989, p. 603). Le secteur IIc du plan constitua jusqu’à l’arrivée des juifs hongrois, en mai 1944, un magasin des objets confisqués [135]. Le secteur IId – Männerlager ou camp des hommes – fut ouvert le 12 juillet 1943 (Kalendarium, 1989, p. 543). Le secteur IIe – Zigeunerlager ou camp des Tziganes – fut ouvert le 26 février 1943 (Kalendarium, 1989, p. 423). Le secteur IIf – Krankenbaulager ou camp hôpital des hommes – fut établi le 23 juillet 1943 (Kalendarium, 1989, p. 552). Le « magasin des objets » confisqués aux déportés (voir le plan de l’Illustration 10, lettre D) fut achevé le 14 décembre 1943 (Kalendarium, 1989, p. 678). La voie de chemin de fer sur le plan de l’Illustration 10 (lettre E) se trouvait en service à la mi-mai 1944, à l’arrivée des premiers convois de juifs hongrois. Il n’est fait état à aucun moment dans le Protocole 1 – ni sur le plan ni dans le texte – de cette voie de chemin de fer qui devait sans doute être au moins en phase de construction quelques mois plus tôt [136].
De tout ce qui précède il faut conclure que le plan de Birkenau du Protocole 1 représentait l’état du camp pendant une période comprise entre le 9 septembre 1943, date de l’entrée en service du Familienlager – l’installation qui figure sur le plan est chronologiquement la plus moderne –, et décembre de la même année, avant que n’entre en service le « magasin des objets » et qu’on commence à construire la voie de chemin de fer, installations qui ne figurent pas sur le plan et qui y auraient sans doute figuré si elles avaient été construites. Tout cela est par conséquent un indice que le plan n’a pas été dessiné par deux détenus évadés en avril 1944 mais par quelqu’un disposant d’informations sur l’intérieur de Birkenau avant le mois de décembre 1943.

- « N° 29867 Jozef Neumann ("Leichencapo") de Snina » (p. 18).
Sur une liste d’admis à Auschwitz le 17 avril 1942 figure en effet, avec le numéro 29867, Josef Neumann, né à Snina (Slovaquie) le 29 mai 1916] [137].

- L’administration interne du camp était régie par des prisonniers déterminés choisis par les SS. Le « doyen du camp » (Lagerälteste) était Franz Danisch, numéro 11182, un prisonnier politique. « Danisch », indique le texte, « se comporte aussi de manière très correcte avec les juifs, il est objectif et incorruptible » (p. 19) [138].
Néanmoins, Hermann Langbein, ancien détenu d’Auschwitz, a désigné Franz Danisch comme « le lagerälteste le plus connu et le plus redouté », auteur d’actions contre les juifs d’une cruauté raffinée [139]. [Addition de 1998. Un autre auteur a déclaré que Franz Danisch et un autre détenu « se sont gravés d’une manière sanglante dans la mémoire des autres détenus [140] ». De plus, Danisch n’a pas été interné à Auschwitz pour des raisons politiques. C’était un délinquant de droit commun (Kalendarium, 1989, p. 86).]

- Le texte qualifie le « chef de camp » (Lagerführer) SS-Untersturmführer Schwarzhuber de « sadique » (p. 20).
Rudolf Höss, ancien commandant d’Auschwitz, a en revanche indiqué dans ses mémoires que Schwarzhuber se caractérisait par son impressionnabilité devant les mauvais traitements infligés aux prisonniers, au point qu’il « disparaissait régulièrement au moment des exécutions » [141].

- « Le Rapportschreiber dans le camp de Birkenau est :
Numéro de prisonnier : 31029 Kasimir Gork, polonais, ancien employé de banque à Varsovie » (p. 20).
Contradictoire. Comme l’indique le texte, la numérotation 29700 à 32700 a été attribuée à « 3 convois complets de juifs slovaques » (p. 7). [Addition de 1998. Il semble y avoir une erreur dans le numéro d’enregistrement. Le détenu polonais Kazimierz Gosk reçut le numéro 3129 [142]. Ce numéro fut en effet attribué à un détenu originaire de Varsovie (Kalendarium, 1989, p. 51).]

- Le « chef de camp » (Lagerführer) de Birkenau était le SS-Untersturmführer Schwarzhuber (p. 20). [Addition de 1998. De plus, le membre de la garnison SS d’Auschwitz Johann Schwarzhuber avait été promu Obersturmführer le 30 janvier 1944 (Kalendarium, 1989, p. 716).]
Faux. Le 7 avril 1944, le commandant du camp Auschwitz II (Birkenau) était le SS-Sturmbannführer Fritz Hartjenstein [143].

- Le commandant conjoint des deux camps d’Auschwitz et de Birkenau était Hoss (p. 20).
Faux. Le 7 avril 1944, jour de l’évasion des auteurs présumés du Protocole 1, le commandant d’Auschwitz et de Birkenau était le SS-Obersturmbannführer Arthur Liebehenschel. Rudolf Höss, premier commandant d’Auschwitz, avait quitté le camp en novembre 1943 [144].

- Dans le récit du jeune juif slovaque arrivé à Auschwitz le 30 juin 1942 du camp de concentration de Majdanek figure le passage suivant [Correction et addition de 1998 : « Le 14 juin 1942 nous quittâmes Novaky [Slovaquie], passâmes par Zilina et arrivâmes à Zwardon. [...]. Le voyage reprit et, deux jours plus tard, nous arrivâmes à Lublin. À Lublin, on donna l’ordre : "Les gens entre 15 et 50 ans, aptes au travail, descendent du train, les enfants et les vieux doivent rester dans les wagons" » (p. 21).
Le 14 juin 1942 partit en effet de Novaky un convoi (n° 38) à destination de Sobibor. Il était passé au préalable par Zilina et Lublin. Il transportait 1 000 juifs déportés. Il y eut une sélection à Lublin. Les hommes aptes au travail furent internés dans le camp de concentration de Lublin-Majdanek] [145].

- « Le trajet pour se rendre au travail [à l’usine Buna] devait être parcouru dans un ordre militaire rigoureux [in strammer, militärischer Ordnung], celui qui sortait du rang était fusillé » (p. 23-24). Le trajet jusqu’à l’usine s’effectuait donc en marchant.
Faux. À partir du mois de mars 1942, les prisonniers allaient au travail à l’usine Buna en chemin de fer [146].

[Addition de 1998.
-
Après un séjour de plusieurs semaines dans le camp il se produisit une terrible épidémie de typhus exanthématique (Flecktyphus). « On ordonna la fermeture du camp [Lagersperre] et les travaux à la "Buna" furent suspendus » (p. 24).
En effet, du mois d’août à la fin du mois d’octobre 1942, aucun détenu n’a pu être employé dans l’usine Buna, du trust chimique I.G. Farben, car le camp d’Auschwitz avait été consigné en raison d’une épidémie de typhus exanthématique (Kalendarium, 1989, p. 329).]

- « Prudente estimation des juifs gazés à Birkenau d’avril 1942 à avril 1944 en fonction des pays d’origine » (Vorsichtige Schätzung der in Birkenau seit April 1942 bis April 1944 vergasten Juden nach Herkunftsländern) (p. 27).
(voir Illustration n° 12)
Ces données ne correspondent pas aux chiffres publiés par le Kalendarium et par les deux prestigieux spécialistes en la matière : Raul Hilberg et Gerald Reitlinger.
Dans le tableau (voir Illustration n° 12, 2e tableau) on peut comparer le chiffre des juifs morts par gazage dans le camp de Birkenau, tel que l’indique le Protocole l, avec les chiffres des juifs déportés – pas morts – à Auschwitz et Birkenau cités par le Kalendarium, par Raul Hilberg et par Gerald Reitlinger. Dans le cas des deux derniers, en outre, les chiffres correspondent à toute la période de la guerre.
Conclusion : le chiffre des juifs polonais exterminés par gazage à Birkenau d’avril 1942 à avril 1944 selon le Protocole 1 est quatre fois supérieur au nombre des juifs polonais déportés à Auschwitz au cours de toute la guerre selon les calculs de Reitlinger. Le chiffre des juifs français, belges et néerlandais anéantis par gazage selon le Protocole l est le double du nombre de juifs de ces pays déportés à Auschwitz selon le Kalendarium, Hilberg et Reitlinger. De plus, comme nous l’avons indiqué, les chiffres de Hilberg et de Reitlinger correspondent à toute la période de guerre. En ce qui concerne les juifs yougoslaves, italiens et norvégiens, le Protocole l a comptabilisé comme victimes une quantité plus de trois fois supérieure au nombre de juifs de ces pays déportés à Auschwitz durant toute la guerre, selon Hilberg et Reitlinger. En outre, les auteurs du Protocole 1 ont inventé le chiffre des victimes de Lithuanie dont il n’existe pas de preuves dans les sources . analysées. Pour ce qui est des juifs de Grèce, le chiffre indiqué dans le Protocole 1 s’approche de celui qu’indique le Kalendarium comme total des déportés. Le chiffre du Protocole 1 est, d’autre part, identique à celui que signalent Hilberg et Reitlinger comme nombre total des déportés à Auschwitz durant toute la guerre. Concernant les juifs d’Allemagne, de Bohême-Moravie, d’Autriche et de Slovaquie, on observera que les chiffres du Protocole 1 sont dans tous les cas supérieurs à ceux qui ont été calculés par Reitlinger. Enfin, pour ce qui est des juifs venant des « camps de juifs étrangers en Pologne », on ne peut comparer les chiffres car aussi bien le Kalendarium qu’Hilberg et Reitlinger n’ont rien précisé à ce sujet.
En définitive, Raul Hilberg a fixé à un million de personnes le total de victimes juives qu’il y a eu à Auschwitz durant toute la guerre et par toutes les causes [147]. Et Gerald Reitlinger a conclu qu’« il est très improbable que le véritable chiffre total des victimes des chambres à gaz d’Auschwitz, y compris les sélections faites au camp, excède 750 000 » [148].
[Addition de 1998. En 1993 a paru l’ouvrage de F. Piper, Die Zahl der Opfer von Auschwitz, qui constitue l’étude la plus détaillée parmi celles qui ont été publiées jusqu’à présent sur la mortalité à Auschwitz. Nous livrons ci-dessous les résultats de l’enquête de F. Piper sur le nombre de juifs déportés à Auschwitz selon les pays d’origine. Les chiffres indiqués correspondent à la période d’avril 1942 à avril 1944 :

Pologne
Pays-Bas
Grèce
France
Belgique
Allemagne et Autriche
Yougoslavie, Italie et Norvège
Bohême-Moravie
Slovaquie
Camps de concentration
TOTAL [149]

206 963
58 117
50 033
62 909
23 836
21 804
13 026
20 194
16 725
13 478
487 085

Il s’agit par conséquent d’un chiffre trois fois et demie inférieur à celui qui est indiqué dans le Protocole 1.]
On ne peut donc soutenir le total des victimes indiqué dans le Protocole l. Il est évident que l’auteur de ce témoignage n’a pas du tout appuyé ses calculs sur les chiffres réels des juifs déportés à Auschwitz.

5. 2 Protocole 2

Nous avons pris comme base de travail le texte MDW (reproduit dans l’appendice 2). Les numéros de pages entre parenthèses après chaque citation renvoient au texte indiqué.

[Addition de 1998.
-
« Début avril arriva un convoi de juifs grecs, dont environ 200 furent amenés au camp, les 1 500 autres furent gazés immédiatement » (p. 1).
Le 11 avril 1944 est arrivé un convoi de 2 500 juifs grecs (Athènes). 320 hommes furent immatriculés. On dit qu’au moins 1 067 hommes furent gazés (Kalendarium, 1989, p. 754).

- « Entre le 10 et le 15 avril 1944 arrivèrent à Birkenau environ 5 000 aryens, en majorité des Polonais, avec 2 000 à 3 000 femmes du camp liquidé [aufgelassenen Lager] de Lublin-Majdanek. Ils reçurent des numéros autour de 176000-181000 » (p. 1).
Entre le 9 et le 16 avril 1944 environ 3 200 hommes et l 300 femmes venant du camp de concentration de Lublin-Majdanek sont arrivés à Auschwitz (Kalendarium, 1989, p. 752-757).]

- « Environ 182000  Fin avril arrivèrent de nouveaux juifs grecs, dont 200 furent conduits au camp, environ 3 000 furent anéantis » (p. 2).
Faux. En premier lieu, le matricule 182000 fut attribué à un détenu arrivé le 10 avril (Kalendarium, n° 7, p. 87). En second lieu, le dernier convoi venant de Grèce arriva le 11 avril 1944, le suivant le fera le 30 juin de la même année.

- « Environ de 183000 à 185000  Début mai 1944 arrivèrent de petits convois de juifs hollandais, français, belges et grecs et des aryens polonais » (p. 2).
Faux. En premier lieu, la numérotation indiquée a été attribuée entre le 14 et le 30 avril 1944 (Kalendarium, n° 7, p. 88-91). En second lieu, si par « début mai » nous comprenons la période comprise entre le 1er et le 10 de ce mois, on verra qu’on a enregistré dans ce laps de temps 486 juifs de Hongrie, 271 juifs de Berlin, 281 « aryens » de Minsk (Biélorussie), 130 « aryens » d’origine inconnue, 48 juifs de France, 5 « aryens » polonais et 2 juifs d’origine inconnue. On n’a pas enregistré l’arrivée de convois des Pays-Bas, de Belgique ou de Grèce (Kalendarium, n° 7, p. 91-93).

[Addition de 1998.
- « Vers le 10 mai 1944 arriva à Birkenau le premier convoi de juifs hongrois. […]. Les hommes reçurent des numéros autour de 186000 » (p. 2).
Le premier convoi de juifs de Hongrie est cependant arrivé à Auschwitz le 2 mai 1944. 486 hommes reçurent les numéros matricules 186645-187130 (Kalendarium, 1989, p. 764

- « Vers le 15 mai 1944 des convois massifs de Hongrie commencèrent à affluer à Birkenau. De 14 000 à 15 000 juifs arrivaient chaque jour [Täglich] à Birkenau » (p. 2).
Faux. Nous savons par une source de la résistance polonaise que chaque convoi de juifs hongrois comptait de 40 à 50 wagons et que chaque wagon transportait environ 100 personnes (Kalendarium, n° 7, p. 94, note 71). On en déduit que les convois venant de Hongrie transportaient en moyenne entre 4 000 et 5 000 personnes.
Entre le 15 et le 27 mai 1944 (date de l’évasion des auteurs présumés du texte), 15 convois de juifs hongrois, répartis de la manière suivante, arrivèrent à Auschwitz : un, les 17, 18, 19, 20, 23, 24, 26 et 27 ; deux, les 21 et 22 ; trois, le 25. Par conséquent, en une seule date, le 25 mai, il a pu arriver un maximum de 15 000 juifs à Auschwitz, nombre d’admis que le témoin considère comme habituel et quotidien dans le camp (Kalendarium, n° 7, p. 93-97).

- Après l’arrivée massive de juifs hongrois, à partir du 15 mai 1944, les crématoires ne suffisaient pas pour incinérer tous les cadavres, et c’est pourquoi l’ « on creusa de nouveau dans les bois de bouleaux 4 fosses d’environ 30 mètres de long et 15 mètres de large – comme à l’époque précédant la construction des crématoires –, où les cadavres étaient brûlés jour et nuit [wo Tag und Nacht Leichen verbrannt werden] » (p. 3).
Faux. Rudolf Höss, ancien commandant d’Auschwitz, avait indiqué que, « à cause de l’activité de l’aviation ennemie, les incinérations nocturnes furent interdites à partir de 1944 » [150].

- On attribue à Rudolf Höss le grade SS de Hauptsturmbannführer (p. 3).
Faux. Ce grade n’existait pas dans la hiérarchie SS [151].

[Addition de 1998.
-
« L’actuel Lagerkommandant de Birkenau est l’ancien adjoint de Höss, le Hauptsturmführer Kramer » (p. 3).
En effet, à partir du 8 mai 1944, le poste de commandant du KL Auschwitz II ou Birkenau fut occupé par le Hauptsturmführer Josef Kramer (Kalendarium, 1989, p. 769).

- « Environ 187000-189000  1 600 Français (aryens), exclusivement des intellectuels, des Français de premier plan, parmi eux un petit nombre d’émigrants polonais. [...]. Au bout de deux semaines ils furent envoyés au KZ de Matthausen [sic] sur ordre de Berlin » (p. 3).
Le 30 avril 1944 étaient arrivés à Auschwitz 1 655 détenus venant de Paris, parmi lesquels des intellectuels, des hommes politiques, des officiers de haut rang, des membres de la résistance française et un petit groupe d’émigrants polonais. Ils reçurent les numéros matricules 184936-186590. 1 638 de ces détenus furent transférés au camp de Buchenwald le 12 mai 1944 (Kalendarium, 1989, p. 763 et 772).

- « Depuis la mi-mai 1944 les juifs internés ne recevaient plus la numérotation continue comme auparavant. On commença avec eux une nouvelle numérotation, qui débutait par le n° 1, dans laquelle la lettre "A" était tatouée devant le numéro » (p. 4)
Effectivement, à partir du 13 mai 1944, on introduisit un nouveau système d’enregistrement pour les juifs qui consistait dans la lettre A suivie d’un numéro dont la série commençait par le 1 (Kalendarium, 1989, p. 773).

- « Jusqu’à notre évasion, le 27 mai 1944, on donna ces nouveaux numéros à environ° 4 000 juifs. Il s’agit de
1 000 juifs hollandais, français et italiens, qui ont depuis été amenés au camp. De plus
3 000 juifs qui sont arrivés à Birkenau de Theresienstadt le 23 mai 1944 » (p. 4).
Jusqu’au 27 mai 1944, 7 728 numéros matricules de la nouvelle série (pour hommes) furent attribués. 657 le furent à des juifs venant des Pays-Bas, de France et d’Italie, 2 345 à des juifs du ghetto de Theresienstadt, arrivés entre le 16 et le 19 mai 1944, et 4 081 à des juifs hongrois (Kalendarium, 1989, p. 773-787).]

- « Jusqu’à maintenant, les commandants d’Auschwitz et de Birkenau ont été les suivants : Aumayer, Schwarzhuber, Weiss, Hartenstein, Höss, Kramer » (p. 5).
Faux. Les commandants de la garnison SS d’Auschwitz, sous la juridiction desquels se trouvaient les camps d’Auschwitz, de Birkenau et d’autres petits camps (Aussenlager), furent successivement : Rudolf Höss (du 4 mai 1940 au 11 novembre 1943) ; Arthur Liebehenschel (du 11 novembre 1943 au 8 mai 1944) et Richard Baer (du 11 mai 1944 jusqu’à l’évacuation du camp en janvier 1945) [152].

[Addition de 1998. L’auteur du témoignage mentionne plusieurs noms de SS d’Auschwitz (p. 5). Arrêtons-nous à présent brièvement sur les noms cités :
« Aumayer » : il doit s’agir du Sturmbannführer Hans Aumeier qui occupa le poste de premier Schutzhaftlagerführer (chef du camp de détention préventive) de février 1942 à juillet 1943 (Kalendarium, 1989, p. 999) [153].
« Schwarzhuber » : l’Obersturmführer Johann Schwarzhuber fut Schutzhaftlagerführer dans le camp des hommes d’Auschwitz II-Birkenau du 22 novembre 1943 à novembre 1944 (Kalendarium, 1989, p. 659) [154].
« Weiss » : son nom ne figure pas dans la bibliographie utilisée.
« Hartenstein » : il s’agit certainement de l’Obersturmbannführer Friedrich Hartjenstein, Lagerkommandant d’Auschwitz II-Birkenau du 22 novembre 1943 au 8 mai 1944 (Kalendarium, 1989, p. 659 et 768) [155].
« Höss » : voir ci-dessus.
« Kramer » : voir ci-dessus.]

5. 3 Protocole 3

Nous avons pris comme base de travail le document FDRL 2, reproduit dans l’appendice 3. Les numéros de pages entre parenthèses après chaque citation renvoient au document indiqué.

[Addition de 1998.
-
Le 25 mars 1942 un groupe de 60 détenus de la prison Montelupich de Cracovie fut amené au camp d’Auschwitz dans deux camions (p. 1).
Le 25 mars 1942 furent immatriculés 48 détenus venant de Cracovie (Kalendarium, 1989, p. 188).]

- Après l’été 1943, on se mit à tatouer leur matricule à tous les prisonniers non juifs, à l’exception des Allemands (p. 1).
Faux. La décision de tatouer leur matricule à tous les détenus « aryens » a été prise le 22 février 1943 (Kalendarium, n° 4, p. 76).

[Addition de 1998.
-
En novembre 1943 on atteignit le numéro 170000 (p. 3).
Le numéro 170000 a été attribué le 20 décembre 1943 (Kalendarium, 1989, p. 684).]

- « [...] la région entourant le camp d’AUSCHWITZ avait été évacuée dans un rayon de presque 100 kilomètres » (p. 5).
Faux et contradictoire. Faux puisque la « zone d’intérêt » du camp (Interessengebiet) comprenait une région d’environ° 40 kilomètres carrés [156]. Et contradictoire puisque, si ce passage est vrai, les Allemands auraient fait évacuer la ville de Cracovie – située à 60 kilomètres d’Auschwitz –, d’où aurait été amené au camp l’auteur présumé du texte.

[Addition de 1998.
-
« Lorsque je suis entré au "Krankenbau" [hôpital], il se composait de trois bâtiments différents : le Block 28 – les maladies internes –, le Block 20 – les maladies infectieuses –, le Block 21 – la chirurgie. Plus tard trois nouveaux "Blocks" (Blocks 19, 9 et 10) furent incorporés à l’"hôpital" » (p. 7).
Les « blocks » 9, 19, 20, 21 et 28 faisaient en effet partie du Häftlingskrankenbau (hôpital des détenus) d’Auschwitz. Le « block » 20 était l’Infektionsblock (Kalendarium, 1989, p. 26).

- Il est fait mention du SS « Kler », chargé d’appliquer les injections destinées à tous les détenus trop faibles (p. 8).
Depuis 1941 travaillait au Häftlingskrankenbau d’Auschwitz l’Oberscharführer Josef Klehr (Kalendarium, 1989, p. 1008-1009).

- Le SS « Kler » reçut plus tard un assistant, « un volontaire polonais, appelé PANSZCZYK, n° 607 de Cracovie » (p. 9).
Le détenu polonais Mieczyslaw Panszczyk [157], envoyé au camp en juin 1940 par la police allemande de Cracovie, a été en effet enregistré avec le numéro 607 (Kalendarium, 1989, p. 35).]

- « À l’automne 1942 se produisit le massacre des convois de LUBLIN. » Au moins de 15 000 à 20 000 personnes y perdirent la vie (p. 9).
Il n’y a pas de preuve dans le Kalendarium qu’un massacre de telles proportions se soit produit à l’automne 1942, du 21 septembre au 21 décembre (n° 3, p. 91-109).

[Addition de 1998.
-
Il est fait mention d’un certain « WIRTZ » comme « médecin-chef » (head-doctor) (p. 9).
L’Obersturmführer Dr Eduard Wirths était affecté depuis septembre 1942 à Auschwitz comme SS-Standortarzt (médecin de la garnison SS) (Kalendarium, 1989, p. 1020).

- Il est fait également mention d’un médecin SS dont le nom était « ENTREST », « un Allemand du district de Posen » (p. 9).
Le Hauptsturmführer Dr Friedrich Entress, né à Posen (actuellement Poznan en Pologne), était affecté depuis décembre 1941 à Auschwitz comme médecin du camp (Kalendarium, 1989, p. 1003)] [158].

- « Une action d’"épouillage" [A « delousing » action] qui causa un nombre particulièrement grand de victimes fut effectuée en juillet 1942. Au cours de cette "purge", ceux qui étaient faibles, malades du typhus ou en quarantaine à cause du typhus furent tous envoyés à BRZINZKI sans exception [pour être gazés] » (p. 9).
Faux. Durant le mois de juillet 1942, on n’a enregistré aucune « sélection » de prisonniers, malades du typhus ou non, pour les chambres à gaz (Kalendarium, n° 3, p. 68-76).

- « [...] on ouvrit un camp de concentration spécial à Birkenau (le nom polonais du village est Rajsko) » (p. 11).
Faux. Comme nous l’avons déjà indiqué auparavant, Rajsko et Birkenau (Brzezinka en polonais) étaient deux localités distinctes.

- « Des tombes collectives furent creusées à cette époque dans lesquelles les corps étaient simplement jetés. Cela continua pendant l’automne 1942. [...]. Des rangées empilées de corps de juifs assassinés, recouverts uniquement d’une fine couche de terre, furent disséminées dans les terrains environnants, si bien que le sol devint presque marécageux suite à la putréfaction des corps » (p. 12).
Cette information est inconciliable avec celle du Protocole 1 qui indique qu’à cette époque les cadavres de ceux qui étaient assassinés étaient incinérés (voir plus haut).

- « À l’automne 1942, tout ce qui restait des corps dut être exhumé, les os rassemblés et brûlés dans les crématoires (à ce moment-là, quatre avaient été achevés) » (p. 12).
Faux. Aucun des crématoires de Birkenau n’est entré en service avant le 22 mars 1943 (voir plus haut). De plus, ce passage est inconciliable avec la version du Protocole 1 selon laquelle le premier crématoire de Birkenau a été inauguré fin février 1943 (voir plus haut).

- « Les premières exécutions furent une surprise pour la majorité des détenus du camp. Elles commencèrent à l’été 1941 quand, un soir, après l’appel, plusieurs numéros furent convoqués (je m’en souviens bien, il y avait 18 hommes, tous de Cracovie) [(I well remember, there was 18 men from Cracow alone)] » (p. 13).
Contradictoire. Le témoin présumé n’a pu être présent lors de cet événement puisqu’il a déclaré auparavant (p. 1) être arrivé à Auschwitz le 24 mars 1942.

[Addition de 1998.
-
« Le célèbre acteur polonais Witold ZACHAREWICZ fut assassiné de cette manière [par injection mortelle] » (p. 15).
Il existe un certificat de décès au nom de Zacharewicz, Witold, décédé à Auschwitz le 16 février 1943 [159].

- On mentionne un certain « GRABNER », « chef de la section politique » (p. 16).
L’Untersturmführer Maximilian Grabner a été en effet chef de la Section Politique (police politique) au camp d’Auschwitz jusqu’en octobre 1943 (Kalendarium, 1989, p. 1005).

- On mentionne l’ « "Oberscharführer" PALITSCH » (p. 16).
Le Hauptscharführer Gerhard Max Arno Palitzsch servit à Auschwitz de mai 1940 à novembre 1943 [160].

- On mentionne le « "Scharführer" STIWETZ » (p. 16).
L’Unterscharführer Friedrich Stiewitz servit à Auschwitz de 1941 à 1945 [161].

5. 4 Les silences des Protocoles

Il est intéressant de tenir compte de ce que les Protocoles passent sous silence. À savoir les événements notables ayant eu lieu à Auschwitz entre avril 1942 et la fin mai 1944 et qui n’ont pas été mentionnés dans les Protocoles. En voici quelques exemples :
– La visite d’inspection de Himmler qui eut lieu les 17 et 18 juillet 1942 (Kalendarium, 1989, p. 250-251).
– La visite du chef de l’Office central économique et administratif de la SS (WVHA), l’Obergruppenführer Pohl, qui eut lieu le 23 septembre 1942 (Kalendarium, 1989, p. 307).
– La visite du médecin-chef de la SS, l’Obergruppenführer Grawitz, qui eut lieu le 25 septembre 1942 (Kalendarium, 1989, p. 308).
– La révolte et le massacre de Budy, près d’Auschwitz, dans lequel près de 90 femmes détenues furent tuées par des détenus d’origine allemande, remplissant le rôle de surveillants, et par des sentinelles SS. Cet événement sanglant se produisit le 5 octobre 1942 (Kalendarium, 1989, p. 314).
– Création du Nebenlager (camp adjacent) de Monowitz, construit près du complexe industriel de l’I.G. Farben. 800 détenus furent conduits du camp principal d’Auschwitz au nouveau camp le 30 octobre 1942 (Kalendarium, 1989, p. 329-330).
– Le 8 février 1943 on ordonna un nouveau Lagersperre (fermeture du camp) en raison d’une recrudescence de l’épidémie de typhus (Kalendarium, 1989, p. 408).
– Arrivée de groupes de tziganes à partir du 26 février 1943. Les tziganes étaient logés dans une section du camp de Birkenau (Kalendarium, 1989, p. 423).
– Entre le 10 et le 13 mars et entre le 12 et le 13 avril 1943 des milliers de détenus polonais furent transférés d’Auschwitz en direction d’autres camps de concentration (Kalendarium, 1989, p. 437-439 et 466-467).
– Le Sturmbannführer Eichmann, responsable de la déportation des juifs, visita Auschwitz – plus exactement le Familienlager ou camp familial – le 29 février 1944 (Kalendarium, 1989, p. 731).

5. 5 Psychologie du témoignage

Un aspect qui offre un intérêt extraordinaire pour l’historien est celui de la psychologie du témoignage. Il faut se représenter que l’observateur d’un fait historique passe, en fonction d’une multitude de circonstances, par des états d’âme très divers qui ont forcément une incidence sur sa sérénité, sa volonté, sa mémoire et ses facultés d’attention. L’historien français Marc Bloch a pris soin d’étudier cet aspect en rapport avec les fausses informations de la première guerre mondiale. M. Bloch a ainsi examiné l’état d’âme du soldat allemand après les expériences traumatisantes des premiers mois de guerre : « Le soldat allemand, qui, la guerre à peine commencée, entre en Belgique, vient d’être tout à coup enlevé à ses champs, à son atelier, à sa famille, ou du moins à la vie réglée de la caserne ; de ce dépaysement soudain, de ce brusque déchirement des liens sociaux essentiels naît déjà un grand trouble moral. Les marches, les mauvais logements, les nuits sans sommeil fatiguent à l’extrême des corps qui n’ont pas encore eu le temps de s’assouplir à ces dures épreuves. Combattants novices, les envahisseurs sont hantés de terreurs d’autant plus fortes qu’elles demeurent nécessairement assez vagues ; "les nerfs sont tendus, les imaginations surexcitées, le sens du réel ébranlé" » [162].
Imaginons à présent l’état d’esprit dans lequel se trouvaient probablement les auteurs présumés des Protocoles depuis leur arrivée au camp de concentration. Aux conditions déjà indiquées par M. Bloch il faudrait ajouter la perte de la liberté, les très mauvaises conditions d’hygiène, les épidémies, la dureté du travail et la faible alimentation. De plus, n’oublions pas l’âge des auteurs présumés du Protocole 1 qui avaient 23 ans (Alfred Wetzler) et à peine 17 ans (Rudolf Vrba) à leur arrivée à Auschwitz. Malgré l’expérience traumatisante qu’ont dû représenter pour les deux déportés – dont l’un était un adolescent – les premiers mois de vie au camp et malgré l’état d’esprit qui a dû être le leur dans ces circonstances, on nous dit que tous deux décidèrent froidement depuis le début de rassembler et de mémoriser avec la plus grande précision toutes les informations auxquelles ils auraient accès sur les camps d’Auschwitz-Birkenau et de Majdanek. C’est ainsi qu’ils nous indiquent dès le premier instant les numéros d’enregistrement attribués aux membres des différents convois arrivés à Auschwitz. Et ils conservent la sérénité suffisante pour se souvenir de tout : Auschwitz mesurait 500 par 300 m, les barbelés mesuraient 3 m de haut, les tours de surveillance mesuraient 5 m de haut et étaient séparées entre elles de 150 m, les grandes baraques de Birkenau mesuraient 30 m de long, 8 à 10 m de large et 5 m de haut, les cellules où dormaient les détenus mesuraient 80 par 80 cm, Birkenau comprenait un territoire de 1 600 par 850 m... (YVA, p. 2-4). Sur une seule page du Protocole 1 (YVA, p. 9) on cite 16 noms et prénoms, avec les lieux de naissance, de déportés arrivés à Auschwitz un an et demi avant que les auteurs présumés n’aient couché par écrit leurs souvenirs. Ils décrivent également avec minutie les secteurs du camp de Birkenau, en indiquant le numéro des membres de chaque secteur et le numéro des juifs, de même que les noms et prénoms, le lieu de naissance, l’occupation dans le camp et les numéros matricules de six juifs (YVA, p. 18).
Tout cela est invraisemblable du point de vue psychologique. N’oublions pas non plus que, d’après le témoignage, Auschwitz était un camp d’extermination où les possibilités d’évasion étaient quasi nulles et où le destin final de tout juif était, presque en toute certitude, la mort. Quel sens y avait-il alors pour un détenu juif de prendre la peine de mémoriser méthodiquement une masse énorme d’informations si, au bout du compte, la mort était prévisible et si l’effort ne servait à rien ?
Il convient de souligner également que les auteurs présumés du Protocole 1 paraissent doués du don d’ubiquité. On indique dans la préface du document : « Le présent rapport ne contient pas tout ce qu’ont vécu les deux [auteurs] pendant leur période de détention. Seul a été mis par écrit ce que l’un ou les deux ensemble ont vécu, vu ou très directement perçu et dont ils ont fait l’expérience. Les impressions individuelles n’y sont pas décrites et rien n’a été reproduit de ce qui a seulement été appris d’informations de troisième main. » Les auteurs du Protocole 1 ont donc été les observateurs directs de tous les événements qu’ils décrivent. Ce qui signifie que, malgré la séparation en secteurs distincts par des barbelés des camps d’Auschwitz et de Birkenau et la liberté de mouvement très restreinte, les auteurs avaient les coudées franches. Ils sont allés partout : à l’usine DAW (Deutsche Ausrüstungswerke) (YVA, p. 5), à l’hôpital (Krankenbau) (YVA, p. 6), dans le Birkenwald, où ils virent la fosse pour brûler les cadavres (YVA, p. 6), à l’intérieur des crématoires (YVA, p. 11-12), dans le « camp familial » (Familienlager) (YVA, p. 14-15), à l’usine Buna (YVA, p. 23), dans le « commando de déblaiement » (Aufräumungskommando) (YVA, p. 24), au camp agricole de Harmense, où les cendres des cadavres incinérés étaient utilisées comme engrais (YVA, p. 11), dans les bureaux du camp, où ils constatèrent qu’on avait reçu 500 000 « formulaires d’élargissement » (YVA, p. 13) et que le convoi de juifs de Theresienstadt arrivé le 20 décembre 1943 devait effectuer six mois de quarantaine (YVA, p. 16).
Non seulement les auteurs connaissaient les dessous du camp mais ils étaient en outre présents lors de moments particulièrement dramatiques comme la torture, le gazage et la crémation du frère de l’homme politique français Léon Blum (YVA, p. 8) et l’inauguration du premier crématoire lors de laquelle plusieurs personnalités allemandes assistèrent au gazage et à l’incinération de 8 000 juifs de Cracovie (YVA, p. 12).
Tout cela est extrêmement improbable. L’une des caractéristiques des documents apocryphes est qu’ils prétendent « trop décrire ». Et il n’est pas vraisemblable que deux déportés aient eu – avec une liberté de mouvement aussi restreinte – une si large vision d’ensemble d’Auschwitz, pas plus qu’il ne serait vraisemblable, par exemple, qu’un grenadier de Napoléon à Waterloo – dont la perspective se limitait à une centaine de mètres aux alentours – ait eu une vision panoramique de l’ensemble de la bataille.

5. 6 Affirmations dont la crédibilité est faible ou nulle

Il convient d’évoquer à présent les épisodes des Protocoles qui se caractérisent par la teneur incroyable des affirmations et la grossièreté des exagérations. Ces épisodes, qui abondent tout au long des textes, ne sont pas sans affaiblir leur crédibilité. En voici, sans intention d’exhaustivité, quelques exemples :
– « Une fois j’ai vu un jeune juif polonais du nom de Jossel faire une démonstration de "meurtre professionnel" sur un autre juif en présence d’un SS, en tuant le juif avec sa main, sans utiliser aucune arme » (YVA, p. 10).
– Les juifs étaient conduits au crématoire comme s’ils allaient prendre un bain. Deux hommes en blouses blanches remettaient à chacun d’eux une serviette de toilette et un morceau de savon. Ils étaient ensuite conduits en grand nombre à la chambre à gaz. « Pour pouvoir faire entrer toute cette foule dans la chambre, des coups de feu étaient fréquemment tirés, afin d’obliger ceux qui se trouvent déjà dans la chambre à se serrer » (YVA, p. 12).
L’auteur de ce passage semble avoir laissé de côté l’incompatibilité entre les blouses blanches, le savon et les serviettes – supposés rassurer les victimes – et les coups de feu.
– « Pour l’inauguration du premier crématoire début mars 1943, qui fut célébrée [begangen wurde] avec le gazage et la crémation de 8 000 juifs de Cracovie, des invités de marque vinrent de Berlin, des officiers de haut rang et des civils. Ils se montrèrent très satisfaits du résultat et utilisèrent fréquemment le judas aménagé dans la porte de la chambre à gaz. Ils s’exprimèrent en termes très élogieux sur la nouvelle installation » (YVA, p. 12).
– Le 7 mars 1944, 3 792 juifs allèrent aux chambres à gaz. « Les jeunes marchèrent à la mort en chantant » (Die Jugend fuhr singend in den Tod) (YVA, p. 15).
– « Les détenus sont traités [in Evidenz gehalten] d’après leur numéro et non d’après leur nom, ce qui fait qu’une erreur peut se produire facilement mais peut se révéler fatale. Si le Blockschreiber communique par erreur la mort d’un numéro – ce qui, étant donné la forte mortalité habituelle, est très possible et arrive fréquemment – cette méprise sera simplement réparée en fait par l’exécution ultérieure de la personne concernée. Aucune correction ne peut être apportée dans un rapport déjà envoyé » (YVA, p. 19).
– « Les partisans du camp III [dans le camp de Majdanek] étaient enfermés dans leurs baraques, ils ne travaillaient pas, on leur lançait la nourriture comme à des chiens. Les gardes n’avaient pas confiance quand ils étaient près d’eux. Ils mouraient en masse dans leurs baraques archicombles et les gardes les mitraillaient à toutes les occasions possibles » (YVA, p. 22).
– « Le rabbin de Sered [Slovaquie] Eckstein connut une fin tragique. Souffrant d’une diarrhée et s’étant attardé aux latrines, il arriva un jour à l’appel avec quelques minutes de retard. Le Scharführer lui plongea deux fois de suite profondément la tête dans la bouche des latrines, l’arrosa d’eau froide, saisit son revolyer et le tua d’un coup de feu » (YVA, p. 23).
– À l’usine Buna « le lieu de travail était divisé en carrés de 10 par 10 m. Chaque carré était gardé par un SS. Celui qui, pendant le travail, dépassait les limites de son carré était "fusillé pour évasion [" auf der Flucht erschossen "] sans avertissement. Il arrivait souvent qu’un SS donnât à un détenu l’ordre d’aller chercher un outil ou un objet qui se trouvait de l’autre côté de la ligne du carré. Lorsque le détenu exécutait l’ordre il était fusillé pour avoir franchi la limite » (YVA, p. 23).
– « La manière dont ceux qui étaient condamnés aux chambres à gaz étaient conduits à leur sort était extraordinairement brutale et inhumaine. Des cas sérieux du service de chirurgie qui portaient encore leurs bandages et un cortège de patients épuisés et horriblement émaciés, même des convalescents en voie de guérison étaient chargés sur des camions. Ils étaient tout nus et le spectacle était atroce au plus haut point. Les camions s’arrêtaient à l’entrée du block et les malheureuses victimes étaient purement et simplement poussées ou entassées par les membres de l’escorte (j’ai été le témoin fréquent de ces convois tragiques). Une centaine de personnes étaient souvent pressées dans un petit camion. Elles savaient toutes exactement ce qu’allait être leur sort. La grande majorité demeurait complètement apathique tandis que les autres, pour la plupart des patients de la chirurgie avec des blessures sanglantes et béantes et des plaies affreuses, luttaient avec frénésie. Tout autour des camions, les SS s’agitaient comme des fous, repoussant la foule qui hurlait et qui essayait de se pencher vers l’extérieur. C’était une terrible expérience chaque fois d’entraîner nos amis vers les camions. La plupart d’entre eux étaient calmes et nous disaient adieu mais n’oubliaient jamais de nous rappeler : "N’oubliez pas la vengeance." Dans ces circonstances, les cœurs des hommes se changeaient en pierres. Imaginez un prisonnier tuant son frère dans l’un des services afin de lui éviter d’avoir à supporter le terrible voyage par camion. (Il se trouve que je connais les noms et les numéros matricules de ces deux prisonniers.) » (FDRL 2, p. 10).
Ce furent probablement des exemples comme ceux-là qui, lorsque les Protocoles allaient être remis à la presse américaine en novembre 1944, amenèrent le responsable de l’Office of War Information [163], Elmer Davis, à s’opposer à leur diffusion. On faisait valoir que « personne ne croirait ce qui s’y trouvait écrit et [que], partant, le public américain cesserait de croire les autres informations sur la guerre venant des services de Davis »] [164].


Notes

[115]

Tadeusz IWASZKO, « Évasions de prisonniers du camp de concentration Auschwitz-Birkenau », dans : Contribution à l’histoire du KL-Auschwitz, Édition du Musée d’État à Oswiecim, Oswiecim, s.d., p. 100-101.

[116]

Hermann LANGBEIN, Hommes et femmes à Auschwitz, Fayard, [Paris], 1975, p. 260.

[117]

Rudolf Höss, Le Commandant d’Auschwitz parle, François Maspéro, Paris, 1979, p. 151 et 152.

[118]

Danuta CZECH, « Les événements les plus importants dans le camp de concentration Auschwitz-Birkenau », dans : Contribution à l’histoire du KL-Auschwitz, Musée d’État à Oswiecim, Oswiecim, s.d., p. 177.

[119]

Kazimierz SMOLEN, « Le camp de concentration d’Auschwitz », dans : Contribution à l’histoire du KL-Auschwitz, Musée d’État à Oswiecim, Oswiecim, s.d., p. 16.

[120]

[Death Books from Auschwitz, liste alphabétique des morts.]

[121]

La somme de ces détenus donne un total de 790. Le Kalendarium comporte une erreur. Aux cinq détenus arrivés le 17 juin 1942 ont été attribués les matricules 39676 à 39690 (!) [Addition de 1998. Erreur corrigée dans la seconde édition de l’ouvrage de D. Czech. Il s’agit en réalité de 15 détenus (Kalendarium, 1989, p. 229).]

[122]

Pour ce qui concerne les juifs de Belgique nous avons tenu compte de S[erge] KLARSFELD, « Tableau des convois de déportation des juifs de Belgique vers Auschwitz », Le Monde juif’[Paris], n° 83, 1976, p. 108-109.

[123]

[Death Books from Auschwitz, liste alphabétique des morts.]

[124]

Même remarque que dans la note 122.

[125]

Même remarque que dans la note 122.

[126]

[Death Books from Auschwitz, liste alphabétique des morts.]

[127]

Il y a des lacunes dans le Kalendarium entre les numéros 87492 et 87708, 89463 et 89592 et il manque le numéro 90628. [Addition de 1998. Dans la seconde édition de l’ouvrage de D. Czech on indique que les numéros 87492-87708 ont été attribués à 217 juifs venant du ghetto de Zambrów et les numéros 89463-89592 à 130 juifs du même ghetto (Kalendarium, 1989, p. 384 et 386).]

[128]

Franciszek PIPER, « Extermination », dans : Auschwitz. Camp hitlérien d’extermination, Interpress, Varsovie, 1986, p. 122.

[129]

Les deux crématoires étaient numérotés indistinctement I et II ou II et III. Voir Jean-Claude PRESSAC, « Les "Krematorien IV et V de Birkenau et leurs chambres à gaz. Construction et fonctionnement », Le Monde juif [Paris], n° 107, juillet-septembre 1982, p. 97.

[130]

Jan SEHN, Le Camp de concentration d’Oswiecim-Brzezinka, Varsovie, 1957, p. 147.

[131]

Rudolf Höss, Le Commandant d’Auschwitz parle, op. cit., p. 273 ; Franciszek PIPER, « Extermination », loc. cit., p. 125 ; Jan SEHN, Le Camp de concentration d’Oswiecim-Brzezinka, op. cit., p. 151.

[132]

Les deux crématoires étaient numérotés indistinctement III et IV ou IV et V. Voir Jean-Claude PRESSAC, « Les "Krematorien IV et V de Birkenau et leurs chambres à gaz. Construction et fonctionnement », art. cité, p. 97.

[133]

Franciszek PIPER, « Extermination », loc. cit., p. 124 ; Jan SEHN, Le Camp de concentration d’Oswiecim-Brzezinka, op. cit., p. 132 ; Jean-Claude PRESSAC, « Les "Krematorien IV et V de Birkenau et leurs chambres à gaz. Construction et fonctionnement », art. cité, p. 93-131.

[134]

Danuta CZECH, « Konzentrationslager Auschwitz. Précis d’histoire », dans : Auschwitz. Camp hitlérien d’extermination, Interpress, Varsovie, 1986, p. 30.

[135]

[Danuta CZECH, « Les événements les plus importants dans le camp de concentration Auschwitz-Birkenau », dans : op. cit., p. 30.]

[136]

[R. Vrba a déclaré que les préparatifs pour la construction de la voie étaient en cours le 15 janvier 1944. Voir Rudolf VRBA, « Die missachtete Warnung. Betrachtungen über den Auschwitz-Bericht von 1944 », Vierteljahrshefte für Zeitgeschichte [Munich], 44e année, n° 1, janvier 1996, p. 2-3.]

[137]

[Musée d’État d’Oswiecim, D-AuI-2/253.]

[138]

[La phrase qui contient cette appréciation positive sur Danisch a été omise dans la traduction en français du « Rapport sur les camps de concentration d’Auschwitz, Birkenau et Maïdanek » publiée en appendice de : Rudolf VRBA & Alan BESTIC, Je me suis évadé d’Auschwitz, trad. de l’anglais par Jenny Plocki et Lili Slyper, Presses Pocket, Paris, 1989 (Éditions Ramsay, 1988). Voir p. 371. – N.D.T.]

[139]

Hermann LANGBEIN, Hommes et femmes à Auschwitz, op. cit., p. 147-148.

[140]

[Teresa CEGLOWSKA, « Strafkompanien im KL Auschwitz », Hefte von Auschwitz [Oswiecim], n 17, 1988, p. 178.]

[141]

Rudolf Höss, Le Commandant d’Auschwitz parle, op. cit., p. 70.

[142]

[Jozef GARLINSKI, Fighting Auschwitz. The Resistance Movement in the Concentration Camp, Julian Friedmann, Londres, 1975, p. 178, 268 et 314.]

[143]

Danuta CZECH, « Konzentrationslager Auschwitz. Précis d’histoire », dans : op. cit., p. 39.

[144]

Idem, p. 33-35 et 39.

[145]

[Yehoshua BÜCHLER, « The Deportation of Slovakian Jews to the Lublin District of Poland in 1942 », Holocaust and Genocide Studies [Oxford, etc.], vol. 6, n 2, 1991, p. 166.]

[146]

Danuta CZECH, « Les camps auxiliaires d’Auschwitz », dans : Contribution à l’histoire du KL-Auschwitz, Musée d’État à Oswiecim, Oswiecim, s.d., p. 53.

[147]

Raul HILBERG, La Destruction des juifs d’Europe, op. cit., p. 1045.

[148]

Gerald REITLINGER, The Final Solution, op. cit., p. 119.

[149]

[Franciszek PIPER, Die Zahl der Opfer von Auschwitz, Verlag Staatliches Museum in Oswiecim, Oswiecim, 1993, dépliant entre les pages 144-145.]

[150]

Rudolf HÖSS, Le Commandant d’Auschwitz parle, op. cit., p. 274.

[151]

Voir le tableau des grades SS et de l’armée allemande dans : Raul HILBERG, La Destruction des juifs d’Europe, op. cit., p. 1032.

[152]

Danuta CZECH, « Konzentrationslager Auschwitz. Précis d’histoire », dans : op. cit., p. 39-40.

[153]

[Death Books from Auschwitz, tome 1, p. 243.]

[154]

[Idem, p. 273.]

[155]

[Idem, p. 255.]

[156]

Kazimierz SMOLEN, « Le camp de concentration d’Auschwitz », dans : op. cit., p. 10.

[157]

[Irena STRZELECKA, « Die ersten Polen im KL Auschwitz », Hefte von Auschwitz [Oswiecim], n 18, 1990, p. 101.]

[158]

[Death Books from Auschwitz, tome 1, p. 251.]

[159]

[Death Books from Auschwitz, liste alphabétique des morts.]

[160]

[Death Books from Auschwitz, tome 1, p. 267.]

[161]

[Idem, p. 274.]

[162]

[Marc BLOCH, « Réflexions d’un historien sur les fausses nouvelles de la guerre », Akribeia [Saint-Genis-Laval], n 1, octobre 1997, p. 19]

[163]

[Principale agence américaine de propagande pendant la guerre.]

[164]

[The Liberation of the Nazi Concentration Camps 1945, United States Holocaust Memorial Museum, Washington, D.C., 1987, p. 176 ; Joseph BORKIN, The Crime and Punishment of I.G. Farben, New York, 1978. Cité par Miroslav KARNY, « The Vrba and Wetzler Report », dans : op. cit., p. 563.]

 


Source: Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 5-208


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