Enrique Aynat : Les « Protocoles d’Auschwitz » sont-ils une source historique digne de foi ?

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9 Conclusions

Afin de déterminer si les Protocoles d’Auschwitz surmontent la critique et peuvent être considérés comme un témoignage historique digne de foi, nous allons livrer ci-dessous les conclusions auxquelles nous sommes arrivé au terme de la présente étude.
Il faut tout d’abord conclure que les Protocoles ne surmontent pas la critique de provenance. L’anonymat est absurde. Cela n’a pas de sens de dire que l’on tait les noms des auteurs pour des raisons de sécurité alors que ces mêmes Protocoles contiennent de nombreux éléments qui auraient permis aux Allemands d’identifier les évadés avec une très grande facilité. Cela n’a pas non plus de sens de passer sous silence l’identité des auteurs pour des raisons de sécurité et en même temps de dévoiler les noms des meneurs d’une future insurrection à Birkenau (voir 3.1.1).
Un autre aspect étrange est l’apparition tardive des auteurs présumés. Bien que l’on dise taire « pour l’instant » l’identité des auteurs dans le texte des Protocoles, il est certain que le dernier d’entre eux ne s’est pas fait connaître avant 1981, 37 ans après la rédaction des textes. Un détail très significatif est qu’Oskar Neumann, qui connaissait beaucoup de choses sur la gestation et la diffusion des Protocoles, n’a pas fourni les noms des évadés d’Auschwitz dans son livre de mémoires écrit immédiatement après la guerre (voir 3.1.2).
On peut mettre en avant le fait que les télégrammes envoyés à la Gestapo par les autorités d’Auschwitz (Appendices 4 et 5) confirment l’authenticité des Protocoles. Néanmoins, la seule chose que confirment réellement ces documents est qu’Alfred Wetzler et Walter Rosenberg se sont évadés d’Auschwitz le 7 avril 1944 et qu’Arnost Rosin et Czeslaw Mordowicz l’ont fait le 27 mai de la même année. Rien de plus. [Addition de 1998. Cette question est abordée par la suite.]
Il n’existe pas d’unanimité concernant la date de rédaction du Protocole 1. Les différents témoignages établissent une période de temps comprise entre le 20 avril et début juillet 1944 (voir 3.2.1). Il est surprenant de rencontrer des dates aussi différentes dans les déclarations de personnes qui disent avoir participé directement à la gestation des Protocoles.
Les affirmations concernant le lieu de rédaction du Protocole 1 ne sont pas non plus conciliables. Vrba et Wetzler, les auteurs présumés du témoignage, déclarent l’avoir écrit dans trois villes différentes (voir 3.3.1).
Il existe également des divergences dans les questions suivantes : qui a rédigé matériellement le texte (voir 3.4.1.1) ? qui étaient les dirigeants juifs slovaques qui entrèrent en contact avec Vrba et Wetzler après leur évasion (voir 3.4.1.2) ? en quelle langue le texte a-t-il été rédigé (voir 3.4.1.3) ? quelle longueur avait-il (voir 3.4.1.4) et qui a été l’auteur des croquis (voir 3.4.1.5) ?
De même, pour ce qui concerne la diffusion des Protocoles d’Auschwitz, il demeure plusieurs anomalies manifestes. Par exemple, le Protocole 1 est resté à Genève presque un mois en la possession d’une organisation sioniste sans qu’on l’ait même fait connaître aux autres dirigeants juifs habitant dans la même ville (voir 3.5.2). D’une manière générale, la diffusion des Protocoles a connu un retard inexplicable. Le cas le plus fréquent est celui de la Hongrie où on les a fait connaître deux mois après qu’un dirigeant juif hongrois les eut reçus. Si l’on prend en compte l’allégation selon laquelle les Protocoles avaient précisément pour but d’alerter la communauté juive hongroise, ce retard est incompréhensible (voir 3.5.4).
Toutes ces énigmes n’ont pas reçu, 54 ans après les faits, de solution convaincante.
Comme l’a écrit l’historien belge Pierre Salmon, lorsqu’« un document a essuyé victorieusement le feu de la critique de provenance, on peut admettre son authenticité : nous sommes en présence d’un document original.
Au contraire, si le document ne résiste pas, soit à toutes, soit à certaines des questions critiques que nous venons de voir [Qui l’a rédigé ? Quand ? Où ? Comment ? Par quelles voies est-il parvenu jusqu’à nous ?], nous sommes soit devant un faux, soit devant une copie. [201] » Les anomalies, les contradictions et les lacunes inexplicables mises en évidence par l’étude de la provenance des Protocoles sont si nombreuses que l’on peut affirmer que ceux-ci ne permettent de répondre avec précision à aucune des « questions critiques » indiquées par Salmon.
En second lieu, la comparaison des Protocoles 1 et 2 fait apparaître que ces deux textes ont été écrits par la même personne (voir chapitre 4). Grâce à elle, on démonte la supercherie d’un nouveau Protocole rédigé par deux autres évadés. Il est invraisemblable que deux nouveaux fugitifs d’Auschwitz se soient enfuis précisément vers le même endroit et soient entrés en contact avec les mêmes personnes qui avaient recueilli les deux premiers évadés, qu’ils aient raconté ce qu’ils avaient vécu en reprenant le récit là où ceux-ci l’avaient laissé et, surtout, qu’ils l’aient rédigé exactement sur le même modèle, y compris par l’utilisation des mêmes phrases.
Le cas du témoignage du « commandant polonais » est encore plus invraisemblable. On prétend que ce nouveau témoin oculaire des horreurs d’Auschwitz, évadé en novembre 1943, a erré cinq mois avant de livrer son témoignage, ce qu’il fit précisément dans un pays étranger, à la même époque, au même endroit et devant les mêmes personnes que les deux jeunes juifs slovaques évadés le 7 avril 1944 (voir 3.2.3). [Addition de 1998. Il faudrait modifier cette conclusion si nous accordons crédit aux déclarations du docteur Tabeau.]
En troisième lieu, les Protocoles contiennent une énorme quantité d’informations qui se sont révélées fausses. Un exemple frappant est celui du récit des juifs exterminés au moyen de gaz toxiques à Birkenau, qui donne un chiffre de victimes très supérieur à celui des juifs déportés à Auschwitz tout au long de la guerre. Il est évident que ce chiffre ne s’appuie pas sur l’« estimation prudente » d’un observateur situé à l’intérieur du camp. Ce chiffre des victimes a été purement et simplement inventé.
Néanmoins, ce sont les croquis qui prouvent le mieux que les Protocoles d’Auschwitz sont apocryphes. Le croquis de la tour de garde d’Auschwitz ne s’est pas inspiré de la vue des tours réelles (voir Illustrations n° 3 et n° 4). Il est évident que la personne qui a dessiné ce croquis n’a pas passé un seul jour à Auschwitz. [Addition de 1998. Nous ne soutiendrons pas aujourd’hui une conclusion aussi tranchante (voir ci-dessus en 5.1 Protocole 1.] Le plan des crématoires I et II de Birkenau (voir Illustrations n° 7 et n° 8) a été totalement inventé. Il est impensable que ce croquis ait pu être dessiné par deux authentiques anciens prisonniers d’Auschwitz ayant passé deux ans au camp. Enfin, le plan du camp de Birkenau montre l’emplacement d’une installation de bains (sans aucune ressemblance avec l’installation réelle, d’ailleurs) et passe sous silence l’énorme et contigu « magasin des objets » (« Canada ») (voir Illustrations n° 9 et n° 10). Il est invraisemblable que deux anciens prisonniers de Birkenau aient laissé ce détail de côté. [Addition de 1998. De même, les considérations sur la psychologie du témoignage et les cas d’affirmations invraisemblables qui ont été mis en évidence diminuent encore davantage la crédibilité et la véracité des Protocoles (voir 5. 5 Psychologie du témoignage).]
Quatrièmement, le principal argument présenté en faveur de l’authenticité des Protocoles, la rencontre des fugitifs d’Auschwitz avec un représentant du Saint-Siège dans le monastère de Svaty Jur, manque de fondement documentaire. Il n’y a pas de preuve dans les archives du Vatican qu’elle se soit effectivement produite. D’autre part, les versions que donnent les participants présumés à cette rencontre sont inconciliables (voir chapitre 6).
Cinquièmement, l’analyse des déclarations de Rudolf Vrba et d’Alfred Wetzler démontre qu’aucun d’eux ne mérite une quelconque crédibilité (voir chapitre 7). Le simple fait de considérer un personnage comme Rudolf Vrba coauteur du Protocole 1 suffit pour ôter tout crédit à ce document.
Enfin, les informations contenues dans les Protocoles ne sont pas corroborées par des documents de la même époque. La confrontation de ces textes révèle des contradictions insurmontables (voir chapitre 8).
Ce qui a été dit suffit pour établir que les Protocoles d’Auschwitz ne méritent pas d’être pris en considération en tant que source historique.
Il est néanmoins évident que les Protocoles contiennent des informations provenant de l’intérieur d’Auschwitz et de Birkenau. Ces informations n’étaient pas difficiles à obtenir. La résistance polonaise était informée de ce qui se passait à Auschwitz par les détenus qui effectuaient des travaux à l’extérieur et par les civils polonais employés dans des compagnies allemandes chargées de l’agrandissement du camp. Par la correspondance et par le biais des paquets on réussissait également à envoyer clandestinement des messages et des documents [202]. Le mouvement de résistance à l’intérieur du camp d’Auschwitz était tout particulièrement actif. L’une de ses activités principales était « [l]a réunion des preuves concernant les crimes commis par les SS et leur transmission à l’extérieur du camp » [203]. Parmi les documents transmis on trouvait « les listes des numéros des convois de détenus, hommes et femmes, amenés au camp. Les copies des listes originales de convois ont été faites par les détenus travaillant au bureau d’accueil du Politische Abteilung [Section Politique].
Outre ces documents, on envoyait également des rapports sous forme de messages secrets dans lesquels on indiquait le nombre exact des détenus séjournant au camp, le nombre de convois qui arrivaient et partaient, les noms des détenus fusillés, les noms des fonctionnaires SS faisant partie du personnel du camp, les conditions de vie [...] » [204].
Ces renseignements étaient publiés dans la presse clandestine polonaise [205].
Les informations sorties clandestinement d’Auschwitz n’étaient pas les seules. Ainsi, au début de 1944, un nombre considérable de femmes furent libérées du camp grâce à l’intervention d’un industriel allemand [206]. [Addition de 1998. De plus, l’un des registres d’Auschwitz (Stärkebuch ou livre des effectifs) indique qu’à la date du 19 mai 1942 47 prisonniers juifs slovaques furent libérés] [207]. Il est à supposer qu’elles fournirent des détails sur leur existence à Auschwitz. Il devait y avoir en définitive un nombre considérable d’informations relatives à Auschwitz qui circulaient en Pologne.
D’autre part, la frontière entre la Pologne et la Slovaquie n’était pas hermétique. Elle était à peine surveillée. Plusieurs centaines de juifs passèrent de Pologne en Slovaquie en profitant de ces circonstances [208]. De plus, les organisations juives slovaques avaient obtenu la permission des Allemands d’envoyer des paquets de vivres et de médicaments aux juifs slovaques déportés en Pologne. Les envois se faisaient sous le contrôle de la Croix-Rouge allemande et du « Service central de secours juif en Pologne » (Zentralen jüdischen Hilfstellen in Polen), avec lequel les dirigeants juifs slovaques purent maintenir un contact écrit direct [209]. Sans doute ce canal de communication légal put également être utilisé pour envoyer des informations secrètes. [Addition de 1998. Il existait en outre une voie de communication épistolaire parfaitement légale entre Auschwitz et la Slovaquie. 1 027 lettres de Birkenau parvinrent en Slovaquie le 24 août 1943. Le 3 septembre de la même année c’est 1 305 autres qui y parvinrent. Toutes ces lettres étaient datées de juin et de juillet 1943 [210]. Naturellement, cette correspondance était soumise à la censure allemande mais elle permettait à ceux qui recevaient les lettres d’obtenir les noms et les numéros matricules des internés.]
De même, les dirigeants juifs en Slovaquie avaient créé un réseau de communications clandestin avec leurs coreligionnaires déportés en Pologne : « Avec l’aide de résidents juifs et non juifs de villes frontières comme Presov, Kezmarok, Cedca et Stara-Lubovna, ils envoyèrent aux déportés des courriers qui leur apportaient de l’argent, des objets précieux et de la nourriture. Les distances n’étaient pas très grandes : Auschwitz n’était qu’à quelque soixante kilomètres de la frontière slovaque. Les contrôles frontaliers n’étaient pas trop sévères et quelques jours plus tard seulement arrivaient parfois des messages dans lesquels les déportés assuraient de leur propre main les expéditeurs qu’ils avaient reçu les précieux secours. [211] » Le travail clandestin des organisations juives slovaques était si efficace qu’elles réussirent une fois, en 1943, à passer clandestinement de Pologne en Slovaquie « des groupes entiers de jeunes gens et d’enfants » [212]. [Addition de 1998. En une autre occasion, le 3 janvier 1944, 36 adultes et 11 enfants arrivèrent en Slovaquie en provenance de Bedzin et de Sosnowiec [213], localités situées à environ 30 kilomètres d’Auschwitz.]
Par conséquent, si, comme nous l’avons vu, Auschwitz n’était pas un lieu hermétique, puisqu’il existait des canaux d’informations qui reliaient le camp à l’extérieur, et si les organisations juives slovaques maintenaient des contacts, légaux ou clandestins, avec la Pologne, il est plus que probable que ces organisations recevaient des informations venant de l’intérieur d’Auschwitz, où avaient également fini par échouer des milliers de juifs déportés de Slovaquie. Nous soutenons précisément que cette communication existait et que quelqu’un appartenant à l’une de ces organisations juives slovaques a « fabriqué » les Protocoles d’Auschwitz en s’appuyant sur des informations fragmentaires reçus de l’intérieur du camp.
En définitive, les Protocoles d’Auschwitz ne résistent pas à la critique. Ils sont apocryphes et contiennent un grand nombre de fausses informations. Il nous faut forcément en conclure que leur valeur en tant que source historique est nulle.
[Addition de 1998. Aujourd’hui, huit ans après la première édition, nous réaffirmons que les informations sur Auschwitz contenues dans les Protocoles ne viennent pas nécessairement de détenus évadés miraculeusement. Les dirigeants juifs slovaques disposaient déjà d’informations suffisantes sur Auschwitz au printemps 1944. Les Protocoles eux-mêmes confirment que les milieux juifs possédaient déjà des rapports précis sur Auschwitz. On indique en effet dans la préface du Protocole 1 (YVA) : « Les déclarations coïncident avec les rapports reçus jusqu’à présent qui, bien que fragmentaires, sont sûrs, et ses indications sur les convois particuliers [einzelnen Transporte] coïncident exactement avec les notes officielles. »
De plus, d’après le docteur Rudolf Kastner, dirigeant sioniste hongrois, des « protocoles d’Auschwitz » existaient dès le 19 mars 1944. Ce jour-là, où les Allemands entrèrent en Hongrie, le groupe sioniste auquel appartenait le docteur Kastner mit en lieu sûr « la valise qui contenait la correspondance avec Istanbul, la Suisse et Bratislava, plus les copies de déclarations d’évadés sur les atrocités allemandes à l’est, protocoles d’Auschwitz [Protokolle von Auschwitz], Treblinka, Lemberg, etc. » [214].
Et voici ce que dit la lettre envoyée le 22 mai 1944 par deux importants activistes juifs slovaques, M. D. Weissmandel et G. Fleischmann, aux représentants juifs en Suisse : « Tel est leur système à Auschwitz où ils transportent depuis hier [de Hongrie] 12 000 âmes juives par jour, hommes, femmes, vieux, enfants, malades et bien portants, et les déportés y sont asphyxiés chaque jour, brûlés et utilisés comme engrais dans les champs. [...]. Ces convois arrivent à Auschwitz après deux à trois jours de voyage sans aération, sans nourriture, sans eau, les corps serrés les uns contre les autres. De cette manière il en meurt déjà un nombre considérable pendant le voyage ; les survivants se déshabillent dans des pièces spéciales de grands bâtiments, en croyant qu’ils vont prendre un bain. 2 000 âmes y sont chaque fois asphyxiées au cyanure » [215]. Cela veut dire que, le 22 mai 1944, les activistes juifs de Slovaquie connaissaient l’arrivée de juifs hongrois à Auschwitz. Et étant donné que l’arrivée de ces derniers s’est produite à la mi-mai 1944, que les auteurs présumés du Protocole 1 se sont évadés le 7 avril et que les auteurs présumés du Protocole 2 le l’ont fait le 25 mai, la lettre de M. D. Weissmandel et de G. Fleischmann prouve sans le moindre doute que les activistes juifs de Slovaquie recevaient des informations d’Auschwitz avec rapidité et par des voies différentes de celles de détenus miraculeusement évadés.
Il était déjà surprenant que les dirigeants juifs de Slovaquie n’aient rien su d’Auschwitz pendant deux ans – les déportations de juifs slovaques commencèrent en mars 1942 – et que, soudain, entre les dix derniers jours d’avril et les premiers jours de juin 1944 – en l’espace de six semaines –, ils aient reçu des détails précis sur le camp par quatre évadés extraordinairement bien informés et doués d’une mémoire et d’un sang-froid exceptionnels. De plus, ce soudain afflux d’informations se produit précisément au moment de la planification et de la réalisation de la déportation des juifs de Hongrie, lorsque les activistes juifs de Slovaquie, de Suisse et de Hongrie avaient intérêt à susciter la plus grande agitation de propagande possible afin d’empêcher les déportations. Il n’est pas difficile d’y voir une relation de cause à effet. C’est dans ce contexte, selon nous, qu’auraient été élaborés et diffusés les Protocoles d’Auschwitz.
Pour finir, il reste à traiter la question des télégrammes informant de l’évasion de Wetzler et de Rosenberg d’un côté, de Mordowicz et de Rosin de l’autre (voir Appendice 4 et Appendice 5) qui semblent confirmer l’authenticité des Protocoles. Quelle position adopter à ce sujet lorsque l’on soutient, comme nous le faisons, d’après les éléments examinés, que les Protocoles sont apocryphes ? Il existe deux possibilités :
a) Les télégrammes sont faux également. Il est arrivé fréquemment dans l’histoire qu’une fraude donne lieu à de nouvelles fraudes. Comme l’a dit l’historien français Marc Bloch, « que l’insulte au vrai soit un engrenage, que tout mensonge en entraîne forcément, à sa suite, beaucoup d’autres, appelés à se prêter, en apparence du moins, un mutuel appui, l’expérience de la vie l’enseigne et celle de l’histoire le confirme. C’est pourquoi tant de faux célèbres se présentent par grappes. Faux privilèges du siège de Canterbury, faux privilèges du duché d’Autriche – souscrits par tant de grands souverains de Jules César à Frédéric Barberousse –, faux, en arbre généalogique, de l’affaire Dreyfus : on croirait (et je n’ai voulu que citer quelques exemples) voir un foisonnement de colonies microbiennes. La fraude, par nature, enfante la fraude » [216].
b) Les télégrammes sont authentiques. Rosenberg et Wetzler se seront donc effectivement évadés le 7 avri11944 et Mordowicz et Rosin le 27 mai suivant. Ces fugitifs seront arrivés en Slovaquie et seront entrés en contact avec des activistes de la communauté juive slovaque. S’il en a été ainsi, ils auront sans doute fourni des informations récentes sur l’intérieur d’Auschwitz qui se sont ajoutées à celles dont disposaient déjà les activistes juifs. Cependant, même en admettant cette possibilité, il nous paraît totalement invraisemblable – pour les raisons indiquées dans cette étude – que les évadés aient rédigé les Protocoles sous la forme que nous connaissons.]


Notes.

[201]

Pierre SALMON, Histoire et critique, op. cit., p. 109.

[202]

Barbara JAROSZ, « Le mouvement de la résistance à l’intérieur et à l’extérieur du camp », dans : Auschwitz. Camp hitlérien d’extermination, Interpress, Varsovie, 1986, p. 145.

[203]

Idem, p. 158.

[204]

Idem, p. 159. [Addition de 1998. Voir à ce sujet Enrique AYNAT, « Les rapports de la résistance polonaise sur les chambres à gaz d’Auschwitz (1941-1944) », Akribeia, n° 2, mars 1998, p. 60-113.]

[205]

Idem, p. 164. [Addition de 1998. Voir à ce sujet Enrique AYNAT, « Le gouvernement polonais en exil et Auschwitz d’après le périodique Polish Fortnightly Review, 1940-1945 », Revue d’histoire révisionniste [Colombes], n° 5, novembre 1991, p. 30-70.]

[206]

Walter LAQUEUR, Le Terrifiant Secret. La « solution finale » et l’information étouffée, Gallimard, Paris, 1981, p. 206-207.

[207]

[Danuta CZECH, Kalendarium, 1989, p. 214. L’auteur ajoute, sans apporter la moindre preuve, que, très probablement, ces juifs furent conduits à l’extérieur du camp pour être exécutés.]

[208]

Walter LAQUEUR, Le Terrifiant Secret, op. cit., p. 176.

[209]

Jirmejahu Oskar NEUMANN, Im Schatten des Todes, op. cit., p. 177.

[210]

[Gila FATRAN, « The "Working Group" », Holocaust and Genocide Studies [Oxford, etc.], vol. 8, n° 2, automne 1994, p. 180.]

[211]

Walter LAQUEUR, Le Terrifiant Secret, op. cit., p. 176.

[212]

Ibidem.

[213]

[Robert ROZETT, « From Poland to Hungary : Rescue Attempts 1943-1944 », Yad Vashem Studies [Jérusalem], vol. XXIV, 1994, p. 188.]

[214]

[Der Kastner-Bericht über Eichmanns Menschenhandel in Ungarn, p. 57.]

[215]

[Cité par Rudolf VRBA, « Die missachtete Warnung », art. cité, p. 18-19.]

[216]

[Marc BLOCH, Apologie pour l’histoire, op. cit., p. 99.]

 


Source: Akribeia, n° 3, octobre 1998, p. 5-208


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