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LE MASSACRE d'ORADOUR

UN DEMI-SIECLE DE MISE EN SCENE

 

Partie 11

Cinquième section

Après le drame

I

Prétendus efforts allemands pour masquer leur "crime"

Les allégations françaises, leur incohérence

Les autorités françaises prétendent que, le soir du drame, un groupe de SS resta dans le village et passa la nuit dans une maison qui avait été épargnée par l'incendie : la maison de M. Dupic. D'après les auteurs du livre intitulé Oradour-sur-Glane :

Il est hors de doute que cette maison [a] été, au cours de la nuit, le théâtre d'une véritable orgie. Dans les ruines, M. Moreau, maire-délégué d'Oradour, a pu retrouver les restes de 20 à 25 bouteilles de champagne ; et certains indices, malheureusement insuffisants pour constituer des preuves, suggèrent l'idée que d'autres scènes, facilement imaginables, durent accompagner cette beuverie. Il est regrettable qu'aucun des rescapés ne se soit trouvé assez près de la maison Dupic pour entendre les chants et les cris qui durent, à certain moment, y retentir. Certains bruits avaient couru, que les témoins n'ont pas confirmés (1).

On remarquera la faiblesse des indications permettant aux auteurs de décrire les SS comme des brutes qui auraient organisé une orgie sur les lieux mêmes de la tuerie. Ils évoquent, sans les révéler, "certains indices ", " les cris qui durent [...] retentir ", " d'autres scènes, facilement imaginables ". Tout, ici, fait appel à l'imagination. Seul élément concret : " les restes de 20 à 25 bouteilles de champagne ". Or, cet indice, d'une faiblesse extrême, ne permet pas de conclure à l' " orgie ". Frank Delage, d'ailleurs, devait en être conscient ; c'est ainsi que, dans son livre, ces 20 à 25 bouteilles vides sont devenues : "plusieurs centaines de bouteilles de vins vieux et de champagne récemment vidées (2)".

Plus prudent, mais également soucieux de grossir les faits, Robert Hébras parle d'un "nombre impressionnant de bouteilles vides retrouvées dans les ruines (3)".

Ces exagérations démontrent que les découvertes dans la maison Dupic sont, en réalité, insignifiantes.

D'après MM. Pauchou et Masfrand, les SS restés sur place avaient eu pour mission de " détruire certains témoignages trop accablants du forfait " (4). "Il est à présumer, poursuivent-ils, qu'ils se sont employés à faire disparaître des cadavres imparfaitement consumés et à brûler ce qui ne l'avait pas été " (Id.).

La thèse des Allemands soucieux d'effacer les traces de leur crime est, prétend-on, confirmée par le fait que, le lundi 12 juin au matin, certains d'entre eux revinrent à Oradour afin d'y creuser des fosses et y enfouir des victimes. Dans un rapport français déjà cité, on lit :

Le lundi 12, de nouvelles troupes chargées de faire disparaître les corps sont arrivées à Oradour dans la matinée. Ces troupes se sont employées à creuser une fosse assez conséquente à proximité de l'église dans laquelle ont été déposés à la pelle tous les corps ou restes qui se trouvaient dans l'église et une autre dans le jardin Denis, à proximité de son garage, où ont été découverts 40 cadavres dont celui du maire. Dans les autres granges et garages, les corps n'avaient pas été enlevés (5).

L'existence des deux fosses est confirmée par le rapport du docteur Bapt, le médecin inspecteur de la Santé qui, à partir du 14 juin, supervisa les opérations de secours. On y apprend que, dès le premier jour, " un charnier près de l'église " (6) fut découvert. Ce dernier contenait " 10 cadavres et des débris humains correspondant à 15 personnes " (Ibid., p. 149). Par la suite, deux fosses isolées, qui contenaient deux cadavres, furent découvertes dans le jardin du presbytère, ainsi qu'un nouveau charnier, contenant environ 25 corps d'hommes (et non 40 comme il est écrit dans le rapport de Gendarmerie), dans le jardin du chai Denis (Id.).

Selon MM. Pauchou et Masfrand, ces fosses auraient permis aux SS d'inhumer " les restes trop compromettants de leurs victimes " (7). P. Poitevin ajoute qu'ils aplanirent " la terre de tel_le sorte qu'on puisse difficilement retrouver les endroits où [avaient] été enterrés tous ces débris humains " (8). R. Hébras, quant à lui, parle d'un " camouflage grossier " (9). Pour les auteurs français, donc, aucun doute ne saurait subsister : le retour des SS après le drame avait pour objectif l'effacement des traces du crime.

De qui se moque-t-on ? A supposer que les SS aient réellement brûlé puis mitraillé les femmes dans l'église, tout homme d'intelligence moyenne comprendra que l'enfouissement d'une quinzaine de cadavres (sur plusieurs centaines !) n'aurait pas suffi à effacer les traces du massacre. Un tel forfait ne peut être caché en quelques heures ; il aurait fallu des semaines d'un travail minutieux afin de maquiller les lieux.

On prétend que les SS voulaient faire disparaître les cadavres les plus compromettants. Mais alors, pourquoi avoir commis l'imprudence de les enfouir sur les lieux du crime ? Pourquoi ne pas les avoir chargés sur des camions pour les transporter, durant la nuit, à quelques kilomètres, et finalement les enterrer dans une forêt limousine ? Les SS auraient fait preuve d'une grande naïveté s'ils avaient cru que des cadavres, hâtivement enterrés, ne seraient jamais retrouvés.

Rappelons en effet qu'une soixantaine de corps, seulement, furent enterrés. Les hommes tués dans les granges Bouchoule, Milord, Laudy, dans le garage Desourteaux et dans la remise Beaulieu furent laissés sur place. Ces faits sont en total désaccord avec la thèse de la dissimulation, car il aurait alors fallu faire disparaître tous les macchabées.

Remarquons d'ailleurs que, depuis 1996, une nouvelle thèse existe. D'après celle-ci, les SS auraient creusé des fosses :

Non pour éliminer les traces de leur crime mais pour " effacer " les morts eux-mêmes et renforcer la frayeur des vivants. Empêchant l'identification et la reconnaissance des morts, ils entendaient contrarier le travail de deuil.

Le deuil est un processus complexe qui s'organise à partir d'un événement collectif (une cérémonie) au cours duquel le constat est un élément fondateur. En l'absence de ce constat, les morts ne sont pas reconnus par le groupe familial ou la collectivité ; et cette absence de reconnaissance freine ou parfois " interdit " le processus individuel de séparation. Que sont devenus les absents, ne les chercha-t-on pas durant plusieurs jours (10)?

Ainsi, cinquante-deux ans après le drame, des auteurs français rejettent la thèse fondée sur une volonté SS d'effacer les traces du (prétendu) crime. Quant à la nouvelle explication proposée, invoquant un désir d' " 'effacer' les morts " pour " renforcer la frayeur des vivants ", elle s'effondre lorsqu'on a compris que la mission de Diekmann n'avait pas pour objectif de terroriser les populations.

A supposer que des SS soient effectivement revenus à Oradour afin d'enfouir des corps, une simple minute de réflexion suffit pour comprendre qu'il s'agissait, pour eux, d'appliquer les premières mesures prophylactiques. Rappelons que le drame d'Oradour survint en juin, c'est-à-dire en été. Or, des cadavres abandonnés en cette saison pourrissent rapidement et deviennent des foyers possibles d'épidémie. Il fallait donc les enterrer au plus vite, en attendant qu'une sépulture décente leur soit donnée. Notons, d'ailleurs, que, le mercredi 14 juin, l'état-major allemand accepta "d'établir [...] un Ausweiss, valable dix jours seulement, autorisant les Français à prendre les mesures prophylactiques dont la nécessité s'impos[ait] (11)".

Preuve que l'occupant était conscient des mesures urgentes à prendre.

Quoi qu'il en soit, une question subsiste : à Oradour, y a-t-il eu présence de sentinelles SS dans la nuit du 10 au 11 juin puis venue de " nettoyeurs " le lundi suivant ? La certitude affichée par la plupart des auteurs français nous paraît téméraire.

L'affaire des sentinelles

L'affaire des sentinelles dans la maison Dupic semble trouver sa source dans le témoignage d'Armand Senon. Son premier récit est consigné dans un rapport du 4 juillet 1944 rédigé par les Renseignements généraux. Le jour du drame, A. Senon s'était caché dans un jardin ; il raconte :

Vers 19 heures, une sentinelle prit sa faction à quelques mètres de moi sans m'apercevoir et resta jusqu'à 5 heures du matin ; elle ne fut pas relevée par la suite. De temps en temps, elle échangeait au cours de la nuit, avec une lampe de poche, des signaux avec une sentinelle voisine (12).

Interrogé plus tard par MM. Pauchou et Masfrand, le témoin déclara :

Dans le milieu de la nuit [du 10 au 11 juin, à Oradour], j'ai vu un point lumineux à côté de moi. C'était un Allemand resté en sentinelle qui paraissait faWire des signaux avec une torche électrique. Le dimanche matin [...], j'ai vu l'incendie reprendre du côté de la gare des trams. J'ai su par la suite qu'il s'agissait de la maison Dupic (13).

On notera tout d'abord les différences sensibles qui existent entre les deux versions. Dans la première, A. Senon parle d'un SS qui " échange " des signaux avec l'un de ses camarades. On en déduit que le destinataire effectuait également des signaux en réponse. Dans la deuxième, cependant, la " sentinelle voisine " a disparu ; le SS s'adresse à un inconnu qui, de surcroît, ne semble pas lui répondre.

Dans la première version, A. Senon affirme que les signaux se sont répétés au cours de la nuit (" De temps en temps "). Dans la deuxième, le témoin ne parle plus que d'un point lumineux qu'il aurait aperçu " dans le milieu de la nuit ".

Déjà ces différences éveillent notre suspicion. Mais il y a plus.

La présence d'un SS, esseulé, en pleine nuit, dans le village en flammes, effectuant des signaux à un destinataire inconnu, ne manque pas de surprendre. Dans le Limousin, les Allemands savaient qu'ils évoluaient au sein d'une région truffée de maquisards ; des maquisards qui, à Tulle, venaient de massacrer sauvagement plusieurs dizaines de soldats et qui, un peu partout, assassinaient les militaires isolés. Dès lors, comment croire qu'à Oradour l'occupant ait choisi de laisser, la nuit venue, une poignée d'hommes dans les ruines du village ? Ceux-ci auraient été à la merci des maquisards. Et même à supposer que les SS aient commis cette folle imprudence, comment croire que ces sentinelles se soient promenées, seules, parmi les bâtiments brûlés, effectuant, sans raison apparente, des signaux visibles de très loin ? De façon évidente, la thèse fondée sur la déposition d'A. Senon ne peut être retenue.

Faut-il en déduire que le témoin a tout inventé ? Certes, non. Des années après, un ancien maquisard du Limousin révéla que, le 10 juin 1944 au soir, lui et ses camarades s'étaient cachés non loin d'Oradour et qu'ils avaient vu les SS repartir (14). Ces propos démontrent que, dès le samedi soir, des résistants s'étaient trouvés tout près du village martyr. De plus, nous avons vu que, le dimanche à l'aube, des inconnus s'étaient activés dans l'église afin, certainement, de maquiller les lieux.

Par conséquent, la présence de maquisards à Oradour dans la nuit du samedi au dimanche nous paraît certaine. A. Senon a-t-il vu l'un d'entre eux (envoyé en éclaireur) effectuer des signaux lumineux à ses camarades ? L'a-t-il, par la suite, rebaptisé SS ? C'est possible (15).

Quant à la maison Dupic, qui aurait servi de P.C. aux prétendues sentinelles allemandes, les témoins et les auteurs affirment qu'elle a été mise à feu le dimanche seulement. Trois faits, toutefois, nous rendent méfiants. Nous savons que son propriétaire était un résistant, membre de l'A.S.; que son cadavre fut retrouvé non dans une grange avec les autres hommes, mais dans son jardin et qu'il était " si superficiellement enterré que sa main n'était même pas recouverte "16. Qu'est-il donc arrivé à M. Dupic ? Pourquoi sa demeure ne fut-elle détruite que le dimanche, et qui donna l'ordre de l'incendier ? Autant de questions qui, aujourd'hui encore, n'ont pas reçu de vraies réponses.

L'affaire des " nettoyeurs "

Venons-en maintenant à l'arrivée présumée de " nettoyeurs " le lundi 12 juin. En 1953, à Bordeaux, le témoin J.H. Desourteaux fut interrogé par le président. Voici ce que l'on put alors entendre :

[M. DESOURTEAUX.] - Le dimanche soir [11 juin], je suis allé retrouver mes amis Renaud, et je suis revenu le lundi matin après le départ des Allemands. Parce que les Allemands étaient revenus, avaient mis des sentinelles autour d'Oradour. Ils sont venus le dimanche soir et le lundi matin.

M. LE PRÉSIDENT. - Quelle était la mission de ces sentinelles ?

[M. DESOURTEAUX]. - Je ne sais pas, mais j'ai été surpris, le lendemain, en revenant dans l'église, de ne plus trouver de corps. Le monceau de cadavres qui était là n'y était plus : il y avait des cendres, mais plus de cadavres.

M. LE PRESIDENT. - Alors, par conséquent, le monceau de cadavres était encore dans l'église le dimanche matin vers onze heures, et il avait été enlevé le lundi matin ? Donc, nous avons là une correspondance avec ce que nous a dit Boos : l'équipe d'enterrement est venue à Oradour le lundi matin de bonne heure, vers 4 heures du matin : elle a creusé une fosse autour de l'église et l'inhumation a été faite le lundi matin (17).

Les conclusions du président ne laissent pas de surprendre si l'on sait que G. Boos avait déclaré, le 21 avril 1947 :

Il faisait déjà presque nuit. Tout le village flambait. Puis la compagnie fut transportée par camion dans un autre village quelque 20 km plus loin, où on cantonna cette nuit. Le lendemain, je fus envoyé à Oradour avec Toepfer et toute la deuxième section et le peloton du chef de la section pour enterrer les cadavres qui étaient carbonisés dans l'intervalle. J'ai personnellement déblayé l'église sur l'ordre de Toepfer. Je portais des gants pour cette besogne. Je prenais des cadavres et les restes, les sortais de l'église et les mettais dans un tombeau creusé à cet effet. Pendant ce travail, une ligne de sentinelles était en position et, d'après ce que m'ont raconté mes camarades, tiraient sur les civils qui s'approchaient de la lisière de la forêt. Lorsque le travail fut terminé, nous partîmes (18).

Dans ce texte, " Le lendemain " signifie : le jour qui suivit le drame, c'est-à-dire le dimanche 11 juin 1944. Par conséquent, le président du tribunal n'avait nullement le droit de prétendre que, selon G. Boos, l'équipe chargée de l'inhumation des cadavres était venue le lundi à l'aube.

Certains répondront qu'à Bordeaux J.H. Desourteaux affirma que les Allemands étaient revenus à Oradour " le dimanche soir ". Cette précision, diront-ils, explique pourquoi G. Boos parla d'un retour " le lendemain ": il s'agissait du lendemain dimanche dans la soirée. Les " nettoyeurs " seraient donc arrivés le 11 au soir, ils auraient travaillé dans la nuit du 11 au 12 avant de repartir le lundi à l'aube.

Cette thèse, si elle était fondée, permettrait de justifier les propos tenus par le président du tribunal. Mais en réalité, elle heurte à la fois le bon sens et les déclarations de J. Busch. En 1946, celui-ci avait déclaré :

Nous sommes partis [d'Oradour] le même soir [10 juin], en camion, dans un village voisin, pour y passer la nuit dans une école. Le lendemain matin, plusieurs groupes, dont le mien, sont revenus à Oradour. Mon groupe était chargé d'enterrer les morts qui se trouvaient à l'église, et cela dans une fosse commune près dudit bâtiment (19).

C'est clair : J. Busch déclare que les SS sont revenus " le lendemain matin", et non le soir. Par conséquent, la version des faits exposée plus haut se trouve fragilisée. De plus, comment croire que les " nettoyeurs " aient travaillé entre le dimanche soir et le lundi matin. Il leur aurait fallu oeuvrer dans l'obscurité de la nuit (l'incendie ayant eu le temps de s'apaiser), dans un village qu'ils ne connaissaient guère ; rechercher les cadavres, creuser des fosses, faire de multiples va-et-vient à la simple lueur de lampes torches et à la merci des maquisards, ceux-ci pouvant aisément s'approcher et les abattre, dissimulés dans le noir.

De façon évidente, la thèse invoquant le retour des SS dans la nuit du dimanche au lundi n'est pas crédible.

En vérité, le président aurait pu invoquer les propos d'un autre inculpé, A. Lohner. Durant l'instruction, celui-ci avait en effet affirmé :

[...] le lundi matin 12 juin, nous sommes retournés à Oradour vers 4 heures [du matin] également, cette fois pour nettoyer l'église [...]. A environ 9 heures, nous sommes repartis [...] (20).

Pourquoi Nussy Saint-Saëns n'a-t-il pas invoqué cette déclaration? Pourquoi lui a-t-il préféré celle de G. Boos qui, pourtant, ne confirmait nullement ses allégations? La lecture attentive de l'interrogatoire d'A. Lohner permet de répondre à cette question. On découvre que, d'après l'inculpé alsacien, les SS seraient revenus une première fois le dimanche matin afin d'enterrer les hommes tombés à Oradour

Le dimanche 11 juin, lendemain du massacre, vers 4 heures, alors qu'il faisait encore nuit, le deuxième groupe de la deuxième section de la compagnie a reçu l'ordre de retourner à Oradour pour enterrer les morts, je dis les hommes tués dans les granges, hangars et garages [...]. Nous avons enterré dans cette matinée tous les hommes tués dans Oradour [...]. Moi-même j'ai fait partie d'un petit groupe ayant enterré des corps d'un local situé au milieu d'Oradour, situé entre l'église et la place du Champ de Foire, sur le côté gauche de la rue principale en partant de l'église. Nous avons jeté les cadavres dans une fosse faite dans le jardin derrière ledit immeuble. Vers onze heures, Len[z] a rassemblé les hommes et nous avons quitté Oradour [...] [Ibid., pp. 9-10].

Trois faits démontrent le caractère mensonger de cette déclaration. Tout d'abord, rappelons que seuls les hommes tombés dans le chai Denis furent enterrés. Par conséquent, Lohner ne dit pas la vérité lorsqu'il prétend que les SS revinrent pour enfouir " les hommes tués dans les granges, hangars et garages ". Ensuite, notons que, d'après les indications fournies, l'inculpé aurait enterré les hommes exécutés soit dans la grange Milord, soit dans le garage Desourteaux. Nouvelle impossibilité puisque ceux-ci, répétons-le, furent laissés sur place. Enfin, signalons que deux témoins vinrent à Oradour le dimanche matin. Il s'agit de J.H. Desourteaux et de l'ingénieur de la SNCF auteur du rapport déjà mentionné. En 1953, le premier déclara être arrivé sur les lieux à onze heures (21). Or, nulle part le témoin ne mentionne la présence de SS, même sur le point de quitter le bourg. Quant à l'ingénieur, il affirme, dans son rapport, s'être dirigé vers Oradour le dimanche " au petit jour ", soit vers 7 heures environ en été (22). A cette occasion il traversa " l'agglomération principale " " dans sa plus grande longueur ". Par conséquent, ce témoin aurait dû voir les " nettoyeurs " à l'oeuvre. Pourtant, on en cherchera en vain une quelconque mention dans son rapport.

Dès lors, la conclusion s'impose, nette : les déclarations d'A. Lohner sont mensongères. On comprend donc pourquoi, en 1953, le président leur préféra les allégations de G. Boos (plus crédibles) bien qu'elles infirmassent sa doctrine.

Une patrouille revenue sur les lieux le dimanche matin

Il est possible qu'une patrouille SS soit bien revenue sur les lieux le dimanche matin. En 1948, un ancien SS, W. Boehme, dit avoir accompagné Diekmann à Oradour " le lendemain du massacre " afin d'y " effectuer une reconnaissance "23. De son côté, l'ingénieur de la SNCF écrit que, le dimanche matin dans le bourg, il se heurta :

à une patrouille allemande dans laquelle [il a ] reconnu quelques soldats de l'unité qui [les] avait, la veille, arrêtés à 4 km d'Oradour [Rapport déjà cité, pp. III-IV].

Les termes utilisés sont clairs ; il s'agissait d'une patrouille et non de fossoyeurs en action.

Moralité

Ainsi, nous pouvons affirmer que jamais, dans les heures qui suivirent le drame, les SS n'ont tenté d'effacer les traces de leur "crime". L'auraient-ils voulu qu''ils n'auraient pas eu le temps nécessaire à la mise en oeuvre. Le contexte de l'époque rend très improbable que les Allemands se soient décidés à enterrer eux-mêmes les morts. La confrontation des différents témoignages semble démontrer au contraire que, si l'on excepte une patrouille le dimanche matin, aucun SS ne resta ou ne vint sur les lieux après la tragédie. La disparition des cadavres, constatée le mardi matin, parait mettre en cause non des Allemands mais, plus sûrement, des maquisards venus maquiller les lieux. Leur travail dans les ruines et notamment dans l'église devait effacer les indices qui auraient pu disculper l'occupant, principalement la trace de l'explosion des dépôts de munitions et les cadavres de résistants, incongrus dans une bourgade réputée paisible. On peut supposer que les maquisards morts et calcinés dans l'église furent déposés dans une fosse commune près du chai Denis, puisqu'il est avéré que seuls le sanctuaire et le local de M. Denis reçurent la visite de fossoyeurs24 dont la motivation était tout autre que prophylactique.

II

LES REACTIONS OFFICIELLES ALLEMANDES ET FRANÇAISES

 

Venons-en maintenant à l'étude des réactions officielles allemandes et françaises après le drame. Nous allons voir que ces dernières infirment la thèse selon laquelle le massacre d'Oradour aurait été prémédité par les SS.

Les réactions allemandes

Ignorance, regrets et promesse de sanctions

Quatre services allemands s'étaient installés à Limoges pendant la guerre : la Kommandantur régionale, la censure, la Gestapo et le STO. Quelle fut leur réaction aux événements du 10 juin 1944 ? P. Poitevin écrit :

Tous, à l'exception de la Gestapo, paraissaient " gênés " de cette " regrettable affaire " (1).

A la Gestapo, des :

agents de la police française, chargés de la garde de l'immeuble et de ses occupants, répondaient invariablement [aux familles venues prendre des nouvelles] : " On ne peut rien dire. On ne sait qu'une chose, tout le monde a péri " [Ibid., p. 12].

Le 12 juin, le général Gleiniger, alors commandant des forces d'occupation à Limoges, reçut en privé le préfet régional. Au cours de leur entretien, le haut gradé allemand " exprima sa réprobation " au sujet des événements d'Oradour (2). Cinq jours plus tard, le commandant Delestrée, au nom du général Gleiniger, rendit visite à Monseigneur Rastouil (évêque de Limoges), afin de lui "exprimer ses regrets et de [lui] dire combien il réprouvait avec [lui] le massacre d'Oradour (3)". De même, au sujet du responsable, avait-il promis au préfet qu'il "n'aurai[t] point de cesse qu['il] n'aurai[t] réussi à lui faire appliquer, selon la loi des hommes, le châtiment le plus sévère (4)".

Il fallut attendre le 19 juin pour que M. Sahm, responsable, à Limoges, du service de censure, prenne officiellement la parole. Devant les directeurs de journaux et les représentants de la censure française, ce dernier déclara :

[...] nous n'excusons pas ce qui s'est passé [à Oradour], et le ou les officiers de ce régiment seront punis, s'ils ne l'ont pas déjà été.

En ce qui concerne ce qui s'est passé à l'église, où les femmes et les enfants avaient été envoyés pour y être mis en sécurité, nous ne comprenons pas ce qui est arrivé, nous essayons de savoir [Ibid., p. 112].

Les termes employés étaient clairs ; l'autorité occupante :

-- déclarait ignorer l'origine du drame de l'église ;

-- présentait ses excuses pour la mort des femmes et des enfants ;

-- informait les populations que des mesures seraient prises contre le gradé SS qui avait commandé les opérations à Oradour.

Est-ce là le comportement d'une puissance occupante qui organise une répression sauvage ? Certes, non. Plus haut, d'ailleurs, nous avons rappelé qu'une autorité qui, par le biais de son armée, désirait semer la terreur dans une contrée, revendiquait haut et fort ses opérations violentes. Or, l'exposé ci-dessus permet de conclure que jamais l'occupant ne tenta de justifier la mort des femmes et des enfants dans l'église (5). Son comportement après le 10 juin 1944 (gêne, excuses, aveu d'ignorance, promesse de sanctions) prouve que le martyre du village n'entrait pas dans ses plans.

Diekmann passe devant le Conseil de guerre

Naturellement, certains pourront répondre que les excuses provenaient des services allemands et non de la SS. C'est exact. Toutefois, un fait démontre que les hauts commandants de la SS réprouvèrent également la mort d'innocents à Oradour. Dès le 10 juin au soir, le colonel Stadler demanda l'ouverture d'une enquête sur les circonstances de la tragédie. Après que Diekmann eut rendu compte des résultats de l'opération :

Le chef de corps [Stadler] lui fit des remontrances sur sa conduite et parce qu'il n'avait pas exécuté les ordres donnés (faire des prisonniers) et parce qu'il s'était permis de procéder à des exécutions. Il lui dit qu'il se voyait dans l'obligation de signaler cet incident à la division. Diekmann devait se rendre compte qu'il portait, lui seul, la responsabilité de ses actions (6).

Stadler exposa les événements d'Oradour au général SS Lammerding qui lui promit une enquête " sitôt que la situation le permettra[it] " (Id.).

O. Weidinger écrit :

L'enquête [allemande] sur les événements d'Oradour commença aussitôt l'arrivée en Normandie. Diekmann, le commandant de compagnie Kahn, le capitaine Werner et plusieurs sous-officiers furent entendus devant le Conseil de guerre de la division [...].

L'enquête juridique ne put être terminée en Normandie, compte tenu du fait que Diekmann fut tué dès les premiers combats et que son bataillon subit des pertes s'élevant à 70-80 % de tués, blessés et disparus. En outre, le capitaine Kahn, grièvement blessé (amputation du bras), n'était plus là pour la continuation de l'enquête.

La procédure fut clôturée et remise en l'état à l'Administration centrale. Les minutes des investigations du tribunal divisionnaire ont été perdues pendant les combats ; des grosses ont été délivrées par le commandant de la division, l'officier-opérations de la division et l'officier de justice militaire (7).

Ces propos sont en totale conformité avec ceux que tint D. Okrent devant un notaire de Cologne, le 27 novembre 1952. Parlant sous la foi du serment, l'ancien juge militaire déclara :

Le soir [du 10 juin 1944], je fus appelé auprès du commandant de la division -- alors le Brigadeführer Lammerding -- qui, en sa qualité de chef judiciaire de la division, me donna l'ordre d'ouvrir une procédure judiciaire contre le Sturmbannführer Diekmann [...]. Le commandant de la division me déclara à ce sujet qu'il venait de recevoir un rapport, d'après lequel [...] Diekmann [...] avait fait fusiller un certain nombre de résistants français, bien qu'il ait été au courant de l'ordre de la division, selon lequel les résistants devaient être seulement faits prisonniers, mais ne devaient pas être fusillés ; Diekmann aurait donc volotairement transgressé un ordre qu'il connaissait.

Je me souviens que le chef du régiment "Der Führer" -- alors le Standartenführer Stadler -- a rapporté ce rapport sur Oradour au commandant de la division, et qu'il a énergiquement demandé l'ouverture d'une procédure contre Diekmann. Ce soir-là, on ne disposait pas de détails précis sur les événements d'Oradour-sur-Glane.

Je ne pus commencer immédiatement l'enquête contre Diekmann [...].

Je n'arrivai [...] qu'après un certain temps sur le front de Normandie. J'appris là que Diekmann était tombé dès les premiers jours de l'engagement de son bataillon [...].

Diekmann étant mort, j'essayai d'abord de procéder à l'interrogatoire du chef de la 3ème compagnie "DF", le Hauptsturmführer Kahn. Je ne pus le faire qu'après plusieurs jours [...].

Les tentatives que j'entrepris d'interroger d'autres membres de la 3ème compagnie restèrent sans résultat, parce que la compagnie avait été entretemps jetée dans les plus rudes combats et presque totalement anéantie ; même les hommes du train étaient morts, blessés ou en captivité. A l'époque où je procédai à l'interrogatoire de Kahn, il ne restait plus à la 3ème compagnie un seul des hommes ayant participé à l'opération d'Oradour. Peu de temps après l'interrogatoire de Kahn, j'appris que ce dernier avait été très grièvement blessé et qu'il avait quitté l'unité. Je n'ai jamais su ensuite ce qu'il est devenu.

Peu de temps après [...] le camion sur lequel se trouvaient les dossiers d'instruction de l'affaire d'Oradour, ainsi que d'autres dossiers judiciaires, fut touché et incendié ; tous mes actes furent brûlés. [ An. Doc 7.3.2 ]

Si, vraiment, les SS avaient voulu semer la terreur parmi les populations françaises, Diekmann aurait été félicité pour son action. En réalité, l'enquête décidée contre lui confirme que nul ordre d'exterminer la population n'avait été donné aux SS à leur départ de St-Junien.

Un général suspect

Depuis 1944, cependant, les tenants de la thèse officielle tentent de prouver le contraire. Ils s'appuient pour cela sur les réactions du général Gleiniger. Rappelons, en effet, que ce dernier réprouva les faits survenus à Oradour et présenta même des excuses auprès de l'autorité religieuse. Les auteurs français écrivent :

Les excuses présentées par le général Gleiniger à Mgr Rastouil, la " désapprobation " exprimée au préfet régional, suffiraient d'ailleurs à prouver que le massacre n'avait eu aucune raison valable (8).

Pourtant, certains faits ne peuvent manquer de surprendre. Les déclarations de M. Freund-Valade prouvent que très longtemps Gleiniger ne sut quasiment rien du drame d'Oradour. Retraçant l'entrevue qu'il eut le 11 juin 1944 avec le général allemand, le préfet affirma:

J'ai saisi cette occasion pour manifester au général Gleiniger mon inquiétude au sujet des bruits qui circulaient sur Oradour. Il n'était au courant de rien et interrogea, en ma présence, le colonel von Luppich. Celui-ci répondit : " Il paraît que..., puis, faisant de la main un geste niveleur, il prononça ces mots: "Dem Erdboden gleichgemacht " ("complètement rasé") et ajouta qu'il avait demandé des renseignements complémentaires. Le général mécontent lui reprocha de l'avoir laissé dans l'ignorance [...] (9).

Le lendemain, Gleiniger déclara au préfet qu'"il ne possédait sur l'affaire d'Oradour qu'un très bref rapport émanant d'une unité de passage [...]" [Ibid., p. 3].

Le 15 juin, enfin, le général fut reçu par M. Freund-Valade. Un an plus tard, celui-ci déclara :

En présence du capitaine Schmitt, de son état-major, [Gleiniger] me dépeignit son état d'âme d'homme bouleversé aussi bien par mes démarches que par les résultats définitifs de mon enquête personnelle dont je l'avais tenu informé par l'intermédiaire du commandant Delestrée [Id.].

C'est clair : jusqu'au 12, le commandant de la place de Limoges n'avait presque rien su du drame d'Oradour. Par la suite, il fut informé uniquement par des sources françaises.

Dès lors, ne paraît-il pas étrange qu'un militaire aussi haut placé ait officiellement exprimé sa " réprobation " pour des événements dont il ne connaissait presque rien? Cette initiative nous paraît d'autant plus intempestive que, dès le 12 juin, Gleiniger avait appris la découverte, dans le village, du cadavre du major Plewhe. Par conséquent, il ne pouvait ignorer que l'affaire d'Oradour avait des dessous non encore dévoilés.

Quatre jours plus tard, enfin, Gleiniger surenchérit en déclarant que " la mort de centaines de femmes et d'enfants était imputable à une unité de la Waffen-SS " puis en affirmant que le " massacre " d'Oradour était :

déjà entré dans l'histoire comme le meurtre de Katyn et [qu'il avait] porté un préjudice irréparable à la cause allemande (10).

Or, à cette date (16 juin), l'enquête allemande sur la catastrophe de l'église n'avait pas même débuté. Les bruits les plus contradictoires circulaient. De plus, rappelons que, le 19 juin, M. Sahm évoqua le sort les civils qui, dit-il, après avoir été amenés dans l'église " pour y être mis en sécurité ", étaient morts dans des circonstances inconnues. Par conséquent, comment, dès le 16, se permettre d'accuser les Waffen-SS de meurtre ?

En vérité, ces citations démontrent que le général voulut immédiatement imputer le carnage aux membres de la compagnie Der Führer. Or, qui, dès le 10 juin, s'était fixé cet objectif ? La Résistance et plus particulièrement les FTP communistes. Voilà pourquoi aujourd'hui nous restons persuadés que Gleinigerfit partie de ces antinazis allemands qui, avec la défaite de plus en plus probable du Reich, s'entendirent avec la Résistance, allant même parfois jusqu'à servir sa cause.

Autre fait à charge contre lui: dans son rapport du 16 juin, Gleinigerimputa à ses compatriotes le massacre de Katyn. Or qui, depuis 1943, ne cessait d'accuser les Allemands de ce forfait ? Les Soviétiques et leurs alliés pro-communistes. En reprenant à son compte la propagande mensongère de l'URSS, ce général servit, de facto, la cause adverse.

C'est aujourd'hui une certitude, nous savons que Gleinigerpassa un accord avec les résistants du Limousin, et plus particulièrement avec leur chef : Guingouin. Ce marché prévoyait la reddition des Allemands en échange de laquelle les officiers prisonniers, autorisés à conserver leurs armes, seraient emmenés dans un camp spécialement aménagé pour les recevoir (Wo ist Kain..., p. 333).

Quand on connaît la haine que les FTP vouaient à l'occupant, un accord d'une aussi haute bienveillance demeure incompréhensible mais renforce la thèse selon laquelle le commandant des forces d'occupation de Limoges s'entendait parfaitement avec les résistants des alentours.

Le général fut-il assez naïf pour croire que les FTP communistes respecteraient leurs promesses ? Il semble que non puisqu'il préféra se rendre au major britannique G.M. Staunton et au capitaine américain Charles E. Brown (11). Toutefois :

Dans la nuit du 20 au 21 [août], des troupes allemandes, ayant refusé cette reddition, réussi[rent] à prouver au général qu'il avait été grossièrement trompé sur l'importance de ces forces [celles des maquisards qui " encerclaient " la ville] [Id.].

D'après certains, Gleiniger fut enlevé puis " suicidé " par les SS (12). Selon d'autres, il se serait suicidé sans y avoir été contraint, à Saint-Léonard-de-Noblat (13). Quoi qu'il en soit, le comportement de ce général fut assez trouble (silence entretenu autour de la découverte du major Plewhe, entente avec les FTP, réprobation précipitée pour un drame dont il ne connaissait rien) pour que ces " excuses " ne soient pas considérées comme un élément à charge contre les SS.

Au terme de ces développements, nous pouvons affirmer que tout, dans le comportement des Allemands (excuses, promesse de sanctions, Diekmann convoqué devant le Conseil de guerre, réprobation trop rapide d'un général allié au maquis communiste...) infirme la thèse selon laquelle le massacre d'Oradour aurait été voulu par la puissance occupante.

Les carences révélatrices de Vichy

Le maréchal Pétain proteste auprès de Hitler...

Lorsqu'il fut informé du drame d'Oradour, le maréchal Pétain convoqua von Renthe-Fink (délégué allemand) et lui déclara :

Vous brûlez les villages, vous massacrez les enfants, vous souillez les églises, vous couvrez notre pays de honte. Vous êtes une nation de sauvages (14).

Le délégué allemand protesta et répondit qu'à Oradour le feu n'avait pas été mis à l'église par les Allemands (15).

L'entretien terminé, le Maréchal dit à J. Tracou : " Je veux aller à Oradour dès demain. Préparez ce voyage " (Ibid., p. 310). Toutefois, ce projet avorta, suite au refus allemand d'autoriser " tout déplacement en dehors de la ligne Vichy-Lonzat " (Id.). J. Tracou poursuit :

Nous ne [pûmes] même pas envoyer le colonel de Longueau porter un message de sympathie aux survivants du village martyr. Toutes les routes [étaient] coupées et il est certain qu'il ne [serait] pas [parvenu] à destination [Id.].

Finalement, le chef de l'Etat français rédigea une protestation officielle qu'il adressa au Führer. Renthe-Fink ne l'ayant pas acceptée, celle-ci fut transmise au général von Neubronn qui, d'après J. Tracou, la donna au général von Kluge, ce dernier devant la faire parvenir à Hitler (16). Nous ignorons si cette protestation parvint à son destinataire. Quoi qu'il en soit, jamais le Maréchal ne reçut de réponse.

De son côté, la commission française d'armistice (sise à Wiesbaden) protesta également. Le 6 juillet 1944, le général d'armée Bérard envoya une lettre au général allemand Vogl. L'annexe II de cette lettre mentionnait la tragédie d'Oradour, affirmant que 500 personnes y avaient trouvé la mort (16a). Une nouvelle protestation fut envoyée le 8 août 1944 avec, parmi les pièces jointes, une copie du rapport rédigé par le général Bridoux (17).

Ce bref rappel démontre que le gouvernement de Vichy réagit lorsqu'il apprit la nouvelle. Le 21 juin 1944, au cimetière d'Oradour, le préfet régional de Limoges, Freund-Valade, prononça un discours dans lequel il déclara :

Quelles que soient les raisons invoquées, rien ne peut justifier le caractère effroyable de ce drame, contraire à la convention de La Haye, contraire aux lois françaises et allemandes.

Le sac d'Oradour-sur-Glane et le massacre de ses habitants révoltent la conscience qui demeure saisie d'épouvante.

La langue française ne connaît pas de mots assez forts pour qualifier cet acte ; mais celui qui s'y est livré a commis un crime, même contre sa propre patrie (17a).

Pourtant, et malgré ces protestations solennelles, plusieurs faits ne peuvent manquer de surprendre.

... mais ne prend aucune initiative concrète

Tout d'abord, notons qu'il fallut attendre l'arrivée de la division Das Reich sur le front de Normandie pour que le préfet régional porte plainte au sujet des événements d'Oradour (18). Dans son ouvrage, d'ailleurs, P. Poitevin regrette "l'absence et la carence totales de la justice du gouvernement de Vichy, qui n'ouvrit une enquête que plusieurs jours après [le drame] (19)".

Selon Maître Moser, le parquet de Limoges ouvrit " une première enquête " le 15 septembre 1945 seulement(20).

Ensuite, rappelons que, dès sa première conversation avec le Maréchal sur Oradour, Renthe-Fink clama l'innocence des SS dans la tragédie de l'église. Le 19 juin, en outre, dans une déclaration officielle, M. Sahm affirma que les femmes et les enfants avaient été conduits dans le sanctuaire " pour y être mis en sécurité " ; c'était, une nouvelle fois, clamer l'innocence des membres de la division Das Reich. Par conséquent, les autorités de Vichy ne pouvaient ignorer que deux théories s'affronteraient dans cette affaire : la théorie française et la théorie allemande. Dès lors, n'était-il pas prudent de convoquer une commission de neutres, chargés d'établir impartialement les responsabilités dans la tragédie ? Or, jamais les autorités de Vichy ne tentèrent la moindre démarche afin de réunir une commission internationale (21).

Enfin, remarquons que l'Etat français s'abstint d'envoyer le service de l'identité judiciaire photographier des cadavres retrouvés à Oradour (22).

On nous dira que les autorités de Vichy n'étaient pas libres, qu'elles étaient prisonnières d'un occupant soucieux d'étouffer l'affaire. Cependant :

-- Lorsque, plus tard, le préfet de Limoges porta plainte, les Allemands occupaient encore le sol national. Si, donc, ces derniers avaient refusé toute enquête, Freund-Valade aurait dû attendre la libération du territoire pour, enfin, avoir la liberté d'entreprendre une démarche judiciaire. Le fait qu'il ait pu porter plainte et que cette dernière ait été transmise au commandement supérieur allemand en France (23) manifeste que l'occupant n'avait pas l'intention d'étouffer l'affaire ;

-- Du 10 juin au 20 août, le Maréchal vit de nombreuses fois, en privé, les ambassadeurs de Suisse et du Vatican. Par conséquent, rien ne l'aurait empêché de réclamer la constitution d'une commission internationale ;

-- L'envoi du service de l'identité judiciaire sur les lieux d'une tragédie est une initiative normale qu'il aurait été difficile de frapper d'interdiction.

Ainsi, aujourd'hui, les carences du gouvernement de Vichy surprennent et parais-sent condamnables.

Pétain a-t-il entrevu la vérité ?

Une attitude aussi ambiguë pourrait s'expliquer en admettant que le Maréchal ait rapidement entrevu la vérité sur le drame. Aurait-il choisi, par souci de l'unité nationale, de ménager la Résistance alors susceptible de rassembler une majorité de Français

Il faut en effet savoir qu'à l'automne 1944 le général De Gaulle ordonna, par décret, la mise sous scellés des rapports d'enquêtes menées, au sujet d'Oradour, par les services de Joseph Darnand (24). L'initiative gaulliste démontre non seulement que Vichy enquêta sur le drame, mais aussi que les résultats de l'enquête furent considérés comme gênants pour la coalition au pouvoir. Voilà pourquoi, aujourd'hui, nous soupçonnons le Maréchal d'avoir entrevu la vérité sur cette affaire.

Examinons les objections suivantes :

-- Ph. Pétain ne désirait nullement " ménager la Résistance " ;

-- si, à Vichy, la vérité avait été connue, Philippe Henriot, dont les éditoriaux stigmatisaient très souvent les maquisards, n'aurait pas perdu cette occasion de clamer publiquement la responsabilité des résistants FTP dans la mort des femmes et des enfants ;

-- en 1945, après la condamnation du Maréchal, ses avocats (qui avaient dû recevoir ses confidences) auraient révélé la vérité. En effet, il faut savoir que, selon l'arrêt de la Haute Cour de justice qui vota la condamnation à mort de Pétain :

des populations entières de villes et de villages [avaient été] massacrées sans qu'aucune réaction publique se produisît de la part du gouvernement de Vichy (25).

Dès lors, nous dira-t-on, si vraiment Pétain avait connu la vérité, il l'aurait confiée à ses avocats qui, dans leur requête en révision, l'auraient révélée, permettant ainsi de faire tomber une très grave accusation portée contre leur client.

Pour répondre à ces trois arguments, il convient de préciser la position de Vichy à l'égard de la Résistance, parfaitement résumée par le Maréchal lorsque, s'adressant aux personnes chargées d'instruire son procès, il déclara :

Je n'ai jamais combattu la Résistance, j'ai toujours combattu le terrorisme (26).

Devant la Haute Cour, d'ailleurs, un de ses proches collaborateurs, M. Lavagne, déclara qu'en zone libre et jusqu'à son invasion en 1942 tous les " gaullistes " condamnés pour faits de Résistance virent leurs peines commuées:

Non seulement il n' y a jamais eu un seul condamné à mort, mais pour les autres condamnations voici quelle technique était habituellement suivie. Une condamnation était prononcée pour le principe, contre un gaulliste, à vingt ans de travaux forcés. Très peu de temps après, on commuait cette peine en dix années d'emprisonnement et, quand il avait fait six mois, on lui faisait remise du restant de sa peine (27).

Après l'envahissemnt de la zone libre, le Maréchal poursuivit ses efforts pour sauver les résistants condamnés à la peine capitale. C'est ainsi qu'en 1944, et sur son intervention, 231 condamnés à mort du camp de Natzweiler (dont le prince Xavier de Bourbon-Parme, condamné pour Résistance), virent leur peine commuée en déportation (28). Déjà, en 1943, le chef de l'Etat était parvenu à sauver 13 résistants alsaciens (dont le chef de la Résistance dans cette région) condamnés à être exécutés (29).

On pourra objecter que, si le Maréchal défendit les gaullistes, jamais il n'aurait accepté d'agir pour les communistes qu'il haïssait. Là encore, cependant, une rectification s'impose. Un soir, le préfet de la Seine conversait avec le chef de l'Etat, en présence de Charles Trochu, sur la mort de Gabriel Péri, communiste exécuté par l'occupant. Le préfet ayant vivement critiqué les communistes, le Maréchal tapant sa main sur la table déclara: "Les communistes, ce sont des Français, et les balles qui les tuent sont des balles allemandes " (30).

Ces quelques rappels prouvent que le chef de l'Etat français soutint la Résistance (lorsque celle-ci n'était pas du terrorisme masqué), même celle conduite par les communistes. Ce soutien en surprendra plus d'un. Cependant, il est parfaitement explicable. En effet, rappelons que Ph. Pétain fut élevé dans le culte de la Patrie. Or, en France, dans les années 1870-1920, ce culte était inséparable d'un sentiment de haine à l'égard de l'"ennemi héréditaire " de l'époque, c'est-à-dire l'Allemagne. On était, avant tout, "anti-boche ". A ce sujet, J. Tracou révèle une petite anecdote significative : un jour qu'un Allemand lui exposait la situation des combats en Normandie, un moucheron vint se poser sur la carte explicative. Le Maréchal l'écrasa alors en disant : " Tiens !... Un boche. Je le tue " (31). Pour Pétain, donc, tout ce qui était antiallemand (et notamment la Résistance, communiste ou non) ne pouvait que recevoir un bon accueil.

Venons-en maintenant au cas de Ph. Henriot. Tout d'abord, rappelons que sa nomination au secrétariat à l'Information et à la Propagande fut imposée par les Allemands. Durant l'automne 1943, ceux-ci avaient exigé l'entrée au gouvernement de Philippe Henriot, Joseph Darnand et Marcel Déat, trois hommes qu'ils pensaient susceptibles de servir leurs intérêts. D'accord avec Laval, le Maréchal s'était opposé à la nomination du dernier, qu'il estimait dangereux ; toutefois, et afin de ne pas heurter l'occupant, il avait cédé pour les deux premiers qu'il pensait pouvoir brider en les surveillant(32).

Dès lors, il paraît possible que, malgré ses bons rapports avec Ph. Henriot (33), le Maréchal n'ait pas voulu révéler la vérité à un homme qu'il n'avait pas lui-même choisi et qui, en la clamant dans ses éditoriaux, aurait servi les intérêts de l'occupant. Il faut en effet savoir que le Maréchal était très secret. C'est ainsi qu'il put, durant l'automne 1940 et par le biais de Louis Rougier, négocier avec l'Angleterre, à l'insu de Pierre Laval, alors second personnage de l'Etat (34).

Maintenant, supposons que Pétain (ou ses avocats) ait choisi de révéler cette vérité après la guerre. Un simple rappel du contexte politique suffit pour imaginer les conséquences possibles d'une telle initiative. A l'époque, les communistes, qui étaient à l'apogée de leur puissance, oeuvraient pour imposer leur idéologie. De Gaulle, au pouvoir mal assuré, gouvernait aux côtés de Thorez. A supposer que Pétain ait révélé la responsabilité des FTP dans le drame d'Oradour, sans doute l'affaire eût-elle été vite étouffée car, en admettant que des langues se fussent déliées, qu'une enquête administra-tive eût été ouverte, que des documents aujourd'hui cachés dans les archives militaires eussent été dévoilés, quelle aurait été la réaction des communistes? A l'époque, ils étaient en mesure de déclencher une véritable guerre civile sur le sol national. Or, Pétain, en patriote inconditionnel, a toujours voulu l'entente entre les Français. Il l'a souvent rappelé dans ses différentes allocutions et notamment dans la dernière, qu'il rédigea à la veille d'être enlevé par les Allemands. Sachant que sa mission était finie, le Maréchal laissa le message suivant :

Ceux qui m'ont obéi ont bien servi la France. Qu'ils s'unissent autour du chef le plus capable de les unir [...] ; je les confie à la sollicitude fraternelle de ceux qui me succèdent au pouvoir. De ceux-là qui furent mes officiers ou mes soldats, j'absous la désobéissance non pour le succès qui l'a couronnée mais pour le sentiment qui l'inspira. Je leur pardonne au nom de l'unité nationale, comme je l'ai condamnée jadis pour tenter de garder cette unité [...]. Qu'ils m'oublient s'il leur plaît ; mais au terme d'une période tragique, qu'ils se souviennent de l'exemple du roi Henri. Restaurateur de la paix intérieure, le héros de tant de combats voulut n'être, après les troubles, que le souverain de la concorde. Comme lui, soyez avare de notre beau sang. Comme lui, appelez tous les Français à refaire la FRANCE [...].

Je vais partir, ma tâche est finie. Recevez d'un coeur filial ma dernière adjuration paternelle. A tous les hommes de bonne volonté, donnez la paix sur la terre de France. Pour être douce à ceux qui vont rentrer, et que j'avais souhaité d'accueillir, elle n'a plus besoin de moi.

Elle a besoin de votre sagesse, elle a besoin de tous ses fils (35).

Cinq ans après la fin de la guerre, un aumônier raconta qu'en juin 1945 Pétain, qui venait d'apprendre la dégénérescence du pouvoir gaulliste, lui déclara :

Je ne puis me réjouir de cette nouvelle, car si De Gaulle ne réussit pas, que va devenir la France ? (36)

Ces différentes citations démontrent que le Maréchal s'est toujours soucié de l'union nationale. Par conséquent, même s'il connut la vérité sur Oradour, il préféra certainement la taire avant et après 1945, cela afin de ne pas commettre l'irréparable.

Aujourd'hui, nous restons persuadés que les carences de l'Etat français peuvent s'expliquer si l'on considère que, suite aux investigations menées par les services de J. Darnand, Pétain entrevit la vérité sur Oradour. Toutefois, ce dernier préféra la taire afin de préserver la France d'un plus grand malheur.

Poursuivons maintenant avec l'étude du comportement de Monseigneur Rastouil, évêque de Limoges (à 22 km seulement d'Oradour).

"Un prélat très réservé" (37)

Selon l'histoire officielle, les SS à Oradour ne se sont pas contentés de massacrer plusieurs centaines de femmes et d'enfants dans l'église. Dans un rapport de l'évêché, on apprend que "le tabernacle [a été] enfoncé devant et derrière " (38). Dès 1944, les SS furent rendus responsables de ce sacrilège. On les accusa de s'être emparés du ciboire et des hosties qu'il contenait (39).

Mais il y a plus.

Le 10 juin 1944, trois ecclésiastiques étaient présents à Oradour : l'abbé Jean-Baptiste Chapelle, âgé de soixante et onze ans qui desservait la paroisse depuis trente trois ans ; l'abbé Lorich, d'origine lorraine (qui remplaçait le vieux curé invalide), et un jeune séminariste, Emile François-Xavier Heumeyer (40). Or, d'après les auteurs de l'ouvrage intitulé Oradour-sur-Glane, "tous trois ont disparu sans laisser aucune trace " (p. 58). Selon P. Poitevin, les trois ecclésiastiques auraient été contraints de rester avec les hommes (41). En 1945, un ancien SS, A. Lohner, déclara que parmi les civils sous sa garde " se trouvait un vieux curé " (42). Il fallait en déduire que les ecclésiastiques avaient subi le sort des hommes dans les granges.

Or, malgré ces témoignages accablants, jamais l'évêque de Limoges ne protesta auprès des Allemands pour voies de fait sur la personne de clercs revêtus de l'habit ecclésiastique. Le 14 juin, il écrivit une lettre de protestation au général Gleiniger, lettre dans laquelle il s'indignait du fait que :

l'église d'Oradour-sur-Glane a[it] été souillée par l'exécution, dans ses murs, de centaines de femmes, de jeunes filles et d'enfants et profanée par la destruction du tabernacle et du ciboire consacré (43).

Nulle part il n'était question des trois ecclésiastiques ; Monseigneur Rastouil semblait avoir " oublié " leur assassinat !

Pourtant, l'évêque de Limoges avait le souci des personnes qui officiaient sous son autorité. Durant l'Occupation, il n'avait pas hésité à protester auprès de Gleiniger contre l'enlèvement d'un religieux dans l'exercice de ses fonctions (44). Par la suite, jamais l'évêque de Limoges ne tenta de découvrir ce qu'étaient devenus ces ecclésiastiques. Ce manque de curiosité est d'autant plus étrange que, dès juin 1944, deux documents avaient mentionné la présence d'un ou deux prêtres dans l'église. Dans son rapport du 15 juin 1944, J. d'Albis écrivit :

Dans l'église, on n'a pu identifier que 15 victimes dont les deux curés du village au pied de l'autel (45).

De son côté, un résistant qui avait visité Oradour le surlendemain de la tragédie affirma avoir vu, "sur l'autel, le curé [qui] sembl[ait] être plié en quatre (46)".

S'était-il trompé ? Cette question pouvait facilement être résolue ; dans le tract qu'il rédigea, le FFI mentionna également le corps de " l'institutrice [...] presque entièrement carbonisée [que] son fiancé devait [...] reconnaître le lendemain ". Or, il est dit que l'auteur du tract visita l'église le lundi 12 après-midi (47) et que les équipes de secours chargées de relever les cadavres n'arrivèrent que le mercredi 14 juin dans l'après-midi (48). Par conséquent, aucun cadavre -- encore présent dans l'église après le passage des terrassiers le dimanche à l'aube -- ne fut déplacé entre le lundi et le mardi soir et c'est ainsi que le fiancé de l'institutrice n'aurait pas pu ne point voir le corps du prêtre s'il avait effectivement reposé là. Dès lors, il suffisait de l'interroger pour savoir si, oui ou non, l'auteur du tract s'était trompé en mentionnant la présence d'un curé dans l'église. Or, à notre connaissance, jamais ce dernier ne fut entendu. Une telle lacune, sur un point aussi important, trahit, une nouvelle fois, l'embarras des officiels.

Mais il y a plus. Dans un rapport qu'il rédigea après sa visite de l'église, P. Masfrand évoqua, lui aussi, la vision " d'une jeune institutrice [...] identifiée le lendemain par son fiancé " (49). Or, dans l'ouvrage rédigé en collaboration avec G. Pauchou, P. Masfrand cite son rapport page 100 mais prend soin de supprimer la phrase concernant l'identification de l'institutrice, le lendemain, par son fiancé. Par cette omission, l'auteur, qui connaissait certainement le tract émanant des Mouvements unis de Résistance, ne souhaitait-il pas éviter que certains esprits curieux n'aient l'idée de retrouver ce fiancé compromettant (50) ?

Quoi qu'il en soit, Monseigneur Rastouil ne put ignorer ces deux documents. Par conséquent, il aurait dû demander une enquête afin de découvrir les circonstances exactes de la mort des prêtres. Le fait qu'il s'en soit abstenu démontre qu'à Oradour un consensus général oeuvra pour la disparition des éléments gênant la thèse officielle.

Remarquons d'ailleurs que le silence de ce prélat fut certainement facile à obtenir. Monseigneur Rastouil, en effet, était du côté de ceux qui, moins d'un an plus tard, allaient sortir vainqueurs du conflit. Il le prouva lorsque, quelques semaines après le 10 juin 1944, il refusa l'organisation d'une célébration pour le repos de l'âme de Philippe Henriot, assassiné le 28 juin par la Résistance (50a).

La dérobade de 1953

Mais, en acceptant d'entrer dans le jeu officiel, l'évêque de Limoges cautionnait de facto un mensonge historique.

Le prélat dut en être conscient ; c'est certainement la raison pour laquelle, convoqué comme témoin au procès de Bordeaux en 1953, il refusa de venir déposer. En guise de justification, il invoqua " les nécessités de la charité chrétienne " (51). Qu'on nous permette cependant une autre explication : la théologie catholique interdit le mensonge, qu'il soit par action ou par omission. Mais, pour des raisons de politique intérieure, en 1953 (tout comme aujourd'hui), l'heure était davantage à la diplomatie qu'à la vérité : Mgr l'avait très bien compris. Un grand courage lui eût été nécessaire pour venir livrer au Tribunal les conclusions de son enquête épiscopale. Ne se sentant certainement pas capable d`affronter le consensus politico-judiciaire, Monseigneur Rastouil préféra se dérober pour ne pas risquer de commettre un faux témoignage sous la foi du serment (52).

Aujourd'hui, nous estimons que tout, dans le comportement de l'évêque au lendemain du drame (sa passivité, ses explications douteuses afin de la justifier, sa dérobade de 1953), renforce la conviction que la thèse officielle du drame d'Oradour repose sur une série de mensonges.

Moralité

Au terme de ces premiers développements, la conclusion s'impose : que ce soit du côté de la SS (enquête décidée contre Diekmann), des services allemands installés à Limoges (gêne, promesses de sanctions...), de Vichy (carences, refus de convoquer une commission de neutres), de l'Eglise (passivité et dérobade finale de l'évêque), tout démontre :

-- que le massacre de la population d'Oradour ne fut pas prémédité par l'occupant ;

-- qu'après le drame une conjuration se forma pour masquer la vérité.

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NOTES, section 5, I Prétendus efforts allemands...

1 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 77. Voy aussi Vision d'épouvante..., p. 91.

2 Voy. Ville Martyre..., p. 29.

3 Voy. Le drame..., p. 28.

4 Voy. Vision d'épouvante..., p. 90.

5 Voy. le " Rapport Bord " du 28 septembre 1944, p. 3.

6 Voy. Dans l'Enfer..., p. 145.

7 Voy. Vision d'épouvante..., p. 93.

8 Voy. Dans l'Enfer..., p. 65.

9 Voy. Le drame..., p. 28.

10 Voy. La mémoire d'Oradour..., p. 17.

11 Voy. Dans l'Enfer..., p. 68. Dans son rapport, le docteur Bapt consacre un chapitre entier (ch. VIII) aux " Mesures de salubrité et de prophylaxie " (voy. Dans l'Enfer...,pp. 153-154 ; Vision d'épouvante..., p. 117).

12 Voy. La mémoire d'Oradour..., fac-similé du rapport du 4 juillet 1944 reproduit p. 98, col. A.

13 Voy. le témoignage d'Armand Senon recueilli le 28 novembre 1944 par MM. Pauchou et Masfrand, p. 2 (document extrait du dossier d'instruction du procès de Bordeaux, reproduit également dans Vision d'épouvante..., pp. 91-93).

14 Confidence faite par L. J. à G. D. qui nous l'a répétée. Nous sommes désolés de ne pouvoir fournir au lecteur que des initiales. Mais nous soulignons à nouveau que la peur plane aujourd'hui encore sur le Limousin, fermant bien des bouches ou contraignant ceux qui osent parler en privé à vouloir garder l'anonymat.

15 Certains nous répondront que, le dimanche matin, Jean-Hubert Desourteaux vit des SS revenir d'Oradour en camion (voy. Vision d'épouvante..., p. 93 ; voy également les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 15). C'est vrai, mais rien ne prouve qu'il se soit agi de SS et non de maquisards rebaptisés ensuite SS pour les besoins de la cause.

16 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 58.

17 Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 17.

18 Voy. la " Déposition volontaire du prisonnier de guerre Georg Boos" en date du 21 avril 1947 (Report N· VCIU/LDC/1566, liasse VI dans le dossier d'instruction du procès de Bordeaux), p. 2.

19 Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire de J. Busch en date du 2 août 1946, p. 3.

20 Voy. le dossier d'instruction du procès de Bordeaux, liasse VII, procès-verbal d'interrogatoire d'A. Lohner en date du 22 novembre 1945, p. 10.

21 Voy. les sténotypies du procès, audience du 22 janvier 1953, p. 15 : "M. LE PRESIDENT. - Vous êtes allé sur les lieux du massacre... A quelle heure... [ J.-H. DESOURTEAUX ]- Onze heures environ".

22 Voy. " Compte rendu des événements... ", p. III : " Le lendemain [du 10 juin], dès le petit jour, 5 ou 6 hommes dont j'étais se dirigèrent vers le bourg [...] ".

23 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de W. Boehme devant la commission d'instruction du Tribunal de Bordeaux (liasse VII), 22 juin 1948, p. 2: "J'ai accompagné le commandant Diekmann à Oradour, il y effectuait une reconnaissance " ; " je me souviens que nous avons traversé la localité [...], c'était le lendemain du massacre ".

24 On remarquera également que des ossements de femmes furent retrouvés dans le chai Denis (voy. le rapport du docteur Bapt in Dans l'Enfer..., p. 150 : " Chai de M. Denis : Ossements et débris calcinés de femmes et d'hommes "). D'où venaient ces cadavres féminins ? Mystère.

NOTES de la cinquième section, II Les réactions officielles...

1 Voy. Dans l'Enfer..., p. 107.

2 Voy. le rapport de M. Freund-Valade au Gouvernement de Vichy en date du 15 juin 1944, p. 3 : "Le lundi [12 juin], j'avais tenu à me rendre, à nouveau personnellement, auprès du général Gleiniger [...] [qui] en ma présence [...] m'exprima sa réprobation ".

3 Voy. Ville Martyre..., p. 74. Voy. aussi Dans l'Enfer..., p. 130 ; Oradour-sur-Glane..., p. 109.

4 Voy. le procès-verbal d'audition de M.Freund-Valade en date 21 juin 1945, p. 3.

5 M. Freund-Valade a d'ailleurs déclaré : " Le général Gleiniger n'a, à aucun moment, essayé de justifier le massacre d'Oradour " (Ibid., p. 4).

6 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Werner en date du 20 novembre 1947, p. 3. O. Weidinger confirme cet épisode. D'après lui, Stadler aurait déclaré : " Diekmann, cela va vous coûter très cher " (voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'O. Weidinger en date du 4 mai 1949, p. 2). Voy aussi Tulle et Oradour..., p. 31 où on lit que Stadler aurait dit à Diekmann : " Cela peut vous coûter cher. Je vais faire sur-le-champ un exposé des faits à la juridiction de la division, ce qui entraînera une enquête du Conseil de guerre. Je ne puis conserver ces faits au niveau du régiment ". O. Weidinger précise que, dans son premier rapport, Diekmann " tut [...] la mort des femmes et des enfants ". Par conséquent, les premières mesures prises contre le gradé n'étaient nullement dues au drame de l'église. Toutefois, la réaction de Stadler confirme qu'à Oradour les SS avaient pour mission de prendre des otages et non de massacrer des civils.

7 Ibid., pp. 35-36. Le passage de Diekmann devant le Conseil de guerre est confirmé par R. Hébras (voy. Le drame..., p. 33 : " Après le massacre, il [Diekmann] fut traduit devant un conseil de guerre [...] "). A Nuremberg, le général Jodl déclara qu'une enquête sur l'affaire d'Oradour avait été ordonnée par le maréchal von Rundstedt lui-même (voy. les sténotypies du procès, t. XV, p. 434, audience du 3 juin 1946 : " ACCUSE JODL. - Ce n'est que bien des semaines plus tard que j'ai appris que le maréchal von Rundstedt avait ordonné une enquête [...] ").

8 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 111.

9 Voy. le procès-verbal d'audition de M. Freund-Valade en date 21 juin 1945, p. 2.

10 Voy. L'Humanité, 8 juillet 1994, p. 11, col. C.

11 Voy. Saint Paulien, Histoire de la Collaboration, op. cit., p. 446.

12 Voy. L'Humanité, 8 juillet 1994, p. 10, col A-B : "Quelques heures plus tard, ce chef de la Wehrmacht devait disparaître, ''suicidé'' d'une balle dans la tête. ''Nous venions de signer la capitulation, se souvient Jean d'Albis, [...] nous sommes allés au siège de la garnison allemande pour vérifier la mise en oeuvre de la capitulation. Le départ des Allemands était presque terminé. Sur place, un capitaine allemand nous informa que le général Gleiniger et son chef d'état-major,[...], avaient été enlevés par les SS'' ".

13 Voy. Saint Paulien, op. cit. : "Contrairement à ce que l'on a écrit, Gleiniger ne fut pas exécuté par les SS. Il se suicida dans une villa proche de la gare de Saint-Léonard-de-Noblat " (p. 446).

14 Voy. Jean Tracou, Le Maréchal aux Liens (Editions André Bonne, 1949, 451 p.), p. 309.

15 Selon Tracou, Renthe-Fink répondit au Maréchal : " Je ne puis vous laisser continuer, M. le Maréchal [...]. A Oradour, nous n'avons pas mis le feu à l'église, mais au village et le feu a atteint l'église à cause du vent". Nous ignorons si cette explication puérile a effectivement été donnée par le délégué allemand. Nous ne connaissons pas le destin de Renthe-Fink après la capitulation allemande. Sauf erreur, cependant, jamais il n'a été entendu lors des procès d'après-guerre. Pourtant, il serait intéressant de connaître les sources d'information qui lui permirent de dégager la responsabilité des SS dans le drame de l'église.

Notons en outre que Marc Ferro, dans son ouvrage intitulé Pétain (Editions Fayard, 1987, 789 p.), cite J. Tracou à propos de l'altercation entre le Maréchal et le délégué allemand (voy. pp. 564-565). Toutefois, il passe prudemment sous silence la réponse que fit ce dernier. Il se contente d'écrire: "Renthe-Fink prétendit simplement que les maquisards torturaient les Allemands dans la région et qu'il s'agissait de représailles " (p. 565). Cette phrase laisse accroire que les Allemands auraient tenté de justifier la mort des femmes et des enfants dans l'église. Or, nous savons qu'il n`en fut rien. En la rédigeant, M. Ferro a donc, sciemment ou non, trompé son lecteur.

16 Voy. J. Tracou, op. cit., p. 310. Selon M. Ferro, " On ne sait " si le général von Neubronn transmit effectivement la lettre au général von Kluge et si cette dernière parvint au Führer (p. 565). L'auteur ne cite cependant pas les sources qui lui permettent de formuler ces doutes.

16a Une copie de cette lettre est conservée aux Archives nationales (cote AJ41 880, document No· 48 114).

17 Une copie de ce document est conservée aux Archives nationales (cote AJ41 880, document No· 48 328).

17a Voy. Dans l'Enfer..., p. 179.

18 Voy. Tulle et Oradour..., p. 31 : " Ce n'est que bien plus tard, pendant les durs combats défensifs en Normandie, qu'une plainte du préfet de Limoges, transmise par le commandement supérieur en France, arriva à la division, au sujet des incidents d'Oradour ".

19 Voy. Dans l'Enfer..., pp. 117-118.

20 Voy. André Moser, De la Ferme au Prétoire..., p. 94. Maître Moser défendit les Alsaciens à Bordeaux.

21 Dans son ouvrage, P. Poitevin regrette qu'une telle commission n'ait pas été réunie (voy. p. 67). L'auteur rappelle à ce propos " l'orchestration de la propagande allemande faite autour de la découverte des charniers de Katyn ".

22 Voy, Dans l'Enfer..., p. 118, note.

23 Voy. Tulle et Oradour..., p. 31.

24 Voy. Wo ist Kain..., p. 325.

25 Voy. Les sténotypies du procès Pétain, 20e fascicule, p. 386, col. A.

26 Voy. les sténotypies du procès Pétain, 17e fascicule, p. 318, col. C, déposition du général de Lannurien.

27 Voy. les sténotypies du procès Pétain, 17e fascicule, p. 306, col. A

28 Voy. les sténotypies du procès Pétain, 13e fascicule, p. 227, col. A, déposition du prince Xavier de Bourbon. " J'ai été moi-même condamné à mort au début de 1944, sous trois inculpations : Premièrement comme résistant [...]. Ensuite comme communiste [...]. Enfin, sous le soupçon d'être un agent de l'Angleterre [...]. Je voulais vous parler, Monsieur le premier président, de ce qui était arrivé dans les camps, notamment dans le camp de Natzweiler, où j'ai été transporté en premier lieu, où il y a tout de même eu 231 cas de personnes dont la condamnation à mort a été transformée en déportation. Et ceci sur l'intervention du Maréchal ".

29 Voy. les sténotypies du procès Pétain, 17e fascicule, p. 311, col. B-C, déposition de M. Bareiss: "Nous avons été condamnés -- treize camarades -- le 10 mars 1943. Immédiatement, nos amis se sont portés à Vichy et sont intervenus auprès du Maréchal Pétain qui a immédiatement entrepris des démarches, et qui est arrivé, en faisant jouer toute son autorité personnelle, à obtenir, par l'intermédiaire de Ribbentrop et du chef d'état-major de l'armée allemande, le maréchal Keitel, le sursis à notre exécution, et je peux affirmer que seule l'intervention personnelle du Maréchal a pu nous sauver la vie [...] ".

30 Voy. les sténotypies du procès Pétain, p. 178, col. C, déposition de C. Trochu.

31 Voy. les sténotypies du procès Pétain, 16e fascicule, p. 296, col. B.

32 Voy. J. Tracou, op. cit., pp. 26 à 33. Voy. aussi la déposition de celui-ci au procès du Maréchal (p. 296, col. A).

33 Voy. la déposition de M. de Brinon au procès du Maréchal (sténotypies du procès, p. 288, col. C). De Brinon déclara que les rapports entre les deux hommes étaient " bons ", " même excellents ".

34 Voy. Louis Rougier, Mission Secrète à Londres (A l'Enseigne du Cheval Ailé, 1946, 352 p.) et Les Accords Secrets franco-britanniques (Histoire et imposture) (Editions Grasset, 1954, 244 p.). En vérité, P. Laval glana certaines informations concernant Rougier. C'est ainsi que, le 19 janvier 1941, il déclara que Pétain était "en liaison avec l'agent anglais Rougier " (Voy. Pétain et les Allemands [Mémorandum d'Abetz sur les rapports franco-allemands], Editions Gaucher, 1948, 203 p., p. 72). Toutefois, il ne semble pas que Laval ait connu l'ampleur de la mission Rougier.

35 Voy. Marc Ferro, op. cit., pp. 595-596.

36 Voy. Rémy, La Justice et l'Opprobre (suivie d'une note sur l'intolérance) (Editions du Rocher, Monaco, 82 p.), p. 52.

37 Nous empruntons ce titre à Pierre Moreau (voy. En écoutant crier les pierres, p. 9).

38 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 51.

39 P. Poitevin, par exemple, prétend que, suite au massacre des femmes et des enfants et avant que l'église ne soit incendiée: "des mains sacrilèges fractur[èr]ent le tabernacle et s'empar[èr]ent du calice et du saint ciboire en or " (voy. Dans l'Enfer..., p. 52 ; voy. aussi le " Compte rendu des événements qui se sont déroulés le samedi 10 juin 1944 à Oradour-sur-Glane [Haute-Vienne] ", émanant du Gouvernement provisoire gaulliste [15 juin 1944]. Page 1, on lit : " [Les SS] profanèrent l'autel, forcèrent la porte du tabernacle et s'emparèrent des Saintes Espèces "). D'après le chanoine Duron, toutefois, ce vol eut lieu non pas le samedi 10 juin, mais quarante-huit heures plus tard, le lundi 12. Dans son rapport, en effet, on lit : " Je suis entré dans l'église pour recueillir la Sainte réserve. Le matin même, le tabernacle qui la contenait, épargné par l'incendie, avait été brisé et le ciboire emporté. Je n'ai pu savoir ce qu'étaient devenues les hosties qu'il renfermait " (voy. Oradour-sur-Glane..., p. 85).

40 Voy. Oradour-sur-Glane..., pp. 57-58 et Dans l'Enfer..., p. 26.

41 Voy. Dans l'Enfer..., p. 26 : " Le vieux curé, M. Chapelle, qui exerce son sacerdoce depuis trente-trois ans dans la paroisse, l'abbé Lorich, prêtre lorrain, et un séminariste spiritain également lorrain, ne pourront pas offrir les secours de la religion à ces femmes et à ces enfants. On les oblige, en effet, à rester avec les autres hommes ". Voy. également Ville Martyre..., p. 108 (déposition de M. Hébras) : " Les deux curés, un limousin et un lorrain, subirent le sort des hommes".

42 Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'A. Lohner en date du 22 novembre 1945, p. 6.

43 Voy. Ville Martyre..., p. 73.

44 Voy. Le Combat des Patriotes, 28 octobre 1944. Interrogé par un journaliste, Mgr Rastouil avait déclaré : " Oui, j'avais déjà vu ce général [Gleiniger] pour protester contre l'enlèvement d'un vicaire en plein exercice de ses fonctions " (p. 2, col. B).

45 Rapport consultable aux Archives départementales de Haute-Vienne sous la cote 24 J 15 (Fonds d'Albis).

46 Voy. " Les Huns sont passés par là ", tract émanant des Mouvements Unis de Résistance et publié dans Les Huns..., p. 79.

47 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 86 et p. 83 : " Toutes les constatations officielles sont postérieures [au] second passage des Allemands ; arrivés le lundi matin au petit jour, ils repartirent avant la fin de la matinée ".

48 Voy. Dans l'Enfer..., pp. 142-143, rapport du docteur Bapt: " Nous nous rendîmes, le commandant de Praingy, le docteur Benech et moi, le 14 juin, dans l'après-midi, à Oradour-sur-Glane, accompagnés d'une vingtaine de secouristes appartenant à des équipes d'urgence de la Croix-Rouge ". En vérité, M. Bapt était venu une première fois sur les lieux le 13 juin, mais il s'agissait alors de faire le point de la situation. Aucun enlèvement de corps n'eut lieu ce jour-là (témoignage écrit de l'Abbé Schneider à V. Reynouard en date du 18 mars 1996. L'abbé Schneider accompagnait M. Bapt à Oradour).

49 Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 83.

50 Aujourd'hui, d'ailleurs, nous sommes persuadés que P. Masfrand, lorsqu'il visita l'église, vit le corps du prêtre, mais qu'il s'abstint de le mentionner.

50a Voy. François-René Nans, Philippe Henriot (Editions Godefroy de Bouillon, 1996, 472 p.), p. 397: "Seuls, quelques évêques prudents ou déjà gauchisants restent à l'écart, en particulier Monseigneur Rastouil de Limoges qui refuse une célébration (ce qui lui vaudra quelques heures d'incarcération)".

51 Voy. Ouest-France, 31 janvier 1953, p. 3, col. A : " LE PRESIDENT.- [...] Nous avons d'ailleurs renoncé, sur sa demande, au témoignage d'un prélat éminent, Mgr Rastouil, évêque de Limoges, qui a invoqué les nécessités de la charité chrétienne, comprenant très bien ce drame [celui des familles d'Oradour et celui de l'Alsace] auquel nous faisons allusion ".

52 Cette conclusion est aussi celle de P. Moreau. Voy. En écoutant..., p. 10 : " Monseigneur connaissait sa théologie morale et il préféra fuir la tentation de commettre un faux témoignage sous la foi du serment. Reste l'omission, nous dira-t-on. C'est bien vrai, mais le parjure formel eut été le comble de l'abomination pour un évêque ".


Extrait de Le Massacre d'Oradour, un demi-siècle de mise en scène, par un Collectif de libres chercheurs animé par Vincent Reynouard,VHO-ANEC, Anvers, 1997, 446 p., ISBN 90-73111-21-08, © Vincent Reynouard. Distribution: VHO, BP 60, B-2600 Berchem 2, Belgique. Nous conseillons très vivement à nos lecteurs de se procurer le livre auprès de l'éditeur. Pour que les livres existent, il faut que les éditeurs puissent les vendre.

Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a la tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.


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