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| Affaire Reynouard | Oradour |

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LE MASSACRE d'ORADOUR

UN DEMI-SIECLE DE MISE EN SCENE

 

Partie 4

[Deuxième section]

II

Les explosions dans l'église:

confirmation par d'autres témoignages

[75]

Déclarations de SS

L'officier SS Diekmann , commandant le 1 er bataillon de la division Das Reich, supervisa les opérations d'Oradour-sur-Glane. (1) Le 10 juin au soir, dans son rapport à son chef de corps, il déclara que l'église avait " brûlé [...], explosant violemment " (Ibid., p. 30). Dans son journal de bord, le général allemand von Brodowsky écrivit :

14.6.44 : Une communication téléphonique en provenance d'Oradour[-sur-Glane] [...] signale ce qui suit : [...] L'église prit feu. Des explosifs avaient été entreposés dans l'église. Toutes les femmes et les enfants trépassèrent. (2)

Pour ces Allemands, donc, l'explosion dans l'église était incontestable.

Naturellement, les autorités françaises crièrent immédiatement au scandale. (3)

Plus tard, d'autres SS qui avaient opéré à Oradour confirmèrent que l'église avait sauté. Citons par exemple Fernand Giedinger qui, dans une lettre à son avocat, écrivit :

Nous étions à une distance d'environ 200 mètres de l'église, car l'église se trouvait, à vrai dire, en dehors [ " à la lisière " serait plus exact] du bourg.

Nous avons entendu tirer à une distance d'environ 400 mètres et cela ne nous a pas particulièrement émus, parce que nous avions déjà fait des exercices de Panzer et des exercices de tirs réels [...]. Nous pensâmes qu'il s'agissait d'exercices de tir.

Nous n'avons changé d'avis qu'au moment où l'explosion s'est produite dans l'église [...] . (4)

Devant la commission d'instruction de Bordeaux, un autre SS, Henri Weber, déclara :

Nous avons entendu une rafale de mitraillette puis une détonation et des cris de femmes et d'enfants que nous entendions malgré la distance . ( 5 )

[...] nous avons entendu [...] le bruit d'une forte explosion, suivi de cris de douleur poussés par des femmes et des enfants . ( 6 )

Déclarations de rescapés

Par principe, certains penseront qu'en tenant de tels propos les anciens membres de la Das Reich mentaient afin de dégager leur responsabilité dans la mort des femmes et des enfants. Pourtant, dès 1944, certains survivants du drame déclarèrent avoir entendu de très violentes détonations dans l'église, détonations que l'on ne peut attribuer à la mystérieuse " caisse " de M me Rouffanche. Madame Lang, par exemple, qui, le jour de la tragédie, s'était cachée à quelques dizaines de mètres du sanctuaire, a déclaré :

[76] Un bruit épouvantable éclate dans la direction de l'église qui était à quelques dizaines de mètres de nous. Détonations sur détonations se succèdent, suivies d'une immense clameur et de cris effrayants . (7)

Ne peut-on pas imputer ces détonations successives à des caisses de munitions qui auraient explosé en chaîne ? Remarquons, d'ailleurs, que ce témoignage ne sera jamais repris dans les autres documents officiels sur Oradour...

Plus tard, au procès de 1953, bien des témoins à charge confirmèrent que de terribles explosions avaient pu être entendues près de l'église. Citons, tout d'abord, Jean-Hubert Desourteaux. A l'arrivée des SS, il se cacha dans son garage, non loin de l'église. Voici ce que l'on peut lire dans les sténotypies du procès :

[J.-H. DESOURTEAUX]. - - [...] j'ai entendu une rumeur dans l'église, à 150 mètres de moi [...]. Je ne pouvais discerner ce qui se passait ; ça mitraillait sans arrêt ; il y avait même les mortiers qui tiraient [...].

M. LE PRESIDENT. - - Vous venez de parler de " mortiers " . Avez-vous entendu un mortier ? Vous avez été militaire et vous savez ce qu'est un mortier en batterie... Cela vous a paru être un bruit de mortier?

[J.-H. D.]. - - Absolument... un bruit de mortier ou de canon; c'était distinct . ( 8 )

J.-H. Desourteaux ne fut pas le seul à percevoir distinctement des détonations en provenance de l'église. Citons également M me Renaud, qui, le 10 juin tragique, s'était cachée avec son mari non loin du sanctuaire. Elle raconte:

J'ai entendu des fusillades, j'ai entendu des cris, j'ai entendu des détonations [...].

Il y a eu une grande détonation dans l'église ; une fumée épaisse sortait des vitraux ; on entendait des cris, des plaintes que vous ne pouvez imaginer. (9)

Son mari, M. Renaud, fut encore plus net. Voici ce que l'on peut lire dans les sténotypies du procès :

[M. RENAUD]. - - La seule plainte que j'aie entendue c'est quand l'église a sauté. J'étais à 40 mètres de la place de l'église à ce moment-là....

M. LE PRESIDENT. - - Qu'avez-vous entendu? une explosion, dites-vous?

[M.R.]. - - Une grosse explosion, une fumée se dégageant de l'église, un cri d'ensemble à ce moment de toutes les femmes et enfants qui étaient dedans [...].

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. - - Est-ce que vous avez entendu au moment où il y avait le feu à l'église, ou avant qu'on mette le feu à l'église, une explosion ressemblant à un coup de mortier?

[M.R.]. - - Oui, certainement. Mais il y a eu tellement d'explosions...

M. LE PRESIDENT. - - Vous dites quelque chose d'intéressant. Vous dites qu'il y a eu beaucoup d'explosions.

[M. R.] - Oui, plusieurs explosions.

M. LE COMMISSAIRE DU GOUVERNEMENT. - Le témoin précédent [J.-H. Desourteaux] a parlé, lui aussi, de plusieurs explosions. (10)

Les termes utilisés sont clairs. Les témoins se déclarèrent certains d'avoir entendu plusieurs détonations en provenance de l'église, dont une très forte. Surpris, le président du tribunal se tourna vers les accusés pour leur demander s'ils avaient tiré au mortier ou s'il y avait eu une explosion qui ait pu ressembler à un coup de mortier :

M. LE PRESIDENT. - - [...] est-ce qu'on a tiré un coup de mortier..., y a-t-il eu une explosion pouvant ressembler à un coup de mortier ?

M. L'INTERPRÈTE. - - Personne n'en a connaissance, Monsieur le président.

M. LE PRESIDENT. - - Qu'est-ce qui a pu ressembler à un coup de mortier ?... Personne n'en

sait rien ?... La masse de grenades dont nous a parlé Boos [un accusé SS]..., vous savez, cet engin. [77]

BOOS. - - Je ne sais pas.

M. LE PRESIDENT. - - Cet engin devait faire beaucoup de bruit, si vous mettiez six, sept grenades liées ?

BOOS. - - Moi, je ne l'ai jamais fait ; on l'a appris à l'instruction, mais on ne l'a jamais fait.

M. LE PRESIDENT. - - Mais quand on le faisait, cela devait faire beaucoup de bruit ?

BOOS. - - Pas beaucoup . (11)

De façon évidente, la mystérieuse caisse de M me Rouffanche, même à supposer qu'elle ait été remplie de grenades, ne pouvait expliquer les multiples détonations entendues par les témoins. A ce moment du procès, l'histoire officielle d'Oradour fut en grand péril. Le président du tribunal, d'ailleurs, dut en être conscient. Aussi, soucieux de mettre coûte que coûte ces explosions sur le compte des SS, revint-il plus tard à la charge en demandant aux accusés s'ils avaient utilisé des " canons d'accompagnement avec des mortiers " (Ibid., p. 27). Mais, une fois encore, le fiasco fut total. Seul Graff lui répondit que, s'ils avaient utilisé des mines pendant l'instruction, il ne se rappelait pas en avoir utilisé à partir du mois de mai 1944 . (12)

Les déclarations et les silences des accusés ne sauraient surprendre. Les SS qui vinrent à Oradour avaient uniquement apporté, en guise d'armement lourd, des mitrail-leuses de modèle 42 ; ils ne possédaient ni canon ni mortier (13) . Le président préféra donc ne pas insister et l'origine des explosions entendues par les témoins resta inconnue.

 

L'effondrement partiel de la voûte du clocher

Mais un autre fait, aussi troublant, restait encore à expliquer. Il s'agissait de l'effondrement partiel de la voûte du clocher. Sachant qu'on ne pourrait le passer sous silence, les autorités tentèrent de l'expliquer.

Les thèses françaises

Dans leur rapport rendu le 4 juillet 1944, les Renseignements généraux parlèrent d'un boucher qui, à Oradour:

s'étant approché du bourg vers 16 h 30 [le 10 juin] a vu jeter un engin incendiaire sur le clocher; ce qui explique que seule cette partie de la voûte se soit effondrée . (14)

En 1996, V. Reynouard interrogea un pompier pour savoir si un incendie dans le clocher aurait pu faire écrouler la voûte. La réponse fut négative. Remarquons d'ailleurs que, par la suite, aucun des rescapés, boucher ou non, ne réitéra de tels propos. Par conséquent, ce témoignage doit être rejeté.

Le 15 janvier 1953, le correspondant du Monde au procès de Bordeaux écrivit:

On apprend [à la lecture de l'acte d'accusation] qu'il y eut une tentative pour faire sauter l'église à la dynamite. Le clocher s'effondra et des pierres, en tombant, blessèrent même un SS qui, paraît-il, en est devenu fou . (15)

Aujourd'hui encore, la même thèse circule. Elle est notamment reprise par Albert Hyvernaud, auteur du livre intitulé : Petite histoire d'Oradour-sur-Glane. Celui-ci affirme qu'avant d'apporter la caisse dans l'église les SS auraient tout d'abord voulu dynamiter le sanctuaire afin de tuer d'un coup ceux qui y avaient été enfermés; il écrit:

[78] On peut imaginer quels sentiments agitaient ces femmes séquestrées dans cette église avec leurs enfants et qui avaient laissé leur mari, leurs fils, leur père ou leur frère aux mains des SS sur le Champ de Foire. Elles entendirent avec terreur crépiter les mitrailleuses, mais ne comprirent pas ce qui se passait, pas plus qu'elles ne se doutèrent que le sinistre Kahn [qui commandait, avec le major Diekmann, les opérations] envisagea d'abord de faire sauter l'église pour les tuer d'un seul coup. Mais la tentative fit plus de bruit que de dégâts et, seul, un adjudant SS fut grièvement blessé en prêtant la main à cet acte sacrilège, comme on l'apprendra plus tard, au cours du procès.

Enfin, vers 16 heures, deux SS entrèrent dans l'église, portant une lourde caisse [...] . (16)

A Oradour, l'inanité d'une telle thèse éclate au grand jour. En effet, l'église du village était une vieille bâtisse fortifiée, qui avait été construite pour servir de refuge lors des guerres de religion. Ses murs épais de 75 cm à plus d'un mètre et ses deux échauguettes en haut du clocher rappellent cette époque passée. F. Delage, ancien président de la société archéologique du Limousin, écrit :

L'édifice le plus solide [du village] était naturellement l'église, faite de blocs et de moellons de granit, comme toutes les églises limousines, parfaitement appareillés et unis par un ciment presque indestructible . (17)

Vouloir détruire un tel édifice à la dynamite, pour y tuer les personnes enfermées là, serait une idée parfaitement saugrenue et même, proche de la démence. Si, vraiment, les SS avaient voulu massacrer les femmes et les enfants, il aurait suffi de les mitrailler, par groupes, comme les hommes ou de les enfermer dans les caves des maisons et de dynamiter celles-ci.

Afin, certainement, de donner plus de crédit à la thèse qu'il défend, A. Hyvernaud se réfère, sans plus de précision, au procès de 1953. C'est là, dit-il, qu'on aurait appris la tentative de destruction du sanctuaire, ce qui est exact; mais l'analyse des pièces du procès démontre que cette prétendue tentative n'est qu'une fiction imaginée pour sauver l'Histoire officielle.

Première constatation: l' " exposé des faits " que l'on peut lire dans l'acte d'accusation rédigé le 1 er décembre 1952 ne mentionne nullement le dynamitage de l'église (voy. l'acte d'accusation, p. 6). Il faut attendre la page 16 et le résumé des déclarations de l'accusé Joseph Busch pour lire:

A la suite de l'explosion d'un engin, il y a eu deux blessés dont l'adjudant qui avait voulu faire sauter l'église.

Deux pages plus loin, on apprend qu'un autre accusé, Auguste Lohner, avait reconnu " avoir assisté à la tentative de faire sauter l'église à la dynamite " (Ibid., p. 18). Page 24, enfin, dans le chapitre relatif au " rôle des inculpés en fuite " , l'acte d'accusation citait un certain Gnug, adjudant au groupe de commandement, qui:

D'après l'ensemble des inculpés, [avait] procédé à la tentative de destruction de l'église au moyen d'un engin explosif [et avait] été blessé au cours de cette opération.

Par conséquent, cinq lignes seulement, sur une pièce de 46 pages, étaient consacrées à cet épisode de première importance. Le chercheur objectif en retire le sentiment très net de se trouver en face d'une volonté d'occultation. La suite le confirme.

[79]

Mme Rouffanche réduit à néant les thèses françaises

Dans son texte, Albert Hyvernaud a été clair: la tentative de destruction de l'église aurait précédé le moment où deux SS seraient venus déposer la mystérieuse caisse au milieu des femmes; de plus, elle aurait fait du bruit. Par conséquent, les victimes enfermées dans l'église auraient dû, pendant leur attente angoissée, entendre un bruit d'explosion très proche. Or, en 1947, M me Rouffanche elle-même déclara:

Pendant le temps que je suis restée dans l'église, je n'ai vu ni entendu aucune explosion . (18)

Si donc l'on veut encore croire que les SS ont tenté de dynamiter l'église, il faut admettre qu' A. Hyvernaud s'est trompé et que cette tentative a été réalisée à l'aide de la caisse apportée, "vers 16 heures" , par les deux SS. Mais cette nouvelle hypothèse se heurte à des contradictions :

1) D'après l'histoire officielle (entérinée au procès de 1953), la mystérieuse caisse devait laisser échapper un gaz destiné à asphyxier les femmes et les enfants; il n'était donc pas question de détruire quoi que ce fût;

2) L'histoire officielle nous informe que les SS auraient déposé leur mystérieuse caisse non loin de l'autel, c'est-à-dire à l'opposé du clocher. Dès lors, comment croire que l'explosion qui n'occasionna que quelques dégâts au maître-autel et préserva les voûtes de la nef, ait pu détruire la voûte du clocher située beaucoup plus loin? De façon évidente, la prétendue tentative des SS pour détruire l'église n'a jamais existé.

Aujourd'hui, par conséquent, nous pouvons affirmer que toutes les versions des faits proposées par les tenants de la thèse officielle afin de justifier l'effondrement du clocher et l'origine des fortes détonations entendues par les témoins se heurtent à des contradictions insurmontables. Les différents événements survenus à Oradour pendant le drame ne s'expliquent ni par la caisse de M me Rouffanche ni par la prétendue tentative de détruire l'église.

En réalité, les dépositions des témoins Lang, Renaud et Desourteaux semblent confirmer nos conclusions émises après l'étude des ruines de l'église, à savoir :

- - que celle-ci a été le siège de plusieurs explosions ; l'une d'entre elles s'étant produite dans la sacristie, faisant s'effondrer le plancher ; une autre, certainement beaucoup plus forte, ayant ébranlé le clocher, entraînant la destruction partielle de la voûte et de la tribune ;

- - que, par conséquent, des munitions étaient cachées dans l'église, plus précisément dans le sous-sol de la sacristie, dans le clocher et sous le toit central, au-dessus des voûtes de la nef.

Déclarations de civils venus sur les lieux après la tragédie

A ceux qui, parvenus à ce stade de notre étude, douteraient encore du bien-fondé de nos conclusions, nous livrerons d'autres témoignages, émanant de personnes qui ont pénétré dans l'église immédiatement après la tragédie. Ceux-ci furent recueillis en 1944 ou entendus en 1953. Tous confirment la thèse de l'explosion. En voici les ex traits les plus significatifs:

[Dans l'église] des têtes se sont détachées des troncs, des bras et des jambes gisent çà et là, épars . (19)

[80] Nous pénétrons dans l'église [...] çà et là des morceaux de crânes, de jambes, de bras, de thorax, un pied dans un soulier. (20)

C'était une horreur gigantesque. Il n'y avait pas un corps intact. Certains étaient coupés en deux . (21)

Ici, de pitoyables petites mains d'enfants gisent éparses sur les dalles. Là, on découvre les pieds de pauvres gosses qui n'ont pas été entièrement consumés . (22)

Dans ce qui fut l'église, on peut voir des restes humains calcinés et des cadavres d'enfants agrippés, debout, à des débris de ce qui avait dû être le confessionnal , (23) la moitié inférieure du corps seule rongée par le feu, le haut paraissant presque intact . (24)

Derrière l'église, il y avait un charnier où ont été retrouvés des corps, une jambe d'un côté, de l'autre la tête... Ils ont été découpés en morceaux [...] . (25)

Lorsque les équipes secouristes composées d'ouvriers et de séminaristes vinrent accomplir la sublime corvée de déblaiement de cet horrible charnier, ils découvraient des corps à demi calcinés, décapités, hachés, des membres épars, des ossements informes . (26)

Les photographies des cadavres prises après le drame confirment ce constat. On y distingue nettement des corps déchi-quetés et des morceaux de membres épars. Par exemple, MM. Pauchou et Masfrand publient un cliché montrant la moitié inférieure du corps d'un enfant (bassin et jambes). Toute la partie supérieure du corps (tronc, bras et tête) a disparu (figure 32) . (27) Une autre photographie saisissante se trouve dans l'ouvrage collectif intitulé : Oradour-sur-Glane. On y voit le cadavre d'un bébé, nu, dont les deux pieds et la tête ont disparu, broyés . ( 28 ) Enfin, appelons l'attention du lecteur sur une dernière photo très caractéristique ; on y voit la tête d'une femme décapitée ainsi qu'un bras et divers restes humains (figure 33) . (29)

A propos des personnes partiellement brûlées, il nous faut citer particulièrement un cliché publié par MM. Pauchou et Masfrand. On y distingue nettement un enfant (tête quasiment arrachée) dont le bas des jambes à partir de la mi-cuisse est carbonisé. Or, le haut des cuisses ainsi que le short de la victime sont intacts . (30) L'auteur d'une brochure non publiée a effectué les mêmes remarques:

Officiellement, on n'a recueilli dans les ruines [de l'église] aucun engin incendiaire. Pourtant, l'église a brûlé. On observe que les malheureux n'ont pas été calcinés comme, par exemple, le cadavre du Dr Desourteaux et celui d'autres hommes fusillés. Non, les corps des femmes et des enfants ont été déchiquetés, des chaussures paraissent intactes, des vêtements n'ont pas subi de lente combustion qui les aurait réduits en cendres . (31)

[81] Enfin, notons qu'en 1994 V. Reynouard a rencontré M. Doutre, qui avait retrouvé l'enfant à la tête et aux pieds broyés. Il lui a certifié que les mains du nouveau-né avaient disparu, et que son corps était légèrement roussi comme s'il avait été passé à la flamme.

Seuls les effets d'une violente explosion permettent d'expliquer l'état des cadavres de l'église. Jamais le feu n'a déchiqueté et broyé des corps . (32) Pour le chercheur impartial, rien, excepté les pierres que l'on retrouve partout dans la nef et dans le ch oe ur, n'a pu occasionner les terribles mutilations visibles sur les victimes. Ces pierres appartenaient à la voûte du clocher et seule une explosion dans le clocher a pu communiquer à ces projectiles une énergie cinétique suffisante pour provoquer autant de dégâts, tant matériels qu'humains. C'est ainsi que des bras, des crânes, des jamb es furent arrachés et emportés.

F. Delage avait parfaite-ment compris le danger mais, soucieux de préserver la thèse officielle, il tenta une autre explication des mutilations constatées sur les victimes. Il écrit :

On a vu des corps coupés en plusieurs tronçons ; les rafales de balles [tirées par les SS] avaient brisé les ligatures, les muscles, les tendons, si bien que le feu avait aisément séparé les membres : ici une tête sans corps, là un buste sans jambes, ailleurs des jambes isolées, des bras séparés, des têtes écrasées . (33)

F. Delage omet simplement de nous préciser comment les tirs ont pu entraîner les membres aussi loin les uns des autres, de sorte qu'ils furent trouvés isolés. De même omet-il de nous préciser comment l'écrasement des crânes a été possible. Enfin, le nombre de corps disloqués est tel (voy. les photographies) qu'il faudrait imaginer une arme insolite à " tête chercheuse " , programmée pour briser les muscles, les ligatures et les tendons, de façon sélective...

Quant aux corps partiellement brûlés, il suffit, pour expliquer ce phénomène, de se rappeler qu'une explosion produit une grande flamme. Celle-ci résulte de la combustion, au contact de l'oxygène de l'air, et grâce à la chaleur produite, des gaz émis lors de la décomposition des matières explosives. A Oradour, cette flamme est non seulement partie vers le haut (d'où la " flamme de chalumeau " aperçue par le témoin [82] qu'évoque M. Hébras) mais aussi vers le bas. Elle s'est alors propagée, en une fraction de seconde, le long de la nef et du ch oe ur, brûlant ceux qui s'y tenaient (figure 34).

Les victimes partiellement concernées par son passage furent partiellement brûlées. Voilà, par exemple, pourquoi un petit garçon a eu le bas des jambes brûlé alors que son short restait intact. A supposer qu'un feu ait été à l'origine de ses brûlures, le phénomène aurait duré assez longtemps pour que, par rayonnement calorifique, ses habits soient abîmés. En revanche, la flamme due à l'explosion n'existe qu'une fraction de seconde. Par conséquent, le phénomène de propagation ne peut exister et les dégâts occasionnés sont très localisés.

Deux déclarations capitales

Mais il y a plus: deux témoins ont apporté, consciemment ou non, la preuve définitive qu'une explosion avait été à l'origine de la mort d'un grand nombre de femmes et d'enfants dans l'église.

Dans son rapport, le commandant G. Briand qui était, sur place, le responsable des équipes d'urgence de la Croix-Rouge, dé clara avoir vu, dans l'église, " les restes des femmes et des enfants surpris par la mort et brûlés sur place " . (34) Briand ne fut pas l'unique témoin à constater ce fait. Le dimanche 11 juin, un ingénieur de la Société Nationale des Chemins de Fer Français pénétra dans le village. Là, il vit non seulement les cadavres des hommes fusillés dans les granges mais aussi les corps des victimes de l'église. Dans un compte rendu, il note:

Il ne semble pas que les femmes et les enfants aient subi le même sort [que les hommes] puisque l'on a retrouvé dans l'église des corps que la mort a surpris dans une attitude normale . (35)

Or, un incendie, dont la propagation reste relativement lente, (36) ne surprend pas ses victimes "dans une attitude normale". Pour qu'il en ait été ainsi, il faut que le sinistre soit survenu d'un coup et qu'il se soit propagé dans l'église en une fraction de seconde. Cela confirme totalement la thèse de l'explosion et de la flamme qui traversa l'église en un temps très bref. (37)

Moralité

Parvenus à ce stade de notre étude, nous pensons avoir apporté les preuves que plusieurs explosions terribles se sont produites dans l'église d'Oradour, plus exactement dans le clocher, sous les combles et dans la sacristie.

[83] Ces explosions ont causé la mort d'un grand nombre de femmes et d'enfants qui se trouvaient dans le sanctuaire. Ceux-ci furent déchiquetés par les pierres de la voûte du clocher projetées dans les airs. Certains furent partiellement brûlés par la gigantesque flamme issue de l'explosion. Le phénomène fut si rapide que certaines victimes furent surprises par la mort "dans une attitude normale" et que leurs brûlures restèrent, en l'absence de toute propagation, très localisées.

Dans la sacristie, la détonation a provoqué l'effondrement du plancher. Les personnes qui se trouvaient dans cette pièce sont donc tombées dans le sous-sol, au milieu des flammes.

La géométrie des lieux fit que certaines chapelles ne furent pas touchées par la flamme ayant résulté de l'explosion. C'est ainsi que le confessionnal (en bois léger) et les fleurs en tissu posées sur l'autel de la Vierge furent préservés.

De même, la croix faîtière, située au haut du clocher, fut projetée au loin et subit relativement peu de dommages.

Ces précisions effectuées, examinons la fin du témoignage de M me Rouffanche ainsi que d'autres écrits parus après le drame. Nous allons démontrer que ceux-ci réduisent définitivement à néant la thèse de l'incendie destructeur du sanctuaire.

 

 

III

 

REFUTATION DEFINITIVE DE LA THESE OFFICIELLE

DE L'INCENDIE

[87]

Revenons au témoignage de M me Rouffanche. L'unique rescapée désire accréditer la thèse du sanctuaire détruit par un incendie violent. Pour cela, elle prétend qu'après l'explosion de la " caisse " et alors qu'elle " faisait la morte " dans la sacristie :

Une fusillade éclata dans l'église. Puis de la paille, des fagots, des chaises, furent jetés pêle-mêle sur les corps qui gisaient sur les dalles.

Ayant échappé à la tuerie et n'ayant reçu aucune blessure, je profitai d'un nuage de fumée pour me glisser derrière le maître-autel . (1)

Déclarations entendues au procès de Bordeaux

Au procès de 1953, il fut souvent question de fagots que les SS auraient portés dans l'église . ( 2 ) Toutefois, la thèse officielle invoquant l'explosion d'une caisse, puis une fusillade, le tout suivi d'un embrasement généralisé est infirmée par les témoins qui virent des victimes surprises par la mort "dans une attitude normale" .

Un incendie peu ordinaire

En outre, on ne peut croire que de la paille, des fagots et quelques bancs incendiés aient suffi pour occasionner tous les dégâts constatés dans l'église. D'ailleurs, lors des audiences du procès de Bordeaux, M me Rouffanche resta très évasive sur la façon dont le sanctuaire aurait brûlé. Elle affirma qu'ayant été "tournée en sens inverse" elle n'avait "pas vu comment ça se passait dans l'église" . Les seuls détails qu'elle donna furent les suivants : la destruction du sanctuaire avait débuté avec "de petites flammes" et "ce n'étaient pas des incendies comme on voit quelquefois". (3)

Personne ne croit en la thèse de la paille et des fagots

De son côté, le commissaire Petit, lors du même procès, lança:

Je ne pense pas que tout cela ait pu se faire avec un feu de bois, si violent qu'il ait pu être. Il fallait, j'en suis à peu près persuadé, qu'on employât des plaques incendiaires, des engins au phosphore ou je ne sais quoi de semblable. (4)

[88] Et pour convaincre les juges qu'une grande chaleur avait été produite durant le sinistre, M.Petit termina en disant:

Restée dans le clocher, la cloche de l'église a fondu goutte à goutte sous l'effet d'une chaleur intense [ Ibid., col. D].

Le lendemain, des voitures d'enfant qui avaient été retrouvées dans l'église furent apportées dans la salle d'audience. A la vue de ces objets, le président dit aux accusés:

"Ce n'est pas avec de la paille, ni avec des chaises que ces objets ont été fondus". (5) Puis, se tournant vers l'interprète chargé de traduire pour les accusés allemands:

Dites aux accusés que la cloche fondit goutte à goutte sous une action extrêmement violente et qu'ils ont dû employer des moyens incendiaires particulièrement efficaces.

Toutes ces déclarations prouvent que personne, au procès de Bordeaux, ne croyait en la thèse selon laquelle un feu alimenté avec du bois aurait pu occasionner tous les dégâts constatés dans l'église. Cependant, personne ne désirait non plus remettre en cause l'histoire officielle d'Oradour. Par conséquent, il fallut de toute urgence découvrir la nature du matériel incendiaire que les SS auraient utilisé.

Aujourd'hui, plusieurs thèses existent.

Les différentes thèses françaises

Grenades et balles incendiaires

Pour certains (MM. Renaud et D., deux rescapés d'Oradour interrogés par V. Reynouard), les SS possédaient des grenades incendiaires. D'autres optent pour des balles incendiaires. (6) Nous savons que la 3 e compagnie qui opéra dans Oradour ne possédait que des balles incendiaires à raison d'une sur cinq dans les chargeurs des armes automatiques et que, d'après l'ancien " Malgré nous " J-P. Elsaesser, celles-ci ne furent pas utilisées " pour mettre le feu aux immeubles " . En 1953, d'ailleurs, tous les accusés furent d'accord pour déclarer qu'ils n'avaient pas employé de telles munitions à Oradour. (7)

Peut-être mentaient-ils? Toutefois, il faut savoir qu'une grenade incendiaire ne produit pas, seule, un immense brasier. Elle est uniquement chargée de produire, pendant un temps très court, des flammes qui pourront incendier un matériau combustible situé à proximité. En l'absence d'un tel matériau, le feu s'éteindra rapidement (en quelques secondes, nous a déclaré un artificier) sans faire de dégât. Par conséquent, on ne saurait prétendre que des balles ou des grenades incendiaires auraient permis de brûler les corps et de faire fondre les cloches. C'est rigoureusement impossible. (8)

Le phosphore

Pour d'autres, les SS auraient disposé de phosphore qu'ils auraient utilisé dans l'église. Cette thèse est notamment défendue par le rescapé R. Hébras. (9) Dès 1944, l'inspecteur des Renseignements généraux chargé de l'enquête sur le drame avait écrit:

Il semble, étant donné les puissants effets de l'incendie qui ont calciné les ossements et détruit en certains endroits des parties de maçonnerie, que des engins incendiaires, tels que plaques de phosphore, aient été employés. (10)

En 1953, à Bordeaux, il fut très souvent question de cette substance chimique. A l'audience du 26 janvier, par exemple, M. Boissou prétendit avoir, peu après le 10 juin 1944, aperçu "sur la route des sacs de phosphore vides". (11) Trois jours plus tard, un autre témoin, Alphonse Lévignac, prétendit avoir vu, sur le sol de l'église, "une poudre" . Le président demanda : " Ça sentait le phosphore?" ; "Je crois bien, M. le président" , répondit le témoin. (12) Or, le phosphore est un élément chimique qui a la redoutable propriété de s'enflammer spontanément au contact de l'air. Par conséquent, on ne peut ni le stocker dans des sacs (mais uniquement dans des boîtes hermétiquement closes), ni en retrouver au sol, sous forme de poudre. Le tribunal aurait normalement dû rejeter ces deux témoignages fantaisistes, étant rigoureusement exclu que les SS d'Oradour aient possédé, à l'état brut, un produit aussi dangereux que le phosphore. Malgré ces évidences, le tribunal interrogea les accusés à propos des sacs de phosphore vides. Naturellement, les anciens SS répondirent qu'ils ne savaient rien. (13)

Des lance-flammes

Mais venons-en à des considérations plus sérieuses. A l'audience du 30 janvier 1953, le président du tribunal lança aux accusés :

Vous aviez des lance-flammes, des tubes de rechange pour lance-flammes, ne vous êtes-vous pas servi de ces tubes pour arroser vos victimes? (14)

La thèse des lance-flammes est celle qui frappe le plus les esprits. En 1975, d'ailleurs, le cinéaste Robert Enrico réalisa un film que lui avait inspiré, dit-il, l'histoire d'Oradour. Son titre était : Le Vieux Fusil. On y voit un SS qui, avec un lance-flammes, tue une femme en la carbonisant.

A Oradour, toutefois, les SS disposèrent-ils de tels engins? En 1953, les accusés ont répondu par la négative. (15) Leur parole ne saurait être remise en doute. En effet, un lance-flammes ne se manipule pas comme une boîte d'allumettes. C'est un engin très destructeur (il peut lancer des flammes longues de plusieurs dizaines de mètres), donc très dangereux. Pour l'utiliser, il faut avoir reçu un entraînement spécial. Or, les SS de la compagnie présente à Oradour (la troisième) n'avaient pas reçu une telle formation et donc, ne pouvaient posséder de tels engins.

Un " commando d'extermination "

Face à ces évidences, le Tribunal de Bordeaux échafauda une nouvelle thèse: à Oradour, un " commando d'extermination " muni d'engins incendiaires serait venu prêter main forte aux SS de la troisième compagnie. Ses membres auraient appartenu à la quatrième compagnie. A ce sujet, le correspondant du Monde écrit:

On a appris en effet à plusieurs reprises au cours des débats que des véhicules de la quatrième compagnie étaient effectivement à Oradour-sur-Glane. On a même la quasi-certitude que ces voitures transportaient des lance-flammes, des grenades incendiaires et, peut-être, des engins au phosphore. On en arrive alors à se demander si une compagnie pouvait prêter son matériel sans prêter en même temps les hommes habilités et spécialement entraînés à s'en servir. (16)

Cette thèse fut naturellement soutenue par la défense dont l'objectif était d'obtenir la relaxe de ses clients. A l'audience du 31 janvier 1953, ainsi, un avocat des accusés déclara :

[90] L'instruction a indiqué qu'il y avait un groupe spécial mais aussi elle a relevé des officiers et sous-officiers spécialistes qui n'appartenaient pas à la 3ème compagnie, ce qui expliquerait beaucoup de choses et surtout l'ignorance que manifestent les accusés présents lorsque vous posez des questions, à savoir comment cela s'est-il passé? J'ai l'impression que le commandant Diekmann a choisi le capitaine Kahn renommé pour sa férocité, mais également choisi d'autres hommes d[ans] le bataillon tout entier destiné à créer ce qu'il faut appeler, M. le président, un commando d'extermination et ceux-ci [les inculpés présents] n'étaient certainement pas au courant, j'en suis persuadé. (17)

Le lecteur remarquera dans ces textes l'abondance de tournures conditionnelles. Rien, ici, n'est démontré. En outre, comment croire qu'à Oradour un "commando d'extermination" ait pu agir à l'insu des SS de la troisième compagnie? Remarquons d'ailleurs qu'un inculpé, Graff, déclara qu'à l'église il n'avait vu que des SS ayant appartenu à sa compagnie. (18) Par conséquent, l'histoire du commando extérieur venu avec des engins incendiaires s'effondre.

Cependant, acceptons la thèse du tribunal. Oui, supposons que des SS à Oradour aient utilisé du matériel incendiaire lourd et destructeur, capable d'occasionner tous les dégâts constatés dans le sanctuaire. Dès lors, pourquoi auraient-ils perdu leur temps, et leur énergie, à transporter des fagots et de la paille? De plus, admettons qu'un gigantesque bûcher, capable de faire fondre la cloche et de réduire certains corps en poussière, ait été allumé dans l'église : on devrait en retrouver des traces au sol. En effet, lorsqu'un feu s'est déclaré dans un endroit quelconque, environ 10% de la chaleur dégagée est absorbée par le sol. C'est le phénomène de conduction thermique. (19) Si, comme dans l'église d'Oradour, le sol est recouvert de dalles, la chaleur va occasionner des dégâts en surface: les roches vont s'effriter légèrement. Il en résultera une trace qui restera tant que les dalles n'auront pas été changées. Or, lorsqu'on examine le sol dans le sanctuaire d'Oradour, on ne constate rien de semblable : les pierres sont, partout, nettes et lisses, sauf une dalle creusée à droite du choeur. (20)

Par conséquent, on ne peut que rejeter la thèse officielle selon laquelle un incendie généralisé d'une grande violence aurait ravagé l'église.

[91]

Le livre de Pascal Maysounave

Notons d'ailleurs qu'un livre, récemment paru, vient confirmer nos conclusions. Il s'agit de l'ouvrage de Pascal Maysounave intitulé : Oradour, plus près de la vérité. L'auteur connaît l'argumentation des révisionnistes. Il a notamment lu la brochure de Pierre Moreau dont il cite un long extrait (pp. 82-83). Il sait que la thèse officielle de la destruction du sanctuaire ne permet pas d'expliquer:

- - l'état des victimes après le drame (membres épars);

- - la fusion partielle de la cloche;

- - les dégâts visibles dans la chapelle Sainte-Anne;

- - l'effondrement de la voûte du clocher;

- - l'absence de dégâts dans la chapelle de la Vierge (confessionnal intact, draperies sur l'autel préservées).

Dans son livre, P. Maysounave va donc exposer une version des faits qui, tout en présentant les SS comme les responsables du massacre prémédité, sera susceptible d'expliquer les cinq anomalies ci-dessus.

La thèse de Pascal Maysounave

D'après cet auteur, la destruction de l'église (accompagnée du meurtre de ceux qui s'y trouvaient) s'est déroulée en quatre temps: les SS auraient tout d'abord apporté une caisse (remplie de grenades fumigènes) destinée à asphyxier les femmes et les enfants. Cette tentative ayant échoué, les assassins auraient "dû improviser" (p. 228). Ils auraient alors mitraillé les femmes et les enfants, lancé sur eux des grenades, puis allumé un premier bûcher sur les corps. Ensuite, et seulement ensuite, quelques SS seraient montés dans le clocher, puis sous le toit central, afin de poser des charges explosives. Celles-ci n'ayant provoqué qu'un "effondrement partiel" (p. 231), les meurtriers auraient alors eu recours à des "engins incendiaires" (p. 232). Ils les auraient déposés au sol dans la partie est de l'église, dans le clocher, sous le toit central (au niveau de la nef) et dans le sous-sol de la sacristie.

P. Maysounave accompagne son texte de plans et de coupes de l'église où sont notés les emplacements des charges incendiaires et explosives, les entrées d'air, les foyers intenses et les effets de cheminée. Tout, ici, donne l'impression de sérieux, d'objectivité et d'un caractère scientifique certain.

Pourtant, examinons de plus près cet exposé.

Absence de références

Dans un premier temps, nous noterons que, en treize pages de textes et de schémas, l'auteur ne donne qu'une seule référence précise. Celle-ci concerne la voûte de l'église qui, au soir du drame, était encore intacte. L'auteur renvoie au témoignage de Mgr Rastouil qui, le 13 juin 1944, avait visité le sanctuaire (voy. Oradour, plus près de la vérité..., p. 235, n. 13). Si l'on excepte ce renvoi, aucune référence n'est donnée qui permettrait au lecteur de vérifier les assertions contenues dans l'ouvrage.

Ce fait ne saurait surprendre. Pour échafauder sa thèse, P. Maysounave n'a pas hésité, non seulement à déformer la vérité, mais aussi à inventer des faits.

Mensonges, silences et inventions

Afin d'expliquer l'effondrement de la voûte du clocher, l'auteur affirme qu'après avoir mitraillé les femmes et allumé les bûchers les SS voulurent détruire l'église en la [92] dynamitant. D'après lui, cette entreprise n'avait pas "pour objet d'achever les survivants" , mais de "faire s'effondrer le clocher afin d'interdire l'entrée ultérieure de l'édifice". (21)

La puérilité d'une telle explication surprend dans un livre qui se veut sérieux. En effet, même à supposer que les trois entrées du sanctuaire aient pu être totalement obstruées, il aurait encore été possible d'y pénétrer à l'aide d'une échelle par les vitraux du mur est.

P. Maysounave poursuit:

Pénétrant dans l'église avec leurs charges de démolition, [les SS] prennent l'escalier donnant dans la première chapelle, à droite, débouchant sur la voûte de ladite chapelle, puis, à gauche, sur la voûte centrale. Là, tournant encore sur leur gauche, ils gagnent la porte unique d'accès au clocher, qui donne sur l'oculus, au pied du beffroi en bois soutenant les cloches. Ils posent la charge, l'assurent, l'amorcent. Immédiatement avant ou après cette opération, ils posent au moins une seconde charge plus avant, vers le ch oe ur, sur l'arc de pierre, à la hauteur du transept [Ibid., pp. 231-232].

Ce texte constitue une "réponse" à P. Moreau qui, dans sa brochure, avait affirmé que l'explosion survenue dans le clocher n'avait pas pu être le fait des SS, puisque aucun d'entre eux n'était monté dans cette partie de l'église . ( 22 )

Le malheur est que le livre de P. Maysounave s'apparente davantage à une oe uvre romanesque qu'à un essai historique soucieux de cerner la réalité des faits. Certes, l'auteur s'est très probablement appuyé sur le récit de J.-P. Elsaesser, un ancien SS alsacien, qui a déclaré :

Laubert nous a conduits sur la place de l'église [...]. Le chef de bataillon Diekmann se tenait sur la place de l'église au moment de notre arrivée. Il était debout les bras croisés. Quant à Kahn [...], il dirigeait les opérations, sur cette même place. De l'intérieur de l'édifice, on percevait des cris et des hurlements de femmes et d'enfants. Des SS s'affairaient à porter des fagots et de la paille dans l'édifice et, durant cette opération, j'ai vu deux Unterscharführer, Maurer et Boos, entrer à l'intérieur de l'église où ils ont tiré ensuite des rafales de mitraillette, tandis que d'autres SS ont lancé des grenades à main à l'intérieur du même édifice, sans doute pour achever la population [...]. En dernier, on a été rassemblé dans la rue, face à l'église pour assister à la destruction de cette église. J'ai vu venir le sous-officier Boos remettre au capitaine Kahn une charge d'explosifs. Kahn, accompagné de quelques SS armés, est entré dans l'église. Aussitôt une explosion s'est produite et, en quelques instants, tout l'intérieur de l'édifice était en flammes, la fumée s'échappant par les vitraux. (23)

Mais, outre que J.-P. Elsaesser a été le seul à donner une telle version des faits (les autres inculpés ayant affirmé que le dynamitage de l'église avait eu lieu avant le port des fagots dans celle-ci...), deux faits permettent d'en déceler la fausseté.

P. Maysounave affirme que l'explosion dans le clocher "retentit dans le bourg comme un coup de mortier, assourdi par le clocher et les combles" [p. 232] .

Nous reconnaissons ici les termes utilisés par MM. Desourteaux et Renaud au procès de 1953. Or:

- - M. Renaud, notamment, a déclaré que le coup de mortier retentit "peu de temps après la fusillade [des granges]" , celle-ci ayant débuté "vers trois heures et demie, quatre heures moins le quart" de l'après-midi. (24) Sachant que la fusillade dans l'église survint après 16 heures, on en déduit que l'explosion que P. Maysounave situe après la tuerie des femmes lui est, en vérité, antérieure;

- - les deux témoins ont clairement affirmé avoir entendu, au moment de l'explosion, "une rumeur" , "un cri d'ensemble [...] de toutes les femmes et les enfants". (25) Ce fait confirme que la détonation a eu lieu alors que les personnes entassées dans l'église étaient encore vivantes. Or, P. Maysounave prétend que les victimes étaient pour la plupart mortes lorsque les SS auraient décidé de dynamiter le sanctuaire.

[93] En réalité, l'auteur a tout simplement utilisé les dépositions de MM. Renaud et Desourteaux, mais en reculant sensiblement les faits dans le temps afin de bâtir une chronologie qui s'accorde avec sa propre version des faits.

Poursuivons cependant. P. Maysounave affirme que les effets de l'explosion furent légers:

L'oculus, soufflé, s'effondre au sol avec la plus grande partie des six cordons de pierre qui le soutiennent et qui se décollent de la voûte sans entraîner celle-ci. Seuls quelques morceaux s'en détachent [...]. Les remplissages de la voûte et la voûte elle-même restent en place. Au-dessus de la table de communion, l'arc de la voûte résiste, quoique fortement ébranlé par la deuxième charge [p. 232].

Dans ces conditions, l'explosion du clocher ne peut plus être considérée comme la cause des blessures constatées sur de nombreuses victimes: corps sectionnés, membres arrachés. Pourtant, P. Maysounave admet que, dans l'église, des fragments de corps furent retrouvés. (26) Comment l'expliquer? L'auteur reste muet. Sept pages auparavant, il avait quand même écrit:

Après la mitraillade et l'allumage du bûcher [dans l'église], les SS, dont le sous-officier Boos, lancent des grenades à manche, au moins une cinquantaine, dont certaines renforcées (un seul détonateur mais sept têtes explosives cerclées de fil de fer) à l'intérieur de l'édifice [p. 228].

Ces précisions, si elles étaient exactes, permettraient d'expliquer la présence de cadavres déchiquetés dans le sanctuaire. (27) Une nouvelle fois, pourtant, P. Maysounave semble avoir bâti un roman. Il parle de grenades "renforcées" , en a-t-il le droit? Pendant l'instruction du procès d'Oradour, l'ancien SS J.-P. Elsaesser a certes parlé d'un engin formé par sept grenades liées entre elles. Mais l'inculpé répondait à une question portant sur la charge explosive qui aurait permis la destruction de l'église:

Je n'ai pas bien vu [dit-il] comment la charge d'explosifs avait été confectionnée [...]. Habituellement, il avait été procédé de la manière suivante : pour faire un explosif, on se servait de plusieurs grenades à main dont on dévissait le manche à l'exception d'une seule qui servait à manier l'engin et autour de laquelle on liait les autres grenades à l'aide d'un fil de fer. (28)

Rappelons en outre qu'au procès de Bordeaux Boos affirma qu' "on" n'avait jamais confectionné ce genre d'engin explosif, ni à Oradour, ni ailleurs. (29) Par conséquent, rien ne paraît appuyer les allégations de P. Maysounave concernant l'utilisation, dans l'église d'Oradour, de grenades "renforcées" .

Plus grave. A notre connaissance, nul document ne permet d'affirmer qu' "une cinquantaine" de grenades ont été lancées dans le sanctuaire. Si certains SS (Elsaesser, Boos...) ont effectivement parlé d'engins jetés dans l'église, seul Lohner a fourni une donnée chiffrée, précisant qu'il y en avait eu "au moins une demi-douzaine". ( 30 ) Nous sommes loin de la cinquantaine... Certains répondront qu'un inculpé déclara : "J'ai vu des sous-officiers" lancer des grenades. Or, diront-ils encore, cinq hommes suffisent pour en lancer une cinquantaine en très peu de temps. Admettons. Mais il est alors nécessaire de reconnaître que 50 grenades ne peuvent exploser dans une église sans laisser de traces, notamment dans les meubles. A Oradour, pourtant, aucune trace d'éclat ne peut être relevée, ni à gauche de l'entrée principale sur le confessionnal et l'autel de la Vierge, ni à droite sur l'autel Saint-Joseph. Ce constat suffit à anéantir la thèse de P. Maysounave.

L'auteur poursuit en affirmant que, dans les instants qui suivirent l'explosion:

[94] et afin d'interdire malgré tout l'accès à l'église pour les semaines qui viennent, les Allemands [eurent] recours aux moyens incendiaires. Il ne s'agi[ssait] pas ici de paille ou de meubles, comme cela [avait] été le cas pour le bûcher des corps entassés au centre de la nef. Après avoir déposé ces engins sur les corps entassés dans la moitié sud-est de l'église et de la sacristie, les SS grimpent de nouveau sur les voûtes, mettant en place ce qu'il faut pour incendier le toit, espérant ainsi venir à bout de la voûte centrale ébranlée, puis regagnent le clocher, où le beffroi est escaladé jusqu'aux jougs des cloches, immédiatement sous la charpente qui supporte la flèche. les engins incendiaires sont fixés aux jougs. La mise à feu est opérée [p. 232-234].

Ce récit permet à l'auteur d'expliquer tout d'abord l'absence de dégâts dans la chapelle Saint-Joseph ainsi que dans celle de la Vierge. Nous savons, en effet, que l'étonnante préservation du confessionnal, notamment, gêne les tenants de la thèse officielle. P. Maysounave, lui, n'est nullement embarrassé. A l'aide d'un plan où sont notées les " entrées d'air " et sachant que les SS ont provoqué des incendies uniquement dans la partie sud-est de l'église, il prétend justifier la préservation desdites chapelles (p. 234).

Pourtant, tous ces développements n'expliquent pas l'absence de dégâts visibles sur le sol de la chapelle Sainte-Anne et de la nef, là où, selon les termes mêmes de l'auteur, les "engins ont provoqué des foyers d'une extrême intensité" (Id.). P. Maysounave est d'ailleurs obligé de constater ce fait , ( 31 ) mais il tente de s'en sortir en déclarant que "le bon état du sol [fait] penser qu'il n'y a pas eu d'emploi de liquide incendiaire à même le sol". [p. 230]

Or, nous savons que le phénomène de conduction thermique existe, quelle que soit la nature de l'incendie. Par conséquent, des "foyers d'une extrême intensité" , même s'ils avaient été provoqués sans "liquide incendiaire" , auraient dû laisser des traces. Le fait qu'on n'en distingue aucune rend bien chancelante la thèse de l'auteur.

Cette thèse des SS apportant des engins incendiaires sous les toits permet également à P. Maysounave d'expliquer la disparition des toitures. Celui-ci écrit:

Sur la voûte centrale, la charpente s'embrase. Sous la flèche, jougs, entablement de bois de la toiture, beffroi, tout flambe simultanément. Les ardoises coiffent un bref instant le feu et la fumée qui s'échappe en filets à l'extérieur [ Id.].

L'auteur, toutefois, n'explique pas pourquoi cet incendie général du clocher et de la toiture n'aurait laissé aucune trace de suie sur les murs. Il déclare que les ardoises ne purent coiffer qu' "un bref instant le feu et la fumée" . Ce raisonnement est inacceptable. Un toit soumis au feu ne s'effondre pas en "un bref instant" . De plus, même à supposer qu'il en ait été ainsi, la combustion de la toiture centrale aurait dû laisser des marques sur le mur est du clocher. Or, nous avons vu qu'il n'en était rien.

Quant à la fusion partielle des cloches, P. Maysounave la justifie ainsi :

A l'intérieur [du clocher], sous l'effet de l'extrême chaleur très localisée [chaleur due aux engins incendiaires fixés aux jougs des cloches], les cloches ont fondu par le cerveau, une dégoulinade de bronze tombe par l'orifice élargi qui a succédé à l'oculus [Id.].

Cette explication permet de comprendre pourquoi l'auteur affirme que les SS ont escaladé le beffroi jusqu'en haut afin d'y déposer leurs engins incendiaires. En effet, à supposer que les Allemands aient voulu détruire le clocher par le feu, il aurait été beaucoup plus logique, connaissant la propension des flammes à monter, d'allumer des feux à la base du beffroi. Mais, dans ce cas, les cloches, situées en haut, se seraient trouvées en plein c oe ur de l'incendie; elles auraient donc fondu en totalité. Sachant cela, P. Maysounave a opté pour la thèse des SS qui, contre toute logique, ont placé leurs charges incendiaires au haut du beffroi, tout près des cloches.

[95] Allons plus loin et supposons que l'auteur produise des documents prouvant que les Allemands ont bien agi ainsi. Sa thèse expliquant la fusion partielle des cloches n'en sera pas sauvée pour autant. P. Maysounave invoque "l'extrême chaleur très localisée" . Le terme "très localisée" nous paraît impropre dans la situation qu'il décrit. La chaleur dégagée par un incendie n'est nullement localisée; le rayonnement la transporte très loin. N'importe quel pompier le confirmera. Dans une encyclopédie déjà citée, on lit:

L'éloignement de 10m souvent prescrit par les compagnies d'assurances pour que l'indépendance de deux risques [d'incendie] soit admise est notoirement insuffisant pour empêcher la transmission de l'incendie d'un bâtiment à l'autre, ne serait-ce que par rayonnement de la chaleur. Dans un grand incendie survenu à Marseille, on a vu des immeubles placés en face du bâtiment incendié commencer à s'enflammer sous l'influence du rayonnement quoiqu'ils fussent séparés du sinistre par toute la largeur de la Canebière. (32)

La chaleur dégagée par un incendie est le premier obstacle rencontré par ceux qui désirent le combattre. Elle est parfois telle que toute aide aux victimes devient impossible. Par conséquent, on ne peut que rejeter l'argument de P. Maysounave. Si, vraiment, les SS avaient provoqué l'embrasement général du clocher à l'aide d'engins incendiaires, les cloches, sous l'effet du rayonnement, auraient fondu en totalité. Rappelons que, en 1994, un fabricant de cloches interrogé par V. Reynouard a déclaré qu'un jour il avait visité une église dont le clocher venait d'être ravagé par le feu: les cloches y étaient réduites à l'état de galettes de bronze sur le sol.

A Oradour, enfin, on constate qu'une partie importante de la base de chaque cloche a disparu, fondue. Si l'on accepte la thèse de P. Maysounave, il faudrait donc croire que la chaleur " localisée " de l'incendie s'est, par endroits, " délocalisée " afin d'entraîner la fusion d'une portion de la base.

Venons-en maintenant à la sphère de la croix faîtière. Les photographies montrent sa partie supérieure tordue, déchirée même, par endroits, mais nullement fondue. Ce fait, avons-nous dit, démontre qu'il y a eu explosion et que la croix faîtière fut projetée au loin, échappant ainsi aux effets de l'incendie.

Lorsque nous eûmes l'ouvrage de P. Maysounave entre les mains, notre premier soin fut de rechercher l'explication que l'auteur donnerait aux dégâts visibles sur la boule. Page 235, celui-ci affirme que le clocher s'est effondré "verticalement dans la tour", "sans pencher . Puis il écrit:

Avant la chute [du clocher], sous la vieille croix en fer forgé, une moitié de la boule de laiton étamé s'est déformée sous l'effet de la chaleur [Id.].

P. Maysounave ne nous dit pas où la croix faîtière est tombée. Si l'on admet que la partie supérieure du clocher s'est effondrée verticalement, on en déduit que celle-ci s'est retrouvée en plein c oe ur du brasier, sur les pierres effondrées de l'oculus. Dès lors, comment croire que la fine sphère ait été uniquement "déformée sous l'effet de la chaleur" , comment croire qu'elle n'ait pas fondu en totalité? Nous aurions aimé que l'auteur s'explique davantage sur ce mystère.

Terminons avec la destruction de la sacristie. L'explosion qui survint à l'intérieur a été qualifiée, par nous, de "détail capital" , parce qu'il anéantit la thèse officielle en prouvant que des explosifs y étaient cachés. Or, il est évident que P. Maysounave a eu connaissance de la révélation par M me Rouffanche des causes de l'effondrement du plancher de la sacristie par les sténotypies du procès de Bordeaux. Dès lors, il était intéressant de découvrir la façon dont l'auteur allait présenter cet épisode.

La simple lecture du chapitre V ( " Le massacre : sept phases rationnelles " ) permit de répondre à notre interrogation. De même que tous les autres auteurs avant lui, P. Maysounave a délibérément choisi de passer sous silence l'explosion survenue [96] dans la sacristie. Ainsi, page 227, il affirme que Mme Rouffanche s'était trouvée "cvouchée sur le plancher de la sacristie", (33) après la fusillade dans l'église.

Or, on se souvient que, durant son interrogatoire par le président du tribunal, la rescapée avait confirmé:

- - que le plancher de la sacristie s'était effondré "au cours du tir" entrepris par les SS et suite à "une explosion";

- - qu'après la fusillade elle s'était trouvée "au fond d'un escalier de la sacristie". (34)

Par conséquent, le propos de P. Maysounave se révèle inexact. Page 233, celui-ci publie une coupe de l'église montrant les endroits du sanctuaire dans lesquels les SS auraient posé leurs engins incendiaires. Parmi eux se trouve le sous-sol de la sacristie. A la page suivante, enfin, un autre schéma fait état d'un " foyer intense " en ce lieu. L'auteur a donc repris la thèse de P. Poitevin, selon laquelle les soldats avaient établi :

"sous la sacristie un foyer dont la porte extérieure [avait servi] de tirage pour activer la combustion [...] ". (35)

Ce travestissement des faits permet de juger le travail de P. Maysounave qui n'est pas celui d'un auteur objectif.

Seul élément nouveau intéressant, l'auteur a fait procéder à une expertise au microscope électronique d'un fragment de la cloche. (36) C'est ainsi que plusieurs éléments inattendus furent décelés: du phosphore et du cadmium notamment. (37) P. Maysounave explique que ces éléments ne peuvent provenir que des balles tirées par les SS dans l'église ainsi que des engins incendiaires utilisés par la suite (pp. 259-260). De notre côté, nous y trouvons la confirmation que des munitions étaient entreposées sous les combles et que celles-ci, en explosant, ont laissé des traces dans le bronze fondu de la cloche.

Moralité

Au terme de ces développements, nous pouvons considérer que, même avec un titre trompeur, l'ouvrage intitulé : Oradour, plus près de la vérité, n'est pas dénué d'intérêt. Il démontre en effet que la version officielle de l'incendie généralisé était devenue si peu crédible qu'il devenait impératif de lui en substituer une nouvelle, plus apte à expliquer certains détails troublants. Mais l'échec de sa tentative est patent. Ainsi, aujourd'hui, une conclusion s'impose: l'église d'Oradour n'a pas été ravagée par un violent incendie. Elle a été le siège de plusieurs explosions: dans le clocher, sous les combles et dans la sacristie. Tout le confirme: l'étude des clichés pris après le 10 juin tragique, l'inspection des ruines telles qu'on les voit aujourd'hui et l'étude des différents documents relatifs au drame. La thèse officielle de la tragédie se révèle donc fausse.

Plus de cinquante ans après les faits, certains ne ménagent pas leur ingéniosité pour dissimuler la vérité. La chose n'est pas surprenante car l'enjeu est de taille. En effet, si l'église n'a pas été incendiée par les Allemands, si des explosions ont eu lieu là où jamais les SS ne pénétrèrent, il faut en conclure que les responsables du drame sont à chercher ailleurs.

Mme Rouffanche, que l'on présente comme l'unique rescapée de l'église, parle d'une fusillade qui aurait éclaté à l'intérieur du sanctuaire. Les autorités l'expliquent en affirmant que les SS ont fusillé les civils enfermés dans ce lieu. Nous avons cependant démontré que cette version n'était pas recevable. Faut-il en déduire que des gens armés (autres que des SS) se sont trouvés dans l'église ; qu'ils voulurent fuir et qu'ils se sont heurtés aux SS, provoquant une bataille? Telles sont les questions auxquelles nous allons, maintenant, tenter de répondre.

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NOTES de la deuxième section, II

 

1 ) Voy. Tulle et Oradour..., p. 17.

2 ) Cité notamment dans Oradour-sur-Glane..., p. 109. Depuis le 12 avril 1944, von Brodowsky était le chef de l'état-major principal de liaison 588 à Clermont-Ferrand, lui-même rattaché au LXVI e corps de réserve.

3 ) Voy., par exemple, Vision d'épouvante..., p. 121. Les auteurs qualifient le journal de bord du général von Brodowsky de "tissu d'inexactitudes grossières" .

4 ) Une copie de cette lettre, tapée à la machine à écrire, est détenue par l'équipe de l'ANEC.

5 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Weber, 6 février 1948, une page.

6 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de H. Weber, 19 avril 1948, p. 2.

7 ) Voy. Vision d'épouvante..., p. 67.

8 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 13. Voy. Annexes Doc 2.1.3.

9 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 29. Voy. Annexes Doc 2.2.2.

10 ) Ibid., pp. 25-27. Voy. Annexes Doc 2.3.7 et Doc 2.3.8.

11 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 19. Voy. Annexes Doc 2.1.9.

12 ) " M. LE PRESIDENT. - - [...] Eh bien, Graff, vous avez utilisé des mines à l'instruction. GRAFF. - - Oui, des mines antichars. M. LE PRESIDENT. - - Seulement, vous ne pouvez pas dire si vous en aviez encore à l'expédition d'Oradour. Pouvez-vous dire si vous en aviez lorsque vous avez été faire les opérations de mai 1944 ? GRAFF. - - Non, Monsieur le président " .

13 ) " Le jour d'Oradour, chaque groupe disposait de deux mitrailleuses légères. Le quatrième groupe devait disposer de deux mitrailleuses lourdes [...]. Le reste de nos munitions, se composant de grenades à main, de "Hohlhaftladung" munition anti-char, se trouvait rangé dans nos camions. Il n'y a pas eu de canon lors du massacre d'Oradour-sur-Glane. Notre compagnie n'avait du reste pas de canon " (voy. la déposition de Jean-Pierre Elsaesser devant la commission d'instruction de Bordeaux [liasse VII], 24 septembre 1945, 8 p., p. 7). Un mois plus tard, un autre accusé, Auguste Lohner, confirma ces déclarations (voy. la déposition d'Auguste Lohner devant la commission d'instruction de Bordeaux [liasse VII], 22 novembre 1945, 14 p., p. 3).

14 ) Voy. La mémoire d'Oradour..., p. 102, col. B.

15 ) Voy. Le Monde, 16 janvier 1953, p. 4, col. E.

16 ) Voy. Petite histoire ..., pp. 46-47.

17 ) Voy. Ville Martyre..., p. 46.

18 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de M me Rouffanche en date du 7 juillet 1947, une page (liasse VI dans le dossier de l'instruction).

19 ) Témoignage de P. Poitevin (voy. Dans l'Enfer..., p. 59).

20 ) Déclaration de Monseigneur Rastouil, évêque de Limoges, qui vint à Oradour le mardi 13 juin 1944. Cité par P. Poitevin (Ibid., p. 127).

21 ) Témoignage de M. Petit devant le tribunal de Bordeaux. Voy. Le Monde, 30 janvier 1953, p. 5, col. C.

22 Rapport du docteur Masfrand, cité notamment dans Oradour-sur-Glane..., p. 83.

23 ) Nous avons vu que le confessionnal était intact au soir du 10 juin. Cette précision n'est donc pas exacte.

24 ) Voy. " Compte rendu des événements... " , p. 2.

25 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1996, p. 26, déposition de M. Renaud.

26 ) Voy. l'acte d'accusation au procès de Bordeaux, p. 9.

27 ) Voy. Vision d'épouvante..., p. 70.

28 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 61. Nous reviendrons plus loin sur le cas de ce bébé.

29 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 80.

30 ) Voy. Vision d'épouvante..., p. 83.

31 ) Voy. Au clocher de leur coeur, de Jean-Roger Naux (brochure non publiée dont une copie a été envoyée par l'auteur à l'équipe de l'ANEC), p. 6.

32 ) "L'analyse des décombres, et des mutilations subies par les victimes, semble indiquer qu'il y a eu vraisemblablement explosion" (André Figuéras, Dictionnaire analytique et critique de la Résistance, p. 171).

33 ) Voy. Ville Martyre..., p. 41.

34 ) Cité par P. Poitevin. Voy. Dans l'Enfer..., p. 194.

35 ) Voy. Compte rendu des événements... p. IV. Ce rapport est également cité, avec quelques différences, par F. Delage dans la rubrique " Témoignages de la résistance " (voy. Ville Martyre..., pp. 100-103) et par P. Poitevin (voy. Dans l'Enfer..., pp. 199-206). Ce dernier supprime le passage que nous avons cité.

36 ) Sauf, naturellement, à considérer des incendies d'origine chimique, c'est-à-dire les incendies dus à des hydrocarbures ou à d'autres produits inflammables. Mais si l'on veut adopter cette thèse pour le cas d'Oradour, il faudrait croire que les SS auraient déversé des matières inflammables sur les femmes et les enfants et que ces derniers n'auraient pas bougé, attendant sagement que leurs assassins puis les flammes fassent leur oe uvre.

37 ) D'autres récits confirment ceux de MM. Briand et Pallier. Citons, par exemple, M. Tarnaud qui déclare : "Des mamans serraient encore leurs bébés dans leurs bras" (Voy. Ouest-France, 27 janvier 1953, p. 3).


NOTES de la deuxième section, III

1) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 50.

2 ) Voy. les dépositions de Elsaesser (Ouest-France, 19 janvier 1953, p. 2, col. C), de Graff (Le Monde, 20 janvier 1953, p. 7, col. C), de Daul (Ibid., col. D et Ouest-France, 19 janvier 1953, p. 2, col. B), de Lohner (Ouest-France, 20 janvier 1953, p. 1, col. B)...

3 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, p. 11.

4) Voy. Le Monde, 30 janvier 1953, p. 5, col. C-D.

5 ) Voy. Ouest-France, 30 janvier 1953, p. 3, col. B.

6 ) Voy. Oradour-sur-Glane..., p. 67 : "L'incendie [du village] commença vers 17 heures dans la partie haute du bourg; grenades, plaquettes et balles incendiaires étendirent rapidement le brasier ".

7 ) Voy. Ouest-France, 23 janvier, p. 3, col. C : "A des questions du président les accusés répondent qu'ils n'ont pas employé des grenades incendiaires".

8 ) Il en aurait été de même avec les "plaquettes incendiaires" dont il est souvent question (voy., notamment, Oradour-sur-Glane..., p. 109 ; Dans l'Enfer..., p. 52).

9 ) M. Hébras l'a notamment défendue devant V. Reynouard en 1990.

10 ) Voy. le compte rendu du 4 juillet 1944 in La mémoire d'Oradour..., p. 103, col. A.

11 ) Voy. Ouest-France, 27 janvier 1953, p. 3, col. A.

12 ) Ibid., 30 janvier 1953, p. 3.

13 ) Ibid., 27 janvier 1953, p. 3, col. B : "Interrogés sur les sacs de phosphore trouvés sur la route, les accusés ne peuvent donner d'indications".

14 ) Ibid., 30 janvier 1953, p. 3, col. B.

15 ) Voy., par exemple, la déposition de Graff au procès de 1953 : " M. LE PRESIDENT. - - Et on a utilisé du matériel incendiaire avec cette paille [apportée dans l'église] ? GRAFF. - - Non. M. LE PRESIDENT. - - On a parlé de tubes lance-flammes, vous n'en avez pas vu ? GRAFF. - - Je n'en ai pas vu (voy. les sténotypies du procès, audience du 31 janvier 1953, p. 10).

16 ) Voy. Le Monde, 3 février 1953, p. 4, col. C.

17 ) Voy. les sténotypies du procès, audience du 31 janvier 1953, p. 9.

18 ) "M. LE PRESIDENT. - - [...] Est-ce que sur la place de l'église vous n'avez vu que des hommes de la Compagnie ? GRAFF. - - Je ne m'en souviens pas. M. LE PRESIDENT. - - Qui a porté des fagots, c'est bien des hommes de la Compagnie ? GRAFF. - - En principe oui. M. LE PRESIDENT. - - Vous n'avez vu que des hommes de la Compagnie ? GRAFF. - - Oui " (voy. les sténotypies du procès de 1953, audience du 31 janvier 1953, p. 10).

19 ) Voy. La détection de l'incendie. Cours édités par le Centre National d'Instruction (Paris), p. 7.

20 ) Un large trou peut effectivement être vu dans une dalle, sur la droite du ch oe ur. Mais il est trop profond pour résulter d'un incendie, si violent fût-il. Dans un récent ouvrage, Pascal Maysounave affirme qu'un " effet incendiaire de très grande puissance " a causé ce trou (voy. Plus près de la vérité..., p. 230). Toutefois, un pompier questionné par V. Reynouard a catégoriquement réfuté cette allégation.

21 ) " Il est peu vraisemblable que cette charge [explosive] ait eu pour objet d'achever les survivants (quoique les SS entendissent encore crier à ce moment), mais semble avoir été destinée à faire s'effondrer le clocher afin d'interdire l'entrée ultérieure de l'édifice " (Oradour, plus près de la vérité..., p. 229).

22 ) Voy. En écoutant crier les pierres, p. 13 : " ce fut une explosion qui ravagea l'église d'Oradour, dont l'épicentre se trouvait dans le clocher, là où jamais un soldat allemand ne pénétra " .

23 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de J.-P. Elsaesser en date du 24 septembre 1945. pp. 4-5.

24 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, pp. 24 et 25. Plus loin, nous démontrerons que, très certainement, l'explosion mentionnée par le témoin eut lieu non pas peu après la fusillade dans les granges, mais peu avant.

25 ) Ibid., p. 13, déposition de H. Desourteaux : "du côté de l'église, il y avait une rumeur [...] ; il y avait même les mortiers qui tiraient" ; p. 25, déposition de A. Renaud : "un cri d'ensemble à ce moment de toutes les femmes et les enfants" .

26 ) "ici et là, une main reste accrochée à des ornements de fer, grille de communion ou accessoire de l'autel" (Plus près de la vérité..., p. 235).

27 ) Nous employons ici le conditionnel car un militaire interrogé nous a déclaré que les grenades offensives notamment ne produisaient que peu d'éclats. Elles font en revanche beaucoup de bruit afin de faire éclater les tympans.

28 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire de J.-P. Elsaesser en date du 24 septembre 1945, p. 5.

29 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 22 janvier 1953, p. 19 : " M. LE PRESIDENT. - - Cet engin devait faire beaucoup de bruit, si vous mettiez six, sept grenades liées? BOOS. - - Moi, je ne l'ai jamais fait; on l'a appris à l'instruction, mais on ne l'a jamais fait".

30 ) Voy. le procès-verbal d'interrogatoire d'Auguste Lohner, en date du 22 novembre 1945, p. 7 :

"J'ai vu des sous-officiers, notamment le nommé Boos, jeter au moins une demi-douzaine de grenades à manche à l'intérieur de l'édifice".

31 ) " A l'intérieur, le sol en pierre demeure très peu brûlé dans l'ensemble, sauf en un endroit: la dalle-marche, sous la table de communion [...]" ; toujours à la même page, l'auteur parle du " bon état du sol" (p. 230).

32 ) Voy. Encyclopédie Pratique de la Construction et du Bâtiment, op.cit., p. 1272, col. A.

33 ) " Mme Rouffanche, couchée sur le plancher de la sacristie, second lieu à l'abri des tirs directs, constate, après que les rafales se sont tues, que les Allemands entassent à l'intérieur de l'église tout ce qu'ils trouvent de combustible [...] " .

34 ) Voy. les sténotypies du procès de Bordeaux, audience du 31 janvier 1953, pp. 5-6.

35 ) Voy. Dans l'Enfer..., p. 52.

36 ) Notons qu'en 1994 un révisionniste avait déjà fait procéder, par un laboratoire, à une expertise d'un morceau de la cloche, mais celle-ci n'avait pas été effectuée à l'aide d'un microscope électronique.

37 ) Voy. Plus près de la vérité..., annexe I, p. 259.



Extrait de Le Massacre d'Oradour, un demi-siècle de mise en scène, par un Collectif de libres chercheurs animé par Vincent Reynouard,VHO-ANEC, Anvers, 1997, 446 p., ISBN 90-73111-21-08, © Vincent Reynouard. Distribution: VHO, BP 60, B-2600 Berchem 2, Belgique. Nous conseillons très vivement à nos lecteurs de se procurer le livre auprès de l'éditeur. Pour que les livres existent, il faut que les éditeurs puissent les vendre.

Cet ouvrage traite des circonstances dans lesquelles un massacre s'est produit dans un village non loin de Limoges en juillet 1944, alors occupé par une division de l'armée allemande en retraite. Il a été édité en 1997 par un éditeur d'Anvers. Or Anvers a le tort de se trouver en Belgique, c'est-à-dire à l'étranger, pour ne pas dire en Anti-France. Le ministre (français) de l'Intérieur (français) a donc pu INTERDIRE CE LIVRE. C'est la principale raison pour laquelle nous le publions aujourd'hui sur Internet. Quant au citoyen-ministre, il ne reste qu'à le couvrir de ce qu'il mérite.


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